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Méduse

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Ovide, Les Métamorphoses livre IV


Textes

Lucain, La Pharsale, livre IX

Diodore de Sicile bibliothèque historique, tome premier : livre ΙII

May Sarton : The Muse as Medusa

Les métamorphoses, Ovide

passimque per agros


perque vias vidisse hominum
simulacra

ferarumque in silicem ex ipsis
conuersa
visa Medusa ;

se tamen horrendae clipei, quem
laeua gerebat
aere repercusso formam
adspexisse Medusae;

dumque grauis somnus
colubrasque ipsamque tenebat,

eripuisse caput collo
matris de sanguine
pennisque fugacem Pegason
et fratrem natos.


Partout, à travers les champs

et le long des chemins, il avait vu des statues d'hommes

et d'animaux métamorphosés en pierre,

apres avoir vu Méduse.

Lui cependant ne regardait que la forme
de l'horrible Méduse
reflétée sur le bronze du bouclier que
portait sa min gauche ;

et tandis qu'elle et ses vipères dormaient
d'un lourd someil,

il lui avait séparé la tçete du cou ;
ensuite, du sang de leur mère

étaient nés Pégase aux ailes rapides et
son frère.

La pharsale, lucain

finibus extremis Libyes, ubi feruida tellus

accipit Oceanum demisso sole calentem,
squalebant late Phorcynidos arua Medusae,
non nemorum protecta coma, non mollia sulco,
sed dominae uoltu conspectis aspera saxis.
hoc primum natura nocens in corpore saeuas
eduxit pestes; illis e faucibus angues
stridula fuderunt uibratis sibila linguis. 633
ipsa flagellabant gaudentis colla Medusae,
femineae cui more comae per terga solutae 634
surgunt aduersa subrectae fronte colubrae
uipereumque fluit depexo crine uenenum.
hoc habet infelix, cunctis inpune, Medusa,
quod spectare licet. nam rictus oraque monstri
quis timuit? quem, qui recto se lumine uidit,
passa Medusa mori est? rapuit dubitantia fata
praeuenitque metus; anima periere retenta
membra, nec emissae riguere sub ossibus umbrae.
Eumenidum crines solos mouere furores,
Cerberos Orpheo leniuit sibila cantu,
Amphitryoniades uidit, cum uinceret, hydram :
hoc monstrum timuit genitor numenque secundum
Phorcys aquis Cetoque parens ipsaeque sorores
Gorgones; hoc potuit caelo pelagoque minari
torporem insolitum mundoque obducere terram.
e caelo uolucres subito cum pondere lapsae,

Aux confins de la Libye, aux lieux où la terre brûlante reçoit l'Océan qui bouillonne sous les rayons du couchant, règnent les tristes campagnes de Méduse, fille de Phorcys. Là, point de forts ombrageant la terre, point de sucs dans les sillons, mais d'âpres rochers, nés du regard de la déesse. C'est dans son corps que la nature malfaisante enfanta pour la première fois ces cruels fléaux. C'est de sa bouche que les serpents dardèrent leurs langues en sifflant, et, flottant sur ses épaules comme les cheveux d'une femme, fouettèrent le cou de Méduse enivrée. Sur le devant de son front se dressent des couleuvres, et leur affreux venin coule sous le peigne. Méduse a cela de terrible, qu'on peut la regarder sans effroi. Car, qui jamais eut le temps de craindre la gueule et la face du monstre ? Qui donc, l'ayant regardée en face, s'est senti mourir ? Elle hâte la mort hésitante et prévient la crainte. L'âme demeure dans les membres pétrifiés, et les mânes captifs s'engourdissent sous les os. La chevelure des Euménides n'excite que la fureur ; Cerbère, aux accents d'Orphée, adoucit ses sifflements. Hercule vainqueur de l'hydre, soutint impunément ses regards. La monstrueuse Méduse fit trembler Phorcys, son père, la seconde divinité des eaux, et Céto, sa mère, et ses sœurs elles-mêmes, les Gorgones. Elle menaça le ciel et la mer d'un engourdissement soudain, et put envelopper le ciel et la terre. Devant elle les oiseaux tombent soudain du ciel, masse pesante.

