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Transcript

Séquence 1
Se raconter, se représenter
La Place
Annie Ernaux

L'oeuvre étudié est « La Place » qui est un court texte autobiographique d’Annie Ernaux publié en 1983. Caractérisé par la neutralité de son style, il a remporté le Prix Renaudot. Le livre a la particularité de ne pas être découpé en chapitres : on s’appuiera ici sur une division par partie suivant la chronologie du récit.

Annie Ernaux, née Annie Duchesne le 1er septembre 19401 à Lillebonne (Seine-Maritime), est une femme de lettres française, professeure de lettres. Son œuvre littéraire, pour l'essentiel autobiographique, entretient des liens étroits avec la sociologie.

Séquence 2
Vision poétique du monde

Charles Baudelaire, né le 9 avril 1821 à Paris et mort dans la même ville le 31 août 1867, est un poète français.

Charles Baudelaire, « Les fenêtres », Petits Poèmes en prose, édition posthume 1869.

Les fenêtres

Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.

Par-delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.

Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.

Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.

Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?

Guillaume Albert Vladimir Alexandre Apollinaire de Kostrowitzky, dit Guillaume Apollinaire, est un poète et écrivain français, critique et théoricien d'art qui serait né sujet polonais de l'Empire russe, le 26 août 1880 à Rome. Il meurt à Paris le 9 novembre 1918 de la grippe espagnole, mais est déclaré mort pour la France en raison de son engagement durant la guerre.

Considéré comme l'un des poètes français les plus importants du XXe siècle, il est l'auteur de poèmes tels Zone, La Chanson du mal-aimé, Le Pont Mirabeau, ayant fait l'objet de plusieurs adaptations en chanson au cours du siècle.

Zone est un poème de Guillaume Apollinaire, paru dans son recueil Alcools. Bien qu'il soit le dernier à avoir été écrit, il ouvre ce recueil publié en 1913.

Le 31 du mois d'Août 1914

Je partis de
Deauville un peu avant minuit

Dans la petite auto de
Rouveyre

Avec son chauffeur nous étions trois

Nous dîmes adieu à toute une époque
Des géants furieux se dressaient sur l'Europe
Les aigles quittaient leur aire attendant le soleil
Les poissons voraces montaient des abîmes
Les peuples accouraient pour se connaître à fond
Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres demeures

Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières
Je m'en allais portant en moi toutes ces armées qui

se battaient
Je les sentais monter en moi et s'étaler les contrées

où elles serpentaientAvec les forêts les villages heureux de la
Belgique
Francorchamps avec l'Eau
Rouge et les pouhons
Région par où se font toujours les invasions
Artères ferroviaires où ceux qui s'en allaient mourir

saluaient encore une fois la vie colorée

Océans profonds où remuaient les monstres

Dans les vieilles carcasses naufragées

Hauteurs inimaginables où l'homme combat

Plus haut que l'aigle ne plane

L'homme y combat contre l'homme

Et descend tout à coup comme une étoile filante

Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité

Bâtir et aussi agencer un univers nouveau

Un marchand d'une opulence inouïe et d'une taille

prodigieuse
Disposait un étalage extraordinaire
Et des bergers gigantesques menaient
De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles
Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route

Et quand après avoir passé l'après-midi

Par
Fontainebleau

Nous arrivâmes à
Paris

Au moment où l'on affichait la mobilisation

Nous comprîmes mon camarade et moi

Que la petite auto nous avait conduits dans une époque

Nouvelle
Et bien qu'étant déjà tous deux des hommes mûrs
Nous venions cependant de naître


Louis Aragon est un poète, romancier et journaliste français, né probablement1 le 3 octobre 1897 à Paris, où il est mort le 24 décembre 1982.

"Strophes pour se souvenir" (1955)

Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.

Louis Aragon, Le Roman Inachevé