Want to make creations as awesome as this one?

More creations to inspire you

Transcript

Les Fleurs du Mal

de Charles Baudelaire

Séquence 1 : L'alchimie poétique ou l'univers baudelairien

Oeuvre intégrale :

Séance 1 : la transfiguration par l'écriture poétique

Séance 1 : la transfiguration par l'écriture poétique

La transfiguration est le fait de transformer une figure, une forme.

La transfiguration poétique est une transformation qui se réalise grâce à l'écriture poétique, d'un poème

Etude linéaire du poème "l'huître" de Francis Ponge

(LL n°1 pour l'oral bac)

Etude linéaire du poème "l'huître" de Francis Ponge

(LL n°1 pour l'oral bac)

1) Résumez en 2 phrases le thème du poème : que raconte-t-il ?

2) Quelle(s) image(s) de l'objet Francis Ponge transmet-il?

3) Voyez-vous une progression dans ce poème ?

Etude linéaire du poème "l'huître" de Francis Ponge

(LL n°1 pour l'oral bac)

4) En quoi ce poème est-il original ?

Séance 2 : Des figures de style au service de l'alchimie poétique

Objectifs : Révision des figures de style

- En binôme, lisez la fiche sur les figures de style et, au crayon de bois, remplissez-la. (attention, temps défini 20min)

- Mise en commun et comptabilisation des points (attention, l’écoute attentive de la correction vous permettra peut-être de remporter la mission 2…)

1 bonne réponse = 1pt ; pas de point si erreur

Exercices :

Quelles figures de style dans le rap ?

Séance 3: Alchimie poétique : la Boue et l'Or - étude du parcours

Corpus :

"La cigarette" de Laforgue
"Le lombric" de Roubaud
"Ode inachevée à la boue" de Ponge

Objectifs : Découverte du thème du parcours associé

Sujet:

Motif traditionnel en poésie ?

Sujet:

Motif traditionnel en poésie ? La poésie est un genre littéraire qui aborde traditionnellement des thèmes sentimentaux, employant souvent un registre lyrique (= expression des sentiments). Elle est parfois aussi engagée.
Ici, les poèmes sont atypiques et non conventionnels dans la mesure où ils s'interessent à des motifs rares, peu académiques et même repoussants.

Sujet réaliste ?

Quel intérêt poursuit le poète dans chaque écrit poétique ?

Bilan :

Les poèmes de Laforgue, Roubaud ou Ponge proposent une poésie étonnante puisque leur support poétique concerne des motifs poétiques peu conventionnels et souvent mis à l’écart dans la société.
L’écriture poétique sublime ces thèmes repoussants grâce à la musicalité, aux images étonnantes associées, aux rythmes des vers et à l’appel à l’empathie du lecteur. L’alchimie poétique se produit donc : du matériau trivial, banal et repoussant nait une création poétique noble. Ces poèmes peuvent être associés au parcours poétique « Alchimie poétique, la boue et l’or » qui propose ce paradoxe.

Séance 4: La versification au service de la musicalité

Révisions à partir du corpus:

"La cigarette" de Laforge
"Le lombric" de Roubaud
"Ode à la boue" de Ponge

Objectifs : Révision du vocabulaire de la versification

Séance 5: Un poème atypique: "Le Crapaud" de Tristran Corbière

Etude linéaire (LL n°2 pour l'oral bac)

Introduction

Qui est Corbière ?

(jusque la 8ème min)

Séance : Rencontre avec un poète qui transfigure le quotidien

Qui est Charles Baudelaire ?

1821-1867

Critique d'art

Poète

Dandy

Traducteur

Baudelaire se fait connaître par de longs critique d'art. Chaque année, en mars-avril, se tenait au Louvre une exposition appelée le « Salon », où peintres, sculpteurs, montraient leurs dernières œuvres. Le compte-rendu de cette manifestation autant artistique que mondaine était devenu un véritable genre littéraire, dans lequel se sont illustrés également Diderot et Stendhal.

Avec le Salon de 1843 et le Salon de 1846, il laisse apparaître les principes d'une esthétique à laquelle il restera fidèle dans tous ses écrits sur l'art.

En 1845, Barbey d'Aurevilly publie une étude sur le dandysme inspirée par l'admiration qu'il vouait au dandy anglais Georges Brummel. Son dandysme résidait dans la perfection de son habillement, dans son désir d'étonner, dans son mépris de tout devoir, dans son insolence.

Baudelaire aime aussi ces recherches vestimentaires, cherchant à étonner, à provoquer. Mais pour Baudelaire c'est un moyen de se distinguer du vulgaire. Il fait du dandy un personnage impassible, le dandy étant un homme qui étonne sans jamais être étonné.

Littérairement, Baudelaire se découvre un « frère », américain Edgar Allan Poe (1809-1849) dont le destin solitaire, la foi en la puissance salvatrice de l'art, la soif d'infini lui renvoient l'image de sa propre misère. Il traduit ainsi les œuvres de Poe (Histoires extraordinaires et Nouvelles histoires extraordinaires).

« Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage

Traversé ça et là par de brillants soleils » (Poème "L'ennemi")

1857 - Publication des Fleurs du Mal -
Scandale / Procès

1861 - Deuxième édition des Fleurs du Mal

Travaille à des poèmes en prose qui seront réunis après sa mort sous le titre Le Spleen de Paris (recueil posthume)

1860 - Les Paradis Artificiels

Baudelaire et les femmes

Sarah la louchette

Première liaison du jeune Baudelaire dans le quartier latin; certains poèmes lui semblent attribués comme "Sarah la louchette"

Jeanne Duval, dite "La Vénus noire"


Actrice de Boulevard, métisse (née d'un père noir et d'une mère blanche); sera la compagne infidèle de Baudelaire pendant 23 ans. Liaison tempétueuse qui inspireront à Baudelaire 18 poèmes (dont "Les Bijoux", "Parfum exotique", "la Chevelure"...)

Marie Daubrun (figure de l'idéal inaccessible)

Jeune comédienne, surnommée "la femme aux yeux verts", femme-enfant qui inspirera à Baudelaire des poèmes au climat automnal, "invitation au voyage", "causerie..."

Apollonie Sabatier (figure angélique)

Artiste peintre, demi-mondaine. Tient un salon littéraire où elle reçoit des artistes de renom. Baudelaire lui envoya des poèmes de manière anonyme pendant cinq ans pour la séduire. Elle fut l'inspiratrice d'un certain nombre de poèmes comme : "A celle qui est trop gaie" (poème condamné), "A une Madone", "Tout entière", "Que diras-tu ce soir", "Confession", "Réversibilité", "L’Aube Spirituelle" et "Harmonie du Soir".

En , elle cédera au poète et déchoira dès lors du piédestal sur lequel il l’avait élevée, puisque celui-ci lui écrira peu après: « Il y a quelques jours, tu étais une divinité, ce qui est si commode, ce qui est si beau, si inviolable. Te voilà femme maintenant… »

"Pour mon malheur, je ne suis pas fait comme les autres hommes" (Lettre à sa mère)

La vie de Baudelaire en BD

Pour lire facilement les pages, faîtes un clic droit sur l'image et sélectionnez "ouvrir dans un nouvel onglet"









S7 : Le recueil, Les Fleurs du Mal, une oeuvre scandaleuse

Le titre

Baudelaire avait prévu un premier titre très provocateur pour l'époque :

Les Lesbiennes (Lesbos étant considéré comme une terre de volupté païenne ; île quasi mythologique, contemporaine de Vénus, où le cadavre d'Orphée flotte. Fait référence à Sapho, prêtresse de la poésie et de l'amour lesbien, qui s'éprend du beau Phaon, mais dédaignée, elle se jette dans la mer. De plus, lesbianisme, représente la recherche d'un idéal par des amours hétérodoxes ; symbolise la marginalité comme celle du poète. Titre qui prend surtout le contrepied des attentes habituelles en poésie.

Deux années plus tard songe au titre Les Limbes, titre évoquant pour les chrétiens un lieu dans les Enfers réservé aux innocents dépourvus de baptême.

Le titre définitif est trouvé en 1855 : alliance de termes contradictoires et provocateur. « Fleur » en poésie connote l'éclat innocent et pur, évoque la femme jeune et belle. Au mal s'associent le sombre, l'informe, le hideux. Par ce titre, Baudelaire semble affirmer qu'il existe une beauté propre au mal.

- Fleurs : souvent utilisé par Baudelaire dans le recueil comme la métaphore des poèmes (et de la création poétique en général).

- Préposition « du » : n'indique pas seulement l'appartenance mais l'origine. Les fleurs (les poésies) sont extraites du mal : lecture du titre qui met l'accent sur l'opération poétique elle-même qui transmue le mal et la laideur en beauté. La poésie est conçue comme une alchimie de la réalité : « Tu m'a donné ta boue et j'en fait de l'or » (Vers extrait projet épilogue 2ème éditon, invocation à Paris, capitale du « mal »)

- Singulier « le mal » : valeur généralisante ; embrasse ici toutes les formes de souffrance et de misère.

  • Mal social : les êtres déchus peuplent l'univers de Baudelaire.
  • Mal moral : sadisme et goût du crime hantent les âmes.
  • Mal physique : souffrance du corps et des nerfs du poète.
  • Mal métaphysique : celui d'un âme angoissée par l'absence de dieu et assaillie pourtant par le tourment du péché et de la damnation.

Baudelaire expliquait son titre en parlant d' "extraire la beauté du mal"



A . Le titre du recueil poétique


Baudelaire avait prévu un premier titre très provocateur pour l'époque :

Les Lesbiennes (Lesbos étant considéré comme une terre de volupté païenne ; île quasi mythologique, contemporaine de Vénus, où le cadavre d'Orphée flotte. Fait référence à Sapho, prêtresse de la poésie et de l'amour lesbien, qui s'éprend du beau Phaon, mais dédaignée, elle se jette dans la mer. De plus, lesbianisme, représente la recherche d'un idéal par des amours hétérodoxes ; symbolise la marginalité comme celle du poète. Titre qui prend surtout le contrepied des attentes habituelles en poésie.

Deux années plus tard songe au titre Les Limbes, titre évoquant pour les chrétiens un lieu dans les Enfers réservé aux innocents dépourvus de baptême.

Le titre définitif est trouvé en 1855 : alliance de termes contradictoires et provocateur. « Fleur » en poésie connote l'éclat innocent et pur, évoque la femme jeune et belle. Au mal s'associent le sombre, l'informe, le hideux. Par ce titre, Baudelaire semble affirmer qu'il existe une beauté propre au mal.

- Fleurs : souvent utilisé par Baudelaire dans le recueil comme la métaphore des poèmes (et de la création poétique en général).

- Préposition « du » : n'indique pas seulement l'appartenance mais l'origine. Les fleurs (les poésies) sont extraites du mal : lecture du titre qui met l'accent sur l'opération poétique elle-même qui transmue le mal et la laideur en beauté. La poésie est conçue comme une alchimie de la réalité : « Tu m'a donné ta boue et j'en fait de l'or » (Vers extrait projet épilogue 2ème éditon, invocation à Paris, capitale du « mal »)

- Singulier « le mal » : valeur généralisante ; embrasse ici toutes les formes de souffrance et de misère.

  • Mal social : les êtres déchus peuplent l'univers de Baudelaire.
  • Mal moral : sadisme et goût du crime hantent les âmes.
  • Mal physique : souffrance du corps et des nerfs du poète.
  • Mal métaphysique : celui d'un âme angoissée par l'absence de dieu et assaillie pourtant par le tourment du péché et de la damnation.

Baudelaire expliquait son titre en parlant d' "extraire la beauté du mal"


S3 : Le recueil, Les Fleurs du Mal, une oeuvre scandaleuse

Le titre

Baudelaire avait prévu un premier titre très provocateur pour l'époque :

Les Lesbiennes (Lesbos étant considéré comme une terre de volupté païenne ; île quasi mythologique, contemporaine de Vénus, où le cadavre d'Orphée flotte. Fait référence à Sapho, prêtresse de la poésie et de l'amour lesbien, qui s'éprend du beau Phaon, mais dédaignée, elle se jette dans la mer. De plus, lesbianisme, représente la recherche d'un idéal par des amours hétérodoxes ; symbolise la marginalité comme celle du poète. Titre qui prend surtout le contrepied des attentes habituelles en poésie.

Deux années plus tard songe au titre Les Limbes, titre évoquant pour les chrétiens un lieu dans les Enfers réservé aux innocents dépourvus de baptême.

Le titre définitif est trouvé en 1855 : alliance de termes contradictoires et provocateur. « Fleur » en poésie connote l'éclat innocent et pur, évoque la femme jeune et belle. Au mal s'associent le sombre, l'informe, le hideux. Par ce titre, Baudelaire semble affirmer qu'il existe une beauté propre au mal.

- Fleurs : souvent utilisé par Baudelaire dans le recueil comme la métaphore des poèmes (et de la création poétique en général).

- Préposition « du » : n'indique pas seulement l'appartenance mais l'origine. Les fleurs (les poésies) sont extraites du mal : lecture du titre qui met l'accent sur l'opération poétique elle-même qui transmue le mal et la laideur en beauté. La poésie est conçue comme une alchimie de la réalité : « Tu m'a donné ta boue et j'en fait de l'or » (Vers extrait projet épilogue 2ème éditon, invocation à Paris, capitale du « mal »)

- Singulier « le mal » : valeur généralisante ; embrasse ici toutes les formes de souffrance et de misère.

  • Mal social : les êtres déchus peuplent l'univers de Baudelaire.
  • Mal moral : sadisme et goût du crime hantent les âmes.
  • Mal physique : souffrance du corps et des nerfs du poète.
  • Mal métaphysique : celui d'un âme angoissée par l'absence de dieu et assaillie pourtant par le tourment du péché et de la damnation.

Baudelaire expliquait son titre en parlant d' "extraire la beauté du mal"



Le recueil vu avec humour par Miss Book

La structure du recueil

« une architecture secrète, un plan calculé par le poète, méditatif et volontaire. Ce sont moins des poésies qu'une œuvre poétique de la lus forte unité » selon Barbey d'Aurevilly.

- Edition de 1857 : 100 poèmes répartis en cinq sections (Spleen et Idéal, Le Vin, Fleurs du Mal, Révolte, la Mort)

- Recomposition de 1861 : 35 poèmes nouveaux et une section supplémentaire. (Tableaux parisiens)

- 1868 : édition définitive, publiée un an après sa mort (Spleen et Idéal, Tableaux parisiens, le Vin, Fleurs du Mal...)

  • Spleen et Idéal : section fondamentale où se côtoient grandeur et misère de l'homme (termes pascaliens) qui s'affrontent sans issue. Les deux éléments se nourrissent l'un de l'autre, l'être est assailli d'angoisse car porte un désir d'infini, d'absolu que rien ici-bas ne peut contenter ; toute « élévation « est suivie de retombée dans le spleen.Sorte d'itinéraire spirituel, mouvement, où l'artiste s'interroge sur les pouvoirs de l'art, les difficultés de l'artiste, l'aspiration vers l'Idéal, l'évasion, ses souffrances et son spleen.