la bibliotheque historique, diodore de sicile

τό τε γὰρ τῶν Γοργόνων ἔθνος, ἐφ´ ὃ λέγεται τὸν Περσέα στρατεῦσαι, παρειλήφαμεν ἀλκῇ διαφέρον· τὸ γὰρ τὸν Διὸς μὲν υἱόν, τῶν δὲ καθ´ ἑαυτὸν Ἑλλήνων ἄριστον, τελέσαι μέγιστον ἆθλον τὴν ἐπὶ ταύτας στρατείαν τεκμήριον ἄν τις λάβοι τῆς περὶ τὰς προειρημένας γυναῖκας ὑπεροχῆς τε καὶ δυνάμεως· ἥ τε τῶν νῦν μελλουσῶν ἱστορεῖσθαι ἀνδρεία παράδοξον ἔχει τὴν ὑπεροχὴν πρὸς τὰς καθ´ ἡμᾶς φύσεις τῶν γυναικῶν συγκρινομένη.

On sait par tradition que la race des Gorgones, contre lesquelles Persée combattit, a été extrêmement courageuse ; ce qui prouverait la valeur et la puissance de ces femmes, c'est que ce fils de Jupiter, de son temps le plus vaillant des Grecs, regarda cette expédition comme un grand exploit. Mais les Amazones dont nous allons parler paraîtront bien supérieures aux Gorgones.

The muse as medusa, may sarton

I saw you once, Medusa; we were alone.

I looked you straight in the cold eye, cold.
I was not punished, was not turned to stone
– How to believe the legends I am told?

I came naked as any little fish,
Prepared to be hooked, gutted, caught;
But I saw you, Medusa, made my wish,
And when I left you I was clothed in thought…

Being allowed, perhaps, to swim my way
Through the great deep and on the rising tide,
Flashing wild streams, as free and rich as they,
Though you had power marshaled on you side.

The fish escaped to many a magic reef;
The fish explored many a dangerous sea–
The fish, Medusa, did not come to grief,
But swims still in fluid mystery.

r.

Forget the image: your silence is my ocean, And even now, it teems with life. You chose

To abdicate by total lack of motion,
But did it work, for nothing really froze?

It is all fluid still, that world of feeling
Where thoughts, those, silent, feed and rove; And, fluid, it is also full of healing,
For love is healing, even rootless love.

I turn your face around! It is my face.
That frozen rage is what I must explore–
Oh, secret, self-enclosed, and ravaged place! This is the gift I thank Medusa for.



1971

Je t'ai vue une fois, Méduse ; nous étions seules,

Je t'ai regardée droit dans yeux froids.

Je n'ai pas été punie, je n'ai pas été transformée en pierre-

Comment croire les légendes qu'on me raconte ?


Je suis venue nue comme un petit poisson,

Préparée à être hameçonnée, vidée, attrapée ;

Puis je t'ai vue Méduse, j'ai fait un vœu,

Et quand je t'ai laissée, j'était enveloppée de pensées ...


Etant autorisée, peut être, à tracer mon chemin à la nage,

A travers les grandes profondeurs et au dessus de la marée montante,

En faisant jaillir des ruisseaux sauvages, aussi libres et riches qu'eux,

Bien que tu aies eu la puissance de ton côté.


Le poisson s'est échappé vers de nombreux récifs enchantés ;

Le poisson a exploré de nombreuses mer dangereuses-

Le poisson, Méduse, n'a pas eu de chagrin,

Mais nage toujours enveloppé de mystères.


Oublie cette image : ton silence est mon océan,

Et même maintenant, il regorge de vie. Tu as choisi

D'abdiquer par une immobilité totale,

Mais cela a t-il marché, car rien ne s'est vraiment figé ?


C'est encore versatile, ce monde de sentiments

Où les pensées, celles qui sont silencieuses, se nourrissent et vagabondent

C' est aussi plein de guérison

Car l'amour guérit, même l'amour sans racines


Je retourne ton visage ! C'est mon visage.

