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Bonjour ! je suis Stéphane Bern.

Vous êtes ici pour l'exposition sur la mise en place du projet républicain entre 1870 et 1914 ? Une période de l'Histoire fascinante, mais méconnue... Vous vous demandez sans doute comment, malgré les oppositions qu'elle rencontre, la Troisième République finit-elle par regrouper la majorité des Français autour d'un projet politique commun, et j'espère qu'à la fin de cette visite, vous serez incollable sur le sujet !

Proclamée après la chute du Second Empire, la IIIe République s’impose progressivement dans le pays. Entre 1870 et 1914, les républicains réalisent un projet dont les racines remontent à la Révolution française ! Il s’appuie sur les libertés, la démocratie parlementaire, l’égalité, la laïcité et aussi sur de nombreux symboles tels que Marianne ou la Marseillaise, qui caractérisent cette vaste culture républicaine. La mise en œuvre du projet se fait toutefois sans plan préétabli, au fil des événements politiques... Suivez-moi !

Il semblerait que l'archiviste ait verrouillé cette salle... Apparemment, il a perdu une lithographie très importante. Si nous l'aidons à la retrouver, peut-être nous laissera-t-il entrer ? Allons voir à l'étage !

Revenez quand vous aurez visité la première aile du musée.

Revenez quand vous aurez visité les deux premières ailes du musée.

Ah vous voilà !

Nous allons entrer dans la première aile du musée, qui regroupe des documents relatifs à la question : "Pourquoi le projet républicain ne peut-il pas être mis en place avant 1879 ?"


N'oubliez pas de collecter le fragment de lithographie perdu à la fin de la visite de cette aile !

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L'Empereur Napoléon III reçoit son vainqueur au château de Bellevue près de Sedan le 2 septembre 1870, document allemand.

Le 2 septembre 1870, l’armée française commandée par Napoléon III est défaite par la Prusse et ses alliés à Sedan ; l’empereur est fait prisonnier et le Second Empire chute.


Gambetta proclame la IIIe République sur les marches du palais Bourbon.

Le 4 septembre, la République est proclamée à Paris par Gambetta, au nom du peuple qui, après une journée d’émeute, envahit la Chambre des députés avant de se rassembler devant l’Hotel de Ville.

Portraits en buste des membres du gouvernement de la Défense nationale. De haut en bas et de gauche à droite : Jules Favre, le général Trochu, Léon Gambetta... Imprimerie Lemercier, vers 1870.


Les chefs républicains - Gambetta, Ferry…- mettent en place un gouvernement provisoire de Défense nationale. Présidé par le général Trochu, ils veulent poursuivre les combats. Il faut faire vite ! Paris est assiégée le 20 septembre. Gambetta quitte la capitale en ballon, pour organiser la délivrance de la ville depuis Tours.


Paris assiégée subit les bombardements allemands.

Après 4 mois de siège et de lourdes défaites (Châtillon, Champigny, Buzenval...), la situation de Paris semble désespérée. La ville est coupée du reste du pays, la population meurt de froid à cause de l’hiver particulièrement rude, et de faim. Les denrées sont rationnées, les prix de la viande, du pain et des conserves flambent.


Assemblée nationale à Bordeaux, 1871.

Le gouvernement n’a d’autre choix que de signer un armistice, le 28 janvier 1871. Parmi les exigences allemande, la France se doit d’organiser des élections dans les 10 jours suivants. Elles ont lieu le 8 février, et donnent une large majorité parlementaire à la droite monarchiste, favorable à la paix et hostile à la République.


Portrait officiel du Président de la République Adolphe Thiers (1797-1877).

Réunie à Bordeaux, l’Assemblée nationale choisit le conservateur Adolphe Thiers comme chef du pouvoir exécutif, plébiscitant les partisans de la paix. Elle sera négociée lors du Traité de de Francfort le 10 mai 1871, qui ôtera à la France l’Alsace-Moselle et lui infligera une lourd indemnité de guerre.