  • Tableaux parisiens : Paris « fourmillante cité pleine de rêves », renvoie au poète l'image démultipliée de sa détresse : partout des infirmes, des exilés, des êtres déchus. Thème moderne, urbain.

  • Le vin : recours des désespérés et des idéalistes, symbolise une voie d'évasion vers l'ailleurs

  • Fleurs du mal : luxure et amours interdites, autre évasion, témoignent chez les êtres damnés d'une nostalgie de l'infini, quête sublime vouée à l'échec

  • Révolte : la tentation suprême, se révolter contre Dieu et se tourner vers Satan

  • La mort : « C'est la Mort qui console, hélas ! Et qui fait vivre » : paradoxe baudelairien de « la mort des amants » qui place la mort comme le dernier espoir. Le grand poème final « le voyage » est un texte bilan qui dévoile une leçon implacable et pose une question : la mort, au fond de l'inconnu, révélera-t-elle du nouveau ?

B) la structure

Architecture: 6 sections bien classées dans le recueil : Vers le Spleen

1.Spleen et Idéal (85 poèmes; élan/chute)
2. Tableaux parisiens (18 poèmes; évasion ds la ville)
3.Le Vin (5 poèmes; réconfort /paradis artificiels)
4.Fleurs du Mal (9 poèmes;destruction/abandon de l’être)
5.Révolte (3 poèmes; sarcasme contre Dieu)
6.La Mort (6 poèmes; repos dans la mort)

Les Fleurs du Mal

Structure du recueil

Edition de 1868

Section


Thèmes

Titres de poèmes

« Spleen et idéal »

85 poèmes

Glissement de l’idéal vers le spleen s’opère à travers trois interrogations :

- l’art : le poète se sent voué à l’idéal et à la beauté mais difficulté de l’écriture, vision de l’artiste, entre grandeur et misère.

- le désir amoureux : image de la femme ; cycles de Jeanne Duval, Mme Sabatier, Marie Daubrun. Idéalisation, souffrance du désir, sensualité…

- le spleen : lié à la mort, au temps qui passe, à l’ennui
















« Tableaux Parisiens »

28 poèmes

Représentation de la ville comme lieu des misères humaines et sociales, de la « boue »

Identification du poète à des figures de la souffrance









« Le Vin »

5 poèmes

Pouvoir libérateur du vin face à la misère de la condition humaine.

Mais « paradis artificiel »






« Fleurs du Mal »

9 poèmes

Sur la fascinante beauté de la débauche, échappatoire à notre condition.

Volupté et cruauté qui mène à la ruine de l’être, corps et âme.






« Révolte »

3 poèmes

Provocation de Dieu qui ne fait rien pour soulager l’homme. Révolte de l’homme envers Dieu

Appel lancé à Satan






« La Mort »

6 poèmes

La mort comme lieu à atteindre et à explorer ; marque une ouverture possible à l’infini et un apaisement.

« trouver du nouveau »







Baudelaire avait prévu un premier titre très provocateur pour l'époque :

Les Lesbiennes (Lesbos étant considéré comme une terre de volupté païenne ; île quasi mythologique, contemporaine de Vénus, où le cadavre d'Orphée flotte. Fait référence à Sapho, prêtresse de la poésie et de l'amour lesbien, qui s'éprend du beau Phaon, mais dédaignée, elle se jette dans la mer. De plus, lesbianisme, représente la recherche d'un idéal par des amours hétérodoxes ; symbolise la marginalité comme celle du poète. Titre qui prend surtout le contrepied des attentes habituelles en poésie.

Deux années plus tard songe au titre Les Limbes, titre évoquant pour les chrétiens un lieu dans les Enfers réservé aux innocents dépourvus de baptême.

Le titre définitif est trouvé en 1855 : alliance de termes contradictoires et provocateur. « Fleur » en poésie connote l'éclat innocent et pur, évoque la femme jeune et belle. Au mal s'associent le sombre, l'informe, le hideux. Par ce titre, Baudelaire semble affirmer qu'il existe une beauté propre au mal.

- Fleurs : souvent utilisé par Baudelaire dans le recueil comme la métaphore des poèmes (et de la création poétique en général).

- Préposition « du » : n'indique pas seulement l'appartenance mais l'origine. Les fleurs (les poésies) sont extraites du mal : lecture du titre qui met l'accent sur l'opération poétique elle-même qui transmue le mal et la laideur en beauté. La poésie est conçue comme une alchimie de la réalité : « Tu m'a donné ta boue et j'en fait de l'or » (Vers extrait projet épilogue 2ème éditon, invocation à Paris, capitale du « mal »)

- Singulier « le mal » : valeur généralisante ; embrasse ici toutes les formes de souffrance et de misère.

  • Mal social : les êtres déchus peuplent l'univers de Baudelaire.
  • Mal moral : sadisme et goût du crime hantent les âmes.
  • Mal physique : souffrance du corps et des nerfs du poète.
  • Mal métaphysique : celui d'un âme angoissée par l'absence de dieu et assaillie pourtant par le tourment du péché et de la damnation.

Baudelaire expliquait son titre en parlant d' "extraire la beauté du mal"


« une architecture secrète, un plan calculé par le poète, méditatif et volontaire. Ce sont moins des poésies qu'une œuvre poétique de la lus forte unité » selon Barbey d'Aurevilly.

- Edition de 1857 : 100 poèmes répartis en cinq sections (Spleen et Idéal, Le Vin, Fleurs du Mal, Révolte, la Mort)

- Recomposition de 1861 : 35 poèmes nouveaux et une section supplémentaire. (Tableaux parisiens)

- 1868 : édition définitive, publiée un an après sa mort (Spleen et Idéal, Tableaux parisiens, le Vin, Fleurs du Mal...)

  • Spleen et Idéal : section fondamentale où se côtoient grandeur et misère de l'homme (termes pascaliens) qui s'affrontent sans issue. Les deux éléments se nourrissent l'un de l'autre, l'être est assailli d'angoisse car porte un désir d'infini, d'absolu que rien ici-bas ne peut contenter ; toute « élévation « est suivie de retombée dans le spleen.Sorte d'itinéraire spirituel, mouvement, où l'artiste s'interroge sur les pouvoirs de l'art, les difficultés de l'artiste, l'aspiration vers l'Idéal, l'évasion, ses souffrances et son spleen.

  • Tableaux parisiens : Paris « fourmillante cité pleine de rêves », renvoie au poète l'image démultipliée de sa détresse : partout des infirmes, des exilés, des êtres déchus. Thème moderne, urbain.

  • Le vin : recours des désespérés et des idéalistes, symbolise une voie d'évasion vers l'ailleurs

  • Fleurs du mal : luxure et amours interdites, autre évasion, témoignent chez les êtres damnés d'une nostalgie de l'infini, quête sublime vouée à l'échec

  • Révolte : la tentation suprême, se révolter contre Dieu et se tourner vers Satan

  • La mort : « C'est la Mort qui console, hélas ! Et qui fait vivre » : paradoxe baudelairien de « la mort des amants » qui place la mort comme le dernier espoir. Le grand poème final « le voyage » est un texte bilan qui dévoile une leçon implacable et pose une question : la mort, au fond de l'inconnu, révélera-t-elle du nouveau ?

S3 : Le recueil, Les Fleurs du Mal, une oeuvre scandaleuse

Le titre

Baudelaire avait prévu un premier titre très provocateur pour l'époque :

Les Lesbiennes (Lesbos étant considéré comme une terre de volupté païenne ; île quasi mythologique, contemporaine de Vénus, où le cadavre d'Orphée flotte. Fait référence à Sapho, prêtresse de la poésie et de l'amour lesbien, qui s'éprend du beau Phaon, mais dédaignée, elle se jette dans la mer. De plus, lesbianisme, représente la recherche d'un idéal par des amours hétérodoxes ; symbolise la marginalité comme celle du poète. Titre qui prend surtout le contrepied des attentes habituelles en poésie.

Deux années plus tard songe au titre Les Limbes, titre évoquant pour les chrétiens un lieu dans les Enfers réservé aux innocents dépourvus de baptême.

Le titre définitif est trouvé en 1855 : alliance de termes contradictoires et provocateur. « Fleur » en poésie connote l'éclat innocent et pur, évoque la femme jeune et belle. Au mal s'associent le sombre, l'informe, le hideux. Par ce titre, Baudelaire semble affirmer qu'il existe une beauté propre au mal.

- Fleurs : souvent utilisé par Baudelaire dans le recueil comme la métaphore des poèmes (et de la création poétique en général).

- Préposition « du » : n'indique pas seulement l'appartenance mais l'origine. Les fleurs (les poésies) sont extraites du mal : lecture du titre qui met l'accent sur l'opération poétique elle-même qui transmue le mal et la laideur en beauté. La poésie est conçue comme une alchimie de la réalité : « Tu m'a donné ta boue et j'en fait de l'or » (Vers extrait projet épilogue 2ème éditon, invocation à Paris, capitale du « mal »)

- Singulier « le mal » : valeur généralisante ; embrasse ici toutes les formes de souffrance et de misère.

  • Mal social : les êtres déchus peuplent l'univers de Baudelaire.
  • Mal moral : sadisme et goût du crime hantent les âmes.
  • Mal physique : souffrance du corps et des nerfs du poète.
  • Mal métaphysique : celui d'un âme angoissée par l'absence de dieu et assaillie pourtant par le tourment du péché et de la damnation.

Baudelaire expliquait son titre en parlant d' "extraire la beauté du mal"



La structure du recueil

« une architecture secrète, un plan calculé par le poète, méditatif et volontaire. Ce sont moins des poésies qu'une œuvre poétique de la lus forte unité » selon Barbey d'Aurevilly.

- Edition de 1857 : 100 poèmes répartis en cinq sections (Spleen et Idéal, Le Vin, Fleurs du Mal, Révolte, la Mort)

- Recomposition de 1861 : 35 poèmes nouveaux et une section supplémentaire. (Tableaux parisiens)

- 1868 : édition définitive, publiée un an après sa mort (Spleen et Idéal, Tableaux parisiens, le Vin, Fleurs du Mal...)

  • Spleen et Idéal : section fondamentale où se côtoient grandeur et misère de l'homme (termes pascaliens) qui s'affrontent sans issue. Les deux éléments se nourrissent l'un de l'autre, l'être est assailli d'angoisse car porte un désir d'infini, d'absolu que rien ici-bas ne peut contenter ; toute « élévation « est suivie de retombée dans le spleen.Sorte d'itinéraire spirituel, mouvement, où l'artiste s'interroge sur les pouvoirs de l'art, les difficultés de l'artiste, l'aspiration vers l'Idéal, l'évasion, ses souffrances et son spleen.

  • Tableaux parisiens : Paris « fourmillante cité pleine de rêves », renvoie au poète l'image démultipliée de sa détresse : partout des infirmes, des exilés, des êtres déchus. Thème moderne, urbain.

  • Le vin : recours des désespérés et des idéalistes, symbolise une voie d'évasion vers l'ailleurs

  • Fleurs du mal : luxure et amours interdites, autre évasion, témoignent chez les êtres damnés d'une nostalgie de l'infini, quête sublime vouée à l'échec

  • Révolte : la tentation suprême, se révolter contre Dieu et se tourner vers Satan

  • La mort : « C'est la Mort qui console, hélas ! Et qui fait vivre » : paradoxe baudelairien de « la mort des amants » qui place la mort comme le dernier espoir. Le grand poème final « le voyage » est un texte bilan qui dévoile une leçon implacable et pose une question : la mort, au fond de l'inconnu, révélera-t-elle du nouveau ?

Le procès

Baudelaire et son éditeur sont condamnés à des amendes et à la suppression de poèmes pour « offense à la morale publique et aux bonnes mœurs » (6 poèmes : "les Bijoux", "Le Léthé", "A celle qui est trop gaie", "Femmes damnées", "Lesbos", "les Métamorphoses du vampire").

On s'indigne de l'immoralité de l'ouvrage que l'on désigne comme des « monstruosités », un livre « abominable ». on reproche à Baudelaire la tendance à l'érotisme car la poésie ne doit pas montrer la réalité crue et doit avoir une perspective moralisatrice (surtout car elle est lue par femmes et jeunes femmes). Baudelaire est atterré, persuadé que la société n'a pas compris la signification de son recueil.

Le soir même du verdict, Baudelaire apparaît dans une brasserie parisienne en «toilette de guillotiné», portant une chemise sans col et les cheveux rasés. Il éprouve un profond sentiment d’injustice qui ne le quittera plus.


http://michel.parpere.pagesperso-orange.fr/pedago/sq4_poesie/LC4/docs/Proces_FM.pdf

C. Le procès

Documents sur le procès des Fleurs du mal


Charles Baudelaire - Notes et documents pour mon avocat 1857

Le livre doit être jugé dans son ensemble, et alors il en ressort une terrible moralité.

Donc je n’ai pas à me louer de cette singulière indulgence qui n’incrimine que 13 morceaux sur 100. Cette indulgence m’est très funeste.

C’est en pensant à ce parfait ensemble de mon livre que je disais à M. le Juge d’Instruction : Mon unique tort a été de compter sur l’intelligence universelle, et de ne pas faire une préface où j’aurais posé mes principes littéraires et dégagé la question si importante de la Morale.

(Voir, à propos de la Morale dans les œuvres d’Art, les remarquables lettres de M. Honoré de Balzac à M. Hippolyte Castille, dans le journal la Semaine.)

Le volume est, relativement à l’abaissement général des prix en librairie, d’un prix élevé. C’est déjà une garantie importante. Je ne m’adresse donc pas à la foule.

Il y a prescription pour deux des morceaux incriminés : Lesbos et Le Reniement de Saint Pierre, parus depuis longtemps et non poursuivis.

Mais je prétends, au cas même où on me contraindrait à me reconnaître quelques torts, qu’il y a une sorte de prescription générale. Je pourrais faire une bibliothèque de livres modernes non poursuivis, et qui ne respirent pas, comme le mien, L’HORREUR DU MAL. Depuis près de 30 ans, la littérature est d’une liberté qu’on veut brusquement punir en moi. Est-ce juste ?

Il y a plusieurs morales. Il y a la morale positive et pratique à laquelle tout le monde doit obéir.

Mais il y a la morale des arts. Celle-là est tout autre. Et depuis le Commencement du monde, les Arts l’ont bien prouvé.

Il y a aussi plusieurs sortes de Liberté. Il y a la Liberté pour le Génie, et il y a une liberté très restreinte pour les polissons.

M. Charles Baudelaire n’aurait-il pas le droit d’arguer des licences permises à Béranger (Œuvres Complètes autorisées) ? Tel sujet reproché à Ch. Baudelaire a été traité par Béranger. Lequel préférez-vous ? le poète triste ou le poète gai et effronté, l’horreur dans le mal ou la folâtrerie, le remords ou l’impudence ?

