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A partir du récit d’un procès pour « meurtre de femme » commis en 1847, sociologue, historienne, plasticiennes, photographe et écrivaine ont produit des expérimentations et des réalisations numériques visant à informer le grand public tout en enrichissant les débats scientifiques contemporains

Transcript

Le Projet SAfé

Sciences & Arts

C'est qui ?

L'histoire
complète

C'est quoi ?

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Réalisation du Genially par Aartemis

L'histoire de Clémence et Jean

La version
vidéo par
Marine
Périn

La version courte

Archives

Podcast

Marine Périn est une journaliste et Youtubeuse française spécialisée sur les questions des féminismes.

Elle a fait une vidéo sur le projet SAfé dans le cadre de la nuit des chercheurs qui a eu lieu le 24 septembre 2021 à Aix-en-Provence.

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la suite

La version des
documents originaux

Le résumé polyphonique
de l'histoire

L'article de Télérama

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La version d'Aartemis

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Ordonnance du tribunal de Toulon, 1847

Rapport du
commissaire

Extrait
du premier interrogatoire de Jean

Quelques archives

par Isabelle Demangeat et Irene Pittatore

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RETOUR





Un féminicide de 1847

Karine Lambert, historienne

Les travaux des artistes

retour

Karine Lambert

son site

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Et après ?

par

Aartemis

HIER COMME AUJOURD'HUI

par

Irene Pittatore
Isabelle Demangeat

INVISIBLE(S)

Adrienne Arth

MAUVAISE CHÈRE

DOMINATION

par

Claude Ber

par

par

Aartemis

Les approches artistiques

retour

Sylvette Denèfle

Adrienne Arth

Aartemis

Karine Lambert

Claude Ber

Irene Pittatore

Isabelle Demangeat

photographe

duo d'artistes plasticiennes

historienne

sociologue

ecrivaine et poète

artiste-plasticienne

formatrice

adriennearth.com

Invisible(s)

invisibilité

exhumation

traces

Adrienne Arth

Karine Lambert, historienne

"La question
des traces
traverse
la réflexion
historique"

Le regard de

RETOUR

La démarche

voir les photos en détail

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Ces photos sont un Voir reconstitué, une exhumation à partir des quelques traces, un acte de naissance, un acte de décès, des comptes rendus citant quelques vêtements et objets, qui restent de Clémence. Une façon de re-déposer son corps d’une manière sensible et émotionnelle qui lui redonne une humanité. Geste double, qui, à la fois dévoile l’atrocité occultée et amnésiée, mais aussi recueille, rassemble, pose sur elle un regard inverse à celui de la violence subie dans une sorte de rituel d’accompagnement posthume.


Mauvaise chère*

aartemis.fr

Le mot "cher" remonte au grec kara qui veut dire visage. Faire bonne chère signifit faire bon visage à quelqu'un et donc bien l'accueillir, ce qui a été oublié au profit de son homonyme "chair."

*

La mauvaise côtelette

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Domination

De longue date, les femmes n'ont d'âme que concédée en soumission et ce chiffon nettoie le sang et la poussière

Claude Ber

www.claude-ber.org

Elle chantait

dans les cafés

Parcourant

villes et villages

en compagnie

du

tatoué

Son partenaire

de voyage

Amant violent

rage De voir sa belle

La Complainte
de Clémence

Musique et voix Adrienne Arth

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Ecriture

Le texte
de la complainte

Complainte de Clémence à la manière de celles que Clémence Lebastard aurait pu chanter et qui colportaient à son époque nouvelles et faits divers.

Fantôme d’une écriture disparue en écho au fantôme de Clémence.

Complainte de Clémence l’assassinée

Elle chantait dans les cafés

Parcourant villes et villages

En compagnie du tatoué

Son partenaire de voyage

Amant violent et emporté

Par la jalousie et la rage

De voir sa belle se détourner

Pour l’aubergiste de passage

Bien décidé à l’épouser

La soupçonnant d’être volage

Il s’était mis à la cogner

Lui balançant sans ambages

La côtelette de porc frais

Claques et gifles au visage

Et sa guitare dans l’escalier

La mer était bleu émeraude

Brodée de vagues de velours

Mais nul fil ne raccommode

La déchirure de ses jours

Que cris et violence corrodent

Et auxquels la mort fait l'amour

Entre menaces et suppliques

La pauvrette se débattait

Pour fuir son tyran domestique

Et les torgnoles qui pleuvaient

Ce n’était pas l’amour mystique

Mais le droit de propriété

Et le cantique des cantiques

Personne ne le lui chantait

C’était plutôt à coups de trique

Qu’il fallait obéir et céder

A son acrobate phtisique

Incapable de travailler

Et qui vivait de sa pratique De chanteuse dans les cafés

La mer était d'un bleu pervenche Et plus fleurie qu'un pré d'avril Il l’a tuée un beau dimanche

