Want to make creations as awesome as this one?

Transcript

Agir sur le monde

Informer, s’informer, déformer ?

Séquence 5 : Le quatrième pouvoir.

Objectif : Découvrir les différents types de médias et y être sensibles pour s’informer et ne pas être manipuler.

Le sommaire

Mars 2022

Semaine de la presse

Les nuages de mots

Découvrir un journal télévisé dans toutes ses dimensions

Dégager les intentions des concepteurs du JT à partir de l'étude du générique du début d’un journal télévisé. En effet celui-ci s’efforce d’illustrer la conception qu’une chaîne se fait de l’information. Comparez les génériques de plusieurs JT : types d’images, de sons, enchaînements et couleurs…

Dégager les différents rôles tenus par le présentateur : informateur, médiateur par rapport aux téléspectateurs, animateur du plateau, porte-parole de la rédaction, annonceur de la suite des programmes… Dans les différents cas, relever les changements, parfois infimes, dans la manière de se tenir et de s’exprimer ; caractériser son style, plus particulièrement sa tenue, sa gestuelle, son ton, son registre de langue, ses intonations, son débit, ses mimiques, sa façon de prendre position face aux informations… Rechercher dans un JT des exemples dans lesquels le présentateur tente de respecter le double contrat de la communication médiatique : le contrat de sérieux (assurer la crédibilité de l’information) et le contrat de plaisir (capter le plus grand nombre de téléspectateurs).

Travailler la structure du journal télévisé : choix, hiérarchisation. Visionner des journaux d’une même journée sur des chaînes différentes. Repérer les sujets et leur ordre d’apparition. Sont-ils les mêmes sur toutes les chaînes ? Noter les différences ou similitudes.

Étudier la structure d’un reportage. Visionner un reportage sans la bande-son. Repérer les indices qui permettent d’identifier les événements, les faits. Émettre des hypothèses. Visionner le reportage avec le son. Quel est son rôle : informations supplémentaires, émotion, dramatisation… ? Définir le rôle des images : donnent-elles plus de réalité, de compréhension, de crédibilité aux faits ? Jouent-elles un rôle émotionnel ou ne sont-elles que des redondances ou de simples illustrations ?

Les différents types de médias

Sommaire

01

La télévision

04

facebook, instagram, twitter, snapchat, tik tok

Les réseaux sociaux

07

Réfléchir pourne pas être manipulé

02

La radio

05

Le circuit de l'info

08

- la ponctuation

- les modalisateurs
- les interjections
-les temps composés

Les séances de langue

03

La liberté d'expression

La presse écrite

06

La presse dans la littérature

09

Des vidéos pour aller plus loin

La censure

Le circuit de l'information.

En France il existe trois pouvoirs :

  • Le pouvoir exécutif : Le pouvoir exécutif (parfois appelé l'exécutif) est le pouvoir qui applique les lois grâce à des décrets ou des arrêtés. Il peut partager l'initiative de la loi avec le parlement. Le pouvoir exécutif est généralement composé du chef d'État (souverain ou président de la République) et du gouvernement (les différents ministres dirigés par un Premier ministre ou un Président du conseil selon les pays).

Il dirige l'armée, la police, la gendarmerie qui sont chargées de maintenir la sécurité à l'intérieur de l'État. Le pouvoir exécutif conduit aussi la politique étrangère, c'est-à-dire les relations avec les autres États.

Pour appliquer les lois auprès de la population, le pouvoir exécutif agit par l'intermédiaire des fonctionnaires : par exemple en France, les préfets, les élus locaux (maire, président du Conseil départemental ou régional, les recteurs d'académie, les professeurs, les fonctionnaires des contributions, les policiers...

  • Le pouvoir législatif : Le pouvoir législatif est le pouvoir de faire des lois, les interpréter et les modifier. Il est en général détenu par des parlements représentant les citoyens.
  • Le pouvoir judiciaire : La justice est l'institution qui représente le pouvoir judiciaire et qui est chargée de punir les citoyens qui ne respectent pas la loi. Pour cela, il existe de nombreux métiers de la justice, comme les juges ou les avocats par exemples.


  • Selon toi,

pourquoi appelle-t-on la presse le « quatrième pouvoir » ?

l

1 Que signifie « couvrir » un évènement ?

2 En langage journaliste que veut dire : un angle ? Un flash ?

3 Quel est le droit fondamental d’un journaliste ?

Les journaux télévisés

https://www.youtube.com/watch?v=bGmH_V18zxQ

https://www.youtube.com/watch?v=hzFDPp7stH0&ab_channel=France3Normandie

https://www.youtube.com/watch?v=ASjSPoNE3EY

https://www.youtube.com/watch?v=bGmH_V18zxQ



https://www.youtube.com/watch?v=hzFDPp7stH0&ab_channel=France3Normandie


https://www.youtube.com/watch?v=ASjSPoNE3EY

R. Kapuscinski, Autoportrait d’un reporter,

Trad. de V.Patte, 2010.