(Il ne serait peut-être pas sain d'user outre mesure de cet argument.)

Je répète qu’un Livre doit être jugé dans son ensemble. À un blasphème, j’opposerai des élancements vers le Ciel, à une obscénité des fleurs platoniques.

Depuis le commencement de la poésie, tous les volumes de poésie sont ainsi faits. Mais il était impossible de faire autrement un livre destiné à représenter L’AGITATION DE L’ESPRIT DANS LE MAL.

M. le Ministre de l’Intérieur, furieux d’avoir lu un éloge fastueux de mon livre dans Le Moniteur, a pris ses précautions pour que cette mésaventure ne se reproduisît pas.

M. d’Aurevilly (un écrivain absolument catholique, autoritaire et non suspect) portait au Pays, auquel il est attaché, un article sur les FLEURS DU MAL ; et il lui a été dit qu’une consigne récente défendait de parler de M. Charles

Baudelaire dans le Pays.

Or, il y a quelques jours, j’exprimais à M. le juge d’instruction la crainte que le bruit de la saisie ne glaçât la bonne volonté des personnes qui trouveraient quelque chose de louable dans mon livre. Et M. le Juge (Charles Camusat, Busserolles) me répondit : Monsieur, tout le monde a parfaitement LE DROIT de vous défendre dans TOUS les journaux, sans exception.

MM. les Directeurs de la Revue française n’ont pas osé publier l’article de M. Charles Asselineau, le plus sage et le plus modéré des écrivains. Ces messieurs se sont renseignés au Ministère de l’intérieur (!), et il leur a été répondu

qu’il y aurait pour eux danger à publier cet article. Ainsi, abus de pouvoir et entraves apportées à la défense !

Le nouveau règne napoléonien, après les illustrations de la guerre, doit rechercher les illustrations des lettres et des arts.

Qu’est-ce que c’est que cette morale prude, bégueule, taquine, et qui ne tend à rien moins [sic] qu’à créer des conspirateurs même dans l’ordre si tranquille des rêveurs ?

Cette morale-là irait jusqu’à dire : DÉSORMAIS ON NE FERA QUE DES LIVRES CONSOLANTS ET SERVANTS À DÉMONTRER QUE L’HOMME EST NÉ BON, ET QUE TOUS LES HOMMES SONT HEUREUX, — abominable hypocrisie !

(Voir le résumé de mon interrogatoire, et la liste des morceaux incriminés.)

Extraits du réquisitoire d’Ernest Pinard 1857, publié, sans indication de source, en 1885 dans la Revue des grands procès contemporains dirigée par G. Lèbre, avocat à la Cour de Paris.)

Poursuivre un livre pour offense à la morale publique est toujours chose délicate. Si la poursuite n’aboutit pas, on fait à l’auteur un succès, presque un piédestal; il triomphe et l’on a assumé, vis-à-vis de lui, l’apparence de la persécution.

J’ajoute que dans l’affaire actuelle, l’auteur arrive devant vous, protégé par des écrivains de valeur, des critiques sérieux dont le témoignage complique encore la tâche du ministère public. [...]

Charles Baudelaire n’appartient pas à une école. Il ne relève que de lui-même. Son principe, sa théorie, c’est de tout peindre, de tout mettre à nu. Il fouillera la nature humaine dans tous ses replis les plus intimes; il aura pour la rendre, des tons vigoureux et saisissants, il l’exagérera surtout dans ses côtés hideux; il la grossira outre mesure, afin de créer l’impression, la sensation. Il fait ainsi, peut-il dire, la contrepartie du classique, du convenu, qui est singulièrement monotone et qui n’obéit qu’à des règles artificielles.

Le juge n’est point un critique littéraire, appelé à se prononcer sur des modes opposés d’apprécier l’art et de le rendre. Il n’est point le juge des écoles, mais le législateur l’a investi d’une mission définie: le législateur a inscrit dans nos codes le délit d’offense à la morale publique, il a puni ce délit de certaines peines, il a donné au pouvoir judiciaire une autorité discrétionnaire pour reconnaître si cette morale est offensée, si la limite est franchie. Le juge est une sentinelle qui ne doit pas laisser passer la frontière. Voilà sa mission. [...]

Je lis [...] la pièce intitulée «Les Bijoux», et j’y signale trois strophes qui, pour le critique le plus indulgent, constituent la peinture lascive, offensant la morale publique: «Et ses bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins [...]».

Dans la pièce intitulée «Le Léthé», je vous signale la strophe finale: «Je sucerai pour noyer ma rancœur [...]». Dans la pièce «À celle qui est trop gaie», que pensez-vous de ces trois strophes où l’amant dit à sa maîtresse: «Ainsi je voudrais une nuit [...]»? Les deux pièces intitulées «Lesbos» et «Les Femmes damnées» sont à lire entièrement. Vous y trouverez dans les détails les plus intimes mœurs des tribades. [...]

La première objection qu’on me fera sera celle-ci : Le livre est triste; le nom seul dit que l’auteur a voulu dépeindre le mal et ses trompeuses caresses, pour en préserver. Ne s’appelle-t-il pas Les Fleurs du Mal? Dès lors, voyez-y un enseignement au lieu d’y voir une offense.

Un enseignement! Ce mot-là est bientôt dit. Mais ici, il n’est pas la vérité. Croit-on que certaines fleurs au parfum vertigineux soient bonnes à respirer? Le poison qu’elles apportent n’éloigne pas d’elles; il monte à la tête, il grise les nerfs, il donne le trouble, le vertige, et il peut tuer aussi.

Je peins le mal avec ses enivrements, mais aussi ses misères et ses hontes, direz-vous! Soit, mais tous ces nombreux lecteurs pour lesquels vous écrivez, car vous tirez à plusieurs milliers d’exemplaires et vous vendez à bas prix, ces multiples lecteurs, de tout rang, de tout âge, de toute condition, prendront-ils l’antidote dont vous parlez avec tant de complaisance? Même chez vos lecteurs instruits, chez vos hommes faits, croyez-vous qu’il y ait beaucoup de froids calculateurs pesant le pour et le contre, mettant le contrepoids à côté du poids, ayant la tête, l’imagination, le sens parfaitement équilibrés? L’homme n’en veut pas convenir, il a trop d’orgueil pour cela. Mais la vérité, la voici: l’homme est toujours plus ou moins infirme, plus ou moins faible, plus ou moins malade, portant d’autant plus le poids de sa chute originelle, qu’il veut en douter ou la nier [...].

Pour tous ceux qui ne sont encore ni appauvris ni blasés, il y a toujours des impressions malsaines à recueillir dans de semblables tableaux. Quelles que soient les conséquences du désordre, si édifiés que soient à cet égard certains lecteurs, ils chercheront surtout dans les pages de ce livre: «La Femme nue» essayant des poses devant l’amant fasciné; «La Mégère libertine» qui verse trop de flammes et qu’on ne peut, comme le Styx, embrasser neuf fois («Non Satiata»); «La Vierge folle», dont la jupe et la gorge aiguë aux bouts charmants versent «Le Léthé»; «La

Femme trop gaie», dont l’amant châtie la chair joyeuse, en lui ouvrant des lèvres nouvelles; «Le Beau Navire», où la femme est décrite avec la gorge triomphante, provocante, bouclier armé de pointes roses, tandis que les jambes, sous les volants qu’elles chassent, tourmentent les désirs et les agacent; «La Mendiante rousse», dont les nœuds mal attachés dévoilent le sein tout nouvelet, et dont les bras, pour la déshabiller, se font prier, en chassant les doigts lutins; [...] les «Métamorphoses», ou la femme-Vampire étouffant un homme en ses bras veloutés, abandonnant aux

morsures son buste, sur les matelas qui se pâment d’émoi, au point que les anges impuissants se damneraient pour elle. [...]

Messieurs, j’ai répondu aux objections, et je vous dis: réagissez, par un jugement, contre ces tendances croissantes, mais certaines, contre cette fièvre malsaine qui porte à tout peindre, à tout décrire, à tout dire, comme si le délit d’offense à la morale publique était abrogé, et comme si cette morale n’existait pas. [...]

Soyez indulgents pour Baudelaire, qui est une nature inquiète et sans équilibre.

Soyez-le pour les imprimeurs, qui se mettent à couvert derrière l’auteur. Mais donnez, en condamnant au moins certaines pièces du livre, un avertissement devenu nécessaire.

Les Fleurs du Mal

Structure du recueil

Edition de 1868

Section


Thèmes

Titres de poèmes

« Spleen et idéal »

85 poèmes

Glissement de l’idéal vers le spleen s’opère à travers trois interrogations :

- l’art : le poète se sent voué à l’idéal et à la beauté mais difficulté de l’écriture, vision de l’artiste, entre grandeur et misère.

- le désir amoureux : image de la femme ; cycles de Jeanne Duval, Mme Sabatier, Marie Daubrun. Idéalisation, souffrance du désir, sensualité…

- le spleen : lié à la mort, au temps qui passe, à l’ennui
















« Tableaux Parisiens »

28 poèmes

Représentation de la ville comme lieu des misères humaines et sociales, de la « boue »

Identification du poète à des figures de la souffrance









« Le Vin »

5 poèmes

Pouvoir libérateur du vin face à la misère de la condition humaine.

Mais « paradis artificiel »






« Fleurs du Mal »

9 poèmes

Sur la fascinante beauté de la débauche, échappatoire à notre condition.

Volupté et cruauté qui mène à la ruine de l’être, corps et âme.






« Révolte »

3 poèmes

Provocation de Dieu qui ne fait rien pour soulager l’homme. Révolte de l’homme envers Dieu

Appel lancé à Satan






« La Mort »

6 poèmes

La mort comme lieu à atteindre et à explorer ; marque une ouverture possible à l’infini et un apaisement.

« trouver du nouveau »







Baudelaire avait prévu un premier titre très provocateur pour l'époque :

Les Lesbiennes (Lesbos étant considéré comme une terre de volupté païenne ; île quasi mythologique, contemporaine de Vénus, où le cadavre d'Orphée flotte. Fait référence à Sapho, prêtresse de la poésie et de l'amour lesbien, qui s'éprend du beau Phaon, mais dédaignée, elle se jette dans la mer. De plus, lesbianisme, représente la recherche d'un idéal par des amours hétérodoxes ; symbolise la marginalité comme celle du poète. Titre qui prend surtout le contrepied des attentes habituelles en poésie.

Deux années plus tard songe au titre Les Limbes, titre évoquant pour les chrétiens un lieu dans les Enfers réservé aux innocents dépourvus de baptême.

Le titre définitif est trouvé en 1855 : alliance de termes contradictoires et provocateur. « Fleur » en poésie connote l'éclat innocent et pur, évoque la femme jeune et belle. Au mal s'associent le sombre, l'informe, le hideux. Par ce titre, Baudelaire semble affirmer qu'il existe une beauté propre au mal.

- Fleurs : souvent utilisé par Baudelaire dans le recueil comme la métaphore des poèmes (et de la création poétique en général).

- Préposition « du » : n'indique pas seulement l'appartenance mais l'origine. Les fleurs (les poésies) sont extraites du mal : lecture du titre qui met l'accent sur l'opération poétique elle-même qui transmue le mal et la laideur en beauté. La poésie est conçue comme une alchimie de la réalité : « Tu m'a donné ta boue et j'en fait de l'or » (Vers extrait projet épilogue 2ème éditon, invocation à Paris, capitale du « mal »)

- Singulier « le mal » : valeur généralisante ; embrasse ici toutes les formes de souffrance et de misère.

  • Mal social : les êtres déchus peuplent l'univers de Baudelaire.
  • Mal moral : sadisme et goût du crime hantent les âmes.
  • Mal physique : souffrance du corps et des nerfs du poète.
  • Mal métaphysique : celui d'un âme angoissée par l'absence de dieu et assaillie pourtant par le tourment du péché et de la damnation.

Baudelaire expliquait son titre en parlant d' "extraire la beauté du mal"


« une architecture secrète, un plan calculé par le poète, méditatif et volontaire. Ce sont moins des poésies qu'une œuvre poétique de la lus forte unité » selon Barbey d'Aurevilly.

- Edition de 1857 : 100 poèmes répartis en cinq sections (Spleen et Idéal, Le Vin, Fleurs du Mal, Révolte, la Mort)

- Recomposition de 1861 : 35 poèmes nouveaux et une section supplémentaire. (Tableaux parisiens)

- 1868 : édition définitive, publiée un an après sa mort (Spleen et Idéal, Tableaux parisiens, le Vin, Fleurs du Mal...)

  • Spleen et Idéal : section fondamentale où se côtoient grandeur et misère de l'homme (termes pascaliens) qui s'affrontent sans issue. Les deux éléments se nourrissent l'un de l'autre, l'être est assailli d'angoisse car porte un désir d'infini, d'absolu que rien ici-bas ne peut contenter ; toute « élévation « est suivie de retombée dans le spleen.Sorte d'itinéraire spirituel, mouvement, où l'artiste s'interroge sur les pouvoirs de l'art, les difficultés de l'artiste, l'aspiration vers l'Idéal, l'évasion, ses souffrances et son spleen.

  • Tableaux parisiens : Paris « fourmillante cité pleine de rêves », renvoie au poète l'image démultipliée de sa détresse : partout des infirmes, des exilés, des êtres déchus. Thème moderne, urbain.

  • Le vin : recours des désespérés et des idéalistes, symbolise une voie d'évasion vers l'ailleurs

  • Fleurs du mal : luxure et amours interdites, autre évasion, témoignent chez les êtres damnés d'une nostalgie de l'infini, quête sublime vouée à l'échec

  • Révolte : la tentation suprême, se révolter contre Dieu et se tourner vers Satan

  • La mort : « C'est la Mort qui console, hélas ! Et qui fait vivre » : paradoxe baudelairien de « la mort des amants » qui place la mort comme le dernier espoir. Le grand poème final « le voyage » est un texte bilan qui dévoile une leçon implacable et pose une question : la mort, au fond de l'inconnu, révélera-t-elle du nouveau ?

Article de Gustave Bourdin, paru le 5 juillet 1857 à propos des Fleurs du Mal :


-L’odieux y coudoie l’ignoble;- le repoussant s’y allie à l’infect. Jamais on ne vit mordre et même mâcher autant de seins dans si peu de pages; jamais on n’assista à une semblable revue de démons, de foetus, de diables, de chloroses, de chats et de vermine. Ce livre est un hôpital ouvert à toutes les démences de l’esprit, à toutes les putridités du cœur; encore si c’était pour les guérir, mais elles sont incurables.

« une architecture secrète, un plan calculé par le poète, méditatif et volontaire. Ce sont moins des poésies qu'une œuvre poétique de la lus forte unité » selon Barbey d'Aurevilly.

- Edition de 1857 : 100 poèmes répartis en cinq sections (Spleen et Idéal, Le Vin, Fleurs du Mal, Révolte, la Mort)

- Recomposition de 1861 : 35 poèmes nouveaux et une section supplémentaire. (Tableaux parisiens)

- 1868 : édition définitive, publiée un an après sa mort (Spleen et Idéal, Tableaux parisiens, le Vin, Fleurs du Mal...)

