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Pontus de Tyard

Un savant poète en son siècle

Bibliothèque municipale de Chalon-sur-Saône
Du 18 septembre au 27 novembre 2021

Pontus de Tyard

(1521-1605)

Sommaire

Un humaniste

Un poète

Un philosophe

Un homme du livre

Un théologien

Un penseur

Un scientifique

Un humaniste

Doué d’une curiosité universelle et d’une grande mémoire, Pontus de Tyard n’aura de cesse d’apprendre tout au long de sa vie et de construire un savoir encyclopédique, précieux bagage qui lui permettra de développer de multiples talents : poète, philosophe, savant, traducteur, éditeur, théologien ou conseiller.
Il étudie presque tout : mathématiques, astronomie, histoire, philosophie, théologie, musique et langues (latin, grec, italien, hébreu, anglais, allemand). Rien d’étonnant à ce que son œuvre couvre pratiquement tous les domaines de son époque, et qu’on lui doive une encyclopédie du savoir.
Pontus de Tyard a participé avec enthousiasme au grand élan humaniste en s'imposant comme un des maîtres de la pensée du XVIe siècle.
Tour à tour poète, scientifique, philosophe, homme politique et homme d’Église, homme influent, reconnu et apprécié à sa juste valeur, il sera l’un des humanistes les plus brillants de son époque. À la fin de sa vie, retiré dans son château de Bragny, il continue à étudier et écrire inlassablement, grâce à sa bibliothèque.

Enfance

Né à Bissy-sur-Fley en 1521, d’une maison noble de Bourgogne, Pontus de Tyard passe les premières années de son existence au château familial. Son père Jean de Tyard, écuyer, seigneur de Bissy, est lieutenant général au bailliage de Mâcon, et sa mère Jeanne de Ganay, nièce du chancelier de France Jean de Ganay.

Le jeune Pontus reçoit une solide instruction grâce à un enseignement sérieux et appliqué au château de Bissy, où son père l’aurait initié très tôt aux sciences et aux lettres. Élève doué, il complète cet apprentissage par un voyage en Italie et, dès 1537, par des études à l’Université de Paris pour recevoir une formation humaniste. Il étudie à l’Université où il a accès aux divers enseignements alors en vigueur. On peut penser qu’il aura notamment été formé aux arts libéraux et à la théologie.
C'est durant ses études qu’il se lie avec Pierre de Ronsard, et qu’il contracte de fidèles amitiés littéraires. Au cours de son existence il côtoiera nombre de savants et d’écrivains, et surtout, il deviendra lui-même l’un des plus grands savants de son siècle, un esprit hors du commun vers lequel beaucoup se tourneront, notamment des rois.

Formation

Famille

Pontus a deux frères aînés, Nicolas et Claude, destinés à assurer la renommée de leur maison et à perpétuer la lignée. C’est pourquoi, il est voué très tôt à une carrière ecclésiastique comme c’était d’usage à l’époque. Néanmoins, Pontus connaîtra les agitations de la vie mondaine via les diverses fonctions et responsabilités qu’il aura.

Pontus de Tyard

Un poète

D’abord connu comme poète proche de Pierre de Ronsard et de ses amis de la Pléiade, et aussi de l’École lyonnaise autour de Maurice Scève, Pontus de Tyard ne consacre pourtant que peu d’années à la poésie. Pour lui, elle n’est pas un but en soi, mais étroitement liée à la musique, et comme elle, elle a pour fonction d’éveiller l’âme.
Même si elle contient des éléments personnels sa poésie est savante et porte l’idéal humaniste. Après 1570, avec le courant néo-pétrarquiste qui voit dans ses Erreurs amoureuses, une œuvre fondatrice, Pontus connaîtra même un certain succès dans les salons parisiens.
Tout en attachant peu d’importance à ses productions, et en leur préférant la philosophie, Pontus se fait néanmoins une haute idée de la poésie. Il considère que, par la fureur de l’inspiration, elle permet d’atteindre la Connaissance.

La poésie au XVIe siècle

La poésie tient une place de première importance dans la littérature française du XVIe siècle. Tour à tour intégrant et reniant l'héritage du Moyen Âge, elle illustre pleinement, par son inspiration italienne et par le retour aux modèles antiques, le terme de « Renaissance ».

Les poètes de cette époque définissent des formes et établissent des principes qui influencent la poésie française pendant plusieurs siècles et font figure jusqu’à aujourd’hui de références.

La première période, durant laquelle le besoin d’une réforme littéraire se fait sentir, est marquée par Clément Marot (1495-1544). Elle fait suite au Moyen Âge, et hérite de François Villon (1431-1463) et de son esprit. Elle s’étend jusqu’au milieu du règne de Henri II.

Poète à la cour de François Ier, Marot est protégé par la très influente Marguerite de Navarre, sœur du roi. Sa poésie est teintée d’un érotisme voilé mais sait aussi se faire élégiaque lorsqu’elle s’adresse à de hautes personnalités. Il édite avec succès les textes de François Villon, son maître en poésie, à la demande du roi en personne. Ses opinions religieuses lui attirent quelques ennuis, dont la prison et l’exil pendant un temps. Clément Marot est l’homme de ce que l’on appelle l’« élégant badinage » et exerce une influence certaine sur les jeunes Ronsard et Du Bellay.