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L'armée allemande défile sous l'Arc de Triomphe.

Le 1er mars 1871, les troupes allemandes victorieuses défilent dans Paris, en vertu des conditions d'armistice. La capitale ainsi que le quart Nord-Est de la France passent sous occupation. Pour une partie des Français, cet armistice est une trahison, notamment à Paris où la population, éprouvée par la faim et les combats, reste très hostile à l’ennemi.


Extrait de La Commune, Louise Michel, 1898.

Le 18 mars, alors que Thiers souhaite désarmer la Garde nationale et faire retirer les canons de la butte Montmartre, les Parisiens se révoltent, obligeant les autorités à s’installer à Versailles, et élisent un gouvernement insurrectionnel : la Commune de Paris.


Déclaration au peuple français, programme politique du Conseil de la Commune, 20 avril 1871.

Dominée par la gauche républicaine, elle veut faire de la ville une République autonome, sociale et libertaire. Là où l’Assemblée de Versailles est acquise au régime représentatif (parlement élue par le peuple), la Commune revendique la souveraineté populaire (démocratie directe par assemblées de citoyens, référendums…).



Louise Michel dans son costume de Garde national en 1871, La vie populaire.

L’implication de nombreuses femmes, telles Louise Michel, est un trait remarquable de cet épisode. Institutrice de Montmartre, elle participe activement à l'insurrection parisienne contre Thiers, dirige un Comité de vigilance des femmes dans son quartier, anime le club de la révolution... Son uniforme de combat de la Garde nationale lui vaut le surnom de "Vierge rouge".


Une barricade Communarde à Paris.

C'est la guerre civile ! les Communards édifient des barricades dans les rues pour se défendre de l'armée versaillaise. La plupart exercent des professions libérales, sont petits commerçants, ouvriers, employés ou artistes. À Paris, ils ont 200.000 dont 30.000 opérationnels. Même si des mouvements communards se développent dans les autres grandes villes françaises, seul celui de Paris perdure réellement. La propagande de Thiers provoque le rejet du mouvement dans les campagnes.


Paris incendiée lors de la Semaine sanglante. Gravure photographiée par Numa fils, 1871 (Musée d'Art et d'Histoire, Saint-Denis).

L'armée versaillaise aux ordres de Thiers et du maréchal de McMahon entre dans Paris le 21 mai, leurs tirs d'artillerie déclenchent des incendies. Les Communards en allument d'autres pour freiner l'avancée ennemie et abattre les symboles des régimes détestés (la Monarchie et l'Empire) : les Tuileries sont dévorées par les flammes.


Une rue de Paris en mai 1871, Maximilien Luce (Musée d'Orsay).

Les combats durent jusqu’au 28 mai : c’est la Semaine sanglante. Des centaines de Communards sont tués, environ 20.000 sont fusillés sommairement. Des peines d’emprisonnement, de déportation et d’exécution sont réservés aux quelques 36.000 Communards restants. C’est la fin de la Commune de Paris, qui aura duré 2 mois.

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Portrait officiel du Président de la République, le maréchal Patrice de McMahon (1808-1893)

Malgré son nouveau titre de Président de la République et de « libérateur du territoire », le ralliement de Thiers à une « République conservatrice » mécontente la majorité monarchiste de l’Assemblée nationale, qui le force à démissionner. McMahon est nommé à sa place, en vue d’une restauration monarchique.


Un trône envié. Le Comte de Paris (orléaniste) à gauche, le Comte de Chambord (légitimiste) à droite, Napoléon III en bas.

Cependant, les monarchistes sont très divisés entre légitimistes (partisans royalistes de la maison Bourbon), orléanistes (partisans royalistes de la maison d’Orléans) et bonapartistes (partisans impérialistes de la maison Bonaparte). Aucun d'entre eux n’arrive à se mettre d’accord sur les conditions du rétablissement monarchique.