  • Spleen et Idéal : section fondamentale où se côtoient grandeur et misère de l'homme (termes pascaliens) qui s'affrontent sans issue. Les deux éléments se nourrissent l'un de l'autre, l'être est assailli d'angoisse car porte un désir d'infini, d'absolu que rien ici-bas ne peut contenter ; toute « élévation « est suivie de retombée dans le spleen.Sorte d'itinéraire spirituel, mouvement, où l'artiste s'interroge sur les pouvoirs de l'art, les difficultés de l'artiste, l'aspiration vers l'Idéal, l'évasion, ses souffrances et son spleen.

  • Tableaux parisiens : Paris « fourmillante cité pleine de rêves », renvoie au poète l'image démultipliée de sa détresse : partout des infirmes, des exilés, des êtres déchus. Thème moderne, urbain.

  • Le vin : recours des désespérés et des idéalistes, symbolise une voie d'évasion vers l'ailleurs

  • Fleurs du mal : luxure et amours interdites, autre évasion, témoignent chez les êtres damnés d'une nostalgie de l'infini, quête sublime vouée à l'échec

  • Révolte : la tentation suprême, se révolter contre Dieu et se tourner vers Satan

  • La mort : « C'est la Mort qui console, hélas ! Et qui fait vivre » : paradoxe baudelairien de « la mort des amants » qui place la mort comme le dernier espoir. Le grand poème final « le voyage » est un texte bilan qui dévoile une leçon implacable et pose une question : la mort, au fond de l'inconnu, révélera-t-elle du nouveau ?

Le procès

Baudelaire et son éditeur sont condamnés à des amendes et à la suppression de poèmes pour « offense à la morale publique et aux bonnes mœurs » (6 poèmes : "les Bijoux", "Le Léthé", "A celle qui est trop gaie", "Femmes damnées", "Lesbos", "les Métamorphoses du vampire").

On s'indigne de l'immoralité de l'ouvrage que l'on désigne comme des « monstruosités », un livre « abominable ». on reproche à Baudelaire la tendance à l'érotisme car la poésie ne doit pas montrer la réalité crue et doit avoir une perspective moralisatrice (surtout car elle est lue par femmes et jeunes femmes). Baudelaire est atterré, persuadé que la société n'a pas compris la signification de son recueil.

Le soir même du verdict, Baudelaire apparaît dans une brasserie parisienne en «toilette de guillotiné», portant une chemise sans col et les cheveux rasés. Il éprouve un profond sentiment d’injustice qui ne le quittera plus.


http://michel.parpere.pagesperso-orange.fr/pedago/sq4_poesie/LC4/docs/Proces_FM.pdf

C. Le procès

1) Le second empire et la censure


* 25 juin 1857: parution des FdM (sous le Second empire/ Napoléon III)

Le ministre de l’Intérieur Fialin de Persigny s’indigne contre Baudelaire et sa maison d’édition en proclamant :
« Le livre de Monsieur Baudelaire intitulé Les Fleurs du Mal est une offense à la morale religieuse, à la morale publique et aux bonnes mœurs. ».

= réception de l’oeuvre catastrophique et choquante

Documents sur le procès des Fleurs du mal


Charles Baudelaire - Notes et documents pour mon avocat 1857

Le livre doit être jugé dans son ensemble, et alors il en ressort une terrible moralité.

Donc je n’ai pas à me louer de cette singulière indulgence qui n’incrimine que 13 morceaux sur 100. Cette indulgence m’est très funeste.

C’est en pensant à ce parfait ensemble de mon livre que je disais à M. le Juge d’Instruction : Mon unique tort a été de compter sur l’intelligence universelle, et de ne pas faire une préface où j’aurais posé mes principes littéraires et dégagé la question si importante de la Morale.

(Voir, à propos de la Morale dans les œuvres d’Art, les remarquables lettres de M. Honoré de Balzac à M. Hippolyte Castille, dans le journal la Semaine.)

Le volume est, relativement à l’abaissement général des prix en librairie, d’un prix élevé. C’est déjà une garantie importante. Je ne m’adresse donc pas à la foule.

Il y a prescription pour deux des morceaux incriminés : Lesbos et Le Reniement de Saint Pierre, parus depuis longtemps et non poursuivis.

Mais je prétends, au cas même où on me contraindrait à me reconnaître quelques torts, qu’il y a une sorte de prescription générale. Je pourrais faire une bibliothèque de livres modernes non poursuivis, et qui ne respirent pas, comme le mien, L’HORREUR DU MAL. Depuis près de 30 ans, la littérature est d’une liberté qu’on veut brusquement punir en moi. Est-ce juste ?

Il y a plusieurs morales. Il y a la morale positive et pratique à laquelle tout le monde doit obéir.

Mais il y a la morale des arts. Celle-là est tout autre. Et depuis le Commencement du monde, les Arts l’ont bien prouvé.

Il y a aussi plusieurs sortes de Liberté. Il y a la Liberté pour le Génie, et il y a une liberté très restreinte pour les polissons.

M. Charles Baudelaire n’aurait-il pas le droit d’arguer des licences permises à Béranger (Œuvres Complètes autorisées) ? Tel sujet reproché à Ch. Baudelaire a été traité par Béranger. Lequel préférez-vous ? le poète triste ou le poète gai et effronté, l’horreur dans le mal ou la folâtrerie, le remords ou l’impudence ?

(Il ne serait peut-être pas sain d'user outre mesure de cet argument.)

Je répète qu’un Livre doit être jugé dans son ensemble. À un blasphème, j’opposerai des élancements vers le Ciel, à une obscénité des fleurs platoniques.

Depuis le commencement de la poésie, tous les volumes de poésie sont ainsi faits. Mais il était impossible de faire autrement un livre destiné à représenter L’AGITATION DE L’ESPRIT DANS LE MAL.

M. le Ministre de l’Intérieur, furieux d’avoir lu un éloge fastueux de mon livre dans Le Moniteur, a pris ses précautions pour que cette mésaventure ne se reproduisît pas.

M. d’Aurevilly (un écrivain absolument catholique, autoritaire et non suspect) portait au Pays, auquel il est attaché, un article sur les FLEURS DU MAL ; et il lui a été dit qu’une consigne récente défendait de parler de M. Charles

Baudelaire dans le Pays.

Or, il y a quelques jours, j’exprimais à M. le juge d’instruction la crainte que le bruit de la saisie ne glaçât la bonne volonté des personnes qui trouveraient quelque chose de louable dans mon livre. Et M. le Juge (Charles Camusat, Busserolles) me répondit : Monsieur, tout le monde a parfaitement LE DROIT de vous défendre dans TOUS les journaux, sans exception.

MM. les Directeurs de la Revue française n’ont pas osé publier l’article de M. Charles Asselineau, le plus sage et le plus modéré des écrivains. Ces messieurs se sont renseignés au Ministère de l’intérieur (!), et il leur a été répondu

qu’il y aurait pour eux danger à publier cet article. Ainsi, abus de pouvoir et entraves apportées à la défense !

Le nouveau règne napoléonien, après les illustrations de la guerre, doit rechercher les illustrations des lettres et des arts.

Qu’est-ce que c’est que cette morale prude, bégueule, taquine, et qui ne tend à rien moins [sic] qu’à créer des conspirateurs même dans l’ordre si tranquille des rêveurs ?

Cette morale-là irait jusqu’à dire : DÉSORMAIS ON NE FERA QUE DES LIVRES CONSOLANTS ET SERVANTS À DÉMONTRER QUE L’HOMME EST NÉ BON, ET QUE TOUS LES HOMMES SONT HEUREUX, — abominable hypocrisie !

(Voir le résumé de mon interrogatoire, et la liste des morceaux incriminés.)

Extraits du réquisitoire d’Ernest Pinard 1857, publié, sans indication de source, en 1885 dans la Revue des grands procès contemporains dirigée par G. Lèbre, avocat à la Cour de Paris.)

Poursuivre un livre pour offense à la morale publique est toujours chose délicate. Si la poursuite n’aboutit pas, on fait à l’auteur un succès, presque un piédestal; il triomphe et l’on a assumé, vis-à-vis de lui, l’apparence de la persécution.

J’ajoute que dans l’affaire actuelle, l’auteur arrive devant vous, protégé par des écrivains de valeur, des critiques sérieux dont le témoignage complique encore la tâche du ministère public. [...]

Charles Baudelaire n’appartient pas à une école. Il ne relève que de lui-même. Son principe, sa théorie, c’est de tout peindre, de tout mettre à nu. Il fouillera la nature humaine dans tous ses replis les plus intimes; il aura pour la rendre, des tons vigoureux et saisissants, il l’exagérera surtout dans ses côtés hideux; il la grossira outre mesure, afin de créer l’impression, la sensation. Il fait ainsi, peut-il dire, la contrepartie du classique, du convenu, qui est singulièrement monotone et qui n’obéit qu’à des règles artificielles.

Le juge n’est point un critique littéraire, appelé à se prononcer sur des modes opposés d’apprécier l’art et de le rendre. Il n’est point le juge des écoles, mais le législateur l’a investi d’une mission définie: le législateur a inscrit dans nos codes le délit d’offense à la morale publique, il a puni ce délit de certaines peines, il a donné au pouvoir judiciaire une autorité discrétionnaire pour reconnaître si cette morale est offensée, si la limite est franchie. Le juge est une sentinelle qui ne doit pas laisser passer la frontière. Voilà sa mission. [...]

Je lis [...] la pièce intitulée «Les Bijoux», et j’y signale trois strophes qui, pour le critique le plus indulgent, constituent la peinture lascive, offensant la morale publique: «Et ses bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins [...]».

Dans la pièce intitulée «Le Léthé», je vous signale la strophe finale: «Je sucerai pour noyer ma rancœur [...]». Dans la pièce «À celle qui est trop gaie», que pensez-vous de ces trois strophes où l’amant dit à sa maîtresse: «Ainsi je voudrais une nuit [...]»? Les deux pièces intitulées «Lesbos» et «Les Femmes damnées» sont à lire entièrement. Vous y trouverez dans les détails les plus intimes mœurs des tribades. [...]

La première objection qu’on me fera sera celle-ci : Le livre est triste; le nom seul dit que l’auteur a voulu dépeindre le mal et ses trompeuses caresses, pour en préserver. Ne s’appelle-t-il pas Les Fleurs du Mal? Dès lors, voyez-y un enseignement au lieu d’y voir une offense.

Un enseignement! Ce mot-là est bientôt dit. Mais ici, il n’est pas la vérité. Croit-on que certaines fleurs au parfum vertigineux soient bonnes à respirer? Le poison qu’elles apportent n’éloigne pas d’elles; il monte à la tête, il grise les nerfs, il donne le trouble, le vertige, et il peut tuer aussi.

Je peins le mal avec ses enivrements, mais aussi ses misères et ses hontes, direz-vous! Soit, mais tous ces nombreux lecteurs pour lesquels vous écrivez, car vous tirez à plusieurs milliers d’exemplaires et vous vendez à bas prix, ces multiples lecteurs, de tout rang, de tout âge, de toute condition, prendront-ils l’antidote dont vous parlez avec tant de complaisance? Même chez vos lecteurs instruits, chez vos hommes faits, croyez-vous qu’il y ait beaucoup de froids calculateurs pesant le pour et le contre, mettant le contrepoids à côté du poids, ayant la tête, l’imagination, le sens parfaitement équilibrés? L’homme n’en veut pas convenir, il a trop d’orgueil pour cela. Mais la vérité, la voici: l’homme est toujours plus ou moins infirme, plus ou moins faible, plus ou moins malade, portant d’autant plus le poids de sa chute originelle, qu’il veut en douter ou la nier [...].

Pour tous ceux qui ne sont encore ni appauvris ni blasés, il y a toujours des impressions malsaines à recueillir dans de semblables tableaux. Quelles que soient les conséquences du désordre, si édifiés que soient à cet égard certains lecteurs, ils chercheront surtout dans les pages de ce livre: «La Femme nue» essayant des poses devant l’amant fasciné; «La Mégère libertine» qui verse trop de flammes et qu’on ne peut, comme le Styx, embrasser neuf fois («Non Satiata»); «La Vierge folle», dont la jupe et la gorge aiguë aux bouts charmants versent «Le Léthé»; «La

Femme trop gaie», dont l’amant châtie la chair joyeuse, en lui ouvrant des lèvres nouvelles; «Le Beau Navire», où la femme est décrite avec la gorge triomphante, provocante, bouclier armé de pointes roses, tandis que les jambes, sous les volants qu’elles chassent, tourmentent les désirs et les agacent; «La Mendiante rousse», dont les nœuds mal attachés dévoilent le sein tout nouvelet, et dont les bras, pour la déshabiller, se font prier, en chassant les doigts lutins; [...] les «Métamorphoses», ou la femme-Vampire étouffant un homme en ses bras veloutés, abandonnant aux

morsures son buste, sur les matelas qui se pâment d’émoi, au point que les anges impuissants se damneraient pour elle. [...]

Messieurs, j’ai répondu aux objections, et je vous dis: réagissez, par un jugement, contre ces tendances croissantes, mais certaines, contre cette fièvre malsaine qui porte à tout peindre, à tout décrire, à tout dire, comme si le délit d’offense à la morale publique était abrogé, et comme si cette morale n’existait pas. [...]

Soyez indulgents pour Baudelaire, qui est une nature inquiète et sans équilibre.

Soyez-le pour les imprimeurs, qui se mettent à couvert derrière l’auteur. Mais donnez, en condamnant au moins certaines pièces du livre, un avertissement devenu nécessaire.

Baudelaire et son éditeur sont condamnés à des amendes et à la suppression de poèmes pour « offense à la morale publique et aux bonnes mœurs » (6 poèmes : "les Bijoux", "Le Léthé", "A celle qui est trop gaie", "Femmes damnées", "Lesbos", "les Métamorphoses du vampire").

On s'indigne de l'immoralité de l'ouvrage que l'on désigne comme des « monstruosités », un livre « abominable ». on reproche à Baudelaire la tendance à l'érotisme car la poésie ne doit pas montrer la réalité crue et doit avoir une perspective moralisatrice (surtout car elle est lue par femmes et jeunes femmes). Baudelaire est atterré, persuadé que la société n'a pas compris la signification de son recueil.

Le soir même du verdict, Baudelaire apparaît dans une brasserie parisienne en «toilette de guillotiné», portant une chemise sans col et les cheveux rasés. Il éprouve un profond sentiment d’injustice qui ne le quittera plus.


http://michel.parpere.pagesperso-orange.fr/pedago/sq4_poesie/LC4/docs/Proces_FM.pdf

Article de Gustave Bourdin, paru le 5 juillet 1857 à propos des Fleurs du Mal :


-L’odieux y coudoie l’ignoble;- le repoussant s’y allie à l’infect. Jamais on ne vit mordre et même mâcher autant de seins dans si peu de pages; jamais on n’assista à une semblable revue de démons, de foetus, de diables, de chloroses, de chats et de vermine. Ce livre est un hôpital ouvert à toutes les démences de l’esprit, à toutes les putridités du cœur; encore si c’était pour les guérir, mais elles sont incurables.