La veine de Clément Marot est poursuivie par les auteurs de l’école lyonnaise qui s’inspirent de la poésie italienne, en particulier de Pétrarque, poète et humaniste du Moyen Âge. Ses plus illustres représentants sont Maurice Scève (1500-1564) et Louise Labé (1524-1566).

Même si l’école lyonnaise pratique surtout la poésie, certains membres n’hésitent pas à travailler d’autres formes littéraires, contes ou récits galants ou populaires. Ce groupe d’humanistes travaille essentiellement la langue française, langue encore en formation et qu’il contribue à former,

Ces poètes trouvent leur inspiration dans les œuvres de Platon, notamment son approche mystique de l’amour, instrument de connaissance et de sagesse ; et de Pétrarque, dont l’emploi du sonnet leur donne l’exemple d’une poésie à la fois précieuse et passionnée.

Le XVIe siècle voit poindre également un courant nouveau, un genre de poésie qui devient en vogue, celui de la Pléiade.


La Pléiade

La France, dans la seconde moitié du XVIe siècle assiste à l’émergence d’un genre de poésie qui devient en vogue, celui de la Pléiade.

Même si celle-ci, en tant que groupe constitué, n’a jamais vraiment existé, des poètes et des écrivains ont des visées théoriques et poétiques identiques. Ils ont aussi en commun leur admiration pour Pierre de Ronsard (1524-1585).

Ces poètes veulent renouveler la vie et les formes littéraires et poétiques. Ils désirent tout connaître depuis les textes grecs et latins jusqu’aux mathématiques et à l’astrologie. Ils croient à la nécessité du savoir, à la jeunesse de l’Antiquité. Ils s’imprègnent des textes des poètes italiens, notamment Pétrarque.

Cependant, il ne s’agit pas de plagier les textes antiques mais, pour les sublimer, d’en explorer les possibilités et de les recréer en y exprimant sa propre sensibilité.

Ils abandonnent le latin pour le français qu’ils entendent enrichir et n’hésitent pas, pour ce faire, à créer de nouveaux mots issus des langues latine et grecque comme des langues régionales. Ainsi, en 1549, Joachim du Bellay (vers 1522-1560) publie Défense et illustration de la langue française, dans lequel l’art poétique est défini comme devant être une libre imitation des Anciens dans le respect des règles de versification française. Il s’agit d’imposer la langue française comme langue poétique.

L’ode et le sonnet deviennent des genres autonomes à part entière et le ton épique devient le symbole même de la poésie. Le travail sur le vers et la rime est considérable. L’idée maîtresse est de rejeter l’héritage du Moyen Âge, c’est-à-dire la poésie à forme fixe, et de recréer une langue poétique, des rythmes et des règles, à l’exemple des Anciens et des Italiens. Il s’agit de fonder la modernité sur la tradition. Plus que des réformateurs, ces poètes sont de véritables innovateurs de la langue française.

Ils laissent au siècle suivant des principes – sur la langue, le modèle antique, le travail de la forme, la création d’un style – que l’âge classique se chargera de trier et de hiérarchiser en les intégrant à une méthode.

Pontus de Tyard a fait partie des poètes proches de Ronsard mais il est difficile de définir avec exactitude quelle a été sa place et son rôle. Ce poète est avant tout un rallié, mais un rallié qui n’a jamais renoncé à ses premières amours. Hier, dans l’entourage de Maurice Scève, aujourd’hui proche de celui de Ronsard. Pontus demeure avant tout un esprit libre qui a su faire preuve d’une certaine retenue et d’un effort de distanciation.

Le décès de Pierre de Ronsard en 1585, n’aura pas de réel impact sur la carrière littéraire de Pontus de Tyard. En effet, même s’il se faisait une haute idée de la poésie, il s’en était éloigné depuis longtemps, afin de porter son attention sur la philosophie.


Les formes fixes du XVIe siècle

Les poètes du XVIe siècle rejettent les formes fixes médiévales et exploitent de nouvelles formes, telles que le sonnet ou l’ode.

Cher à Pétrarque et popularisé en France par Clément Marot, le sonnet va largement être utilisé par le courant de la Pléiade. Il ne néglige aucune tonalité (comique, tragique, lyrique, satirique…).
L’alternance des rimes féminines et masculines est largement respectée dans un souci d’harmonie. Le poète soigne la rime, qui doit être riche.
Le sonnet est toujours constitué de quatorze vers. D’abord composé en décasyllabes, il est ensuite majoritairement écrit en alexandrins.
Il est construit sur deux quatrains de rimes embrassées (abba abba) suivis d’un sizain (souvent présenté sous la forme de deux tercets), dont la disposition des rimes varie (ccdeed pour le sonnet dit « italien », ccdede pour le sonnet dit « français »).

L’ode n’est pas tout à fait une forme fixe, dans la mesure où sa composition n’obéit pas à des règles de construction très strictes. Néanmoins, on la considère comme telle car elle est généralement constituée de strophes identiques.
Héritée de l’Antiquité et remise à la mode par les poètes de la Pléiade, elle est vouée à la célébration ou à la commémoration.