Etincelant comme un béryl

De Toulon jusqu’à Villefranche Sous un ciel doux comme un fenil

Elle n’avait pas vingt ans d’âge Yeux gris bleu et teint coloré Elle est passée comme un mirage À coups de couteau poignardée Ne restent ni récit ni image De Clémence l’assassinée Et rien ne porte témoignage De son existence brisée

Seul le vent soufflant au rivage Raconte au sable et aux rochers Comment refuser le servage De mort brutale elle l’a payé Et parfois dans les nuits d’orage On entend une voix chanter Qui entraîne dans son sillage Mélodieux et désespéré

Toutes les vies qui font naufrage Sur la falaise des mal aimées

La mer était de plomb liquide Sous des coulées de rouge vif

Bascule le ciel translucide

Dans un tangage de récifs

Et la voix sombre dans le vide D’une eau morte couleur de suif



Miserere

dans

l’inex(orable / tricable / piable / cusable)

dans

l’inac (compli / cessible / ceptable )

au jour le jour du pépiement des écrans

avec

les ex (ploité-e-s / pulsé-e-s/ ilé-e-s)

les é(tripé-e-s / tranglé-e-s / cartelé-e-s / corché-e-s / ventré-e-s / têté-e-s / viscéré-e-s) leur morcelé entre les langues

entre

les ombres de la caverne et les bavures d’huile sur le béton le fiché droit dans la cible de l’être et le biseau réversible de tout les agenouillés de Jérusalem les priants du Mur des Mosquées du Saint Sépulcre leurs faces parfois transfigurées et le mouroir aussi de nos croyances les dieux sanglants l’avidité des hommes

la quête claudicante des questions et la mansuétude des bienveillants parmi les éons et les cycles

Frayeur et cruauté sont trop vastes, dit-elle, pour s’apprivoiser à leur humanité moyenne. Son odeur de près de chez soi. Au pas de porte de l’épicier.

dans

le dés(assemblé / arrimé / espéré)

le dé(chiré / piauté / sossé )

entre

le définitif de l’étripaille

et

la douceur des peaux

des corps s’épuisent sous le soleil

d’autres pourrissent dans une même moiteur

ma gazelle blanche mon béryl

ma lampée de lucioles égorgée la femelle

raccord rompu entre les mots

poussés aux plaies de la parole

à butiner les écoulements infirmière accourant

consolante m’amie

hurlante mon gars

olifant aux lèvres purpurines un os

et elle prend couilles rentrées entre les dents du sang à la vitre de l’eau

où se posait sur son velours

un vol d’oiseaux aux ailes repliées

De longue date, dit-elle, les femmes n’ont d’âme que concédée en soumission et ce chiffon nettoie le sang et la poussière.

dans

l’ex(torsion / clusion / ploitation)

l’a(baissement / bêtissement / hurissement)

l’ a(sservi / bruti / vili) de la sujétion

entre

la dé(mission / rision / fection)

corps démis

et

la piété patiente de la parole à leur recueil

la méfiance incurable au décompte

de l’ex et de l’inex (pliqué / plicable)

tête étêtée entêtée à l’in / espérable et l’ in / exaucé

pouvoir et servitude s’accouplent chairs siamoises

dans le plasma de l’univers c’est bouché crasse plutôt siphon gratte-ciels tours arches forteresses

hissez-nous du coffrage des fondations

nous sommes porte-avions d’une moquerie capitale

courant la langue à son hébètement

dans le caquet des singes et des dieux

la folie ordinaire comme un calcul de petite classe

son odeur nôtre sa tétanie témoin de nous

son addition d’enfant à qui la somme couperait les mains

dans la faction la fraction la fission

de notre histoire ses caillots d’infamie

et le miserere qui nomme son entier

Sur ce broyage l’ininterrompu marmonnement des discours et des prières, dit-elle, sur leur dévastation. Et c’est au moindre mot une langue commune qui se sépare.


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Hier comme aujourd'hui

Le 9 Octobre 2021, sur la base des archives documentant l’assassinat de Clémence Lebastard, a eu lieu, à Nice, la première édition d’un atelier-performance qui interroge la pérennité d'un crime, ainsi que les discours autour du soi-disant crime passionnel, avec un hommage au collectif de collages urbains, les colleuses.

ARCHIVES BRÛLANTES

irenepittatore.it


Isabelle Demangeat et Irene Pittatore

fitforculture.eu

Irene Pittatore

Isabelle Demangeat

Notes
en
marge
d’un
atelier
innovant


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Archives Brûlantes - Histoire dun féminicide

Notes en marge d’un d’atelier-performance d’Irene Pittatore et Isabelle Demangeat


Dans notre travail sur sciences humaines et art, nous avons cherché à conjuguer nos savoir-faire professionnels, l’une dans l’art contemporain et l’autre dans la formation et la facilitation de groupes d’adultes, pour faire émerger de nouvelles formes de travail.

