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La poésie pour moi c'est ...

Une manière de s'exprimer qui manie le sens et la forme.
Un art qui respecte ou non les normes.
Une possibilité qui nous est donnée,
Jouer avec les mots, les faire chanter.

La poésie c'est l'expression de nos sentiments,
Evoluant au fil du temps.
Un exercice qui peut être assourdissant,
Troublant et plein de questionnements.

Un sonnet, une ballade, une prose,
Qui mettent le monde sur pause, à toute petite dose,
Pour nous faire ressentir ce quelque chose.

Qu'on ne la prenne pas en adversaire,
Car c'est l'hommage ouvert,
Aux thèmes qui nous sont chers.

Courtois Athénaïs Seconde 4

Saint-Amant, « L’hiver des Alpes », 1643

Ces atomes de feu qui sur la neige brillent,
Ces étincelles d'or, d'azur et de cristal
Dont l'hiver, au soleil, d'un lustre oriental
Pare ses cheveux blancs que les vents éparpillent;

Ce beau coton du ciel de quoi les monts s'habillent,
Ce pavé transparent fait du second métal,
Et cet air net et sain, propre à l'esprit vital,
Sont si doux à mes yeux que d'aise ils en pétillent.

Cette saison me plaît, j'en aime la froideur;
Sa robe d'innocence et de pure candeur
Couvre en quelque façon les crimes de la terre.

Aussi l'Olympien la voit d'un front humain;
Sa colère l'épargne, et jamais le tonnerre
Pour désoler ses jours ne partit de sa main.

Joachim Du Bellay, « Les Regrets »,
sonnet XXXVII, 1558

C'était ores, c'était qu'à moi je devais vivre,
Sans vouloir être plus que cela que je suis,
Et qu'heureux je devais de ce peu que je puis
Vivre content du bien de la plume et du livre.

Mais il n'a plu aux dieux me permettre de suivre
Ma jeune liberté, ni faire que depuis
Je vécusse aussi franc de travaux et d'ennuis,
Comme d'ambition j'étais franc et délivre.

Il ne leur a pas plu qu'en ma vieille saison
Je susse quel bien c'est de vivre en sa maison,
De vivre entre les siens sans crainte et sans envie :

Il leur a plu (hélas) qu'à ce bord étranger
Je visse ma franchise en prison se changer,
Et la fleur de mes ans en l'hiver de ma vie.

Albert Samain, « La Chimère », 1921

La chimère a passé dans la ville où tout dort,
Et l’homme en tressaillant a bondi de sa couche
Pour suivre le beau monstre à la démarche louche
Qui porte un ciel menteur dans ses larges yeux d’or.

Vieille mère, enfants, femme, il marche sur leurs corps...
Il va toujours, l’œil fixe, insensible et farouche...
Le soir tombe... il arrive ; et dès le seuil qu’il touche,
Ses pieds ont trébuché sur des têtes de morts.

Alors soudain la bête a bondi sur sa proie
Et debout, et terrible, et rugissant de joie,
De ses grilles de fer elle fouille, elle mord.

Mais l’homme dont le sang coule à flots sur la terre,
Fixant toujours les yeux divins de la chimère
Meurt, la poitrine ouverte et souriant encor.

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XVIème

XXème

XVIIème

Albert Samain, La Chimère , 1921

La chimère a passé dans la ville où tout dort,
Et l’homme en tressaillant a bondi de sa couche
Pour suivre le beau monstre à la démarche louche
Qui porte un ciel menteur dans ses larges yeux d’or.

Vieille mère, enfants, femme, il marche sur leurs corps...
Il va toujours, l’œil fixe, insensible et farouche...
Le soir tombe... il arrive ; et dès le seuil qu’il touche,
Ses pieds ont trébuché sur des têtes de morts.

Alors soudain la bête a bondi sur sa proie
Et debout, et terrible, et rugissant de joie,
De ses grilles de fer elle fouille, elle mord.

Mais l’homme dont le sang coule à flots sur la terre,
Fixant toujours les yeux divins de la chimère
Meurt, la poitrine ouverte et souriant encor.

Alo Patrick, Chimère, 2009, Assemblage de pièces métalliques soudées, 90 x 140 x 90cm

Richard Wagner, Götterdämmerung: Siegfried's Funeral March, 8.20min, 1876

Albert Samain

Albert Samain est un poète symboliste français né en 1858 et mort en 1900.

Dès ses 14 ans, il est contraint d'arrêter les études pour gagner de l'argent, laissant ainsi de côté sa passion pour les Lettres. Il devient dans un premier temps coursier, puis, rattrapé par sa passion, il commence à réciter des poèmes aux soirées du Chat noir, un cabaret connu à cette époque.

Il écrit La chimère en 1921, dans un de ses recueil le plus connu, "Symphonie héroïque", une œuvre qui fait, en autre, référence à des éléments de la mythologie grecque.


Un sonnet réinventé ?

Dans ce poème, Albert Samain ne réinvente pas le sonnet comme il en a l'habitude avec la composition à 15 vers. Il reste très classique, et reste fidèle au sonnet véritable en 14 vers. Serait-ce alors, pour s'approcher au plus près, de l'aspect codifié de la mythologie ? Mystère, néanmoins, il me semble que cette approche permet de garder un rythme bénéfique au poème. Les deux derniers tercets permettent de finir avec une régularité parfaite, tout comme l'est la chimère. Les rimes suivies des tercets avec les rimes embrassées des quatrains sont maîtrisées et donnent, selon moi, une mélodie spécifique à la démarche de la chimère.