Maurice Scève (1501-1564)

Humaniste passionné par l'Antiquité et l'Italie, Maurice Scève est le chef de file de ce qu’il a été longtemps convenu d’appeler « l’École lyonnaise ». Issu d’une bourgeoisie aisée, il fréquente de bonne heure artistes et gens de lettres. Son érudition, son sens artistique et son prestige dans la ville de Lyon le feront désigner comme principal organisateur de l’entrée solennelle de Henri II en septembre 1548. Son œuvre majeure, Délie, objet de plus haute vertu, est publiée quasi anonymement (portrait et initiales de l’auteur seulement) en 1544. Il ne semble pas cultivé les honneurs, il ne signe quasiment jamais ses œuvres, et disparaît sans laisser de traces.



Un poète

Pontus de Tyard
Les Œuvres poétiques de Pontus de Tyard, seigneur de Bissy. A sçavoir, trois livres des Erreurs amoureuses, un livre de Vers liriques, plus un recueil des Nouvelles œuvres poétiques
À Paris : par Galiot Du Pré, 1573

[FL36/2

En 1555, le poète réunira les deux premiers livres en leur ajoutant une tierce partie et publiera ainsi le Troisième Livre des Erreurs amoureuses. Pontus clôture ainsi son canzoniere – sorte de recueil de poésies amoureuses – et, comme ses contemporains, il chante l’amour à travers ses poèmes en s’adressant, pendant plusieurs années (de 1549 à 1555), à la même muse, réelle ou fantasmatique : Pasithée.

Canzoniere :

De l’italien canzone (chanson), terme employé dès le XVe siècle pour désigner l’œuvre poétique de Pétrarque consacrée à Laure. Cette œuvre est à la fois une auto-contemplation et une méditation autour de l’image de l’aimée, qui devient une figure idéale. Le Canzoniere se présente tantôt comme une élégie passionnée, tantôt comme une confession des états d’âme du poète.

1555

Ce premier texte, édité sous l’anonymat, sera complété en 1551 par une Continuation des erreurs amoureuses qui, comme son titre l’indique, est une suite du projet initial même si le texte est construit avec une poétique distincte. L’auteur amant est épris de sa dame et cet amour, vécu comme une récompense, prend la forme d'un amour réciproque et spirituel.

1551

Pontus de Tyard fait son entrée dans le monde littéraire en 1549 avec la publication, chez le célèbre imprimeur lyonnais Jean de Tournes (1504-1564), des Erreurs amoureuses.

Jean de Tournes (1504-1564)

Jean de Tournes est un imprimeur lyonnais du milieu du XVIe siècle. Parfois appelé Jean I de Tournes ou Jean de Tournes l’Ancien pour le distinguer de son fils et de son petit-fils appelés Jean de Tournes également.

Issu d’une famille venue de Noyon, son père est orfèvre. On ne sait rien de sa formation mais il présente une culture aiguisée et écrit quatre langues. Jeune, il est peut-être apprenti chez les frères Trechsel, et commence sa carrière de manière certaine chez Sébastien Gryphe.

Il a travaillé avec les plus grands poètes de son époque : Antoine Du Moulin, Maurice Scève, Louise Labé, Joachim du Bellay, Charles Fontaine ou encore Olivier de Magny.

1549

Les Erreurs amoureuses

La véritable identité de celle qu’il nomme « l’ombre de ma vie » a été l’objet de nombreuses hypothèses. Pour certains, Pontus s’adressait à la poétesse Louise Labé (1524-1566), pour d’autres il entretenait une liaison avec Marguerite du Bourg, Dame des Gages. Finalement sous les traits de Pasithée se cacherait sans doute, Anne Tulonne, une femme d’esprit, noble, mâconnaise, et très présente dans les salons lyonnais.
L’amour chaste que le poète voue à sa muse évolue au fil des ans et aboutit à la rupture en 1555. Au cours de cette « errance » amoureuse, Pasithée est omniprésente dans la vie et l’œuvre de Pontus. Et si Pasithée n’était plus une seule femme, mais tour à tour les femmes que Pontus croise dans les salons et pour lesquelles il souhaite écrire “l’amour” ?

Louise Labé (1524-1566)

Née à Lyon, elle était la fille d’un riche cordier, Pierre Charly (ou Charlin), surnommé Labé. Elle reçut une bonne éducation : enseignement de l’italien, du latin et de la musique, et elle fut instruite au maniement des armes. Autour de 1543, son mariage avec un cordier lui valut son surnom de « Belle Cordière ».

L’œuvre de Louise Labé, publiée intégralement en 1555, est composée essentiellement d’élégies et de sonnets amoureux, qui furent écrits entre 1545 et 1555. Ces poèmes, d’une grande rigueur formelle, se distinguent des œuvres contemporaines par leur ardeur, leur spontanéité et la sincérité des sentiments exprimés, en même temps que par une philosophie de l’amour d’inspiration platonicienne.

Poète « féministe » à l’image d’autres femmes de lettres du XVIe siècle, Louise Labé revendiqua pour la femme l’indépendance de pensée, la liberté de parole amoureuse et le droit à l’éducation. Elle défendit ces thèses notamment dans un essai dialogué, Le Débat de Folie et d’Amour.