Le procès

Baudelaire et son éditeur sont condamnés à des amendes et à la suppression de poèmes pour « offense à la morale publique et aux bonnes mœurs » (6 poèmes : "les Bijoux", "Le Léthé", "A celle qui est trop gaie", "Femmes damnées", "Lesbos", "les Métamorphoses du vampire").

On s'indigne de l'immoralité de l'ouvrage que l'on désigne comme des « monstruosités », un livre « abominable ». on reproche à Baudelaire la tendance à l'érotisme car la poésie ne doit pas montrer la réalité crue et doit avoir une perspective moralisatrice (surtout car elle est lue par femmes et jeunes femmes). Baudelaire est atterré, persuadé que la société n'a pas compris la signification de son recueil.

Le soir même du verdict, Baudelaire apparaît dans une brasserie parisienne en «toilette de guillotiné», portant une chemise sans col et les cheveux rasés. Il éprouve un profond sentiment d’injustice qui ne le quittera plus.


http://michel.parpere.pagesperso-orange.fr/pedago/sq4_poesie/LC4/docs/Proces_FM.pdf

C. Le procès

* Sous le Second Empire, impossibilité de parler:

- de nudité (le corps)
- de volupté (la sexualité)
- d’homosexualité


= TABOU A NE PAS TRANSGRESSER du point de vue moraliste

(Aujourd’hui, cette posture du XIXème serait vue comme de la « pudibonderie » ( = pudeur excessive))

Documents sur le procès des Fleurs du mal


Charles Baudelaire - Notes et documents pour mon avocat 1857

Le livre doit être jugé dans son ensemble, et alors il en ressort une terrible moralité.

Donc je n’ai pas à me louer de cette singulière indulgence qui n’incrimine que 13 morceaux sur 100. Cette indulgence m’est très funeste.

C’est en pensant à ce parfait ensemble de mon livre que je disais à M. le Juge d’Instruction : Mon unique tort a été de compter sur l’intelligence universelle, et de ne pas faire une préface où j’aurais posé mes principes littéraires et dégagé la question si importante de la Morale.

(Voir, à propos de la Morale dans les œuvres d’Art, les remarquables lettres de M. Honoré de Balzac à M. Hippolyte Castille, dans le journal la Semaine.)

Le volume est, relativement à l’abaissement général des prix en librairie, d’un prix élevé. C’est déjà une garantie importante. Je ne m’adresse donc pas à la foule.

Il y a prescription pour deux des morceaux incriminés : Lesbos et Le Reniement de Saint Pierre, parus depuis longtemps et non poursuivis.

Mais je prétends, au cas même où on me contraindrait à me reconnaître quelques torts, qu’il y a une sorte de prescription générale. Je pourrais faire une bibliothèque de livres modernes non poursuivis, et qui ne respirent pas, comme le mien, L’HORREUR DU MAL. Depuis près de 30 ans, la littérature est d’une liberté qu’on veut brusquement punir en moi. Est-ce juste ?

Il y a plusieurs morales. Il y a la morale positive et pratique à laquelle tout le monde doit obéir.

Mais il y a la morale des arts. Celle-là est tout autre. Et depuis le Commencement du monde, les Arts l’ont bien prouvé.

Il y a aussi plusieurs sortes de Liberté. Il y a la Liberté pour le Génie, et il y a une liberté très restreinte pour les polissons.

M. Charles Baudelaire n’aurait-il pas le droit d’arguer des licences permises à Béranger (Œuvres Complètes autorisées) ? Tel sujet reproché à Ch. Baudelaire a été traité par Béranger. Lequel préférez-vous ? le poète triste ou le poète gai et effronté, l’horreur dans le mal ou la folâtrerie, le remords ou l’impudence ?

(Il ne serait peut-être pas sain d'user outre mesure de cet argument.)

Je répète qu’un Livre doit être jugé dans son ensemble. À un blasphème, j’opposerai des élancements vers le Ciel, à une obscénité des fleurs platoniques.

Depuis le commencement de la poésie, tous les volumes de poésie sont ainsi faits. Mais il était impossible de faire autrement un livre destiné à représenter L’AGITATION DE L’ESPRIT DANS LE MAL.

M. le Ministre de l’Intérieur, furieux d’avoir lu un éloge fastueux de mon livre dans Le Moniteur, a pris ses précautions pour que cette mésaventure ne se reproduisît pas.

M. d’Aurevilly (un écrivain absolument catholique, autoritaire et non suspect) portait au Pays, auquel il est attaché, un article sur les FLEURS DU MAL ; et il lui a été dit qu’une consigne récente défendait de parler de M. Charles

Baudelaire dans le Pays.

Or, il y a quelques jours, j’exprimais à M. le juge d’instruction la crainte que le bruit de la saisie ne glaçât la bonne volonté des personnes qui trouveraient quelque chose de louable dans mon livre. Et M. le Juge (Charles Camusat, Busserolles) me répondit : Monsieur, tout le monde a parfaitement LE DROIT de vous défendre dans TOUS les journaux, sans exception.

MM. les Directeurs de la Revue française n’ont pas osé publier l’article de M. Charles Asselineau, le plus sage et le plus modéré des écrivains. Ces messieurs se sont renseignés au Ministère de l’intérieur (!), et il leur a été répondu

qu’il y aurait pour eux danger à publier cet article. Ainsi, abus de pouvoir et entraves apportées à la défense !

Le nouveau règne napoléonien, après les illustrations de la guerre, doit rechercher les illustrations des lettres et des arts.

Qu’est-ce que c’est que cette morale prude, bégueule, taquine, et qui ne tend à rien moins [sic] qu’à créer des conspirateurs même dans l’ordre si tranquille des rêveurs ?

Cette morale-là irait jusqu’à dire : DÉSORMAIS ON NE FERA QUE DES LIVRES CONSOLANTS ET SERVANTS À DÉMONTRER QUE L’HOMME EST NÉ BON, ET QUE TOUS LES HOMMES SONT HEUREUX, — abominable hypocrisie !

(Voir le résumé de mon interrogatoire, et la liste des morceaux incriminés.)

Extraits du réquisitoire d’Ernest Pinard 1857, publié, sans indication de source, en 1885 dans la Revue des grands procès contemporains dirigée par G. Lèbre, avocat à la Cour de Paris.)

Poursuivre un livre pour offense à la morale publique est toujours chose délicate. Si la poursuite n’aboutit pas, on fait à l’auteur un succès, presque un piédestal; il triomphe et l’on a assumé, vis-à-vis de lui, l’apparence de la persécution.

J’ajoute que dans l’affaire actuelle, l’auteur arrive devant vous, protégé par des écrivains de valeur, des critiques sérieux dont le témoignage complique encore la tâche du ministère public. [...]

Charles Baudelaire n’appartient pas à une école. Il ne relève que de lui-même. Son principe, sa théorie, c’est de tout peindre, de tout mettre à nu. Il fouillera la nature humaine dans tous ses replis les plus intimes; il aura pour la rendre, des tons vigoureux et saisissants, il l’exagérera surtout dans ses côtés hideux; il la grossira outre mesure, afin de créer l’impression, la sensation. Il fait ainsi, peut-il dire, la contrepartie du classique, du convenu, qui est singulièrement monotone et qui n’obéit qu’à des règles artificielles.

Le juge n’est point un critique littéraire, appelé à se prononcer sur des modes opposés d’apprécier l’art et de le rendre. Il n’est point le juge des écoles, mais le législateur l’a investi d’une mission définie: le législateur a inscrit dans nos codes le délit d’offense à la morale publique, il a puni ce délit de certaines peines, il a donné au pouvoir judiciaire une autorité discrétionnaire pour reconnaître si cette morale est offensée, si la limite est franchie. Le juge est une sentinelle qui ne doit pas laisser passer la frontière. Voilà sa mission. [...]

Je lis [...] la pièce intitulée «Les Bijoux», et j’y signale trois strophes qui, pour le critique le plus indulgent, constituent la peinture lascive, offensant la morale publique: «Et ses bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins [...]».

Dans la pièce intitulée «Le Léthé», je vous signale la strophe finale: «Je sucerai pour noyer ma rancœur [...]». Dans la pièce «À celle qui est trop gaie», que pensez-vous de ces trois strophes où l’amant dit à sa maîtresse: «Ainsi je voudrais une nuit [...]»? Les deux pièces intitulées «Lesbos» et «Les Femmes damnées» sont à lire entièrement. Vous y trouverez dans les détails les plus intimes mœurs des tribades. [...]

La première objection qu’on me fera sera celle-ci : Le livre est triste; le nom seul dit que l’auteur a voulu dépeindre le mal et ses trompeuses caresses, pour en préserver. Ne s’appelle-t-il pas Les Fleurs du Mal? Dès lors, voyez-y un enseignement au lieu d’y voir une offense.

Un enseignement! Ce mot-là est bientôt dit. Mais ici, il n’est pas la vérité. Croit-on que certaines fleurs au parfum vertigineux soient bonnes à respirer? Le poison qu’elles apportent n’éloigne pas d’elles; il monte à la tête, il grise les nerfs, il donne le trouble, le vertige, et il peut tuer aussi.

Je peins le mal avec ses enivrements, mais aussi ses misères et ses hontes, direz-vous! Soit, mais tous ces nombreux lecteurs pour lesquels vous écrivez, car vous tirez à plusieurs milliers d’exemplaires et vous vendez à bas prix, ces multiples lecteurs, de tout rang, de tout âge, de toute condition, prendront-ils l’antidote dont vous parlez avec tant de complaisance? Même chez vos lecteurs instruits, chez vos hommes faits, croyez-vous qu’il y ait beaucoup de froids calculateurs pesant le pour et le contre, mettant le contrepoids à côté du poids, ayant la tête, l’imagination, le sens parfaitement équilibrés? L’homme n’en veut pas convenir, il a trop d’orgueil pour cela. Mais la vérité, la voici: l’homme est toujours plus ou moins infirme, plus ou moins faible, plus ou moins malade, portant d’autant plus le poids de sa chute originelle, qu’il veut en douter ou la nier [...].

Pour tous ceux qui ne sont encore ni appauvris ni blasés, il y a toujours des impressions malsaines à recueillir dans de semblables tableaux. Quelles que soient les conséquences du désordre, si édifiés que soient à cet égard certains lecteurs, ils chercheront surtout dans les pages de ce livre: «La Femme nue» essayant des poses devant l’amant fasciné; «La Mégère libertine» qui verse trop de flammes et qu’on ne peut, comme le Styx, embrasser neuf fois («Non Satiata»); «La Vierge folle», dont la jupe et la gorge aiguë aux bouts charmants versent «Le Léthé»; «La

Femme trop gaie», dont l’amant châtie la chair joyeuse, en lui ouvrant des lèvres nouvelles; «Le Beau Navire», où la femme est décrite avec la gorge triomphante, provocante, bouclier armé de pointes roses, tandis que les jambes, sous les volants qu’elles chassent, tourmentent les désirs et les agacent; «La Mendiante rousse», dont les nœuds mal attachés dévoilent le sein tout nouvelet, et dont les bras, pour la déshabiller, se font prier, en chassant les doigts lutins; [...] les «Métamorphoses», ou la femme-Vampire étouffant un homme en ses bras veloutés, abandonnant aux

morsures son buste, sur les matelas qui se pâment d’émoi, au point que les anges impuissants se damneraient pour elle. [...]

Messieurs, j’ai répondu aux objections, et je vous dis: réagissez, par un jugement, contre ces tendances croissantes, mais certaines, contre cette fièvre malsaine qui porte à tout peindre, à tout décrire, à tout dire, comme si le délit d’offense à la morale publique était abrogé, et comme si cette morale n’existait pas. [...]

Soyez indulgents pour Baudelaire, qui est une nature inquiète et sans équilibre.

Soyez-le pour les imprimeurs, qui se mettent à couvert derrière l’auteur. Mais donnez, en condamnant au moins certaines pièces du livre, un avertissement devenu nécessaire.

Baudelaire et son éditeur sont condamnés à des amendes et à la suppression de poèmes pour « offense à la morale publique et aux bonnes mœurs » (6 poèmes : "les Bijoux", "Le Léthé", "A celle qui est trop gaie", "Femmes damnées", "Lesbos", "les Métamorphoses du vampire").

On s'indigne de l'immoralité de l'ouvrage que l'on désigne comme des « monstruosités », un livre « abominable ». on reproche à Baudelaire la tendance à l'érotisme car la poésie ne doit pas montrer la réalité crue et doit avoir une perspective moralisatrice (surtout car elle est lue par femmes et jeunes femmes). Baudelaire est atterré, persuadé que la société n'a pas compris la signification de son recueil.

Le soir même du verdict, Baudelaire apparaît dans une brasserie parisienne en «toilette de guillotiné», portant une chemise sans col et les cheveux rasés. Il éprouve un profond sentiment d’injustice qui ne le quittera plus.


http://michel.parpere.pagesperso-orange.fr/pedago/sq4_poesie/LC4/docs/Proces_FM.pdf

Article de Gustave Bourdin, paru le 5 juillet 1857 à propos des Fleurs du Mal :


-L’odieux y coudoie l’ignoble;- le repoussant s’y allie à l’infect. Jamais on ne vit mordre et même mâcher autant de seins dans si peu de pages; jamais on n’assista à une semblable revue de démons, de foetus, de diables, de chloroses, de chats et de vermine. Ce livre est un hôpital ouvert à toutes les démences de l’esprit, à toutes les putridités du cœur; encore si c’était pour les guérir, mais elles sont incurables.

* Procès de Baudelaire, 6 mois après celui de Flaubert pour Mme Bovary

Recueil sous l'accusation de la Loi dite « De Serre », instaurée en 1819 sous la Restauration:
« Tout outrage à la morale publique et religieuse, ou aux bonnes mœurs, [...] sera puni d’un emprisonnement d’un mois et un an, et d’une amende de seize francs à cinq cents francs. »
"Tout arrêt de condamnation contre les auteurs ou complices des crimes et délits commis par voie de publication, ordonnera la suppression ou la destruction des objets saisis »
= réception de l’oeuvre catastrophique et choquante

2) Ses détracteurs et ses défenseurs

* Critique de Gustave Bourdin qui condamne l’œuvre:
« L’odieux y coudoie l’ignoble; le repoussant s’y allie à l’infect. Jamais on ne vit mordre et même mâcher autant de seins en si peu de pages; jamais on n’assista à une semblable revue de démon, de fœtus, de diables, de chloroses, de chats et de vermines.» (dans « Le Figaro », le 5 juillet 1857)

* Peu de défenseurs: Barbey d’Aurevilly, Flaubert (écrivains; Flaubert a connu lui-même un procès pour son roman réaliste Madame Bovary)

Saisie des exemplaires des FduM sauf une cinquantaine que Baudelaire cache (grâce à l’alerte du poète Leconte de Lisle)

3) Le procès

* Réquisitoire d'Ernest Pinard (cf poly)


* Plaidoierie de Baudelaire:

- repose sur une idée de Barbey d’Aurevilly : le livre est un tout et il ne faut pas isoler des poèmes séparément.