Les documents mis à notre disposition, le dossier des archives concernant l’assassinat de Clémence Lebastard par Jean Fabre en 1847, ont fait ressortir de façon saisissante la pérennité de structures et de modes de pensée qui minimalisent la violence faite aux femmes.
Dans la certitude de la fécondité de l’alliance entre apprentissage, réflexion en groupe et utilisation de pratiques artistiques nous avons conçu un atelier-performance dans le but de développer un outil commun d'émancipation et de sensibilisation aux thèmes de la violence fondé sur le genre.


Notre démarche est de partir des documents bruts et de proposer aux participantes et participants de faire résonner les faits relatés dans le dossier darchives en écho à leur histoire, leurs expériences personnelles et professionnelles.
Nous avons fait le choix de diffuser les textes originaux par une lecture enregistrée. Ecouter ensemble les archives crée un espace-temps commun, aiguise l’attention et la présence à ce moment partagé en groupe. La qualité d’écoute est intrinsèquement liée au sujet que nous traitons puisque nous savons que les violences, trop souvent, ne sont pas entendues.
Dans un travail en sous-groupes, les participantes et participants partagent, analysent leur réception des faits transmis par les manuscrits du tribunal.
Ensuite vient la phase d’élaboration de ce qui veut être rendu public, transmis: des passages des documents d’archives ou l’expression des réactions qu’ils induisent.


Ce “pétrissage” des documents originaux se fait non seulement par la parole mais aussi par les corps, le travail manuel, la matière : papier, encre, pinceaux. Ces activités relient toute la personne au sujet étudié et au résultat recherché. Dans l’échange, chaque sous-groupe élabore des actions performatives qui passent autant par les mots que par les actions et interactions des corps. Les corps sont réceptacles et vecteurs de l’expression.


Les réflexions et les actions de chaque groupe sont filmées en vue d’une diffusion publique. Cette dimension induit simultanément une relation forte avec le sujet traité et un dépassement des résonances individuelles pour devenir un message collectif destiné à un collectif, donc un processus de responsabilisation : “(…) on se sent porteur de responsabilités civiles” dit une des participantes.


Les archives deviennent brûlantes: elles collent à la peau et elles sont devenues messagères dune réflexion individuelle et partagée sur le féminicide comme fait de société.


Un des défis de cette entreprise est de trouver une mise en pratique qui tienne compte de la qualité des deux dimensions entrelacées pendant ces quelques heures : la transmission de connaissances, le travail partagé sur un sujet bien ciblé et l’expression des résultats par les choix des participant.es, le regard de l’artiste et le montage de la vidéo finale.

Voici quelques exemples de réflexions de participant.es:

Sur les formes de travail proposées:
“C'est parce qu'il y avait une dimension performative artistique que j'étais présent.”
“Le travail sur les phrases et le langage m'a passionnée. Sans (dimension performative) j’aurais craint de m’ennuyer.”

“Sans la transformation artistique, cela aurait été plus éprouvant.”
La démarche artistique permet dinterroger des faits de société avec le recul (la distance) nécessaire et dy répondre en investissant totalement son identité.”


Sur le thème des violences fondées sur le genre et sa portée sociétale:

Par rapport à mon vécu personnel, les éléments les plus marquants de l’atelier ont été la constatation d'avoir jamais connu de telles situations et la réalisation de leur ampleur

“C'est très gratifiant de porter un message, on se sent "porteur de responsabilités civiles””.


Sur le rapport entre le fond et la forme de l’atelier:

“La performance artistique c'est vraiment une bonne idée pour sensibiliser les gens sans les accabler de reproches. Simplement, montrer ce qui doit être montré”.

Rendant hommage aux collages urbains contre le féminicide et la violence sexiste, le format vise à produire des connaissances par le biais d'une réflexion partagée, à créer un environnement sûr pour favoriser l'échange et à concevoir une série de vêtements-manifestes pour tenter de faire comprendre, comme le dit la sociologue Sylvette Denèfle, que "la main de Jean est socialement armée".


Isabelle Demangeat, en collaboration avec Irene Pittatore


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Analyses sociologiques par Sylvette Denèfle

Pour conclure

Article

scientifique

Sylvette Denèfle

http://www.sylvette-denefle.fr

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Clémence et Jean, un couple du milieu du XIXè siècle



Le mariage est un fait social

La famille est la structure essentielle de l’organisation des sociétés, porteuse des modèles idéologiques et économiques qui fondent l’ordre social et la répartition des pouvoirs.