A l’heure actuelle, on ne peut plus imaginer la vie de l’homme sans les médias. Avant, l’homme ne pouvait pas vivre sans armes, puis sans voitures ou sans électricité. Aujourd’hui, il ne peut vivre sans les médias. Le danger vient de ce que les médias, qui sont devenus une puissance, ne s’occupent plus exclusivement de l’information. Ils se sont fixé un objectif plus ambitieux : ils façonnent la réalité. De plus en plus souvent, nous percevons le monde tel qu’il nous est montré à la télévision et non pas tel qu’il est en réalité. La télévision nous fait vivre dans un univers de contes.

L’histoire que nous connaissons d’après la télévision n’est pas le fruit de notre existence, mais de notre imagination. Nous ne faisons que l’imaginer, sur la base d’éléments réels, certes, mais dont la construction dépend de nous. Nous recevons une image proche de la réalité ou une image qui en est totalement éloignée en fonction de la manière dont nous structurons ces éléments. Il s’agit une sorte de fabulation du monde.

Le rôle de l’image télévisée est énorme. Nous devons toutefois rester conscients que l’image ne suscite pas de réflexion ; il agit seulement sur nos émotions.

Il est impossible de freiner des phénomènes négatifs, l’exploitation des émotions par exemple. Un journaliste entre dans l’appartement d’une mère dont le fils vient de mourir et il lui demande comment elle se sent. Tel l’œil d’une hyène, l’objectif de la caméra guette les larmes, les gestes de désespoir. Il n’a pas de scrupule, pas de freins éthiques. Et il n’y a aucun moyen d’échapper à cela, car le mécanisme de la concurrence est un mécanisme de marché ; or le mécanisme de marché est la base de la démocratie. Nous n’avons pas de système meilleur que le marché, la démocratie, la concurrence, un système qui veut que si quelqu’un (un journaliste en l’occurrence) refoule un comportement, il libère une place qui sera aussitôt occupée par un autre. On peut condamner ce système, le limiter. Mais on ne peut pas le supprimer.

Combien de fois voyons-nous des gens confondre le concept de « voir » avec celui de « comprendre » ! Par exemple, deux personnes se querellent. L’une dit à l’autre : « ma chère, tu as tort. Ce que tu dis est faux ! » Et l’autre de répondre : « Comment ça, j’ai tort ? Puisque je l’ai vu à la télévision ! »

En percevant le monde par le biais des médias, nous ne connaissons que les conséquences, la surface des événements. Or, si nous ne connaissons pas leurs causes, nous ne sommes pas en « état de réfléchir sur eux de manière appropriée. En même temps, les médias ne sont pas en mesure de tout expliquer de manière exhaustive ; ils opèrent donc une sélection, un choix. Le principe guidant la transmission de l’information est le résumé.

1. Quel est le constat du journaliste ? Expliquez.

2. Quel jugement le journaliste porte-t-il sur la télévision ? Quels arguments développe-t-il ?
3. De quel « système » s’agit-il ?
4. Expliquez la dernière phrase du texte.
5. Finalement, quel est l’impact de la télévision ?

A l’heure actuelle, on ne peut plus imaginer la vie de l’homme sans les médias. Avant, l’homme ne pouvait pas vivre sans armes, puis sans voitures ou sans électricité. Aujourd’hui, il ne peut vivre sans les médias. Le danger vient de ce que les médias, qui sont devenus une puissance, ne s’occupent plus exclusivement de l’information. Ils se sont fixé un objectif plus ambitieux : ils façonnent la réalité. De plus en plus souvent, nous percevons le monde tel qu’il nous est montré à la télévision et non pas tel qu’il est en réalité. La télévision nous fait vivre dans un univers de contes.

L’histoire que nous connaissons d’après la télévision n’est pas le fruit de notre existence, mais de notre imagination. Nous ne faisons que l’imaginer, sur la base d’éléments réels, certes, mais dont la construction dépend de nous. Nous recevons une image proche de la réalité ou une image qui en est totalement éloignée en fonction de la manière dont nous structurons ces éléments. Il s’agit une sorte de fabulation du monde.

Le rôle de l’image télévisée est énorme. Nous devons toutefois rester conscients que l’image ne suscite pas de réflexion ; il agit seulement sur nos émotions.