- il ne faut pas juger un livre et l’art en général avec des critères de la vie quotidienne, de la morale pratique, mais avec un autre mode d’appréciation de l’art.

- montrer l'immoral pour prêcher la moralité


* Condamnation:
- 13 pièces attaquées;
- 6 seront condamnées pour « excitation des sens » en contradiction à la morale religieuse et publique + 100 francs d’amende (finalement réduite de moitié)

« Le livre doit être jugé dans son ensemble, et alors il en ressort une terrible moralité. »


Bilan

- "Ces fleurs maladives" vues comme dangereux, oeuvre qui « excite les curiosités mauvaises »

* Choc / incompréhension / humiliation de Baudelaire (crise et remise en question) = insertion du poème "l'Albatros" (II) dans la 2ème édition



*Ses pièces condamnées seront publiées clandestinement
d'abord puis publiées dans un recueil
sous le nom Les Epaves (1866)


= les poètes maudits


* Réhabilitation morale de l’oeuvre en 1949





«Epigraphe pour un livre condamné » (préface tardive et testamentaire)




"Lecteur paisible et bucolique,

Sobre et naïf homme de bien,
Jette ce livre saurnien,
Orgiaque et mélancolique"

S3 : Le recueil, Les Fleurs du Mal, une oeuvre scandaleuse

Le titre

Baudelaire avait prévu un premier titre très provocateur pour l'époque :

Les Lesbiennes (Lesbos étant considéré comme une terre de volupté païenne ; île quasi mythologique, contemporaine de Vénus, où le cadavre d'Orphée flotte. Fait référence à Sapho, prêtresse de la poésie et de l'amour lesbien, qui s'éprend du beau Phaon, mais dédaignée, elle se jette dans la mer. De plus, lesbianisme, représente la recherche d'un idéal par des amours hétérodoxes ; symbolise la marginalité comme celle du poète. Titre qui prend surtout le contrepied des attentes habituelles en poésie.

Deux années plus tard songe au titre Les Limbes, titre évoquant pour les chrétiens un lieu dans les Enfers réservé aux innocents dépourvus de baptême.

Le titre définitif est trouvé en 1855 : alliance de termes contradictoires et provocateur. « Fleur » en poésie connote l'éclat innocent et pur, évoque la femme jeune et belle. Au mal s'associent le sombre, l'informe, le hideux. Par ce titre, Baudelaire semble affirmer qu'il existe une beauté propre au mal.

- Fleurs : souvent utilisé par Baudelaire dans le recueil comme la métaphore des poèmes (et de la création poétique en général).

- Préposition « du » : n'indique pas seulement l'appartenance mais l'origine. Les fleurs (les poésies) sont extraites du mal : lecture du titre qui met l'accent sur l'opération poétique elle-même qui transmue le mal et la laideur en beauté. La poésie est conçue comme une alchimie de la réalité : « Tu m'a donné ta boue et j'en fait de l'or » (Vers extrait projet épilogue 2ème éditon, invocation à Paris, capitale du « mal »)

- Singulier « le mal » : valeur généralisante ; embrasse ici toutes les formes de souffrance et de misère.

  • Mal social : les êtres déchus peuplent l'univers de Baudelaire.
  • Mal moral : sadisme et goût du crime hantent les âmes.
  • Mal physique : souffrance du corps et des nerfs du poète.
  • Mal métaphysique : celui d'un âme angoissée par l'absence de dieu et assaillie pourtant par le tourment du péché et de la damnation.

Baudelaire expliquait son titre en parlant d' "extraire la beauté du mal"



Pour approfondir :

La structure du recueil

« une architecture secrète, un plan calculé par le poète, méditatif et volontaire. Ce sont moins des poésies qu'une œuvre poétique de la lus forte unité » selon Barbey d'Aurevilly.

- Edition de 1857 : 100 poèmes répartis en cinq sections (Spleen et Idéal, Le Vin, Fleurs du Mal, Révolte, la Mort)

- Recomposition de 1861 : 35 poèmes nouveaux et une section supplémentaire. (Tableaux parisiens)

- 1868 : édition définitive, publiée un an après sa mort (Spleen et Idéal, Tableaux parisiens, le Vin, Fleurs du Mal...)

  • Spleen et Idéal : section fondamentale où se côtoient grandeur et misère de l'homme (termes pascaliens) qui s'affrontent sans issue. Les deux éléments se nourrissent l'un de l'autre, l'être est assailli d'angoisse car porte un désir d'infini, d'absolu que rien ici-bas ne peut contenter ; toute « élévation « est suivie de retombée dans le spleen.Sorte d'itinéraire spirituel, mouvement, où l'artiste s'interroge sur les pouvoirs de l'art, les difficultés de l'artiste, l'aspiration vers l'Idéal, l'évasion, ses souffrances et son spleen.

  • Tableaux parisiens : Paris « fourmillante cité pleine de rêves », renvoie au poète l'image démultipliée de sa détresse : partout des infirmes, des exilés, des êtres déchus. Thème moderne, urbain.

  • Le vin : recours des désespérés et des idéalistes, symbolise une voie d'évasion vers l'ailleurs

  • Fleurs du mal : luxure et amours interdites, autre évasion, témoignent chez les êtres damnés d'une nostalgie de l'infini, quête sublime vouée à l'échec

  • Révolte : la tentation suprême, se révolter contre Dieu et se tourner vers Satan

  • La mort : « C'est la Mort qui console, hélas ! Et qui fait vivre » : paradoxe baudelairien de « la mort des amants » qui place la mort comme le dernier espoir. Le grand poème final « le voyage » est un texte bilan qui dévoile une leçon implacable et pose une question : la mort, au fond de l'inconnu, révélera-t-elle du nouveau ?

Le procès

Baudelaire et son éditeur sont condamnés à des amendes et à la suppression de poèmes pour « offense à la morale publique et aux bonnes mœurs » (6 poèmes : "les Bijoux", "Le Léthé", "A celle qui est trop gaie", "Femmes damnées", "Lesbos", "les Métamorphoses du vampire").

On s'indigne de l'immoralité de l'ouvrage que l'on désigne comme des « monstruosités », un livre « abominable ». on reproche à Baudelaire la tendance à l'érotisme car la poésie ne doit pas montrer la réalité crue et doit avoir une perspective moralisatrice (surtout car elle est lue par femmes et jeunes femmes). Baudelaire est atterré, persuadé que la société n'a pas compris la signification de son recueil.

Le soir même du verdict, Baudelaire apparaît dans une brasserie parisienne en «toilette de guillotiné», portant une chemise sans col et les cheveux rasés. Il éprouve un profond sentiment d’injustice qui ne le quittera plus.


http://michel.parpere.pagesperso-orange.fr/pedago/sq4_poesie/LC4/docs/Proces_FM.pdf

Une reproduction du procès

Emission de France culture
avec Antoine Compagnon

Conférence d'Agnès Spiquel

Zoom université

Documents sur le procès des Fleurs du mal


Charles Baudelaire - Notes et documents pour mon avocat 1857

Le livre doit être jugé dans son ensemble, et alors il en ressort une terrible moralité.

Donc je n’ai pas à me louer de cette singulière indulgence qui n’incrimine que 13 morceaux sur 100. Cette indulgence m’est très funeste.

C’est en pensant à ce parfait ensemble de mon livre que je disais à M. le Juge d’Instruction : Mon unique tort a été de compter sur l’intelligence universelle, et de ne pas faire une préface où j’aurais posé mes principes littéraires et dégagé la question si importante de la Morale.

(Voir, à propos de la Morale dans les œuvres d’Art, les remarquables lettres de M. Honoré de Balzac à M. Hippolyte Castille, dans le journal la Semaine.)

Le volume est, relativement à l’abaissement général des prix en librairie, d’un prix élevé. C’est déjà une garantie importante. Je ne m’adresse donc pas à la foule.

Il y a prescription pour deux des morceaux incriminés : Lesbos et Le Reniement de Saint Pierre, parus depuis longtemps et non poursuivis.

Mais je prétends, au cas même où on me contraindrait à me reconnaître quelques torts, qu’il y a une sorte de prescription générale. Je pourrais faire une bibliothèque de livres modernes non poursuivis, et qui ne respirent pas, comme le mien, L’HORREUR DU MAL. Depuis près de 30 ans, la littérature est d’une liberté qu’on veut brusquement punir en moi. Est-ce juste ?

Il y a plusieurs morales. Il y a la morale positive et pratique à laquelle tout le monde doit obéir.

Mais il y a la morale des arts. Celle-là est tout autre. Et depuis le Commencement du monde, les Arts l’ont bien prouvé.

Il y a aussi plusieurs sortes de Liberté. Il y a la Liberté pour le Génie, et il y a une liberté très restreinte pour les polissons.

M. Charles Baudelaire n’aurait-il pas le droit d’arguer des licences permises à Béranger (Œuvres Complètes autorisées) ? Tel sujet reproché à Ch. Baudelaire a été traité par Béranger. Lequel préférez-vous ? le poète triste ou le poète gai et effronté, l’horreur dans le mal ou la folâtrerie, le remords ou l’impudence ?

(Il ne serait peut-être pas sain d'user outre mesure de cet argument.)

Je répète qu’un Livre doit être jugé dans son ensemble. À un blasphème, j’opposerai des élancements vers le Ciel, à une obscénité des fleurs platoniques.

Depuis le commencement de la poésie, tous les volumes de poésie sont ainsi faits. Mais il était impossible de faire autrement un livre destiné à représenter L’AGITATION DE L’ESPRIT DANS LE MAL.

M. le Ministre de l’Intérieur, furieux d’avoir lu un éloge fastueux de mon livre dans Le Moniteur, a pris ses précautions pour que cette mésaventure ne se reproduisît pas.

M. d’Aurevilly (un écrivain absolument catholique, autoritaire et non suspect) portait au Pays, auquel il est attaché, un article sur les FLEURS DU MAL ; et il lui a été dit qu’une consigne récente défendait de parler de M. Charles

Baudelaire dans le Pays.

Or, il y a quelques jours, j’exprimais à M. le juge d’instruction la crainte que le bruit de la saisie ne glaçât la bonne volonté des personnes qui trouveraient quelque chose de louable dans mon livre. Et M. le Juge (Charles Camusat, Busserolles) me répondit : Monsieur, tout le monde a parfaitement LE DROIT de vous défendre dans TOUS les journaux, sans exception.

MM. les Directeurs de la Revue française n’ont pas osé publier l’article de M. Charles Asselineau, le plus sage et le plus modéré des écrivains. Ces messieurs se sont renseignés au Ministère de l’intérieur (!), et il leur a été répondu

qu’il y aurait pour eux danger à publier cet article. Ainsi, abus de pouvoir et entraves apportées à la défense !

Le nouveau règne napoléonien, après les illustrations de la guerre, doit rechercher les illustrations des lettres et des arts.

Qu’est-ce que c’est que cette morale prude, bégueule, taquine, et qui ne tend à rien moins [sic] qu’à créer des conspirateurs même dans l’ordre si tranquille des rêveurs ?

Cette morale-là irait jusqu’à dire : DÉSORMAIS ON NE FERA QUE DES LIVRES CONSOLANTS ET SERVANTS À DÉMONTRER QUE L’HOMME EST NÉ BON, ET QUE TOUS LES HOMMES SONT HEUREUX, — abominable hypocrisie !

(Voir le résumé de mon interrogatoire, et la liste des morceaux incriminés.)

Extraits du réquisitoire d’Ernest Pinard 1857, publié, sans indication de source, en 1885 dans la Revue des grands procès contemporains dirigée par G. Lèbre, avocat à la Cour de Paris.)

Poursuivre un livre pour offense à la morale publique est toujours chose délicate. Si la poursuite n’aboutit pas, on fait à l’auteur un succès, presque un piédestal; il triomphe et l’on a assumé, vis-à-vis de lui, l’apparence de la persécution.

J’ajoute que dans l’affaire actuelle, l’auteur arrive devant vous, protégé par des écrivains de valeur, des critiques sérieux dont le témoignage complique encore la tâche du ministère public. [...]

Charles Baudelaire n’appartient pas à une école. Il ne relève que de lui-même. Son principe, sa théorie, c’est de tout peindre, de tout mettre à nu. Il fouillera la nature humaine dans tous ses replis les plus intimes; il aura pour la rendre, des tons vigoureux et saisissants, il l’exagérera surtout dans ses côtés hideux; il la grossira outre mesure, afin de créer l’impression, la sensation. Il fait ainsi, peut-il dire, la contrepartie du classique, du convenu, qui est singulièrement monotone et qui n’obéit qu’à des règles artificielles.

Le juge n’est point un critique littéraire, appelé à se prononcer sur des modes opposés d’apprécier l’art et de le rendre. Il n’est point le juge des écoles, mais le législateur l’a investi d’une mission définie: le législateur a inscrit dans nos codes le délit d’offense à la morale publique, il a puni ce délit de certaines peines, il a donné au pouvoir judiciaire une autorité discrétionnaire pour reconnaître si cette morale est offensée, si la limite est franchie. Le juge est une sentinelle qui ne doit pas laisser passer la frontière. Voilà sa mission. [...]

Je lis [...] la pièce intitulée «Les Bijoux», et j’y signale trois strophes qui, pour le critique le plus indulgent, constituent la peinture lascive, offensant la morale publique: «Et ses bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins [...]».

Dans la pièce intitulée «Le Léthé», je vous signale la strophe finale: «Je sucerai pour noyer ma rancœur [...]». Dans la pièce «À celle qui est trop gaie», que pensez-vous de ces trois strophes où l’amant dit à sa maîtresse: «Ainsi je voudrais une nuit [...]»? Les deux pièces intitulées «Lesbos» et «Les Femmes damnées» sont à lire entièrement. Vous y trouverez dans les détails les plus intimes mœurs des tribades. [...]

La première objection qu’on me fera sera celle-ci : Le livre est triste; le nom seul dit que l’auteur a voulu dépeindre le mal et ses trompeuses caresses, pour en préserver. Ne s’appelle-t-il pas Les Fleurs du Mal? Dès lors, voyez-y un enseignement au lieu d’y voir une offense.

Un enseignement! Ce mot-là est bientôt dit. Mais ici, il n’est pas la vérité. Croit-on que certaines fleurs au parfum vertigineux soient bonnes à respirer? Le poison qu’elles apportent n’éloigne pas d’elles; il monte à la tête, il grise les nerfs, il donne le trouble, le vertige, et il peut tuer aussi.