L’alliance est un acte social qui unit des intérêts collectifs de divers types, bien avant d’être un choix individuel. C’est, avec la reproduction, l’un des éléments centraux de la construction familiale.

L’imbrication étroite entre les liens familiaux, les formes économiques, la répartition des pouvoirs obligent à analyser soigneusement la place du mariage dans tous les contextes sociaux que l’on considère. Et l’idéologie du choix amoureux du conjoint dans les dernières décennies ne peut pas plus être naturalisée que celle des mariages de convenance dans des contextes culturels ou historiques différents du nôtre.

Les formes économiques déterminent la répartition des biens matériels et symboliques. Les sociétés de la terre induisent l’importance de l’héritage foncier. Quand c’est la terre travaillée, le prestige est lié à sa productivité. Quand c’est la terre possédée, il est lié à l’importance de sa dimension. Aux structures primaires de la première, se superposent les structures tertiaires de la seconde. Quand les objectifs économiques se détachent de la propriété foncière, les pouvoirs se déplacent vers la rente et la finance.

Quelle que soit la forme de la domination économique, elle établit un système idéologique légitimant l’ordre social. Ce système est religieux, moral, militaire, d’autorité ou de partage mais, en tout état de cause, il détermine la position de chacun dans l’espace collectif.

Ainsi, les formes de l’agriculture par petites propriétés dans la France d’Ancien Régime, s’appuyaient sur les nécessités de la survie dans une société à ordres où les pouvoirs restaient très limités pour la majorité de la population. L’église catholique fondait les dissymétries sociales et construisait les modèles des possibles pour chacun. Dans cette société où la propriété foncière jouait un rôle central, l’héritage par la filiation était rendu déterminant, pour ne pas dire obligatoire. Il impliquait une logique de descendance effective pour laquelle il importait de fixer la génitalité et donc la structure familiale. Le mariage homogame, hétérosexuel, monogame, convenu par les structures de pouvoir (essentiellement les familles) a été une solution cohérente pour ce modèle, durant plusieurs siècles en Europe où elle s’est inscrite par ailleurs dans une dissymétrie sexuée, donnant au masculin l’exercice de la domination.

Mais en d’autres lieux où le pouvoir n’était pas lié à l’appropriation de la terre mais à la force de travail ou à l’exercice militaire ou à l’importance des réseaux d’alliance, les formes maritales étaient différentes, polygame ou à filiation matrilinéaire par exemple.


Le contexte social où évoluaient Clémence et Jean

Si nous essayons de caractériser succinctement le contexte social des saltimbanques dans la France de la Monarchie de Juillet durant laquelle s’inscrit exactement la vie de Clémence, nous pouvons espérer comprendre un peu mieux ce couple et sa fin tragique.

Louis-Philippe, roi des Français, prend le pouvoir après la révolution de 1830 avec une volonté de se démarquer des royalistes traditionnalistes mais aussi des républicains révolutionnaires. Il définit justement ses choix en 1831 : « Nous chercherons à nous tenir dans un juste milieu, également éloigné des excès du pouvoir populaire et des abus du pouvoir royal. » Cet exercice du pouvoir, qui fit se succéder plusieurs présidents du conseil nommés pour servir les intérêts du monarque ou manipulés pour porter les responsabilités des échecs sociaux a affronté les crises politiques et sociales de la révolte lyonnaise des canuts en 1831 puis 1834, la grande peste de 1832 et de nombreux scandales et crises politiques.

Louis-Philippe qui a soutenu la montée d’une bourgeoisie d’affaires a voulu tenir à distance les républicains et les royalistes pour exercer un pouvoir supposé parlementaire mais en fait personnel et sans empathie avec la population.

Le début de son règne a été porté par une situation économique assez positive mais qui s’est rapidement dégradée en créant une rupture profonde entre la bourgeoisie nantie et une population, notamment urbaine, prolétaire. C’est à cette période que l’on doit l’intérêt pour un fait social nouveau que l’on appelle le paupérisme et qui sera traité par la charité chrétienne d’une bourgeoisie libérale. C’est en fait la pauvreté de plus en plus insupportable des populations urbaines largement issues de l’exode rural qui explose et qui s’inscrira dans la suite dans le mouvement d’industrialisation. Les conditions de travail sont très dures et concernent aussi bien les enfants que les femmes sans pour autant que les familles ne parviennent à vivre décemment. En 1840, la France compte « 250 000 mendiants et les 3 millions de Français inscrits aux bureaux de bienfaisance ». C’est le temps des socialismes utopiques qui prônent le retour de la révolution et qui prennent appui sur la misère particulièrement brutale des années 1846-47 où de mauvaises récoltes et des conditions de vie aggravées par la montée des prix des denrées alimentaires de base accentuent les inégalités. La pauvreté s’installe dans les campagnes comme dans les villes et entraîne un affaiblissement du commerce et de la production industrielle. Une crise bancaire suit ces difficultés puis une crise financière qui affecte toute la population ; bien au-delà des seuls misérables. Cette très grave crise économique est doublée d’une crise politique durant laquelle les républicains et les socialistes fomentent une révolution en tentant de faire des réunions et des débats, interdits par la loi. L’interdiction des banquets qui s’étaient substitués aux réunions publiques proscrites finit de mettre le feu aux poudres au tout début de 1848.