Pasithée

Quelques décennies plus tard, en 1573, Pontus de Tyard publie les Œuvres poétiques comprenant entre autres, les Erreurs amoureuses. Il utilise alors la forme du recueil comme matériau de base, et procède à des ajouts dans ses textes, voire des ajustements, et n’hésite pas dans certains cas à retoucher ou remodeler certains poèmes.
C’est ainsi que l’auteur profite de cette réédition pour ajouter, comme il l’avait fait pour les deux premières parties, une date, en l’occurrence celle de 1554, dans la préface du Livre III des Erreurs amoureuses : l’ensemble du cycle est désormais daté.
Une nouvelle dédicace « A une docte et vertueuse damoiselle » sert alors de préface à l’ensemble du recueil.

Les Œuvres poétiques

Pontus de Tyard
Douze fables de fleuves ou fontaines avec la description pour la peinture et les épigrammes, par P.D.T.
Paris : Jean Richer, 1586
[Gros 26/410

Douze Fables de fleuves...

En 1585, Étienne Tabourot (1549-1590), ami de Pontus de Tyard, fait publier chez Jean Richer un recueil de textes mythologiques, les Douze fables de fleuves ou fontaines, à caractère païen, rédigé trente ans plus tôt par le poète. Dans la préface, il explique s’être emparé du manuscrit dans la bibliothèque du château de Bragny, à l’insu de Pontus.

Étienne Tabourot (1549-1590)

Avocat au parlement de Bourgogne puis avocat du roi au bailliage puis chancellerie de Dijon. Proche et voisin de Pontus de Tyard car il exerçait pour le compte de Guillaume de Gadagne la charge de bailli-châtelain de Verdun, à proximité de Bragny. Il dédie à Pontus de Tyard son livre d’épigrammes Les Touches et c’est lui qui se charge de faire imprimer les Douze fables. On le qualifie « d’humaniste à l’esprit facétieux ».

Cet opuscule rassemble un ensemble de douze fables mythologiques destinées à être mises en peinture pour décorer le château d'Anet construit par Philibert de l'Orme, architecte du roi Henri II, pour sa favorite Diane de Poitiers.
Cette publication tardive peut sembler anachronique, même déplacée, par rapport à la place occupée par l’auteur alors devenu évêque de Chalon-sur-Saône. Mais Étienne Tabourot, qui en est l’instigateur, souhaite avant tout que la paternité de ce texte soit reconnue à sa juste valeur.

Château d'Anet

Le château d'Anet est un château de style Renaissance situé en Eure-et-Loir, que le roi Henri II fit construire au XVIe siècle pour sa favorite, Diane de Poitiers veuve de Louis de Brézé, Grand Sénéchal de Normandie.

Construit par Philibert de l’Orme en 1548, il est considéré comme un joyau de la Renaissance française et un haut lieu d’art.

Cinq années suffisent pour l’achèvement des travaux. Les plus grands artistes de cette époque participent à sa construction, tels que Philibert de l’Orme, architecte et humaniste de la Renaissance, connu pour son anti-italianisme et son interprétation de l’Antiquité, Benvenuto Cellini, Germain Pilon, Jean Cousin et Léonard Limousin.

Enfin, Pausanias, Homère ou encore Les Images de Philostrate (vers 200-vers 230), bien connues des humanistes de la Renaissance, ont également servi de références au poète.

Mais il s’inspire également d’Ovide (43 av.-17 ap. J. C.) et n’hésite pas à calquer ses métamorphoses sur celles du poète latin. Pontus s’intéresse davantage au processus de transformation, qu’il demande au peintre de retranscrire, qu’au résultat.

Tout d’abord, le traité De fluviis montiumque du philosophe Plutarque (46-125), qui aurait servi de point de départ à ce projet car il a l’avantage de présenter vingt-cinq légendes de fleuves et fontaines très évocatrices pour Pontus qui s’intéresse à l’eau et aux phénomènes naturels. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’auteur puise son inspiration dans une œuvre majeure pour y greffer dans un second temps des éléments personnels.

Dans l’ouvrage les Douze fables de fleuves ou fontaines, Pontus de Tyard propose un programme décoratif composé de douze tableaux mythologiques dont le thème commun à chacun d’eux est l’eau. Le poète a puisé son inspiration dans différents textes antiques.

Ainsi Pontus de Tyard a souhaité offrir à Diane de Poitiers un projet pictural sur un thème dont le rôle est fondamental dans la symbolique antique : l’eau. Dans chaque fable choisie par l’auteur, cet élément opère un renversement définitif. Soit elle châtie l’homme pour sa transgression, soit au contraire elle le sauve. La métamorphose prend alors le sens d’une déchéance ou d’une rédemption.
Il construit chaque tableau de ce projet de façon identique puisque chacun d’eux comprend trois éléments. Le premier élément est la transposition en prose d’une fable mythologique connue et choisie par Pontus. Le second élément est une description proposée au peintre afin de le guider dans son travail. Livre en main, il pouvait ainsi suivre les instructions pour réaliser la scène. Enfin, le dernier élément est une épigramme, ou sonnet, rédigée en alexandrins et qui explique le contenu de la fable. Un tel texte avait tout pour séduire l’imaginaire de la Renaissance.