M. Wallon, par Gill. Henri Wallon, sortant des nuées, présente le bébé Constitution coiffé du bonnet phrygien, L'Éclipse du 6 mars 1875.

Néanmoins, le rapprochement entre monarchistes modérés et républicains donne lieu à une série de lois constitutionnelles entre 1871 et 1875. L’amendement Wallon (janvier 1875) définit la nature du régime de la IIIe République et établit les pouvoirs ainsi que les modes d'élection du président de la République et des 2 Chambres.


Schéma des institutions de la IIIe République.

La République respecte la séparation des pouvoirs entre l'exécutif (présidences de la République et du Conseil) et le législatif (Chambre des députés, Sénat). La désignation à la tête des différents pouvoirs repose sur le suffrage direct (députés) ou indirect (sénateurs, président de la République) des citoyens français.


Le Président McMahon dissout l'Assemblée nationale. Caricature, XIXe siècle.

Aux élections de 1876, les républicains l’emportent largement, alors que McMahon espérait le retour d’une majorité monarchiste. Il est alors forcé de nommer le républicain Jules Simon à la tête du Conseil des ministres. Ce dernier est rapidement renvoyé par le Président mécontent, qui dissout la Chambre des députés le 16 mai 1877.


Discours de Gambetta à Lille, le 15 août 1877.

La crise de mai 1877 entre les républicains, guidés par Gambetta, et le président se termine par la victoire électorale des premiers et la démission de Mac Mahon au début de l'année 1879.


Portrait officiel du Président de la République Jules Grévy (1807-1891)

Son successeur, le républicain Jules Grévy, annonce qu'il ne dissoudra la Chambre sous aucun prétexte. La llle République devient un régime parlementaire. Le projet républicain peut désormais se mettre en place.

Bien joué ! Plus que 2 fragments de lithographie perdus à retrouver.


Rendez-vous dans la deuxième aile du musée.

Revenez quand vous aurez visité la deuxième aile du musée.

Ah vous êtes de retour !

Nous allons entrer dans la deuxième aile du musée, qui regroupe des documents relatifs à la question : "Comment le projet républicain est-t-il mis en place entre 1879 et 1892 ?"


N'oubliez pas de collecter le fragment de lithographie perdu à la fin de la visite de cette aile !

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Une séance à l'Assemblée.

À partir 1879, les républicains dominent la présidence et les deux Chambres, et remportent largement les élections législatives 1881. Dans l’objectif d’accomplir les promesses de la Révolution française, ils font voter de grandes lois libérales, étendant et défendant les libertés individuelles des Français dans divers domaines.


Georges Clemenceau prononçant un discours au cirque Fernando, Jean-Francois Raffaëlli, vers 1885.

Dans la continuité de l’art. 11 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen qui proclame la « libre communication des pensées et des opinions », la loi de juin 1881 garantit la liberté de réunion, favorisant l'essor du débat politique. Les réunions publiques, qui nécessitaient une autorisation préalable, peuvent désormais librement avoir lieu, si elle est déclarée.


La pénétration de la presse dans les campagnes. Supplément illustré du Petit Journal, 19 janvier 1902.

La loi du 29 juillet 1881 permet la libre impression et publication. Elle facilite la création de journaux d'opinion, désormais dégagés des contraintes financières (dépôt de cautionnement…) et qui expriment librement leurs positions politiques. La presse explose dans les villes et conquiert les campagnes. Par abonnement ou distribuée à la criée, elle gagne 3 millions de lecteurs entre 1880 et 1914.


Timbre commémoratif des 100 ans du syndicalisme français.

Le ministre Waldeck-Rousseau fait voter en 1884 la loi qui prendra son nom. Elle permet la constitution de syndicats professionnels ouvriers, agricoles, patronaux, leur permettant de défendre leurs intérêts. Première loi relative à la liberté syndicale en France, elle abroge la loi Le Chapelier (1791), qui interdisait toute association professionnelle. Les syndicats permettent un rééquilibrage du rapport entre ouvriers et employeurs.