Dans cette première moitié du XIXè siècle, les historiens observent à la fois une continuité dans les formes de la vie domestique, notamment en milieu rural où la propriété de la terre, et donc l’héritage et le mariage convenu importent à la stabilité du groupe familial et des changements de la nuptialité en ville où se trouvent plus de femmes seules issues des campagnes et plus de salariés, hommes et femmes qui tentent de s’établir dans un monde où manquent tous les biens de la survie. Le mariage qui a connu une déstabilisation avec la crise du christianisme qui a suivi la révolution de 1789 reste cependant le modèle qui porte tout à la fois l’honnêteté et la citoyenneté. La crise du début du siècle autour du mariage des prêtres et de celles des soldats de l’Empire a renforcé le mariage dans son rôle de marqueur de la respectabilité sociale et politique. Et les difficultés économiques du milieu du siècle l’ont rendu plus difficile d’accès aux populations en grande pauvreté puisqu’il s’agissait d’une démarche dont le coût était important. Les couples non mariés pour des raisons économiques et conjoncturelles étaient nombreux dans les milieux défavorisés mais cette situation qui pouvait durer plusieurs années, était comprise comme provisoire et devant aboutir à une union légale. La natalité était marquée par cette régression du mariage mais également par la nécessité du travail des femmes pour la survie du ménage. Pour ce qui est de la vie domestique et familiale, les historiens s’accordent sur l’observation de modifications entre la vie rurale de la société d’Ancien Régime où toute la famille travaille sur la terre, où la natalité, comme la mortalité infantile sont importantes et où le travail effectivement réalisé des femmes n’est pratiquement jamais décompté et la vie urbaine du milieu du XIXè siècle où le travail des femmes est plus visible, essentiellement dans le monde urbain mais où il reste très lié à l’assignation des tâches domestiques, comprises comme « naturellement féminines ».


Les choix de Clémence et Jean

C’est dans ce contexte que se déroule la vie de Clémence, née en 1830 et assassinée en 1847. Son père est un petit artisan et sa mère qui ne vit pas avec lui est chanteuse de rue et se déplace dans les réseaux de saltimbanques où elle rencontre Jean qui est acrobate. Elle est alors accompagnée de Clémence qui n’a que 12 ans. Peu après, Clémence doit assurer sa propre survie et elle suit, pour ce faire, un artiste de rue qui lui sert de compagnon sur ce chemin qui l’éloigne définitivement de sa mère. L’autonomie de cette très jeune femme est fortement corrélée aux difficultés sociales de son temps.

La période de relative prospérité de la Monarchie de Juillet est terminée et les difficultés à survivre conduisent à la déstructuration de la famille. Quelques mois plus tard, Clémence qui est devenue, comme sa mère, chanteuse de rue rencontre Jean dans la mouvance des saltimbanques où tous deux vivent. Il la choisit et lui propose de faire avec lui un chemin de vie qui semble d’abord professionnel mais devient ensuite marital. Jean raconte un moment de leur vie, trois ans, qui, jusqu’à une période récente lui est apparue comme heureuse. Il fait un spectacle de rue, elle chante le soir et il l’accompagne. Ils logent dans des auberges modestes où se retrouvent les habitués de la route. Cet équilibre qui satisfait Jean est certainement accepté par Clémence qui ne se révolte aucunement du fait de la violence de Jean à son égard, comme nous l’apprennent les témoins qui rapportent ses énervements. En fait, Clémence évite les coups quand elle le peut, essaie de vivre dans les interstices de liberté qui lui sont laissés et bon an mal an accepte sa misère qu’elle ne peut fuir. Lorsque Jean tombe malade, la situation se tend. Elle est seule à travailler mais elle continue à s’occuper de son compagnon qui lui laisse une liberté nécessaire puisqu’il ne l’accompagne plus le soir. Les documents judiciaires laissent voir une jalousie lorsqu’il la trouve en train de boire dans un café avec un autre homme mais cela ne semble pas constituer une cause de conflit très violent. Ils sont à Toulon, à l’auberge Aquaronne, et Jean déclare avoir alors commencé les démarches complexes permettant leur mariage.

