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"Une charogne"

Spleen et Idéal
XXIX
Les Fleurs du Mal
Charles Baudelaire

CHAROGNE, substantif féminin

Du latin populaire caronia dérivé de caro, carnis (« chair »).
I.− [À propos d'animaux] Péjoratif
A.− Chair morte en état de décomposition plus ou moins avancée, viande avariée.
B.− Bête morte, cadavre d'animal en état de décomposition plus ou moins avancée.

II.− [À propos d'êtres humains] Très péjoratif
A.− Corps humain après la mort, en état de décomposition ou non.
B.− Individu qui se rend odieux par sa déchéance physique ou morale, ou par ses mauvais procédés.

Avec un tel titre, selon vous, quel sera le contenu de ce poème ?

INTRODUCTION

1er mouvement

2eme mouvement

conclusion

3eme mouvement

Explication linéaire n°9

Le texte

Le texte

" Une charogne"

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,

Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague
Ou s'élançait en pétillant
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,

Comme l'eau courante et le vent,
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d'un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu'elle avait lâché.

- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Apres les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés !

Pour entrer dans le texte...

1. A la première lecture, analysez les effets du texte sur vous : que provoque-t-il ? Comment pouvez-vous l’expliquer ?


2. Repérez la structure du poème : Vers réguliers ou vers libres (pas de rimes, mètres variés, retours à la ligne, enjambement, césure), nombre de syllabes dans le vers (octosyllabes, alexandrins etc.), nombre de vers par strophe (tercet, quatrain etc.) et nombre de strophes, types de rimes plates (AABB), croisées (ABAB) ou embrassées (ABBA).

3. Selon vous, à qui le poète s’adresse-t-il ? En quoi cela semble-t-il surprenant ?

Attention !
L'explication linéaire ne porte que sur les
six premières strophes (v.1 à 24).

Introduction

L'auteur

Femme de lettres et femme politique, Olympe de Gouges, (de son vrai nom Marie Gouze) qui a activement participé aux événements de la Révolution Française, est considérée comme une pionnière du féminisme, luttant pour l'émancipation des femmes et la reconnaissance de ses droits sociaux et politiques. Elle a également milité contre l'esclavage. Elle meurt guillotinée par un tribunal révolutionnaire qui lui reproche des idées anti révolutionnaires le 3 novembre 1793.

L'oeuvre

Alors que la Révolution française n'a apporté que peu de progrès aux femmes, ODG, pionnière emblématique de la lutte pour les droits des femmes, rédige en 1791 la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne inspirée de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Elle y défend la cause des femmes, grandes oubliées de la Révolution Française.

L'extrait à l'étude

Après avoir réécrit le préambule et les 17 articles de la DDHC, ODG s'adresse dans un postambule - qui n'existe pas dans la DDHC - aux femmes qu'elle invite au sursaut en les encourageant à s'emparer de leur propre libération. Dans cet extrait central, elle insiste sur la considération perdue des femmes qui ont perdu la séduction, leur seule arme, depuis la Révolution.

Problématique :
Comment le poète parvient-il à transformer l’immonde en objet poétique ?

Charles Baudelaire : à préparer avec votre fiche auteur.

Les Fleurs du Mal, recueil publié en 1861 et censuré pour outrage aux règles de la morale et de la pudeur.

29 e poème des Fleurs du Mal, section "Spleen et idéal", l'étude porte sur les 6 premières strophes.

Titre déstabilisant, provocateur et inhabituel car ce n'est pas un sujet poétique habituellement et que le texte provoque le dégoût.

Poème composé de 12 quatrains alternant alexandrins et octosyllabes en rimes croisées.

Constitue une sorte de parodie de la poésie galante.

Mouvements du texte

1er mouvement

Une macabre découverte lors d'une promenade galante.

2e mouvement

La poétisation de l’immondice

texte

texte

texte

3e mouvement

Le cycle de la vie et de la mort

analyse

analyse

analyse

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,

Ce beau matin d'été si doux :

Au détour d'un sentier une charogne infâme

Sur un lit semé de cailloux,


Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,

Brûlante et suant les poisons,

Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique

Son ventre plein d'exhalaisons.


Le soleil rayonnait sur cette pourriture,

Comme afin de la cuire à point,

Et de rendre au centuple à la grande Nature

Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;


Et le ciel regardait la carcasse superbe

Comme une fleur s'épanouir.