La mairie, pivot des 36.000 communes françaises.

La loi municipale de 1884 crée un régime juridique uniforme pour toutes les communes. À leur tête, un conseil municipal qui administre librement la collectivité et un maire, représentant de la commune et de l’État, qui applique les décisions du conseil. Les conseillers municipaux sont élus au suffrage universel direct, ils désignent ensuite le maire pour 4 ans.


Portrait de Hubertine Auclert, militante féministe.

Mais les inégalités persistent : le vote est réservé aux citoyens (hommes de plus de 21 ans). Des militantes féministes réclament l’égalité politique pour les femmes, et passent à l'action : pétitions, créations de journaux (La Française) et de mouvements portant leurs revendications. Ce sont les prémices des suffragettes, mouvement en faveur du droit de vote des femmes, qui prendra son essor durant l’Entre-2-Guerre.

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Portrait du ministre de l'Instruction publique Jules Ferry.

Avocat, il est l'un des fondateurs de la IIIe République. Plusieurs fois député, ministre de l'Instruction publique et président du Conseil, il promeut la politique scolaire égalitaire de la République.


Loi du 28 mars 1882 sur l'enseignement primaire obligatoire et loi Goblet de 1886.

L'école permet d'inculquer les valeurs républicaines, car elle touche des générations successives de Français. Jules Ferry fait voter en 1881-1882 des lois scolaires rendant l'enseignement primaire public obligatoire et gratuit pour les enfants de 6 à 13 ans. En 1885, les écoles maternelles sont crées, destinées aux enfants de 2 à 5 ans. Le nombre de scolarisés grimpe : 1 million d’écoliers et d’écolières supplémentaires entre 1850 et 1885 dans les écoles.


La mairie et l'école publique d'arby-sur-Cure.

La loi Goblet (1886) complète les lois Ferry en confiant à un personnel exclusivement laïque l'enseignement dans les écoles publiques, qui remplace les instituteurs catholiques des congrégations. Dans le paysage rural, le bâtiment école-mairie s’oppose de façon visible à l’église du village. Néanmoins, les parents restent libres de choisir l'enseignement privé et confessionnel pour leur enfant.


Classe de garçons, école d'Hellemmes. Archives départementales du Nord.

Le budget conséquent de l'Instruction publique permet la construction et l’aménagement d’écoles. Spacieuse et confortable, la classe est un espace éclairé et aéré. Elle doit répondre à des normes : hauteur de la salle, position des fenêtres, nombre de rangées, nombre d’élèves… Tout est mis en place pour que l’enseignement s’y fasse dans les meilleurs conditions. Les élèves portent d’ailleurs la blouse, uniforme égalitaire qui dissipe les différences d’origine sociale : chacun a droit au même enseignement.


"La République vous a donné le droit de vote... Enfants, aimez-là ! Elle a fait de vous des électeurs !" Francisque Pouliot, L'Assiette au beurre, 1907.

L’effort porte aussi sur le recrutement des instituteurs, mieux encadrés. Les méthodes pédagogiques sont perfectionnées, les manuels illustrés apparaissent. Si lire, écrire et compter restent les bases de l’enseignement, des programmes scolaires sont fixés, centrés sur les sciences et sur la France, sa langue, sa géographie, son histoire et les apports de la Révolution… Le patriotisme est une valeur importante de la République et on inculque très tôt aux enfants l’amour du pays.


Des élèves s'exercent à l'école Pellerin de Beauvais vers 1890.

Cet intérêt de l’État dans le perfectionnement de l’éducation est dû à une idée courante de l’époque : l’instituteur prussien s’est révélé être le plus efficace à Sedan, puisque les Prussiens l'ont remporté... Les écoles française doivent donc faire mieux pour préparer les futurs citoyens - et qui sait ? les futurs soldats… Le bataillon scolaire (1882) est une institution des écoles publiques de France qui a pour but d’initier les jeunes élèves à la pratique militaire.