Cette rage glacée c'est ce que je doit explorer

Oh lieu secret, fermé sur lui même, ravagé !

C'est le cadeau pour lequel je remercie Méduse.











Dans la plupart de ces textes, Méduse est mise en relation avec la mer, l'océan. D'une part parce qu'elle est la fille de deux divinités primordiales des océans : Phorcys et Céto et ainsi petite fille d'Océan. Elle est une divinité des souterrains mais les éléments de sa vie la rattachent à la mer.
Les première représentations de la tête de Méduse, bien avant l'arrivée des mythes, étaient sur certaine îles grecques.

OCEAN

MORT DE MEDUSE

Méduse à été tuée par Persée et de son sang naissent Pégase et Chrysaor qui sortent de sa tête. Son sang coule aussi jusque dans la mer pour donner naissance au corail, animal qui devient aussi dur que de la pierre quand on le met hors de l'eau. C'est pour cet aspect que le corail et le symbole du Gorgoneion on été utilisés autour de la Méditerranée contre le mauvais oeuil , en rapport au regard pétrifiant de Méduse.

Persée délivrant Andromède, Giorgio Vasari, vers 1555-1572). Florence, Palazzo Vecchio.

Benvenuto Cellini, Persée tenant la tête de Méduse

Luciano Garbati, Méduse tenant la tête de Persée

1554, loggia des Lanzi

2011, New York County Criminal Court

EVOLUTION

Les textes les plus anciens présentent Méduse comme étant née monstrueuse et mortelle contrairement à ses soeurs dans le but d'être tuée un jour par Persée.
C'est au 17ème siècle que Méduse a commencé à être réhabillitée et les oeuvres qui en parlent à partir de cette période la mettront plus en avant et préfèreront la version du mythe où Méduse a été transformée en monstre par Athéna parce qu'elle à été violée par Poseïdon dans son temple.
Cette figure de victime qui est condamnée à la place de l'aggresseur nous permet d'avoir de l'empathie à son égard, contrairement à la façon dont elle a été représentée, en majorité par des hommes, comme une femme fatale ou une monstruosité qui transforme la vie en pierre.

L'opposition de ces deux statues illustre bien ce changement dans la façon dont Méduse est considérée : d'abord comme un monstre à tuer, l'objet, puis comme le sujet.



"Si les hommes tiennent longtemps(et toujours) les femmes à l'écart du pouvoir, celles-ci se constituent un répertoir de l'ascendance. [...] Tigres panthères, araignés chimères, dragons, crocodiles et une multitude de serpents : les orfèvres s'aproprient le thème biblique de la femme tentée/tentatrice ; leurs clientes le tirent vers la figure mythologique de Méduse. Ce glissement s'inspire du stéréotype de la femme fatale mais elle en prend aussi le contrôle : Méduse n'a pas de maître, son corps est (finalement) à elle."

Benjamin Lignel, Médusa bijoux et tabous, ETRES

Medusa dans kid icarus uprising Medusa, Flor Garduño

Méduse dans Atmosfear

MEDUSE AUJOURD'HUI

Jusqu'au XVII siècle, Persée est au centre des œuvres autour du mythe, l'accent est mis sur ce héros. C'est à partir de cette époque ou Méduse va être réhabilitée et où elle va commencé à être regardée avec compassion. Jusqu'à la deuxième moitié du XXème siècle,


De nos jours, au delà de la réutilisation féministe du personnage mythique de Méduse, elle est passée au premier plan et on ne voit plus qu'elle dans les œuvres : Persée a complétement disparu. La plupart du temps, elle reste le monstre à tuer tout en étant un personnage développé et aussi important que les héros, mais dans certains cas comme dans le jeu Atmosfear elle est le protagoniste (en étant un personnage jouable).


Autre exemple dans le jeu vidéo kid icarus uprising, Médusa est manipulée par le véritable ennemi et fait figure de méchante surpuissante avant de devenir une alliée des personnages principaux, se retournant contre celui qui l'a utilisée ; dans le jeux Atmosfear, elle fait partie des personnages jouables.