Il est impossible de freiner des phénomènes négatifs, l’exploitation des émotions par exemple. Un journaliste entre dans l’appartement d’une mère dont le fils vient de mourir et il lui demande comment elle se sent. Tel l’œil d’une hyène, l’objectif de la caméra guette les larmes, les gestes de désespoir. Il n’a pas de scrupule, pas de freins éthiques. Et il n’y a aucun moyen d’échapper à cela, car le mécanisme de la concurrence est un mécanisme de marché ; or le mécanisme de marché est la base de la démocratie. Nous n’avons pas de système meilleur que le marché, la démocratie, la concurrence, un système qui veut que si quelqu’un (un journaliste en l’occurrence) refoule un comportement, il libère une place qui sera aussitôt occupée par un autre. On peut condamner ce système, le limiter. Mais on ne peut pas le supprimer.

Combien de fois voyons-nous des gens confondre le concept de « voir » avec celui de « comprendre » ! Par exemple, deux personnes se querellent. L’une dit à l’autre : « ma chère, tu as tort. Ce que tu dis est faux ! » Et l’autre de répondre : « Comment ça, j’ai tort ? Puisque je l’ai vu à la télévision ! »

En percevant le monde par le biais des médias, nous ne connaissons que les conséquences, la surface des événements. Or, si nous ne connaissons pas leurs causes, nous ne sommes pas en « état de réfléchir sur eux de manière appropriée. En même temps, les médias ne sont pas en mesure de tout expliquer de manière exhaustive ; ils opèrent donc une sélection, un choix. Le principe guidant la transmission de l’information est le résumé.

Découvrir un journal télévisé dans toutes ses dimensions

Dégager les intentions des concepteurs du JT à partir de l'étude du générique du début d’un journal télévisé. En effet celui-ci s’efforce d’illustrer la conception qu’une chaîne se fait de l’information. Comparez les génériques de plusieurs JT : types d’images, de sons, enchaînements et couleurs…

Dégager les différents rôles tenus par le présentateur : informateur, médiateur par rapport aux téléspectateurs, animateur du plateau, porte-parole de la rédaction, annonceur de la suite des programmes… Dans les différents cas, relever les changements, parfois infimes, dans la manière de se tenir et de s’exprimer ; caractériser son style, plus particulièrement sa tenue, sa gestuelle, son ton, son registre de langue, ses intonations, son débit, ses mimiques, sa façon de prendre position face aux informations… Rechercher dans un JT des exemples dans lesquels le présentateur tente de respecter le double contrat de la communication médiatique : le contrat de sérieux (assurer la crédibilité de l’information) et le contrat de plaisir (capter le plus grand nombre de téléspectateurs).

Travailler la structure du journal télévisé : choix, hiérarchisation. Visionner des journaux d’une même journée sur des chaînes différentes. Repérer les sujets et leur ordre d’apparition. Sont-ils les mêmes sur toutes les chaînes ? Noter les différences ou similitudes.

Étudier la structure d’un reportage. Visionner un reportage sans la bande-son. Repérer les indices qui permettent d’identifier les événements, les faits. Émettre des hypothèses. Visionner le reportage avec le son. Quel est son rôle : informations supplémentaires, émotion, dramatisation… ? Définir le rôle des images : donnent-elles plus de réalité, de compréhension, de crédibilité aux faits ? Jouent-elles un rôle émotionnel ou ne sont-elles que des redondances ou de simples illustrations ?

1. De quoi parle l'emission de radio ?

2. Qui sont les gens qui parlent ?
3. Comment est réparti le temps de parole ?
4. comment sait-on qu'une question est posée ou qu'une exclamtion a lieu ?
5. Est-ce que j'arrive à créer une imagerie mentale ?
6. Quelle personnalité aimerais-je interviewé ?

La radio

Philip Pullman, J’étais un rat, traduction A. Krief, 1999.

Si Bob achetait tous les jours son journal, selon ses propres dires, c’était pour les pages sportives, mais il lisait aussi tous les articles sur les gagnants de la loterie, ses scandales et les crimes, comme des tas de gens.

Le directeur du Père Fouettard encourageait les journalistes à se tenir à l’affût de tout ce qui pouvait se produire dans la ville, que ce soit les histoires d’amour ou les faits divers insolites, horribles ou même extraordinaires, et, authentiques ou non, le journal en parlait. Les histoires les plus passionnantes étaient celles qui duraient longtemps, avec un nouvel élément apporté chaque jour, un peu comme un feuilleton, et que le premier imbécile venu pouvait comprendre sans effort.