Qu’est-ce qui déstabilise ce projet de vie, davantage choisi par Jean que par Clémence qui n’a pas vraiment de perspectives alternatives. C’est en fait l’ouverture devant Clémence d’un autre avenir possible. En se liant d’amitié avec Baptistine, la fille de l’aubergiste, elle prend la mesure d’une vie plus libre et surtout elle entrevoit un mariage possible avec Antoine Acquaronne. Même s’il souffre de surdité, il est un bon parti pour Clémence. C’est un héritier, certes issu d’une migration et de conditions plutôt modestes mais qui se trouve dans une position sociale bien meilleure que celles qu’a connues Clémence toute sa vie. D’ailleurs, le rapport d’enquête nous indique que d’autres personnes sont susceptibles d’épouser Clémence et qu’il ne semble guère utile de se préoccuper de son avis. On lui propose une vie meilleure par le mariage avec un homme « installé ». La question de sentiments éventuels entre Clémence et Antoine ne se pose pour personne. Elle a 18 ans, l’âge le plus facile pour se marier. Le mariage lui donne une stabilité et une respectabilité qu’elle n’a jamais connues. Jean est malade et violent. En trois jours, elle décide, avec le soutien de Baptistine, de quitter Jean et se rapproche d’Antoine. Mis devant cette situation, Jean développe une jalousie violente et un sentiment de spoliation que décrivent tous les témoins. Ils racontent son énervement, sa violence, sa colère et ses démarches pour s’armer et se venger de sa compagne dont rien n’indique dans le dossier qu’elle ait été infidèle.

Clémence n’a pas eu une vie facile et elle a dû toujours s’appuyer sur des compagnons pour survivre. Elle ne semble pas avoir été maîtresse de sa vie. Une opportunité s’ouvre devant elle au moment même où sa situation antérieure se dégrade. Elle pourrait entrer dans le monde stable du mariage légitime. C’est bien davantage un choix de survie qu’un choix de vie qu’elle s’apprête à faire.

Jean a choisi Clémence, il organise leur vie, il s’appuie sur son travail. Dans une situation de santé difficile, il ne peut pas accepter le départ de Clémence. Mais la question de son point de vue à elle ne se pose jamais. Certains de ses amis lui conseillent de la laisser et de passer à autre chose mais d’autres le confortent dans l’idée qu’elle commet une faute en le quittant et qu’il est légitime, pour lui, de vouloir réparation.

Et la réparation devient plurielle. C’est de l’argent qu’il ne lui rend pas, c’est des coups qu’il lui réserve et surtout ce sera sa mort à elle qui lavera son honneur à lui. Ce scénario récurrent du féminicide s’accomplit entre le lundi 26 et le jeudi 29 décembre 1847. Il suit des disputes mais se cristallise avec la jalousie et peut-être surtout la décision de Clémence qui semble irrévocable.


Comment comprendre la régularité des formes du féminicide ?

Si donc nous reprenons l’histoire de ce couple dans le contexte historique qui est le sien, il nous faut souligner le rôle important que jouent les stratégies de survie de marginaux dans un monde difficile. Clémence n’a guère d’autres promotions possibles que le mariage. Elle choisit d’une certaine façon entre deux maris celui qui lui paraît le plus acceptable.

Jean n’a pas besoin du mariage Il l’accorde à Clémence pour entériner leur vie commune, nécessaire pour sa survie à lui. Le mariage ne lui donnera pas d’avantages.

Le mariage est donc bien un enjeu important dans cette histoire de couple mais il n’a pas le même sens pour la jeune femme et pour son compagnon. Elle servira un homme de toutes façons. Son rôle sera de travailler et elle pourra le faire avec plus ou moins de compensations. Les hommes, Jean mais aussi Antoine, acquièrent les services d’une femme. Hommes et femmes ne sont pas égaux pour réaliser leurs conditions de survie, sinon leur choix de vie.

L’ensemble des personnes qui sont témoins du drame défendent essentiellement les termes du mariage : la femme est à l’homme qui définit les conditions du contrat. Si la femme rompt le contrat, l’homme peut légitimement l’en empêcher. Le couple fonctionne comme un contrat inégal ou du moins inégalement compris par tous.

Que cette situation soit possible, regrettable mais historiquement située ouvre, à travers la question de son incroyable actualité, une interrogation sur la pérennité des formes des féminicides et nous conduit à examiner avec attention les structures familiales récentes.