Je peins le mal avec ses enivrements, mais aussi ses misères et ses hontes, direz-vous! Soit, mais tous ces nombreux lecteurs pour lesquels vous écrivez, car vous tirez à plusieurs milliers d’exemplaires et vous vendez à bas prix, ces multiples lecteurs, de tout rang, de tout âge, de toute condition, prendront-ils l’antidote dont vous parlez avec tant de complaisance? Même chez vos lecteurs instruits, chez vos hommes faits, croyez-vous qu’il y ait beaucoup de froids calculateurs pesant le pour et le contre, mettant le contrepoids à côté du poids, ayant la tête, l’imagination, le sens parfaitement équilibrés? L’homme n’en veut pas convenir, il a trop d’orgueil pour cela. Mais la vérité, la voici: l’homme est toujours plus ou moins infirme, plus ou moins faible, plus ou moins malade, portant d’autant plus le poids de sa chute originelle, qu’il veut en douter ou la nier [...].

Pour tous ceux qui ne sont encore ni appauvris ni blasés, il y a toujours des impressions malsaines à recueillir dans de semblables tableaux. Quelles que soient les conséquences du désordre, si édifiés que soient à cet égard certains lecteurs, ils chercheront surtout dans les pages de ce livre: «La Femme nue» essayant des poses devant l’amant fasciné; «La Mégère libertine» qui verse trop de flammes et qu’on ne peut, comme le Styx, embrasser neuf fois («Non Satiata»); «La Vierge folle», dont la jupe et la gorge aiguë aux bouts charmants versent «Le Léthé»; «La

Femme trop gaie», dont l’amant châtie la chair joyeuse, en lui ouvrant des lèvres nouvelles; «Le Beau Navire», où la femme est décrite avec la gorge triomphante, provocante, bouclier armé de pointes roses, tandis que les jambes, sous les volants qu’elles chassent, tourmentent les désirs et les agacent; «La Mendiante rousse», dont les nœuds mal attachés dévoilent le sein tout nouvelet, et dont les bras, pour la déshabiller, se font prier, en chassant les doigts lutins; [...] les «Métamorphoses», ou la femme-Vampire étouffant un homme en ses bras veloutés, abandonnant aux

morsures son buste, sur les matelas qui se pâment d’émoi, au point que les anges impuissants se damneraient pour elle. [...]

Messieurs, j’ai répondu aux objections, et je vous dis: réagissez, par un jugement, contre ces tendances croissantes, mais certaines, contre cette fièvre malsaine qui porte à tout peindre, à tout décrire, à tout dire, comme si le délit d’offense à la morale publique était abrogé, et comme si cette morale n’existait pas. [...]

Soyez indulgents pour Baudelaire, qui est une nature inquiète et sans équilibre.

Soyez-le pour les imprimeurs, qui se mettent à couvert derrière l’auteur. Mais donnez, en condamnant au moins certaines pièces du livre, un avertissement devenu nécessaire.

Les Fleurs du Mal

Structure du recueil

Edition de 1868

Section


Thèmes

Titres de poèmes

« Spleen et idéal »

85 poèmes

Glissement de l’idéal vers le spleen s’opère à travers trois interrogations :

- l’art : le poète se sent voué à l’idéal et à la beauté mais difficulté de l’écriture, vision de l’artiste, entre grandeur et misère.

- le désir amoureux : image de la femme ; cycles de Jeanne Duval, Mme Sabatier, Marie Daubrun. Idéalisation, souffrance du désir, sensualité…

- le spleen : lié à la mort, au temps qui passe, à l’ennui
















« Tableaux Parisiens »

28 poèmes

Représentation de la ville comme lieu des misères humaines et sociales, de la « boue »

Identification du poète à des figures de la souffrance









« Le Vin »

5 poèmes

Pouvoir libérateur du vin face à la misère de la condition humaine.

Mais « paradis artificiel »






« Fleurs du Mal »

9 poèmes

Sur la fascinante beauté de la débauche, échappatoire à notre condition.

Volupté et cruauté qui mène à la ruine de l’être, corps et âme.






« Révolte »

3 poèmes

Provocation de Dieu qui ne fait rien pour soulager l’homme. Révolte de l’homme envers Dieu

Appel lancé à Satan






« La Mort »

6 poèmes

La mort comme lieu à atteindre et à explorer ; marque une ouverture possible à l’infini et un apaisement.

« trouver du nouveau »







Baudelaire avait prévu un premier titre très provocateur pour l'époque :

Les Lesbiennes (Lesbos étant considéré comme une terre de volupté païenne ; île quasi mythologique, contemporaine de Vénus, où le cadavre d'Orphée flotte. Fait référence à Sapho, prêtresse de la poésie et de l'amour lesbien, qui s'éprend du beau Phaon, mais dédaignée, elle se jette dans la mer. De plus, lesbianisme, représente la recherche d'un idéal par des amours hétérodoxes ; symbolise la marginalité comme celle du poète. Titre qui prend surtout le contrepied des attentes habituelles en poésie.

Deux années plus tard songe au titre Les Limbes, titre évoquant pour les chrétiens un lieu dans les Enfers réservé aux innocents dépourvus de baptême.

Le titre définitif est trouvé en 1855 : alliance de termes contradictoires et provocateur. « Fleur » en poésie connote l'éclat innocent et pur, évoque la femme jeune et belle. Au mal s'associent le sombre, l'informe, le hideux. Par ce titre, Baudelaire semble affirmer qu'il existe une beauté propre au mal.

- Fleurs : souvent utilisé par Baudelaire dans le recueil comme la métaphore des poèmes (et de la création poétique en général).

- Préposition « du » : n'indique pas seulement l'appartenance mais l'origine. Les fleurs (les poésies) sont extraites du mal : lecture du titre qui met l'accent sur l'opération poétique elle-même qui transmue le mal et la laideur en beauté. La poésie est conçue comme une alchimie de la réalité : « Tu m'a donné ta boue et j'en fait de l'or » (Vers extrait projet épilogue 2ème éditon, invocation à Paris, capitale du « mal »)

- Singulier « le mal » : valeur généralisante ; embrasse ici toutes les formes de souffrance et de misère.

  • Mal social : les êtres déchus peuplent l'univers de Baudelaire.
  • Mal moral : sadisme et goût du crime hantent les âmes.
  • Mal physique : souffrance du corps et des nerfs du poète.
  • Mal métaphysique : celui d'un âme angoissée par l'absence de dieu et assaillie pourtant par le tourment du péché et de la damnation.

Baudelaire expliquait son titre en parlant d' "extraire la beauté du mal"


Baudelaire et son éditeur sont condamnés à des amendes et à la suppression de poèmes pour « offense à la morale publique et aux bonnes mœurs » (6 poèmes : "les Bijoux", "Le Léthé", "A celle qui est trop gaie", "Femmes damnées", "Lesbos", "les Métamorphoses du vampire").

On s'indigne de l'immoralité de l'ouvrage que l'on désigne comme des « monstruosités », un livre « abominable ». on reproche à Baudelaire la tendance à l'érotisme car la poésie ne doit pas montrer la réalité crue et doit avoir une perspective moralisatrice (surtout car elle est lue par femmes et jeunes femmes). Baudelaire est atterré, persuadé que la société n'a pas compris la signification de son recueil.

Le soir même du verdict, Baudelaire apparaît dans une brasserie parisienne en «toilette de guillotiné», portant une chemise sans col et les cheveux rasés. Il éprouve un profond sentiment d’injustice qui ne le quittera plus.


http://michel.parpere.pagesperso-orange.fr/pedago/sq4_poesie/LC4/docs/Proces_FM.pdf

« une architecture secrète, un plan calculé par le poète, méditatif et volontaire. Ce sont moins des poésies qu'une œuvre poétique de la lus forte unité » selon Barbey d'Aurevilly.

- Edition de 1857 : 100 poèmes répartis en cinq sections (Spleen et Idéal, Le Vin, Fleurs du Mal, Révolte, la Mort)

- Recomposition de 1861 : 35 poèmes nouveaux et une section supplémentaire. (Tableaux parisiens)

- 1868 : édition définitive, publiée un an après sa mort (Spleen et Idéal, Tableaux parisiens, le Vin, Fleurs du Mal...)

  • Spleen et Idéal : section fondamentale où se côtoient grandeur et misère de l'homme (termes pascaliens) qui s'affrontent sans issue. Les deux éléments se nourrissent l'un de l'autre, l'être est assailli d'angoisse car porte un désir d'infini, d'absolu que rien ici-bas ne peut contenter ; toute « élévation « est suivie de retombée dans le spleen.Sorte d'itinéraire spirituel, mouvement, où l'artiste s'interroge sur les pouvoirs de l'art, les difficultés de l'artiste, l'aspiration vers l'Idéal, l'évasion, ses souffrances et son spleen.

  • Tableaux parisiens : Paris « fourmillante cité pleine de rêves », renvoie au poète l'image démultipliée de sa détresse : partout des infirmes, des exilés, des êtres déchus. Thème moderne, urbain.

  • Le vin : recours des désespérés et des idéalistes, symbolise une voie d'évasion vers l'ailleurs

  • Fleurs du mal : luxure et amours interdites, autre évasion, témoignent chez les êtres damnés d'une nostalgie de l'infini, quête sublime vouée à l'échec

  • Révolte : la tentation suprême, se révolter contre Dieu et se tourner vers Satan

  • La mort : « C'est la Mort qui console, hélas ! Et qui fait vivre » : paradoxe baudelairien de « la mort des amants » qui place la mort comme le dernier espoir. Le grand poème final « le voyage » est un texte bilan qui dévoile une leçon implacable et pose une question : la mort, au fond de l'inconnu, révélera-t-elle du nouveau ?

Article de Gustave Bourdin, paru le 5 juillet 1857 à propos des Fleurs du Mal :


-L’odieux y coudoie l’ignoble;- le repoussant s’y allie à l’infect. Jamais on ne vit mordre et même mâcher autant de seins dans si peu de pages; jamais on n’assista à une semblable revue de démons, de foetus, de diables, de chloroses, de chats et de vermine. Ce livre est un hôpital ouvert à toutes les démences de l’esprit, à toutes les putridités du cœur; encore si c’était pour les guérir, mais elles sont incurables.

S4 : L'image des femmes chez Baudelaire

-Parfum exotique XXII -La Chevelure XXIII -Le serpent qui danse XXVIII -Sed non satiata XXVI

Titre « Sed non satiata » vient d’un poème satirique latin : « Juvénal ». Le contenu faisait allusion à la débauche d’une femme d’empereur, Messaline

= FIGURE SENSUELLE DE LA FEMME QUI DEVIENT SUPPORT A UN VOYAGE SULFUREUX ET SENSORIEL

POEMES EN REFERENCE A JEANNE DUVAL, la femme métisse, actrice.

S4 : L'image des femmes chez Baudelaire

2. -Mœsta et errabunda LXII -Chant d’automne LVII -L’invitation au voyage LIII -Ciel brouillé L



= LA FEMME EST UNE INVITATION A VOYAGER, SOURCE D’EXOTISME, DE DOUTES ET DE CONSOLATION

POEMES EN LIEN AVEC MARIE DAUBRUN, actrice qui brisera le coeur de Baudelaire

3. -Le Balcon XXXVI -Tout entière XLI -Le Flambeau vivant XLIII -Réversibilité XLIV



= FEMME MYSTIQUE ET ANGELIQUE (= un ange)


POEMES EN REFERENCE A MME SABATIER qui tenait un salon littéraire, femme inspiratrice pour Baudelaire

4. -XXV « Tu mettrais l’univers entier... » -Le vampire XXXI -La destruction CIX -La fontaine de sang CXIII



= IMAGE VAMPIRISANTE DE LA FEMME (= un vampire) INCITANT AU PECHE ET SOURCE DE CRUAUTES

5. -Semper Eadem XL -Chanson d’après-midi LXIII -A celle qui est trop gaie (in pièces condamnées) -Hymne à la Beauté XXI


= FEMME MYSTERIEUSE, INDOMPTABLE DONT LE « JE » POETIQUE RESTE FORTEMENT EPRIS;
FEMME DOUCE ET SENSUELLE QUI EST UNE CONSOLATION POUR LE POETE ENVAHI PAR LE SPLEEN

= "toujours la même"

S : Le Spleen de Baudelaire

S5 : LL "Chant d'automne" (LVI) dans la section "Spleen et Idéal"

Texte de bac (étude I)

Baudelaire avait prévu un premier titre très provocateur pour l'époque :

Les Lesbiennes (Lesbos étant considéré comme une terre de volupté païenne ; île quasi mythologique, contemporaine de Vénus, où le cadavre d'Orphée flotte. Fait référence à Sapho, prêtresse de la poésie et de l'amour lesbien, qui s'éprend du beau Phaon, mais dédaignée, elle se jette dans la mer. De plus, lesbianisme, représente la recherche d'un idéal par des amours hétérodoxes ; symbolise la marginalité comme celle du poète. Titre qui prend surtout le contrepied des attentes habituelles en poésie.

Deux années plus tard songe au titre Les Limbes, titre évoquant pour les chrétiens un lieu dans les Enfers réservé aux innocents dépourvus de baptême.

Le titre définitif est trouvé en 1855 : alliance de termes contradictoires et provocateur. « Fleur » en poésie connote l'éclat innocent et pur, évoque la femme jeune et belle. Au mal s'associent le sombre, l'informe, le hideux. Par ce titre, Baudelaire semble affirmer qu'il existe une beauté propre au mal.

- Fleurs : souvent utilisé par Baudelaire dans le recueil comme la métaphore des poèmes (et de la création poétique en général).

- Préposition « du » : n'indique pas seulement l'appartenance mais l'origine. Les fleurs (les poésies) sont extraites du mal : lecture du titre qui met l'accent sur l'opération poétique elle-même qui transmue le mal et la laideur en beauté. La poésie est conçue comme une alchimie de la réalité : « Tu m'a donné ta boue et j'en fait de l'or » (Vers extrait projet épilogue 2ème éditon, invocation à Paris, capitale du « mal »)

- Singulier « le mal » : valeur généralisante ; embrasse ici toutes les formes de souffrance et de misère.

  • Mal social : les êtres déchus peuplent l'univers de Baudelaire.
  • Mal moral : sadisme et goût du crime hantent les âmes.
  • Mal physique : souffrance du corps et des nerfs du poète.
  • Mal métaphysique : celui d'un âme angoissée par l'absence de dieu et assaillie pourtant par le tourment du péché et de la damnation.

Baudelaire expliquait son titre en parlant d' "extraire la beauté du mal"



Lecture par Pierre Viala

Structure du poème ?
Métrique ?
Rimes ?