Et ces derniers temps, Le Père Fouettard n’avait pas eu grand-chose dans le genre à se mettre sous la dent. […]

Donc, dès qu’un jeune et ambitieux reporter du Père Fouettard eut entendu une rumeur bizarre autant qu’étrange, il tendit l’oreille et commença à poser des questions. D’autres bruits ne tardèrent pas à circuler. Il y aurait, paraît-il, des fantômes dans les égouts : on les avait entendus murmurer. Une femme en avait même vu un qui la regardait sous la grille d’un caniveau. Et les ouvriers qui travaillaient dans les égouts juraient qu’ils avaient vu quelque chose bouger dans le noir.

Le journaliste s’arrangea pour rencontrer trois de ses ouvriers dans un café et leur offrit tout ce qu’ils voulaient à boire.

- Alors, de quoi s’agit-il ? Vous avez vu quelque chose dans les égouts ? Quel genre de chose ?

- Quelque chose de très bizarre, répondit le premier. Un fantôme, à mon avis.

- Ou un esprit malin, avança le deuxième.

- Un gnome, peut-être, dit le troisième homme.

- A quoi ressemblait-il ?

- Oooh, au diable, affirma le premier homme. Je travaille là-bas depuis toujours, et j’ai jamais eu peur comme aujourd’hui.

- Je vais vous dire, ajouta le deuxième. Ce qu’on a vu là-dessous, j’aimerais pas que mes gosses le voient.

- C’est une espèce d’affreux petit bonhomme, oui, tout petit, qui courait partout, dit le troisième.

Mais pas comme un véritable être humain… Il était bossu et avait l’air vraiment méchant.

« Bossu, méchant », nota le reporter dans son carnet.

- Très bien. Quoi encore ?

- Vous savez pas où j’ai déjà vu ça ? intervint le deuxième homme. Vous voyez les statues des pêcheurs qui tombent en enfer au-dessus de la porte de la cathédrale ? Eh ben, il y a un diable qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Il vous fiche la chair de poule : c’est le mal en personne.

« Le mal en personne », nota encore le journaliste.

-Formidable ! conclut-il.

-Et je vais vous dire autre chose, dit le premier homme. Les rats sont de retour. […]

-Fantastique ! s’exclama le journaliste. Dites-moi, les gars, ça ne serait pas possible que j’aille faire

un tour là-dedans pour me rendre compte ?

Les trois hommes étaient indécis. Le journaliste sortit son portefeuille. Ils acceptèrent.

La presse écrite

1. Quel type d’information le directeur du journal recherche-t-il ? Qu’en pensez-vous ?

2. Sur quelle information le journaliste enquête-t-il ? Pourquoi ? Expliquez.
3. Relevez les passages évoquant les lecteurs du journal : quelle image en donnent-ils ?
4. Quels moyens le journaliste emploie-t-il pour obtenir des informations ? Que pensez-vous de ses méthodes ? 5. Quels mots le journaliste note-t-il ? Pourquoi, selon vous ? Quels commentaires fait-il ?

Bel-Ami, Georges Duroy

Extrait de Bel-Ami, Maupassant 1885. George Duroy, journaliste installé à Paris doit rédiger un article sur son voyage en Algérie. Il demande l’aide de Madeleine Forestier, la femme de l’un de ses amis.

Il murmura, en hésitant :

— Voilà… mais vraiment… je n'ose pas… C'est que j'ai travaillé hier soir très tard… et ce matin… très tôt… pour faire cet article sur l'Algérie que M. Walter m'a demandé… et je n'arrive à rien de bon… j'ai déchiré tous mes essais… Je n'ai pas l'habitude de ce travail-là, moi ; et je venais demander à Forestier de m'aider… pour une fois…

Elle l'interrompit, en riant de tout son cœur, heureuse, joyeuse et flattée :

— Et il vous a dit de venir me trouver… ? C'est gentil, ça…

— Oui, madame. Il m'a dit que vous me tireriez d'embarras mieux que lui… Mais, moi, je n'osais pas, je ne voulais pas. Vous comprenez ?

Elle se leva :

— Ça va être charmant de collaborer comme ça. Je suis ravie de votre idée. Tenez, asseyez-vous à ma place, car on connaît mon écriture au journal. Et nous allons vous tourner un article, mais là, un article à succès.

Il s'assit, prit une plume, étala devant lui une feuille de papier, et attendit.

Mme Forestier, restée debout, le regardait faire ses préparatifs ; puis elle atteignit une cigarette sur la cheminée et l'alluma :

— Je ne puis pas travailler sans fumer, dit-elle. Voyons, qu'allez-vous raconter ?

Il leva la tête vers elle avec étonnement.

— Mais je ne sais pas, moi, puisque je suis venu vous trouver pour ça.

Elle reprit :

— Oui, je vous arrangerai la chose. Je ferai la sauce, mais il me faut le plat.