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Monument à la République, Léopold Morice, 1883.

Les symboles de la République se diffusent dans la vie quotidienne des Français. Villes et villages se couvrent de rues et de places « de la République », comme celle inaugurée à Paris en 1879. Forts en symbolique, ces monuments sont à la gloire des valeurs républicaines et les diffusent. Ils commémorent les hauts faits de la Révolution et de la République.



Buste de Marianne, sculpture de Jean-Antoine Injalbert, 1889.

Héritage de la Ie République (un décret de 1792 qui impose la représentation d’une femme coiffée d’un bonne phrygien sur les sceaux officiels), Marianne est l’allégorie de la République française. Elle représente ses valeurs de « Liberté, Égalité, Fraternité ». Son buste est placé dans les mairies, les écoles publiques et autres bâtiments officiels. Son profil apparaît sur les documents officiels, les timbres, les pièces de monnaie…


Illustration de la Marseillaise sur un protège-cahier, vers 1900.

La Marseillaise de Rouget de Lisle, chant de guerre révolutionnaire des fédérés de Marseille, fut déclaré chant national en 1795. Interdite sous l'Empire et la Restauration, la Marseillaise connait de nouveau son jour de gloire lorsque le gouvernement de la IIIe République sous Grévy, craignant un retour de la monarchie, en fait l'hymne national en 1879. Son apprentissage à l’école est rendu obligatoire en 1911.


La rue Montorgueil, Monet, 30 juin 1878.

À l'occasion de la clôture de l'Exposition universelle de Paris de 1878, une grande fête nationale en l’honneur de la République est organisée par le gouvernement. Le centenaire de la Révolution française est également fêté avec faste lors de l‘Exposition universelle de Paris de 1889. À cette occasion, la tour Eiffel est construite.


Allocution de Charles Floquet, président de la Chambre des députés, en présence de l'ensemble des autorités républicaines, à propos de l'hommage national à Victor Hugo, 1885.

Les grands hommes de la République, comme Victor Hugo, sont honorés. Considéré comme le plus grand écrivain de son temps, député, sénateur et militant pour de grandes causes républicaines (le suffrage universel, l’instruction pour tous, l’amnistie des Communards…), son décès en 1885 plonge la France dans le deuil. Le gouvernement organise d’immenses funérailles nationales et sa panthéonisation, largement médiatisées et rassemblant 2 millions de personnes. Le régime associe le peuple français à un hommage rappelant les valeurs de la République défendues par Hugo.



Témoignages de personnes aillant assisté aux funérailles de Victor Hugo.




Estampe de la fête nationale du 14 juillet 1880, anonyme (Musée Carnavalet ).

En 1880, sous l’impulsion du député Raspail, le 14 juillet est adopté comme jour de fête nationale, date doublement marquante qui est celle de la prise de la Bastille et de la Fête de la Fédération. Elle permet d’unir tous les républicains autour des racines de la Révolution. Suite à la défaite de 1870, le 14 juillet tend à commémorer une France amputée de l'Alsace-Lorraine, la IIIe République attisant ainsi le désir de revanche lors d'un défilé militaire.

Bien joué ! Plus qu'un fragment de lithographie perdu à retrouver.


Rendez-vous dans la troisième aile du musée.

Enfin !

Nous allons entrer dans la troisième aile du musée, qui regroupe des documents relatifs à la question : "Comment le projet républicain, souvent contesté, est-t-il consolidé entre 1892 et 1914 ?"


N'oubliez pas de collecter le fragment de lithographie perdu à la fin de la visite de cette aile !

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L'assaut de la République, dessin de Pépin paru dans Le Grelot, 1888. 1 : l'extrême gauche radicale (sous les traits du député Rochefort) 2 : les monarchistes et cléricaux 3 : les bonapartistes 4 : le général Boulanger.

