Want to make creations as awesome as this one?

Transcript

Jean-Valjean, coupable ou non coupable?

Paris, 1849

Ma petite Cosette,

Quand vous lirez ces quelques lignes, je serai sûrement déjà mort, endormi pour toujours en compagnie des anges du ciel. Je sens mes forces me quitter, et la fin est proche. Mais elle est nécessaire. Telle est la vie.


Dans cette lettre, Cosette, ou, devrais-je dire, Mme. de Pontmercy, vous découvrirez ce que je vous ai caché depuis si longtemps, quel personnage se dissimule derrière ce faible vieillard que je suis.

Premièrement, ce que j'ai de plus dur à vous dire est ceci: j'ai été galérien. Non, je ne mens pas, malheureusement. J'ai passé dix-neuf ans au bagne. Je crus avoir tout perdu à ce moment-là. Ma famille, mon travail, ma raison de vivre. Et savez vous pourquoi, Cosette? Pour un pain, un vulgaire pain destiné à nourrir mes neveux affamés. Puis, voulant m'échapper, j'ai à chaque fois rallongé ma peine. Enfin libre, je partis, dans trop savoir où aller. A ce moment, Cosette, mon âme était plus noire qu'une nuit sans lune ni étoiles. Mais j'ai fait une rencontre, une rencontre qui a changé ma vie. Alors que l'on me refusait le gîte et le couvert, dans un village où je passais, une brave femme m'a conduit chez Mgr. Bienvenu, l'évêque du diocèse de la région. Même après avoir entendu, et après avoir vu mon passeport jaune, il a insisté pour que je reste manger et dormir. Sa domestique, Mme. Magloire, faisait une drôle de tête! Mais après avoir mangé comme un roi, et après m'être glissé dans des draps de soie, tel un lâche, je suis parti, comme un voleur, puisque j'en était un, emportant avec moi la belle argenterie de l'évêque, qui m'avait ouvert ses portes. Bien évidemment, j'ai été pris par la police, et ils m'ont ramené chez Mgr. Bienvenu. Je m'imaginais avec colère ce qui allait se passer: l'évêque me dénoncerait et je serais forcé de retourner au bagne! Mais non, rien de tout cela ne s'est passé. Mgr. Bienvenu est arrivé, tout souriant, en affirmant qu'il m'avait offert l'argenterie. Puis il est allé chercher deux magnifiques chandeliers, en argent eux aussi, et me les a tendus en me disant que je les avait "oubliés". Je me suis retrouvé dehors, encore tout ahuri de ce qui venait de se passer. La bonté existait donc! J'ai gardé les chandeliers avec moi depuis ce moment. Récupérez-les donc! Ils sont dans la grande armoire de ma chambre. Mais promettez-moi une chose: ne les vendez pas, mais gardez-les précieusement. Ils sont très importants pour moi.


Il faut que vous sachiez, Cosette, qui était votre mère. Elle s'appelait Fantine. La première fois que je l'ai vue, c'était la police qui l'avait amenée à moi. Elle avait l'air misérable. Ses habits étaient des loques, elle avait les joues creusées et était maigre à faire peur. Elle était très malade. Il ne lui restait que peu de temps à vivre. Mais tout cela, c'était pour vous, Cosette. N'ayez à aucun prix honte d'elle. C'est la personne la plus courageuse que je n'ai jamais rencontré. Elle a tout donné pour vous. Tout. Avant de mourir, elle m'a supplié d'aller vous chercher pour vous éduquer et vous soigner. Elle vous aimait tant, Cosette. Tant… Par des moments de délire, de souffrance, elle prononçait votre nom. Après sa mort, je lui ai juré, et je me suis juré à moi-même, que malgré tous les dangers et sacrifices, je vous retrouverais, et vous rendrais heureuse. J'espère que ma promesse est acquittée, et que vous êtes le plus heureuse des jeunes femmes.


Une fois que je vous ai retrouvée, nous nous sommes réfugiés dans le couvent du Petit-Picpus, traqués par les troupes de Javert, qui me poursuivait sans relâche. Car, sans le vouloir, j'avais volé la pièce de quarante sous d'un enfant qui n'avait rien fait sauf travaillé dur toute la semaine pour gagner cet argent. Je me sentait si misérable! Si misérable… Après cela, j'ai fait fortune dans une petite ville, non loin de Paris, mais passons cela. Un jour, on m'a appris qu'un certain Jean-Valjean avait été retrouvé. Impossible, bien sûr. Alors, je me suis dénoncé, car l'innocent n'a pas droit à la potence. Sitôt retrouvé aux galères, je me suis enfui, feignant la noyade. Pour vous retrouver. Mais Javert me savait vivant. Alors il m'a traqué. Nous voilà donc au couvent, où j'ai eu le loisir de vous voir grandir et devenir la belle femme que vous êtes aujourd'hui. Moi, j'étais heureux, et la vie était telle un long fleuve tranquille. Je discutais avec Fauchelevent, un vieil homme dont vous vous souvenez sûrement, je jardinais sous les rayons chauds du soleil, et je les laissais me réchauffer la peau, déjà ridée. Mon âme s'envolait, comme un oiseau, et se rappelait les moments heureux de ma vie d'avant, avant la prison, avant le froid, avant la faim. Avant… Maintenant, je peux regoûter à de vrais instants de bonheur. De longues et paisibles années se sont écoulées, jusqu'à ce que Javert retrouve notre trace. Mais tout cela, vous le savez. Tout bon moment a une fin. Mais celui-ci va rester gravé dans ma mémoire à tous jamais...