Il demeurait embarrassé ; enfin il prononça avec hésitation :

— Je voudrais raconter mon voyage depuis le commencement

Alors elle s'assit, en face de lui, de l'autre côté de la grande table, et le regardant dans les yeux :

— Eh bien, racontez-le-moi d'abord, pour moi toute seule, vous entendez, bien doucement, sans rien oublier, et je choisirai ce qu'il faut prendre.

Mais comme il ne savait par où commencer, elle se mit à l'interroger comme aurait fait un prêtre au confessionnal, posant des questions précises qui lui rappelaient des détails oubliés, des personnages rencontrés, des figures seulement aperçues.

Quand elle l'eut contraint à parler ainsi pendant un petit quart d'heure, elle l'interrompit tout à coup :

— Maintenant nous allons commencer. D'abord, nous supposons que vous adressez à un ami vos impressions, ce qui vous permet de dire un tas de bêtises, de faire des remarques de toute espèce, d'être naturel et drôle, si nous pouvons. Commencez :

« Mon cher Henry, tu veux savoir ce que c'est que l'Algérie, tu le sauras. Je vais t'envoyer, n'ayant rien à faire dans la petite case de boue sèche qui me sert d'habitation, une sorte de journal de ma vie, jour par jour, heure par heure. Ce sera un peu vif quelquefois : tant pis, tu n'es pas obligé de le montrer aux dames de ta connaissance… »

Elle s'interrompit pour rallumer sa cigarette éteinte, et, aussitôt, le petit grincement criard de la plume d'oie sur le papier s'arrêta.

— Nous continuons, dit-elle.

« L'Algérie est un grand pays français sur la frontière des grands pays inconnus qu'on appelle le désert, le Sahara, l'Afrique centrale, etc., etc.

Alger est la porte, la porte blanche et charmante de cet étrange continent.

Mais d'abord il faut y aller, ce qui n'est pas rose pour tout le monde. Je suis, tu le sais, un excellent écuyer, puisque je dresse les chevaux du colonel, mais on peut être bon cavalier et mauvais marin. C'est mon cas.

Te rappelles-tu le major Simbretas, que nous appelions le docteur Ipéca ? Quand nous nous jugions mûrs pour vingt-quatre heures d'infirmerie, pays béni, nous passions à la visite.

Il était assis sur sa chaise, avec ses grosses cuisses ouvertes dans son pantalon rouge, ses mains sur ses genoux, les bras formant pont, le coude en l'air, et il roulait ses gros yeux de loto en mordillant sa moustache blanche.

  • Quels mots Mme Forestier emploie-t-elle pour désigner le sujet d’un article ? Son écriture ?
  • Que penses-tu de cette métaphore ?
  • Pourquoi Mme Forestier demande-t-elle à Georges Duroy de raconter son voyage ?
  • Normalement un journaliste cherche-t-il à informer ou séduire ?
  • Mais selon la méthode Forestier que cherche-t-il à faire ?

Peut-on parler de manipulation du lange ? Si oui, pourquoi ?

Les textes littéraires

1. Quels mots Mme Forestier emploie-t-elle pour désigner le sujet d’un article ? Son écriture ?

2. Que penses-tu de cette métaphore ?
3. Pourquoi Mme Forestier demande-t-elle à Georges Duroy de raconter son voyage ?
4. Normalement un journaliste cherche-t-il à informer ou séduire ?
5. Mais selon la méthode Forestier que cherche-t-il à faire ?
6. Peut-on parler de manipulation du lange ? Si oui, pourquoi ?

La presse dans la littérature

Balzac, Monographie de la presse parisienne, 1843.

Il existe trois sortes de propriétaires-directeurs-rédacteurs en chef du journal : l’ambitieux, l’homme d’affaires, le pur-sang. L’ambitieux entreprend un journal soit pour défendre un système politique au triomphe duquel il est intéressé, soit pour devenir un homme politique en se faisant redouter. L’homme d’affaires voit dans un journal un placement de capitaux dont les intérêts lui sont payés en influence, en plaisir et quelquefois en argent. Le pur-sang est un homme chez qui la gérance est une vocation, qui comprend cette domination, qui se plaît à l’exploitation des intelligences, sans abandonner toutefois les profits du journal. Les deux autres font de leur feuille un moyen ; tandis que, pour le pur-sang, sa feuille est sa fortune, sa maison, son plaisir, sa domination : les autres deviennent des personnages, le pur-sang vit et meurt journaliste.

Balzac, Monographie de la presse parisienne, 1843.

1. Quels sont les trois types de patrons de presse que liste Balzac ?

2. Quelle sorte de pouvoir chacun d’eux cherche-t-il ?
3. Qu’est-ce qui distingue le troisième type des deux autres ?
4. Que signifie « Qui se plait à l’exploitation des intelligences » ?
5. Ces portraits vous semble-t-il flatteurs ?