Vers la fin des années 1880, la France est touchée par la Grande Dépression (1873-1896), crise économique terrible pour les secteurs agricoles et industriels. Le gouvernement connaît quant à lui le Scandale des décorations, forçant le Président Grévy à démissionner en 1887. Ancien militaire reconverti politicien, le général Boulanger profite de cet affaiblissement et rassemble les mécontents du régime parlementaire : extrême gauche radicale, droite nationaliste, légitimistes, bonapartistes, catholiques anti-laïques… Sa victoire électorale à Paris en janvier 1889 inquiète le gouvernement.


Programme politique du général Boulanger.

Outre sa volonté de venger la défaite de 1870 face à l’Allemagne (il est surnommé le « général Revanche »), Boulanger veut dissoudre la chambre des députés, jugée incapable, réviser les lois de 1875 - celles ayant établi la IIIe République, car il considère que l’exécutif n’est pas assez fort - et former une Assemblée constituante pour rédiger une nouvelle Constitution. Face au danger, le gouvernement riposte en modifiant les règles du scrutin en octobre 1889. Défait, Boulanger s’exile.

Emprunt obligatoire à lots de 1888, Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama.

En 1892 a lieu le Scandale du Canal de Panama : la compagnie alors en charge de son percement rencontre des problèmes financiers. Avec l’aide du banquier juif de Reinach, elle soudoie de nombreux députés pour obtenir une levée de fonds publics pour continuer les travaux. La révélation de l’affaire par le journaliste Drumont provoque une baisse du prestige du gouvernement, ainsi qu’un regain d’antisémitisme en France.

Attentat anarchiste contre la Chambre des députés, illustration de F. Lix pour Le Petit Journal, 1893.

Au sein de la gauche anarchiste, ces révélations accroissent la haine envers le régime, déjà considéré comme laxiste car indifférent à la misère et aux inégalités sociales. Révolutionnaires et anti-autoritaires, les anarchistes ont recours à la violence pour se faire entendre : en 1893, Auguste Vaillant lance une bombe dans la Chambre des députés.

Assassinat du Président Sadi Carnot, Le Petit Journal, 1894.

En 1894, alors qu’il venait visiter l’exposition universelle à Lyon, le Président Sadi Carnot est poignardé par l’anarchiste italien Caserio, pour avoir refusé de gracier Vaillant, condamné à mort après son attentat à la Chambre. La mort du président provoque une vive émotion parmi les Français.

Les Lois Scélérates de 1893-1894.

En guise de représailles, le gouvernement républicain fait voter les « Lois Scélérates », qui répriment les agissements des anarchistes. Elles suspendent leur liberté d’expression en décrétant la suppression des journaux et des organisations anarchistes. De nombreux sympathisants du mouvement sont arrêtés.


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Le traître : Dégradation d'Alfred Dreyfus, dessin d'Henri Meyer paru dans Le Petit Journal, 1895.

En 1894, le contre-espionnage découvre une lettre laissant penser qu’un officier français agit comme agent pour l’Allemagne. Sur la base d’une simple ressemblance d’écriture, le capitaine Dreyfus, alsacien et juif, est accusé de haute trahison. Suite à un procès douteux prenant en compte des pièces falsifiées, il est reconnu coupable et condamné à la déportation.

Un dîner en famille, dessin de Caran d'Arches paru dans Le Figaro, 1898. "-Surtout ! ne parlons pas de l'affaire Dreyfus ! ...Ils en ont parlé..."

Rapidement relayée par la presse, l’affaire prend une ampleur nationale. La France se divise alors en dreyfusards et anti-dreyfusards.

Dreyfus est innocent, supplément au journal Le Siècle.

Les dreyfusards clament l’innocence de Dreyfus et souhaitent la révision de son procès. Ils condamnent la justice militaire défaillante. Parmi eux, la gauche républicaine, socialiste, radicale, des intellectuels comme Péguy et Zola, des pacifistes…


À propos de Judas Dreyfus, caricature de C. Chanteclair, La Libre Parole illustrée, 1894.