Une épigramme :

À l’origine, une épigramme (du grec ancien ἐπίγραμμα / epígramma signifiant « inscription ») est une inscription, d’abord en prose, puis en vers, qu’on gravait sur les monuments, les statues, les tombeaux et les trophées, pour perpétuer le souvenir d’un héros ou d’un événement.

À partir du XVIe siècle, le genre se spécialise dans le mot d’esprit : l’épigramme renferme généralement une pointe grivoise ou assassine.

Aujourd’hui, cet opuscule reste la seule trace témoignant de la participation du poète, Pontus de Tyard, à un projet architectural de cette envergure. La destruction d’une grande partie du château d'Anet pendant la Révolution française n’a jamais permis d’attester de l’aboutissement ou non de ce projet.

Un philosophe

* * *

Pontus de Tyard

Fortement nourri des philosophes anciens et des pères de l’Église, Pontus de Tyard va s’éloigner de la poésie, pour se consacrer à la philosophie, dans les années 1550, et travailler aux Discours philosophiques. Toutefois, dans ses écrits philosophiques, il s’intéresse aux liens entre la poésie et la musique.
Réfléchissant sur la possibilité de mettre
de l’ordre dans les connaissances humaines, il étudie aussi
les origines de l’univers, la divination ou la mesure du temps.
Pour lui, l’homme habité par la passion de connaître se doit
de partager ses connaissances. Participant d’un mouvement général de vulgarisation du savoir, il défend l’usage de la langue française, apte à traduire les conceptions philosophiques, et avec le temps, il s’efforcera de rendre ses textes compréhensibles dans la forme. Cependant, son œuvre philosophique ne sera pas plus facile d’accès que sa poésie.

Un penseur

Pontus de Tyard
Les Discours philosophiques de Pontus de Tyard, seigneur de Bissy et depuis evesque de Chalon...
À Paris : chez Abel L'Angelier, 1587
[FL 36/1

En 1587, Pontus de Tyard fait publier un recueil de certains de ses textes qu’il a remaniés ou complétés. Il s’agit des Discours philosophiques. On retrouve dans cet ouvrage des œuvres qui ont déjà été publiées plusieurs années auparavant : Solitaire premier ou Dialogue de la Fureur Poétique (1552), Solitaire second ou Prose des muses (1555), Mantice ou Discours de la vérité de Divination par Astrologie (1558), L’Univers ou Discours des parties, et de la nature du monde (1557) et Scève ou Discours du temps, de l’an et de ses parties (1556).

Les Discours philosophiques

Ces Discours philosophiques publiés pendant son épiscopat (1578-1594) sont édités à Paris chez le célèbre imprimeur-libraire Abel L’Angelier (imprimeur des Essais de Montaigne en 1588).

Abel L'Angelier (ou Langelier) (1553?-1610)

Abel L'Angelier est un imprimeur-libraire parisien. Il appartient à une importante famille de marchands-libraires. Montaigne et Pierre de Larivey ont été édités chez lui.

Les textes des Discours philosophiques sont difficiles à classer et à définir. Il s’agit de dialogues portant sur divers aspects du savoir :
• la poésie (Solitaire premier),
• la musique (Solitaire second),
• l’astrologie (Mantice),
• la cosmologie (L’Univers ou Discours des parties et de la nature du Monde),
• la science du calendrier (Scève ou Discours du Temps, de l’an et de ses parties).

* * *

Le dialogue comme
moyen de transmission du savoir

Le dialogue est un genre littéraire employé comme un moyen pédagogique pour diffuser les connaissances un peu à la manière des disputationes dans les universités médiévales. C’est en quelque sorte un héritage de l’enseignement du Moyen Âge qui autrefois était uniquement réservé aux étudiants. Désormais avec les dialogues, on s’adresse à un public plus large : la communauté des lecteurs

du XVIe siècle.
Le dialogue est l’occasion de compiler des savoirs antiques et médiévaux et les nouveaux apports scientifiques de la Renaissance.
Pontus de Tyard met en scène plusieurs interlocuteurs ayant chacun des points de vue différents sur le savoir. Le plus souvent un personnage joue le rôle du professeur et un autre celui de l’élève.

Disputatio :

Dans la scolastique médiévale, la disputatio était, avec la lectio, une des méthodes essentielles et omniprésentes d’enseignement et de recherche, ainsi qu’une technique d’examen dans les universités à partir du début du XIIIe siècle.


Scolastique :

La scolastique (du latin schola, ae, « école ») est la philosophie développée et enseignée au Moyen Âge dans les universités : elle vise à concilier l’apport de la philosophie grecque (particulièrement l’enseignement d’Aristote et des péripatéticiens) avec la théologie chrétienne héritée des Pères de l’Église et d’Anselme.

Le premier ouvrage des Discours philosophiques choisi par Pontus de Tyard sert de pont entre sa période poétique et sa période “scientifique” (au sens du XVIe siècle ; c’est-à-dire quelqu’un de cultivé et possédant des connaissances “encyclopédiques”). L’auteur reprend ici une œuvre de 1552 : Solitaire premier ou Dialogue de la fureur poétique.
Dans ce premier texte, Pontus de Tyard théorise la poésie.