Zola, "Adieux" Le Figaro, 22 septembre 1881

"Depuis plus de quinze ans, je me bats dans les journaux. D'abord, j'ai dû y gagner mon pain, très durement, je crois bien que j'ai mis les mains à toutes les besognes, depuis les faits divers jusqu'au courrier des Chambres. Plus tard, lorsque j'aurais pu vivre de mes livres, je suis resté dans la bagarre, retenu par la passion de la lutte. Je me sentais seul, je ne voyais aucun critique qui acceptât ma cause, et j'étais décidé à me défendre moi-même ; tant que je demeurerais sur la brèche, la victoire me semblait certaine. Les assauts les plus furieux me fouettaient et me donnaient du courage.

A cette heure, j'ignore encore si ma tactique avait du bon ; mais j'y ai au moins gagné de bien connaître la presse. Mes aînés, des écrivains illustres, l'ont souvent foudroyée devant moi, sous de terribles accusations : elle était l'agent démocratique de la bêtise universelle. J'en passe, et des plus féroces. J'écoutais, je songeais que, pour en parler avec cette rancune, ils ne la connaissaient pas ; non, certes, qu'elle fût absolument innocente de tout ce qu'ils lui reprochaient, mais parce qu'elle a des côtés puissants et qu'elle offre des compensations très larges. Il faut avoir longtemps souffert et usé du journalisme, pour le comprendre et l'aimer.

A tout jeune écrivain qui me consultera, je dirai : "Jetez-vous dans la presse à corps perdu, comme on se jette à l'eau pour apprendre à nager." C'est la seule école virile, à cette heure ; c'est là qu'on se frotte aux hommes et qu'on se bronze ; c'est encore là, au point de vue spécial du métier, qu'ont peut forger son style sur la terrible enclume de l'article au jour le jour. Je sais ben qu'on accuse le journalisme de vider les gens, de les détourner des études sérieuses, des ambitions littéraires plus hautes. Certes, il vide les gens qui n'ont rien dans le ventre, il retient les paresseux et les fruits secs, dont l'ambition se contente aisément. Mais qu'importe ! Je ne parle pas pour les médiocres, ceux-là restent dans la vase de la presse, comme ils seraient restés dans la case du commerce ou du notariat. Je parle pour les forts, pour ceux qui travaillent et qui veulent. Qu'ils entrent sans peur dans les journaux : ils en reviendront comme nos soldats reviennent d'une campagne, aguerris, couverts de blessures, maîtres de leur métier et des hommes.

Les meilleurs d'entre nous, aujourd'hui, n'ont-ils point passé par cette épreuve ? Nous sommes tous les enfants de la presse, nous y avons tous conquis nos premiers grades. C'est elle qui a rompu notre style et qui nous a donné la plupart de nos documents. Il faut simplement avoir les reins solides, pour se servir d'elle, au lieu qu'elle ne se serve de vous. elle doit porter son homme.

Ce sont là, d'ailleurs, des leçons pratiques que les plus énergiques paient très cher. Je parle pour moi, qui l'ai souvent maudite, tellement ses blessures sont cuisantes. Que de fois je me suis surpris à reprendre contre elles les accusations de mes aînés ! Le métier de journaliste était le dernier des métiers ; il aurait mieux valu ramasser la boue des chemins, casser des pierres, se donner à des besognes grossières et infâmes. et ces plaintes sont ainsi revenues, chaque fois qu'un écœurement m'a serré à la gorge, devant quelque ordure brusquement découverte. Dans la presse, il arrive qu'on tombe de la sorte sur des mares d'imbécillité et de mauvaise foi. C'est le côté vilain et inévitable. On y est sali, mordu, dévoré, sans qu'on puisse établir au juste s'il faut s'en prendre à la bêtise ou à la méchanceté des gens. La justice, ces jours-là, vous semble morte à jamais ; on rêve de s'exiler au fond d'un cabinet de travail bien clos, où n'entrera aucun bruit du dehors, et dans lequel on écrira en paix, loin des hommes, des oeuvres désintéressées.

Mais la colère et le dégoût s'en vont, la presse reste toute puissante. On revient à elle comme à de vieilles amours. Elle est la vie, l'action, ce qui grise et ce qui triomphe. Quand on la quitte, on ne peut jurer que ce sera pour toujours, car elle est une force dont on garde le besoin, du moment où l'on en a mesuré l'étendue. Elle a beau vus avoir traîné sur une claie, elle a beau être stupide et mensongère souvent, elle n'en demeure pas moins un des outils les plus laborieux, les plus efficaces du siècle, et quiconque s'est mis courageusement à la besogne de ce temps, loin de lui garder rancune, retourne lui demander des armes, à chaque nécessité de bataille.