Ne m'en veuillez pas, Cosette, de vous dire tout cela. Je ne suis pas digne de votre âme si pure. Mais sachez que je vous remercie infiniment, avec joie, bonheur et vérité pour tous ce que vous m'avez donné. J'espère que vous avez été heureuse avec moi. Merci de m'avoir fait confiance.


Il me reste une chose à vous demander, Cosette. Ne soyez pas triste de ma mort, car même si mon corps disparaîtra, mon âme, elle, sera toujours à vos côtés. Dans les moments les plus difficiles, ne désespérez pas, et pensez à votre mère qui a tout donné pour vous.


Je vous aime plus que tout, avec l'amour le plus sincère d'un père, et vous souhaite la plus heureuse des vies avec M. Marius que vous aimez tant.


Avec tout mon amour, je vous embrasse, ma petite grande fille qui m'avez procuré tout le bonheur dont un homme peut rêver...


Merci,


Jean-Valjean


M. Madeleine était tout pour moi. Il était mon espoir de revoir ma petite Cosette. Quand ma maladie s'est déclarée, il était toujours là, à mon chevet, en train de prier ou de me soigner. C'était un homme bienveillant. Il m'a promis de me ramener Cosette, de l'arracher des griffes de ces Thénardier qui m'ont tout enlevé. Tout…


Par des moments de délire, j'apercevais sa silhouette floue qui veillait. Je regrette maintenant la façon dont je l'ai traité la première fois que je l'ai vu, quand on m'a amené à lui. Il ne méritait pas cela. C'était un homme bon.

Mon avis sur Jean-Valjean est mitigé. Est-il coupable? Non coupable? Je pense qu'il est les deux. Cela dépend de comment on le voit.


Moi, je me met dans la peau d'un procureur et d'un avocat.


Tout d'abord, si on regarde Jean-Valjean d'un point de vue judiciaire, ou si on observe objectivement ses actes, il est coupable. Premièrement, il fuit la police: Javert et ses hommes. Il a donc quelque chose à se reprocher. Deuxièmement, il s'est dénoncé au tribunal, lors de l'audience de Champmathieu. Pourquoi l'aurait-il fait s'il était innocent? Troisièmement, il change régulièrement de nom, en commençant par Jean-Valjean, puis en terminant par M. Leblanc, passant par M. Madeleine et Fauchelevent. Or, ceci est illégal. Et puis, pourquoi tiendrait-il absolument à ce qu'on ne le reconnaisse pas? Là encore, cela prouve qu'il cherche à échapper à la justice. Tout au long du roman, on voit que Jean-Valjean vit traqué, et qu'il commet des actes contre la justice. Pour finir, il commet des vols, comme celui de l'argenterie de Mgr. Myriel, ou encore celui de la pièce de quarante sous du Petit-Gervais, et il s'est échappé de prison d'innombrables fois. Non seulement lors de ses dix-neuf ans de bagne après avoir volé un pain, mais aussi lorsqu'il s'est retrouvé aux galères après s'être dénoncé au tribunal, feignant la mort.


Cependant, si on regarde Jean-Valjean tel qu'il est devenu à la fin du livre, on peut difficilement lui reprocher ses choix. En premier lieu, il a fait une promesse à Fantine lorsque cette dernière était au seuil de la mort: retrouver sa fille, Cosette. Or, un honnête homme ne revient pas sur sa parole. Je suppose que beaucoup de personnes se retrouvant dans sa situation auraient probablement fait comme lui. C'est pour cela qu'il lui a fallu changer régulièrement d'identité. Et puis, cela était-il pour faire du mal? Au contraire, il a pu éduquer Cosette et la rendre heureuse, respectant ainsi la promesse faite à Fantine. Secondement, on lui reproche de s'être échappé de prison. N'importe quelle personne en ferait autant. Il a passé dix-neuf ans aux galères, pour un pain. Un pain, qui n'était même pas destiné à le nourrir, lui, mais à nourrir des enfants qui n'étaient même pas les siens. Bien sûr, voler n'est pas le meilleur moyen, mais que faire quand on commence à mourir de faim? Finalement, les vols qu'il aurait commis n'ont servi qu'à le rendre meilleur et bon par la suite.