Solitaire premier ou
Dialogue de la fureur poétique

Solitaire premier est donc un dialogue entre deux personnages : Solitaire et Pasithée. La scène se déroule chez Pasithée. De retour d’un séjour à la campagne, Solitaire rend une visite de courtoisie à Pasithée qui chante une ode française en s’accompagnant au luth. Solitaire l’interrompt pour lui parler de la fureur qui agite son esprit en la regardant jouer de la musique. Pasithée comprend la fureur comme un état de démence, mais Solitaire lui explique alors la fureur qui l’anime : elle est une des quatre puissances divines
qui permet à l’âme d’échapper à la prison du corps
et de remonter vers la source de son unité perdue.
Intriguée, Pasithée va lui demander de décrire ces puissances divines. Solitaire entreprend alors la description des Muses qui portent en elles la fureur poétique ; il décrit ensuite leur nombre, leur origine, leur nom, leur sexe, leur rapport aux notes musicales.

La scène se déroule le jour suivant l’action décrite dans Solitaire premier. Pasithée joue de l’épinette (sorte de clavecin) quand Solitaire lui rend visite. Il reprend alors la suite de son discours de la veille (Solitaire Premier ou Dialogue de la fureur poétique). Cette fois-ci, Solitaire revient sur la musique comme science humaniste.

  • l’histoire de la musique,
  • la théorie ancienne de la musique,
  • les effets de la musique (mentaux, moraux, métaphysiques et physiques),
  • la cosmologie de la musique,
  • la relation entre la poésie et la musique.

Solitaire second ou Proses des Muses

Son discours est axé autour de cinq points :

Ce que souhaite Pontus de Tyard, à travers le personnage du Solitaire, c’est associer pleinement la poésie et la musique. Pour lui, elles atteignent toutes deux leur sommet quand elles s’allient. Il regrette le « vulgaire usage » de la musique figurée dans la société contemporaine, mais en même temps, il ne considère pas que la tâche d’enseigner la théorie des anciens aux non-initiés soit indigne de lui. Il explique d’ailleurs à l’aide de diagrammes ce qu’il appelle le Système parfait. Il a d’ailleurs recours à plusieurs sources

pour développer son propos :

De Musica de Boèce (480-524)

Dodecachordon de Glaréan (1488-1563)

plusieurs ouvrages de Franchin Gaffurio (1451-1522)

Boèce (vers 480-524)

Anicius Manlius Severinus Boethius, communément appelé Boèce, né vers 480 à Rome et mis à mort en 524 à Pavie par Théodoric le Grand, est un philosophe et homme politique latin. Il a été surnommé l'« instituteur » de l’Occident latin du fait de son influence sur les lettrés du Moyen Âge et de la Renaissance.

Glaréan (1488-1563)

Glaréan (parfois latinisé en Glareanus), de son vrai nom Heinrich Loris (parfois latinisé en Hendricus Loriti), est un humaniste suisse. Le nom « Glaréan » réfère au canton suisse de Glaris où Heinrich Loris est né. Glaréan est à la fois musicien, théoricien de la musique, poète, philologue, historien, mathématicien et géographe. En s’appuyant sur pas moins de 120 compositions des siècles passés, il retrace l’histoire de la musique depuis Boèce (VIe siècle) jusqu’à la polyphonie du XVIe siècle.

Franchin Gaffurio (1451-1522)

Né dans une ancienne famille noble de Padoue, Gaffurio écrit des traités musicaux, compose de la musique, traduit en latin des ouvrages grecs de théorie musicale et édite les œuvres de quelques humanistes. La plus grande partie de sa musique est constituée par des messes et des motets destinés à la cathédrale de Milan. Léonard de Vinci réalisa son portrait en 1490. C’est le seul portrait masculin de Léonard de Vinci, hormis son autoportrait.

Le dialogue ne se fait pas seulement entre le Solitaire et Pasithée, car un troisième personnage entre en scène au cours du discours, il s’agit du Curieux qui alimente la discussion avec l’aide de Pasithée en questionnant le Solitaire. Le Curieux est présenté par le Solitaire comme son cousin. Derrière ce personnage se tient probablement le véritable cousin de Pontus de Tyard : Guillaume des Autels.

Guillaume Des Autels (1529-1580 ?)

Guillaume Des Autels né en 1529 en Bourgogne et mort dans les années 1580, est un poète et polémiste français associé à la Pléiade, très apprécié par Ronsard. Il écrit son premier recueil de vers à 20 ans. Cousin et voisin de Pontus de Tyard, il possède un manoir près de Bissy.

Solitaire second n’est pas le premier dialogue sur la musique, mais c’est sûrement le premier en français.

Membre actif des académies de son temps (Académie de Poésie et de Musique, Académie du Palais), Pontus de Tyard en est le penseur philosophique. Le roi Henri III le nommera lecteur royal en philosophie, mathématiques et astronomie.
Pontus se passionne très tôt pour l’étude du ciel et possède les instruments nécessaires à son observation. Il suit attentivement les travaux de Nicolas Copernic qu’il est, par ses connaissances, en capacité d’analyser. Même si le système proposé l’intéresse, il préfère d’abord, en homme d’Église, conserver la traduction ptoloméenne de l’univers.
En revanche, Tyard ne croit pas à l’astrologie, sujet discuté dans Mantice. En cela, il a certainement joué un rôle dans la constitution d’un socle du savoir rationnel.