Travail collectif: 4 groupes de 8 élèves

Etude très détaillée d'un quatrain qui mêle à la fois :
- le sens (signification; thèmes chers à Baudelaire; isotopies)
- sur la forme (ponctuation; sonorités et musicalité; termes accentués à la rime ou à la césure; mise en page particulière; rythme)

S5 : Etude transversale sur le Spleen

cf polycopié

Baudelaire avait prévu un premier titre très provocateur pour l'époque :

Les Lesbiennes (Lesbos étant considéré comme une terre de volupté païenne ; île quasi mythologique, contemporaine de Vénus, où le cadavre d'Orphée flotte. Fait référence à Sapho, prêtresse de la poésie et de l'amour lesbien, qui s'éprend du beau Phaon, mais dédaignée, elle se jette dans la mer. De plus, lesbianisme, représente la recherche d'un idéal par des amours hétérodoxes ; symbolise la marginalité comme celle du poète. Titre qui prend surtout le contrepied des attentes habituelles en poésie.

Deux années plus tard songe au titre Les Limbes, titre évoquant pour les chrétiens un lieu dans les Enfers réservé aux innocents dépourvus de baptême.

Le titre définitif est trouvé en 1855 : alliance de termes contradictoires et provocateur. « Fleur » en poésie connote l'éclat innocent et pur, évoque la femme jeune et belle. Au mal s'associent le sombre, l'informe, le hideux. Par ce titre, Baudelaire semble affirmer qu'il existe une beauté propre au mal.

- Fleurs : souvent utilisé par Baudelaire dans le recueil comme la métaphore des poèmes (et de la création poétique en général).

- Préposition « du » : n'indique pas seulement l'appartenance mais l'origine. Les fleurs (les poésies) sont extraites du mal : lecture du titre qui met l'accent sur l'opération poétique elle-même qui transmue le mal et la laideur en beauté. La poésie est conçue comme une alchimie de la réalité : « Tu m'a donné ta boue et j'en fait de l'or » (Vers extrait projet épilogue 2ème éditon, invocation à Paris, capitale du « mal »)

- Singulier « le mal » : valeur généralisante ; embrasse ici toutes les formes de souffrance et de misère.

  • Mal social : les êtres déchus peuplent l'univers de Baudelaire.
  • Mal moral : sadisme et goût du crime hantent les âmes.
  • Mal physique : souffrance du corps et des nerfs du poète.
  • Mal métaphysique : celui d'un âme angoissée par l'absence de dieu et assaillie pourtant par le tourment du péché et de la damnation.

Baudelaire expliquait son titre en parlant d' "extraire la beauté du mal"



S6 : Les femmes, une vision protéiforme

cf polycopié

Baudelaire avait prévu un premier titre très provocateur pour l'époque :

Les Lesbiennes (Lesbos étant considéré comme une terre de volupté païenne ; île quasi mythologique, contemporaine de Vénus, où le cadavre d'Orphée flotte. Fait référence à Sapho, prêtresse de la poésie et de l'amour lesbien, qui s'éprend du beau Phaon, mais dédaignée, elle se jette dans la mer. De plus, lesbianisme, représente la recherche d'un idéal par des amours hétérodoxes ; symbolise la marginalité comme celle du poète. Titre qui prend surtout le contrepied des attentes habituelles en poésie.

Deux années plus tard songe au titre Les Limbes, titre évoquant pour les chrétiens un lieu dans les Enfers réservé aux innocents dépourvus de baptême.

Le titre définitif est trouvé en 1855 : alliance de termes contradictoires et provocateur. « Fleur » en poésie connote l'éclat innocent et pur, évoque la femme jeune et belle. Au mal s'associent le sombre, l'informe, le hideux. Par ce titre, Baudelaire semble affirmer qu'il existe une beauté propre au mal.

- Fleurs : souvent utilisé par Baudelaire dans le recueil comme la métaphore des poèmes (et de la création poétique en général).

- Préposition « du » : n'indique pas seulement l'appartenance mais l'origine. Les fleurs (les poésies) sont extraites du mal : lecture du titre qui met l'accent sur l'opération poétique elle-même qui transmue le mal et la laideur en beauté. La poésie est conçue comme une alchimie de la réalité : « Tu m'a donné ta boue et j'en fait de l'or » (Vers extrait projet épilogue 2ème éditon, invocation à Paris, capitale du « mal »)

- Singulier « le mal » : valeur généralisante ; embrasse ici toutes les formes de souffrance et de misère.

  • Mal social : les êtres déchus peuplent l'univers de Baudelaire.
  • Mal moral : sadisme et goût du crime hantent les âmes.
  • Mal physique : souffrance du corps et des nerfs du poète.
  • Mal métaphysique : celui d'un âme angoissée par l'absence de dieu et assaillie pourtant par le tourment du péché et de la damnation.

Baudelaire expliquait son titre en parlant d' "extraire la beauté du mal"



S7: Etude du parcours "Alchimie poétique: la boue et l'or"

1) Qu'est-ce que l'alchimie ?

Cours en // du poly

Nicolas Flamel, alchimiste du XIVème

Pierre philosophale

transformer

métamorphoser

transmuter

réinventer

transfigurer

sublimer

Pourquoi dire alors que Baudelaire est un alchimiste ?

« Ô vous, soyez témoins que j’ai fait mon devoir
Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte.
Car j’ai de chaque chose extrait la quintessence,
Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or. »

Epilogue pour la deuxième édition des Fleurs du Mal en 1861

2) Le processus alchimique chez Baudelaire

Métamorphoser la "boue "en "or"

Qu'est-ce que la boue chez Baudelaire ?

La BOUE

3) Sublimer le laid

Etude du poème "Une charogne" de Charles Baudelaire

Baudelaire avait prévu un premier titre très provocateur pour l'époque :

Les Lesbiennes (Lesbos étant considéré comme une terre de volupté païenne ; île quasi mythologique, contemporaine de Vénus, où le cadavre d'Orphée flotte. Fait référence à Sapho, prêtresse de la poésie et de l'amour lesbien, qui s'éprend du beau Phaon, mais dédaignée, elle se jette dans la mer. De plus, lesbianisme, représente la recherche d'un idéal par des amours hétérodoxes ; symbolise la marginalité comme celle du poète. Titre qui prend surtout le contrepied des attentes habituelles en poésie.

Deux années plus tard songe au titre Les Limbes, titre évoquant pour les chrétiens un lieu dans les Enfers réservé aux innocents dépourvus de baptême.

Le titre définitif est trouvé en 1855 : alliance de termes contradictoires et provocateur. « Fleur » en poésie connote l'éclat innocent et pur, évoque la femme jeune et belle. Au mal s'associent le sombre, l'informe, le hideux. Par ce titre, Baudelaire semble affirmer qu'il existe une beauté propre au mal.

- Fleurs : souvent utilisé par Baudelaire dans le recueil comme la métaphore des poèmes (et de la création poétique en général).

- Préposition « du » : n'indique pas seulement l'appartenance mais l'origine. Les fleurs (les poésies) sont extraites du mal : lecture du titre qui met l'accent sur l'opération poétique elle-même qui transmue le mal et la laideur en beauté. La poésie est conçue comme une alchimie de la réalité : « Tu m'a donné ta boue et j'en fait de l'or » (Vers extrait projet épilogue 2ème éditon, invocation à Paris, capitale du « mal »)

- Singulier « le mal » : valeur généralisante ; embrasse ici toutes les formes de souffrance et de misère.

  • Mal social : les êtres déchus peuplent l'univers de Baudelaire.
  • Mal moral : sadisme et goût du crime hantent les âmes.
  • Mal physique : souffrance du corps et des nerfs du poète.
  • Mal métaphysique : celui d'un âme angoissée par l'absence de dieu et assaillie pourtant par le tourment du péché et de la damnation.

Baudelaire expliquait son titre en parlant d' "extraire la beauté du mal"



Lecture par Georges Claisse

Quelle image du poète ?



Quelle image du poète ?

// Le chiffonnier

4) Extraire le beauté du Mal

« Le beau est toujours bizarre. »

Charles Baudelaire, Curiosités esthétiques (1868)

5) Un processus alchimique inversé

Quel poème mentionne le mot alchimie dans son titre ?

LXXXIII

ALCHIMIE DE LA DOULEUR

L’un t’éclaire avec son ardeur,
L’autre en toi met son deuil, Nature !
Ce qui dit à l’un : Sépulture !
Dit à l’autre : Vie et splendeur !

Hermès inconnu qui m’assistes
Et qui toujours m’intimidas,
Tu me rends l’égal de Midas,
Le plus triste des alchimistes ;

Par toi je change l’or en fer
Et le paradis en enfer ;
Dans le suaire des nuages

Je découvre un cadavre cher,
Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages.

En quoi ce poème montre que le processus alchimique est un échec ?

D'autres exemples de poèmes
qui illustrent
une transfiguration inversée ?

6) Un processus alchimique inversé

Quels outils sont à la disposition du poète pour cette alchimie poétique ?

7) Comment la poésie accède-t-elle à cette transfiguration du réel ?

Agents de la transformation alchimique ?

8) Quelles influences littéraires ?

« Sculpte , lime, cisèle » — l’Art, Théophile Gautier

Le Romantisme

L'Alchimie Poétique...

A écouter : Baudelaire et l'esthétique de la boue

L'alchimie

LXXXI – ALCHIMIE DE LA DOULEUR

L’un t’éclaire avec son ardeur,
L’autre en toi met son deuil,
Nature ! Ce qui dit à l’un : Sépulture !
Dit à l’autre : Vie et splendeur !

Hermès inconnu qui m’assistes
Et qui toujours m’intimidas,
Tu me rends l’égal de Midas,
Le plus triste des alchimistes ;

Par toi je change l’or en fer
Et le paradis en enfer ;
Dans le suaire des nuages

Je découvre un cadavre cher,
Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages.

Ô vous, soyez témoins que j’ai fait mon devoir

Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte.
Car j’ai de chaque chose extrait la quintessence,
Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or.

Ebauche d'épilogue, 1861

"J'ai pétri de la boue et j’en ai fait de l’or »

Perte d'Auréole

Charles Baudelaire, « Perte d’auréole », Petits poèmes en prose, 1869

« Eh ! quoi ! vous ici, mon cher ? Vous, dans un mauvais lieu ! vous, le buveur de quintessences ! vous, le mangeur d’ambroisie ! En vérité, il y a là de quoi me surprendre.

— Mon cher, vous connaissez ma terreur des chevaux et des voitures. Tout à l’heure, comme je traversais le boulevard, en grande hâte, et que je sautillais dans la boue, à travers ce chaos mouvant où la mort arrive au galop de tous les côtés à la fois, mon auréole, dans un mouvement brusque, a glissé de ma tête dans la fange du macadam. Je n’ai pas eu le courage de la ramasser. J’ai jugé moins désagréable de perdre mes insignes que de me faire rompre les os. Et puis, me suis-je dit, à quelque chose malheur est bon. Je puis maintenant me promener incognito, faire des actions basses, et me livrer à la crapule, comme les simples mortels. Et me voici, tout semblable à vous, comme vous voyez !

— Vous devriez au moins faire afficher cette auréole, ou la faire réclamer par le commissaire.

— Ma foi ! non. Je me trouve bien ici. Vous seul, vous m’avez reconnu. D’ailleurs la dignité m’ennuie. Ensuite je pense avec joie que quelque mauvais poëte la ramassera et s’en coiffera impudemment. Faire un heureux, quelle jouissance ! et surtout un heureux qui me fera rire ! Pensez à X, ou à Z ! Hein ! comme ce sera drôle ! »

Un escape game sur l'alchimie

L’alchimie est l’art de transmutation des métaux.


C’est une recherche qui remonte à l’Antiquité greco-égyptienne et qui connut une grande vogue en Europe, au M-A jusqu’à la fin du XVIIIème, au moment où la chimie moderne commence à s’imposer (notamment avec le savant Antoine Lavoisier).

Le fondateur légendaire de cette discipline est le personnage mythique d'Hermès Trismégiste, l'astrologie et l'alchimie étant les deux piliers essentiels dans l'édifice des connaissances secrètes placé sous sa caution prestigieuse. Hermès Trismégiste, dont le Corpus Hermeticum fut traduit en français, à la Renaissance sous le titre de Pimandre de Mercure Trismégiste, est tenu à la fois comme le fondateur de l’alchimie et de l’hermétisme, qui lui doit son nom.

Au Moyen-Âge, l’alchimie est une pratique aux prétentions scientifiques qui recherche un moyen de transformer des métaux comme le fer et le plomb en or. Pendant le Moyen Âge et à la Renaissance, les alchimistes ont fait de la légende du roi Midas une allégorie de la dissolution de l'or alchimique (avait la capacité de transformer tout ce qu’il touche en or – vœu fait à Dionysos – mais ne peut rien faire, ni boire, ni manger, ni toucher ses proches).


Dans le Dictionnaire de l’Académie (1762), l’alchimie est ainsi définie : « Mot qui proprement ne signifie que la chimie, étant composé de l’article al et de chimie. Mais l’usage l’a fait appliquer par excellence à cette partie de la chimie qui s’occupe à perfectionner, à améliorer ou à transmuer les métaux. »

Cet ensemble de théories et de pratiques, impliquant des manipulations expérimentales de la matière, s’est développé de manière occulte, dissimulée, car allait à l’encontre de certains principes religieux (le christianisme notamment) et constituait ne sorte de quête spirituelle. Les alchimistes cherchaient le secret de la transmutation des métaux avec la pierre philosophale qui aurait permis de transformer les métaux vils, le plomb en métaux nobles,l’or. Ils avaient aussi l’objectif de rechercher la panacée (le remède universel) et l’elixir de longue vie.

Parmi les alchimistes célèbres, on peut trouver Nicolas Flamel et Raymond Lulle (pour Nicolas Flamel, a vécu au XIVème qui, grâce à son mariage, put acquérir une fortune confortable. On fit de lui un alchimiste et plusieurs traités alchimistes lui furent attribués). Leurs idées s’appuient sur l’idée de transmuter les métaux, mais également de guérir les maladies, de découvrir une sagesse cachée au moyen de symboles et d’analogie. Ils associent les éléments, la matière, les astres, et les états d’âme comme la mélancolie.


Cette pratique, ainsi que la figure de l’alchimiste, fascinent les artistes – entre autres, parce qu’elle possède des points communs avec la pratique artistique. Dès la Renaissance, l’alchimie s’impose comme un topos poétique, renvoyant au travail de transfiguration qu’opère l’écrivain sur le langage. On peut trouver des références chez Jean de Sponde, ou Maurice Scène. On la retrouve chez les romantiques

Elle est initiée par Aloysius Bertrand : « L’art, cette pierre philosophale du XIXème » (Gaspard de la Nuit, 1842).

S8: LL ___________________________________

"Une charogne" par Léo Ferré

"Une charogne" par Denis Lavant

Quelques poèmes...

"Une Charogne"

"Le Soleil"

"L'invitation au voyage"

"Spleen"

"Le Soleil" par Léo Ferré

Par Grand corps malade

Par Denis Lavant

Rembrandt, "Boeuf écorché", 1655, musée du Louvre

William Turner, Hôtel de ville de Paris (1833)

Claude Gellée dit Le Lorrain, Port de mer au soleil couchant, 1639

Edvard Munch, "Le Cri", 1893, tempera sur carton, Oslo