Les anti-dreyfusards sont convaincus de la culpabilité de Dreyfus. Par antisémitisme (racisme dirigé envers les Juifs) ou par militarisme, ils veulent préserver le prestige de l'armée dans l’espoir d’une revanche contre l’Allemagne. Parmi eux, des partisans du nationalisme intégral (idéologique politique prônant un régime autoritaire, anti-révolutionnaire et xénophobe), des monarchistes, des ultra-catholiques, des antiparlementaires…

J'accuse...!, Lettre au Président de la République, Émile Zola, L'Aurore, 1898.

En 1898, l’écrivain Emile Zola donne un coup de fouet à l'affaire : dans la une du journal l'Aurore, son article « J’accuse...! » est une lettre ouverte au Président Faure et constitue un long réquisitoire contre les autorités militaires. De nombreux incohérences dans l’affaire sont ainsi pointées du doigt.



Réintégré à l'armée, Alfred Dreyfus est décoré de la Légion d'honneur, 1906.

Dreyfus est rejugé en 1899 mais condamné avec avec « circonstances atténuantes » par le Conseil de guerre de Rennes, à la grande indignation des dreyfusards. Le Président Émile Loubet lui accorde finalement la grâce présidentielle, mettant fin à l’affaire.

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Le Journal Le Radical, organe du Parti radical et radical-socialiste.

En 1901, les républicains dreyfusards forment le Parti radical et remportent les élections législatives de 1902 puis de 1906. Forts de ces victoires, ils souhaitent continuer la politique de sécularisation, engagée depuis la Révolution française et intensifiée sous Ferry, en réduisant l’influence et en excluant de la vie politique l’Eglise catholique. Cette dernière s’est révélée être, lors de l’affaire Dreyfus, une menace pour la IIIe République…




Portrait du Président du Conseil Émile Combes (1835-1921).

Émile Combes, Président du Conseil, mène une politique anticléricale, inspirée des idées des Lumières, qui promeuvent la raison sur l’obscurantisme religieux.



L'"ogre" Émile Combes, Le Pèlerin, 1902.

La loi de 1904 interdit l'enseignement par les congrégations religieuses. 2500 établissements d'enseignement privés sont fermés et doivent quitter le territoire. A l’avènement de l’intransigeant pape Pie X, l’ambassade de France au Vatican est fermée et les relations diplomatiques, rompues.




La séparation de l'Église et de l'État, anonyme (Musée Jean Jaurès). Le pape et le clergé aveugles et décadents sont reliés à la République (Marianne) par un noeud, bientôt coupé par Émile Combes, qui éclairé par les lumières de Voltaire.

Député socialiste, Aristide Briand réussit à faire adopter en décembre 1905 la loi sur la séparation des Églises et de l’État. Elle met fin au Concordat de Napoléon, qui réglait les relations entre l’Eglise catholique et l’Etat depuis un siècle. Désormais, la République est laïque. Elle ne nomme plus d’évêques ni ne salarie de culte, les bien de l’Eglise sont confiés à l’État, neutre face à toutes les religions et à toutes les croyances. La liberté de culte est toujours garantie.




Albert de Mun, Combats d'hier et d'aujourd'hui. Contre la séparation. De la rupture à la condamnation, 1906.

Dans son encyclique, le pape condamne la loi, d’autant plus qu’il n’a pas été consulté, et lance de nombreux appels à la résistance contre son application. Il n’accepte pas l'abrogation du Concordat ni la formation d’associations culturelles (composées de fidèles laïcs et d’ecclésiastiques chargés de l’exercice public d’un culte religieux) car elles n’obéissent à pas à la hiérarchie de l'Église catholique.



À Saint-Paul-de-Léon, la troupe tente d'enfoncer la porte de la cathédrale, Le Petit Parisien, 1906.