Un scientifique

Mantice ou Discours de la vérité de la Divination par Astrologie

Comme son sous-titre l’indique, Mantice porte sur l’astrologie divinatoire, dite « astrologie judiciaire » ; c’est-à-dire qu’elle traduit le jugement de Dieu annoncé par les astres.
Ce texte se distingue parmi les autres Discours philosophiques parce qu’il ne met pas en place un dialogue mais une confrontation entre deux thèses, celles des personnages de Mantice l’astrologue, et du Curieux (qui peut être perçu comme étant l’auteur, Pontus de Tyard).

On se retrouve alors avec deux discours qui se répondent : l’un consistant en une vigoureuse réfutation de la vérité de l’astrologie émise par le Curieux, et l’autre une ample défense de celle-ci par Mantice.
Dans cette scène se trouve aussi le personnage du Solitaire, normalement défini comme la conscience critique du Curieux, mais qui a plutôt ici un rôle de médiateur : bien qu’il pratique l’astronomie, il critique l’astrologie judiciaire, validant ainsi le discours du Curieux. Mais à la fin, il reconnaît l’influence céleste sur l’être humain exposée par Mantice. C’est sur cette parole en suspens que se clôt le texte.

Le but de cet écrit est d’isoler l’astrologie des pratiques divinatoires et de condamner ses déviations idolâtres. Pontus de Tyard veut restituer l’astrologie gréco-romaine à partir de l’établissement de la carte du ciel, avec une connaissance exacte des mouvements célestes et un dénombrement complet des étoiles ; ainsi qu’une refondation du système des règles d’interprétation.

Ce texte connaîtra un succès dans le contexte polémique de l’époque : il y a, en effet, une volonté des astrologues du XVIe siècle d’assainir leur discipline.

Ce texte aborde la cosmologie : c’est-à-dire l’étude de la structure, de l’origine et de l’évolution de l’univers dans son ensemble. Il sera largement remanié pendant trente ans, et découpé dans les Discours philosophiques en deux parties : le Premier Curieux et le Second Curieux.

L’Univers, ou Discours des parties, et de la nature du Monde

Premier Curieux, ou Discours des parties, et de la nature du Monde

Le Premier Curieux se concentre sur les parties matérielles de la cosmologie. Le texte débute par un éloge philosophique de la contemplation de ce qui nous entoure. S’ensuit une définition du monde, allant du ciel aux éléments ; puis une description géographique de la terre. Il aborde ensuite la météorologie, et l’ordre et la permanence de l’univers dont il confirme le maintien grâce à Dieu, et il poursuit sur la dénomination de ce dernier. Plus précisément, il traite des points controversés de son époque et qui sont en cours de rectification : la matière du ciel, le mécanisme épicyclique, le mouvement de la terre et des comètes, la longueur de l’année, et les variations de l’apogée du soleil.

Le texte met en place un débat entre trois personnages : Curieux qui accueille Solitaire et Hiéromnime dans sa chambre. Le Curieux (perçu comme étant l’auteur, Pontus de Tyard) s’applique à promouvoir l’autonomie de l’astronomie tout en évitant d’employer des arguments théologiques. Mais il ne s’interdit pas, en étudiant les corps célestes, de trouver matière à reconnaître et à célébrer Dieu. Cela dans le but de légitimer son discours profane qui stipule que les faits scientifiques doivent être établis uniquement par la raison et l’observation. Le Solitaire, conscience critique du Curieux, quant à lui, reconnaît le caractère imparfait et provisoire de la science qui est en perpétuelle rectification.

Le débat se joue entre ces personnages qui, même s’ils sont convaincus que le but de l’existence de l’homme est la recherche du savoir, en ont une définition différente.

Le Second Curieux se concentre sur les parties intellectuelles de la cosmologie. Le texte débute par un prologue portant sur la dignité des langues vulgaires, sujet auquel s’est intéressé Pontus de Tyard dès 1551. Il est nécessaire pour lui de défendre et d’illustrer la langue française en étendant son usage aux domaines des sciences. Le texte aborde ensuite le monde métaphysique : l’origine des âmes, le microcosme (l’homme étant constitué par Dieu des différents éléments du monde), l’existence de Dieu, et la création de l’univers (fondamentalement liée à celle du temps). Ce texte est une apologie de la religion chrétienne ; ou plutôt il expose les raisons de croire à l’existence d’un dieu.

Second Curieux, ou Discours des parties et de la nature du Monde

On retrouve les trois mêmes personnages que précédemment : Curieux, Solitaire et Hiéromnime ; mais cette fois dans un décor extérieur. Le Curieux prend la place principale du discours ; le Solitaire n’est qu’une instance garante du récit-cadre, et Hiéromnime n’intervient qu’à la fin du texte. L’ensemble de l’ouvrage entend appliquer aux sources antiques une lecture qui soit à la fois physique, éthique et théologique.

Mais Pontus de Tyard n’est pas qu’un compilateur, il est le premier en France à proposer une organisation générale et critique du savoir en langue française.

Ces textes sont le reflet de la crise de la cosmologie du XVIe siècle, qui est surtout une crise technique puisque l’on est en incapacité de décrire l’agencement réel des cieux. Ils développent ainsi une réflexion sur la recherche de la vérité, qui devient une recherche progressive de méthode afin de comprendre le monde.