1. Relève le champ lexical de la bataille.

2. Quelle autre image l’auteur emploie-t-il ?
3. Quelle caractéristique du journaliste Zola souligne-t-il donc ?
4. Le jugement de Zola sur la presse est-il positif ou négatif ?
Débat : La presse est-elle un outil efficace ?

Facebook

Instagram

Snapchat

Tik Tok

La liberté d'expression

l

La presse écrite

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit, sed do eiusmod tempor incididunt ut labore et dolore magna aliqua. Ut enim ad minim veniam, quis nostrud exercitation ullamco laboris nisi ut aliquip ex ea commodo consequat. Duis aute irure dolor in reprehenderit in voluptate velit esse cillum dolore eu fugiat nulla pariatur. Excepteur sint occaecat cupidatat non proident, sunt in culpa qui officia deserunt mollit anim id est laborum.

Consectetur adipiscing elit, sed do eiusmod tempor incididunt ut labore et dolore magna aliqua. Ut enim ad minim veniam, quis nostrud exercitation ullamco laboris nisi ut aliquip ex ea commodo consequat. Duis aute irure dolor in reprehenderit in voluptate velit esse cillum dolore eu fugiat nulla pariatur. Excepteur sint occaecat cupidatat non proident, sunt in culpa qui officia deserunt mollit anim id est laborum.

Adipiscing elit, sed do eiusmod tempor incididunt ut labore et dolore magna aliqua. Ut enim ad minim veniam, quis nostrud exercitation ullamco laboris nisi ut aliquip ex ea commodo consequat. Duis aute irure dolor in reprehenderit in voluptate velit esse cillum dolore eu fugiat nulla pariatur. Excepteur sint occaecat cupidatat non proident, sunt in culpa qui officia deserunt mollit anim id est laborum.

La censure

La censure et les censeurs

Avant de parler d’Anastasie, un bref mot sur la censure et les censeurs. Comme toujours, l’étymologie est précieuse : le mot censure vient du latin censere, (arbitrer ou mesurer la valeur), et date du 5e siècle avant J.-C. Il désignait alors les magistrats chargés du cens. Leur boulot consistait à classer les citoyens par ordre de fortune et d’âge pour fixer le niveau de l’impôt et le degré de leur contribution à la défense de Rome. Avec le temps, ce droit de classer les Romains au triple point de vue financier, politique et militaire se développa. L’autorité de la censure (censoria potestas) s’étendit à la mesure de la dignité, de l’honneur des citoyens, et donc à la surveillance des mœurs. Les censeurs pouvaient en cas d'infraction la noter sur le registre du cens avec indication du motif et frapper les coupables d'ignominie. Ce genre de jugements définitifs pouvait concerner les hommes célibataires d’un certain âge qui n’avaient pas pris la peine de se marier et ceux qui ne remplissaient pas leurs obligations militaires, la négligence des obligations religieuses, la fraude, les abus de pouvoir, la brutalité vis-à-vis des femmes, des enfants ou des esclaves, la répudiation d'une épouse légitime, la cruauté, la débauche…


Celle qui ne meurt jamais

Si la censure vient du latin, Anastasie, elle, vient du grec : son nom signifie « résurrection » – une façon pour les auteurs et les médias de rappeler que la censure, un temps abolie sous la Révolution puis rétablie par Napoléon, ne meurt jamais vraiment. Lorsqu’Anastasie succède en 1870 à ses ancêtres Dame Censure ou Dame Séraphine, seuls des historiens du droit seraient encore en mesure de comprendre quelque chose aux évolutions successives des champs concernés par la censure, de l’Empire à la Troisième République en passant par quelques Restaurations. Les textes de loi changent fréquemment, comme les champs visés par les censeurs et les peines prévues.

Chouette et lorgnons

La première et la plus célèbre des représentations figure en tête de ce billet et apparaît en 1870 sous le crayon du caricaturiste André Gill. Et comme dans toute allégorie, aucun détail n’est innocent.


Là où la Liberté est jeune, lumineuse, radieuse et attirante, Anastasie est une vieille mégère grimaçante au sourire sournois. La taille disproportionnée des ciseaux d’Anastasie en dit long sur la finesse des coupes qu’elle prétend faire dans les œuvres littéraires, la presse ou les spectacles, quels qu’ils soient. La chouette qu’elle porte sur l’épaule symbolise évidemment son caractère scrutateur : la censure surveille le pays, jour et nuit, avec une attention maniaque.