La Querelle des inventaires de 1906 survient alors des catholiques tenaces crient à la profanation et s’opposent à la confiscation des biens de l’Église. Dans 4800 églises, la gendarmerie et l’armée sont obligées d’enfoncer les portes barricadées par les fidèles. La situation est calmée par l’intervention du Président du Conseil Georges Clemenceau.

Eh bien ! Il semblerait que vous avez réussi à retrouver les 3 fragments de lithographie perdus... Bravo ! Allons voir l'archiviste pour qu'il déverrouille la salle et nous fasse voir la lithographie complète.

La France républicaine est symbolisée par la salle de classe. L'école primaire, rendue obligatoire, laïque et gratuite par les lois Ferry, enseigne les principes républicains. Les jeunes français et françaises sont ainsi préparés à devenir de bons citoyens et citoyennes, prêts à participer à l’effort de guerre quand il en sera temps.

Les symboles de la République sont particulièrement visibles : drapeaux français, buste de Marianne, ils sont représentatifs de la longue lutte pour l’affirmation de la IIIe République et de ses valeurs, envers ses nombreux opposants du passé (communards, monarchistes, anarchistes, l’Église…).

Les élèves assistent ébahis au discours passionné de soldat. Ils sont alsaciens, on le remarque grâce au costume traditionnel qu’ils portent. La République, bien qu’unie, respecte les diversités régionales.

Il pointe du doigt une carte au tableau : c’est la carte d’une France amputée de l’Alsace-Moselle, perdue lors du traité de Francfort en 1871. Le 3 août 1914 lorsque la guerre est officiellement déclarée par l’Allemagne, les troupes françaises, regroupées en Lorraine, lancent immédiatement l'offensive vers cette région pour la récupérer et laver l’honneur français.

Les paroles de La Marseillaise résonnent. Hymne national de la France depuis 1879 et composé à Strasbourg en 1792, il appelait à la guerre contre les adversaires de la Révolution, dont la Prusse bien sûr faisait partie. Héritière de la Ie République, la IIIe République entend elle aussi défendre les valeurs de la patrie, vaincre et s’auréoler d’une gloire éternelle.

La foule de curieux est amassée dehors. Le discours du soldat semble les animer eux aussi d’une certaine force. Il touche toutes les générations, qui s’unissent pour la France.

Le soldat porte un uniforme presque inchangé depuis Sedan (haut bleu et pantalon rouge garance) montrant que la volonté de revanche contre l’Allemagne s’est entretenue par les esprits depuis 1870.


Le soldat professe aux élèves une leçon d’Histoire de France et de géographie. Il regarde à peine son papier : son discours, il l’a récité des centaines de fois, la République est imprégnée en lui et cette guerre, toute sa vie il l’a attendue.

Son épée symbolise bien les intentions belliqueuses d’une grande partie des Français.


La lithographie En Alsace-La première leçon fait parti d’une série de cinq, intitulée Pages glorieuses, réalisées par l’illustrateur Fabien Fabiano en août 1914. Ces lithographies, publiées dans des journaux, sont destinées à la propagande et veulent communiquer l’élan patriotique en ce début de Première Guerre Mondiale. L’image est simple et frappante, elle entend unir les Français en ces temps de crise par des valeurs reconnaissables.


Néanmoins, cette lithographie présente certaines incohérences, passées outre par l’auteur qui veut frapper les esprits, plutôt que dépeindre la réalité de manière exacte. Nous sommes en effet en août 1914, au début du conflit. L’Alsace-Moselle est allemande et n’est pas encore reconquise. Elle ne sera officiellement restituée à la France qu’en 1919. Les élèves étaient d’ailleurs interdit de parler français par décret des autorités allemandes. Filles et garçons sont aussi séparés dans les écoles.


Schéma géopolitique des grands événements de la IIIe République et de la mise en lace du projet républicain, de 1871 à 1914.



Chronologie de la IIIe République des années 1880 à 1890.


Sources.

Documents annexes.


Merci de votre visite et à bientôt !


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