La puanteur était si forte, que sur l'herbe

Vous crûtes vous évanouir.


Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,

D'où sortaient de noirs bataillons

De larves, qui coulaient comme un épais liquide

Le long de ces vivants haillons.


Tout cela descendait, montait comme une vague

Ou s'élançait en pétillant

On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,

Vivait en se multipliant.




Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,

Ce beau matin d'été si doux :

Au détour d'un sentier une charogne infâme

Sur un lit semé de cailloux,


Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,

Brûlante et suant les poisons,

Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique

Son ventre plein d'exhalaisons.


Le soleil rayonnait sur cette pourriture,

Comme afin de la cuire à point,

Et de rendre au centuple à la grande Nature

Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;


Et le ciel regardait la carcasse superbe

Comme une fleur s'épanouir.

La puanteur était si forte, que sur l'herbe

Vous crûtes vous évanouir.


Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,

D'où sortaient de noirs bataillons

De larves, qui coulaient comme un épais liquide

Le long de ces vivants haillons.


Tout cela descendait, montait comme une vague

Ou s'élançait en pétillant

On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,

Vivait en se multipliant.


Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,

Ce beau matin d'été si doux :

Au détour d'un sentier une charogne infâme

Sur un lit semé de cailloux,


Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,

Brûlante et suant les poisons,

Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique

Son ventre plein d'exhalaisons.


Le soleil rayonnait sur cette pourriture,

Comme afin de la cuire à point,

Et de rendre au centuple à la grande Nature

Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;


Et le ciel regardait la carcasse superbe

Comme une fleur s'épanouir.

La puanteur était si forte, que sur l'herbe

Vous crûtes vous évanouir.


Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,

D'où sortaient de noirs bataillons

De larves, qui coulaient comme un épais liquide

Le long de ces vivants haillons.


Tout cela descendait, montait comme une vague

Ou s'élançait en pétillant

On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,

Vivait en se multipliant.


1er mouvement : Une macabre découverte lors d'une promenade galante.

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,

Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Analyse du 1er mouvement

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,

Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Idée : Jeu du poète sur des idées contraires : opposition vers 1-2 / vers 3-4
- vers 1-2 : semblable à une poésie amoureuse : adresse directe à la femme aimée avec impératif, couple réuni dans un pronom de 1ére personne pluriel + apostrophe amoureuse avec le possessif.
Cadre idyllique bucolique avec adj. mélioratifs dans le CC de temps et adv intensité
Semble inviter la femme à se remémorer un agréable souvenir partagé.

- vers 3-4 : description immonde avec insistance dont l'adj est mis en valeur en fin de vers : retarde l’arrivée du mot dans sa strophe "objet" pour maintenir suspense et provoquer stupeur.
CC lieu double sens (sexualité) lit synonyme traditionnellement de confort et douceur mais ici groupe adjectival métaphore parce que formé de "cailloux".
Âme rime avec infâme et doux avec cailloux : associations surprenantes, volontairement antithétiques --> Parodie de la poésie amoureuse traditionnelle qu'il mêle avec un thème ignoble.

Analyse du 1er mouvement

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,

Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Idée : Personnification de la charogne en femme : association EROS/THANATOS
Ch. lex luxure : nombreuses allusions sexuelles dans cette strophe avec comparaison, CC de manière évocateur et évocation de la fièvre à double sens : maladie/fièvre désir : association surprenante : personnification de la charogne comme une femme obscène.
Scène obscène par l'exhibition et aspect repoussant du cadavre en putréfaction, contamination (insistance de ce ch.lex au pluriel)
Verbe d'action montre une charogne déjà en mouvement.
Poète est celui qui voit le réel différemment : là où les autres voient une créature répugnante et la mort, il voit la vie et le potentiel créatif --> travail d'alchimie poétique qui construit un tableau avec la charogne pour sujet.