Nous pouvons avoir le sentiment d’évolutions importantes dans ce champ. Le mariage légal côtoie les couples libres sans crise, les formes des sexualités socialement admises se diversifient, les revendications des femmes contre les contraintes qui pèsent sur elles semblent bruyantes sinon entendues. Mais pourtant si le XXème siècle a repeint le marché de l’alliance aux couleurs de l’amour, il n’a pas su reconnaître l’égalité des contractants. Les assignations de rôles de sexe se maintiennent solidement, comme nous l’a fort bien montré la crise sanitaire récente. Et au cœur des discriminations faites aux femmes se retrouve l’idéologie occidentale de la famille avec son modèle d’union unique et fidèle dans laquelle les femmes sont au service du collectif familial à travers les soins aux autres et la soumission à l’ordre masculin. Les déviances à ce modèle sont nombreuses et plus ou moins bien acceptées socialement mais l’idéal latent reste celui, historiquement daté mais très prégnant, du couple « traditionnel » : un homme, une femme, des enfants unis pour toute la vie dans des contextes de très fortes différenciations des rôles de chacun, voire d’inégalités profondes.


Bibliographie

Mona Chollet Réinventer l’amour Comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles, La Découverte, Paris, 2021

Christophe Charles Histoire sociale de la France du XIXè siècle, Seuil, Paris, 1991

Sébastien Charléty Histoire de la Monarchie de Juillet, Ed Perrin, Paris, 2018

Henry Dougier (Dir) Finie, la famille ? Traditions et nouveaux rôles, éd. Autrement, Paris, 1992

Jacques Dupâquier – Denis Kessler (Dir) La société française au XIXè siècle, Fayard, Paris, 1992

Jules Isaac – André Alba – Jean Michaud – Ch.H. Pouthas Les révolutions 1789 – 1848, Marabout, Paris, 1960

Louise Tilly – Joan Scott Les femmes, le travail et la famille, Payot, Paris, 2002 (1ère édition 1978)


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La main de Jean était socialement armée

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Aartemis

Aartemis : duo d’artistes, deux femmes : Marlène Diard et Héloïse Poli. Des œuvres réalisées à quatre mains, basées sur l’exploration du féminin, thème occupant le cœur de leurs préoccupations artistiques. De la chair à l’émotion, du sein au sexe, de la souffrance à l’excitation, elles travaillent les corps pour leur redonner la place qu’ils devraient pour elles avoir dans notre société. En tant que duo d’artistes et femmes, elles croisent leurs regards, leurs techniques et leurs parcours pour aborder le féminin et ce qui le constitue.

Elles cherchent à montrer ses strates, qui cachent une intériorité, mais aussi à rendre visible ce corps alors qu’il tente de se mouler aux représentations sociales et sociétales. Mais ce moule est trop étroit. Ce moule de représentations d’un corps uniforme, lisse, sans bruit, les femmes le déforment, le font déborder, l’abîment. Ce sont toutes ces résistances que captent leur regard d’artistes mais qui marquent aussi leur corps de femmes.

Comment ces corps féminins qu’elles rencontrent entrent-ils en résistance face à cet enfermement ? Comment rendre visible cette mobilisation, cette exposition de cette chair fiévreuse et de cette intériorité qui se délie ? Comment le corps des femmes est-il devenu territoire social et comment s’en libère-t-il ?

Le duo Aartemis aborde toutes ces questions dans des représentations plastiques et esthétiques des corps, de leurs failles et de leurs résistances triomphantes.

Irene Pittatore

Irene Pittatore (Turin – Italie, 1979) est artiste et journaliste publiciste.

Elle développe projets vidéophotographiques et performances à forte nature participative pour des universités, musées, magazines, entreprises, services sociaux et de santé. L’art est l’instrument par lequel elle se situe tout autant dans le réel qu’elle en repousse les limites. Elle l’aborde aussi comme agent d’émancipation, de soins et d’individuation.

Elle est la cofondatrice d’Impasse, une association culturelle qui travaille pour la protection du travail artistique et pour la promotion de sa dimension publique et sociale.

En résidence pour The Spur/ Creative Europe à Es Baluard, le musée d’art moderne et contemporain de Palma de Majorque, pour Resò à Capacete (Rio de Janeiro et Sao Paulo), à Berlin grâce au prix Movin’ Up et à Turin pour Viadellafucina Twinning Residency, elle a réalisé des projets, des performances, des conférences pour Artissima, Camera – Centro Italiano per la Fotografia, Lovers Film Festival (Turin), Cittadellarte Fondazione Pistoletto (Biella), le salon ArtVerona (Vérone), le musée du Palazzo Grimani (Venise), le centre d’art Santa Mònica (Barcelone), Es Baluard Museum (Palma de Majorque), le Festival In & Out, avec la participation de Villa Arson (Nice), la biennale des jeunes créateurs d’Europe et de la Méditerranée, Le OFF de la 12e biennale de la Havane.

Sylvette Denefle

Professeure émérite de sociologie, membre associée du laboratoire Telemme, présidente de l’association « Cultures en tous genres », Sylvette Denèfle analyse les évolutions sociales dans le champ de la sociologie urbaine (questions urbanistiques, architecturales, environnementales), des idéologies (politiques, militantes, religieuses) et des rapports sociaux de sexe. Ses travaux récents portent sur les formes alternatives de la propriété, sur la participation citoyenne et sur les résistances conservatrices à l’égalité des genres.