Maniaque, mais myope, à en juger par les lorgnons de la vieille femme. Une façon là encore de moquer des décisions arbitraires et pas forcément justifiées d’une censure qui taille à tort et à travers dans des œuvres dont elle ne comprend pas grand-chose. Et cette chouette n’est pas là seulement pour la formule ironique (« Anastasie, cette vieille chouette »). Elle symbolise la nuit et les superstitions d'un âge reculé et obscurantiste. Anastasie ressemble d’assez près à la figure traditionnelle de la sorcière : vieille, atrocement moche, les ongles crochus, sortie tout droit du fond des âges…


Si les vêtements et le chapeau d’Anastasie rappellent de leur côtés ceux d’une concierge de l’époque, il ne s’agit là encore pas d’un hasard : elles qu’on appelle dans l’argot du 19e les « bignoles » sont souvent des indicatrices de choix pour la police. D’autres illustrations confirmeront cette tendance à faire d’Anastasie cette vieille envieuse soumise au pouvoir – elle porte un tablier de domestique – qui écoute dans les cages d’escaliers.


Avec le temps, l'allégorie s'étoffera grâce à d’autres caricaturistes. En juillet 1874, sous la plume de Touchatout, le Trombinoscope, célèbre feuille satirique, lui ajoutera toute une famille. Il fait d’Anastasie, « illustre engin liberticide français », la fille naturelle de Séraphine Inquisition et lui donne quelques cousins : Ernest Communiqué, (le prénom visait un ministre de l’intérieur dont les communiqués ampoulés et parfaitement vides de sens faisaient le bonheur des humoristes), le vicomte Butor de Saint-Arbitraire, Agathe Estampille…

l

  • Qu’est-ce qu’une allégorie ?
  • Pourquoi Anastasia porte-t-elle ce nom ?
  • A quoi s’attaque-t-elle au XIXe siècle ?
  • Quel pouvoir sert-elle ?
  • La presse peut-elle se défendre ?
  • Penses- tu que ce texte soit encore d’actualité ?

  • Décris l’image A précisément et compare-la avec le texte.
  • Cherche le sens du mot concession.
  • Qu’est-ce qu’un canard journalistique ?
  • Explique, de ce fait, ce que tu comprends de l’image B.
  • Quel message le dessinateur veut-il transmettre ?

Les vidéos à voir

Les vidéos à voir

Madame Paulus

Professeure passionnée

Madame Paulus

Professeure passionnée

Préparation évaluation finale !

Si le fondateur du New York Herald, Gordon Benett, renaissait aujourd’hui, que dirait-il, en voyant ce palais de marbre et d’or, qui appartient à son illustre petit-fils, Francis Benett ? Trente générations se sont succédé, et le New York Herald s’est maintenu dans cette famille des Benett. Il y a deux cents ans, lorsque le gouvernement de l’Union fut transféré de Washington à Centropolis, le journal suivit le gouvernement, — à moins que ce ne soit le gouvernement qui ait suivi le journal, — et il prit pour titre : Earth Herald.
Et que l’on ne s’imagine pas qu’il ait périclité sous l’administration de Francis Benett. Non ! Son nouveau directeur allait au contraire lui inculquer une puissance et une vitalité sans égales, en inaugurant le journalisme téléphonique.

On connaît ce système, rendu pratique par l’incroyable diffusion du téléphone. Chaque matin, au lieu d’être imprimé comme dans les temps antiques, le Earth Herald est “parlé”. C’est dans une rapide conversation avec un reporter, un homme politique ou un savant, que les abonnés apprennent ce qui peut les intéresser. Quant aux acheteurs au numéro, on le sait, pour quelques cents, ils prennent connaissance de l’exemplaire du jour dans d’innombrables cabinets phonographiques.

Cette innovation de Francis Benett galvanisa le vieux journal. En quelques mois, sa clientèle se chiffra par quatre-vingt-cinq millions d’abonnés, et la fortune du directeur s’éleva progressivement à trente milliards, de beaucoup dépassés aujourd’hui. Grâce à cette fortune, Francis Benett a pu bâtir son nouvel hôtel, — colossale construction à quatre façades, mesurant chacune trois kilomètres, et dont le toit s’abrite sous le glorieux pavillon soixante-quinze fois étoilé de la Confédération.

A cette heure, Francis Benett, roi des journalistes, serait le roi des deux Amériques, si les Américains pouvaient jamais accepter un souverain quelconque. Vous en doutez ? Mais les plénipotentiaires de toutes les nations et nos ministres eux-mêmes se pressent à sa porte, mendiant ses conseils, quêtant son approbation, implorant l’appui de son tout-puissant organe. Comptez les savants qu’il encourage, les artistes qu’il entretient, les inventeurs qu’il subventionne ! Royauté fatigante que la sienne, travail sans repos, et, bien certainement, un homme d’autrefois n’aurait pu résister à un tel labeur quotidien.