2e mouvement : La poétisation de l’immondice

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Analyse du 2e mouvement

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,

Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

Idée : Association surprenante entre la Nature positive et ses effets sur le cadavre : on ne peut lutter contre le temps.
- Association surprenante : cadre chaleureux agréable, Nature personnifiée et présentée de manière méliorative avec imparfait de description // soleil qui accélère la décomposition de l'animal : dégoût
Comparaison culinaire ironique qui renforce le dégoût puisque présentée comme pouvant être mangée.
Idée de multiplication et de cycle de vie avec le ch lex : la Nature (allégorie) est un éternel recommencement ce qui est mort, reprend vie grâce au soleil avec l'hyperbole.(dimension fantastique, surnaturelle)

Analyse du 2e mouvement

Et le ciel regardait la carcasse superbe

Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Idée : Détournement des codes traditionnels de la poésie amoureuse avec célébration d'un objet immonde : projet des Fleurs du mal.
Personnification du ciel, Nature complice de la scène
Oxymore qui renvoie au regard que porte le poète sur la chargone.
Comparaison renvoie au titre du recueil (Les Fleurs du mal) et à l'idée d'extraire la beauté du mal : dans le cadavre pourissant voir une fleur.
La fleur qui fane symbolise de façon élégante ce que la charogne montre de façon provocante : la mort physique, l'image de corruption de la mort est un épanouissement.
Réalité violente et triviale avec adv d'intensité & structure consécutive : odeur si violente que la femme aimée manque de perdre connaissance : l'inverse de la scène bucolique amorcée dans le 1er vers
Décalage ironique avec la froideur du texte : jeux de langage "crûtes" : cru, sonorité dissonante.
Réinscription de la femme aimée avec une adresse directe évoquant sa réaction.

3e mouvement : Le cycle de la vie et de la mort

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,

D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague
Ou s'élançait en pétillant
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Analyse du 3e mouvement

Idée : Description réaliste et morbide de la charogne en gros plan mais la mort est habitée par la vie.
Reprise de la description là où le poète l'avait arrêtée au v.8 "ventre"
Ch.lex de la putréfaction et ses effets avec hyperbole militaire
De nombreux sens du lecteur sont sollicités pour provoquer le dégoût : ouïe, vue, toucher, odorat.
Enjambements montrent l'ampleur de ces larves, le mouvement et le cycle continu de la vie.
Pouvoir de la poésie : la charogne, morte par définition devient vivante. Ce corps mort est animé par de nombreuses créatures bien vivantes.
Sorte d'accouchement terrible confirmant que la charogne est associée à la femme.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,

D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Analyse du 3e mouvement

Idée : Sous la plume du poète, le corps reprend vie : pouvoir de la poésie.

Sujet totalisant qui insiste sur le nombre et la grandeur de l'action.
Verbes d'action et de mouvement suggérant que ce corps mort vit.
Propositions juxtaposées puis coordonnées suggèrent la fluidiét du mouvement + antithèse "descendait"/"montait" : vivacité renforcée par la comparaison avec l'élément naturel.
Antanaclase qui évoque l'idée d'une respiration
Ch.lex de la vie (corps, souffle, vivait) alors que l'on décrit un corps mort.

Tout cela descendait, montait comme une vague

Ou s'élançait en pétillant
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Antanaclase consiste à utiliser deux fois le même mot en jouant avec ses différents sens.

Le cœur a ses raisons que la raison ignore.

Conclusion

BILAN ET REPONSE A LA PROBLEMATIQUE

OUVERTURE :

" Une charogne" est un éloge paradoxal, Baudelaire traite un thème répugnant sur un mode noble et précieux en parodiant le style galant de la poésie lyrique amoureuse.

Le poète loue avec un lyrisme un objet abject dans le cadre d'une relation traditionnelle de séduction amoureuse entre le poète et la femme aimée. Ce poème extrait la beauté du mal et illustre bien le titre du recueil : il décrit avec originalité une charogne en décomposition, sujet peu poétique et rappelle au lecteur qu'à un moment ou un autre, il va mourir et ressembler lui aussi à cette charogne.

Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avait éclose

Sa robe de pourpre au Soleil,

N'a point perdu cette vêprée

Les plis de sa robe pourprée,

Et son teint au votre pareil.


Las ! voyez comme en peu d'espace,

Mignonne, elle a dessus la place

Las ! las ses beautés laissé choir !

Ô vraiment marâtre Nature,

Puisqu'une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir !


Donc, si vous me croyez, mignonne,

Tandis que votre âge fleuronne

En sa plus verte nouveauté,

Cueillez, cueillez votre jeunesse :

Comme à cette fleur la vieillesse

Fera ternir votre beauté.


Pierre de Ronsard


OU Voir dans le livret : "Venus Anadyomène" de Rimbaud