Claude Ber

Claude Ber, écrivaine, a publié plus d’une vingtaine de livres, principalement en poésie, ainsi que des textes de théâtre joués en scènes nationales et des essais. Traduite en plusieurs langues, présente dans de nombreuses revues, anthologies et publications collectives, elle donne lectures et conférences en France et à l’étranger. De multiples articles, études et revues ont été consacrés à son écriture, soulignant la singularité d’une démarche, que Marie-Claire Bancquart qualifie de « considérable par son unité d’inspiration comme par la richesse lucide de ses moyens ».

Au sortir d’un double cursus lettres et philosophie et d’une agrégation, Claude Ber a notamment enseigné dans le secondaire et le supérieur, dont à Sciences po, et occupé des fonctions académiques et nationales dans l’éducation. Engagée dans l’action pour l’égalité hommes-femmes, elle a publié aussi plusieurs articles sur les relations entre genre et écriture.

Elle a reçu le prix international de poésie Ivan-Goll ainsi que la Légion d’honneur pour l’ensemble de son parcours. Parmi ses derniers ouvrages : Mues, éd. PuRH, 2020, La Mort n’est jamais comme, éd. Bruno Doucey, 2019 (5e ed.), Il y a des choses que non, éd. Bruno Doucey, 2017.

Adrienne Arth

Adrienne Arth est photographe et expose depuis une dizaine d’années en France et à l’étranger, que ce soit en galeries (galerie Samagra Paris, galerie Olivier Waltman Paris, DZD Gallery Roermond Pays-Bas, galerie Gour-Beneforti Bastia, galerie La Ralentie Paris…), dans des salons ou des parcours artistiques. En 2017, elle est lauréate du concours Eros, organisé par la galerie La Ralentie, Paris et reçoit le prix du jury.

À travers différentes séries, consacrées à des sujets qui la touchent plastiquement et personnellement, elle cherche à élaborer une manière qui questionne l’image au croisement du réel et du regard qui le saisit, comme expérience visuelle et émotionnelle et non comme donnée objective.

Sous son nom de Frédérique Wolf-Michaux (comédienne, chanteuse, metteur en scène), sa carrière artistique est, par ailleurs, marquée par 30 ans de créations théâtrales (spectacles en scènes nationales, partenariat avec des musiciens, des plasticiens et des poètes).

Adrienne Arth est membre fondateur du groupe Transfiguring, créé en 2015 par sept photographes plasticiens.

Karine Lambert

Historienne, Karine Lambert occupe un poste de maîtresse de conférences au sein de l’université Côte d’Azur. Elle est la responsable de l’équipe Genre Femmes Méditerranées de l'UMR Telemme (AMU – CNRS). Ses recherches la conduisent à s’intéresser à l’histoire de la criminalité, du brigandage abordée sous l’angle des études de genre et aux articulations entre Arts et Sciences humaines.

Isabelle Demangeat

Isabelle Demangeat a 25 ans d’expérience dans le coaching, la formation et le développement des compétences. Elle intervient dans des entreprises et organisations internationales. Ses champs d’action sont les stratégies du changement, les compétences managériales, la vie des équipes multisites mais surtout la qualité des relations interpersonnelles. Son parcours personnel et professionnel l’a amenée à explorer différents aspects de l’interculturel et de la diversité. Elle travaille, en quatre langues, en Europe et en Inde.

Tout en gardant un lien fort avec ses racines méditerranéennes, Isabelle Demangeat habite actuellement à Berlin. Elle vit depuis toujours entre plusieurs pays, France, Allemagne, Italie, Suisse et, avant la Covid-19, séjournait souvent dans différentes métropoles indiennes. 
Avant de s’établir à son compte, elle était responsable, pour les 2500 employé·es d’une entreprise de services, des programmes de soutien à l’égalité des chances, au développement de carrière et aux relations managériales. Elle continue à s’investir dans les questions de genre et de visibilité des minorités dans les milieux professionnels. Dans ses interventions en ligne comme dans les rencontres en présence physique, elle attache une grande attention à la qualité de communication et de relationnel indispensable aux rapports humains.

Isabelle a publié dans plusieurs ouvrages communs sur l’interculturel et la diversité, ainsi que sur le leadership et l’organisation du travail en équipes multisites.

L'équipe SAFé

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Ce projet a été lauréat de la Bourse aux projets de culture scientifique AMU 2021
et a reçu le soutien de la Vice-Présidence égalité femmes-hommes et lutte contre les discriminations d’Aix-Marseille Université.

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