Le sonnet est bref, mais le moment dépeint, lui, paraît étrangement long car il met en lumière chaque atouts de la chimère. Samain met ici en avant la dualité qui règne chez la chimère, à la fois: sa beauté et sa profonde cruauté.

C'est justement pour la belle représentation de cet aspect que j'ai choisi ce poème. La dualité et le tragique sont des thèmes que j'affectionne particulièrement dans les arts littéraires. Dès la première lecture, j'ai su que ce sonnet allait être mon préféré car il place le lecteur dans une certaine attente malgré qu'il en sache le dénouement tragique. L'homme est aveuglé par la beauté de la Chimère et ne se méfie pas de sa cruauté. Il sait qu'il se fourvoie et reconnait que la chimère le trompe car elle "porte un ciel menteur" dans ses "larges yeux d'or". L'auteur n'hésite pas à employer les termes puissants et glorifiants qui sont nécessaires à la juste description du monstre. Samain met en place une ambiance, qu'il veut la plus lugubre possible, et cela est réussi. Lorsqu'il écrit que la chimère n'a pas de honte à marcher "sur des têtes de morts" et que "le sang coule à flots sur la terre", il affirme l'effroyable de la situation. Je suis à la fois captivée et émue par ce sonnet, il m'évoque des événements historiques importants comme les multiples massacres de la Première guerre mondiale. Le lecteur trouve sans cesse, de nouvelles interprétations au sonnet : ravage d'un amour empoisonné ou métaphore de la mort ; toutes les voies possibles de compréhension et d'analyses permettent de le personnaliser. Cela le rend très intéressant à analyser.

La manière dont les mots sont assemblés et, la musicalité qui en découle, sont parfaites, et me font ressentir, à chaque fois que je lis ce sonnet, de profonds sentiments, qui vont aussi bien de la gloire au désespoir.

Œuvre sculpturale

La chimère de Patrick ALO, est l'une des seules œuvres sculpturales qui m'a interpellée lors de mes recherches. Elle représentait parfaitement la dualité, précédemment détaillée, de la chimère. La structure métallique donne directement du caractère à la bête. Une force naturelle émane de cet assemblage et la chimère, est ici, bien dépeinte comme l'être fascinant du sonnet : à la fois d'une grande beauté et d'une grande férocité. On ressent bien cette menace caractéristique, la bête adopte une posture d'attaque tout en gardant sa prestance. Elle a toutes les caractéristiques que j'imagine en lisant le poème : un corps de lion avec des pattes fines, un serpent menaçant à la place de la queue, et une tête de chèvre sur le dos. Dans cet assemblage, l'artiste a bien mis en valeur la bête et a joué avec les différentes formes que l'on pouvait obtenir avec le métal. Cette chimère semble moderne, cela m'a plu, il a revisité la chimère et lui a donné une représentation plus agressive, dynamique, et intemporelle. Sur cette photo, j'aime particulièrement son allure et le fait que la lumière la mette en valeur. Cet élément extérieur accentue l'ombre de certaines parties, éclaire la crinière et le flanc. Tout est très bien imaginé, la terreur et l'admiration sont ainsi provoquées chez l'homme par la chimère. La cruauté est réellement incarnée.


Œuvre musicale

L’œuvre musicale qui m'est directement venue à l'esprit est le Götterdämmerung de Wagner, célèbre compositeur allemand du 19ème siècle.

J'imagine cette marche funéraire avec 3 mouvements : le premier représente la démarche de la bête, le deuxième, l'admiration qu'a l'homme pour la chimère, et le troisième le triomphe de la bête. Cette musique représente toute l'angoisse que je ressens à la lecture du sonnet. Il me parait donc évident, de choisir cette œuvre musicale. Le "leitmotiv" de l’œuvre est glaçant, les violoncelles sont angoissants, les sonorités des percussions et des cuivres puissantes. Chaque variation apporte encore plus de solennité au moment. Le leitmotiv représente le danger, la bête chasse, traque, et recherche une âme tout le long du premier mouvement. La deuxième partie est magistrale, on a l'impression qu'elle laisse place à la contemplation d'une créature, certes terrifiante mais aussi divine. Les longues notes des clarinettes et l'ensemble lent des violons dans la deuxième partie, montrent toute la prestance de la bête magistrale. Après une courte transition, les trompettes retentissent et l'on sait que la chimère a gagné, qu'elle a tué l'homme. Les percussions de plus en plus fortes et rapides, accompagnées par des cors viennent affirmer le dénouement tragique imaginé. Le morceau se clôture avec le leitmotiv du début, auquel très peu de variations ont été ajoutées, contrairement au cœur principal de l’œuvre. Ce qui est particulièrement fort, c'est lorsque Wagner instaure une sorte de retour au début. Cela me permet de faire le parallèle avec le sonnet : la chimère est de nouveau en chasse, sa traque de proies recommence, et avec elle, sa quête inexorable de mort.

Tout, dans cette œuvre, m'apparait idéal pour l'illustration du sonnet.


John Martin, Le Pandemonium

Fin