Le texte aborde, à travers un dialogue entre Pontus de Tyard, Scève et Hiéromnime, différents thèmes ayant un rapport avec le temps comme : le temps et sa relation avec les corps célestes, les comparaisons entre les quatre saisons et les quatre humeurs du corps, des présentations d’énigmes qui contiennent les nombres 12 et 30, des étymologies de mots innombrables, etc. Pontus de Tyard est préoccupé par la réforme du calendrier, d’où le fait que cet écrit porte essentiellement sur la chronométrie ; c’est-à-dire la discipline portant sur la mesure exacte du temps.

Maurice Scève (1501-1564)

Humaniste passionné par l'Antiquité et l'Italie, Maurice Scève est le chef de file de ce qu’il a été longtemps convenu d’appeler « l’École lyonnaise ». Issu d’une bourgeoisie aisée, il fréquente de bonne heure artistes et gens de lettres. Son érudition, son sens artistique et son prestige dans la ville de Lyon le feront désigner comme principal organisateur de l’entrée solennelle de Henri II en septembre 1548. Son œuvre majeure, Délie, objet de plus haute vertu, est publiée quasi anonymement (portrait et initiales de l’auteur seulement) en 1544. Il ne semble pas cultivé les honneurs, il ne signe quasiment jamais ses œuvres, et disparaît sans laisser de traces.

Scève est en fait le premier dialogue scientifique portant sur l’univers et les phénomènes naturels que Pontus de Tyard a écrit.

Scève, ou Discours du temps, de l’an et de ses parties

Mais il ne faut pas oublier ce qu’a écrit l’auteur dans son introduction :

« [..] ce qui aujourdhui nous semble vray ou bon,
demain nous sera en reputacion
de mensonger et meschant ».

Pontus de Tyard

Un homme du livre

la « petite pléiade chalonnaise »

De même, il insufflera encore son esprit à quelques hommes de lettres, qui illustreront la vie intellectuelle de Chalon-sur-Saône jusqu’en 1650 environ. Parmi eux, se distingue Claude-Enoch Virey, humaniste, poète et bibliophile, qui constitue lui aussi une riche bibliothèque, dans l’hôtel particulier qu’il a fait construire vers 1612 et qui devient le rendez-vous de toute la société littéraire.
Le Père Louis Jacob, dans son Traité des plus belles bibliothèques, écrit : « Claude-Enoch Virey dépensait ses heures à la culture des muses, à orner sa magnifique bibliothèque, à entretenir de longs colloques littéraires avec ceux de ses concitoyens voués aux belles-lettres. Presque chaque jour il faisait une longue promenade péripatéticienne avec Philippe Robert, Salomon Clerguet, et autres disciples des muses de la cité chalonnaise, tous amis, dans les jardins des pères capucins, ou au milieu des vertes prairies qui entourent la ville ».

Claude Enoch Virey (1566-1636)

Humaniste, poète et bibliophile né à Sassenay d’une famille aisée. Avocat au parlement de Dijon, maire de Chalon-sur-Saône entre 1627 et 1632. Anobli sous Louis XIII.

Il fait ses premières études à Chalon, Beaune et Dijon avant de les terminer à Paris. Il s’engage contre la Ligue aux côtés d’Henri IV. Après un voyage en Italie il devient secrétaire d’Henri II, prince de Condé et cousin du roi, pendant vingt-cinq ans. Il accompagne Condé et son épouse dans leur longue fuite hors de France pour soustraire cette dernière aux assiduités d’Henri IV. Cet épisode est relaté dans le manuscrit MS 36 de la Bibliothèque municipale de Chalon.

Rentré à Chalon vers 1612, il fait construire, grâce à la générosité de Condé, un somptueux hôtel particulier, l’actuelle sous-préfecture, dans lequel sa bibliothèque était une curiosité de la ville.

Sa biographie et ses œuvres se mêlent mais c’est surtout comme personnage public qu’il est connu à Chalon où il fut élu maire cinq fois et où il était également intendant de l’Hôpital qu’il réforme avec sérieux. C’est à sa demande, qu’en 1634, l’enseignement du collège de Chalon est confié aux jésuites.


Louis Jacob de Saint-Charles (1608-1670)

Originaire de Chalon-sur-Saône, grand bibliophile, ami de Gabriel Naudé et fondateur de la bibliographie nationale en France, il a publié plusieurs ouvrages dont Traicté des plus belles bibliothèques publiques et particulières… en 1684.

Même si dans les années 1550 Pontus de Tyard s’implique moins dans les recherches poétiques menées par Pierre de Ronsard et ses proches, et même si la Pléiade n’a jamais vraiment existé en tant que groupe constitué , son nom lui reste pourtant attaché.
Vers 1550-1560, il entretient aussi des liens avec un réseau d’amis chalonnais, se vouant à l’étude.
Ainsi peut-on citer les noms de Pierre de Saint-Julien de Balleure, ami de Pierre Naturel qui était un proche de Pontus de Tyard, Salomon Clerguet, ami de prédilection, Guillaume des Autels, parent et voisin, Philippe Robert ou Étienne Tabourot, tous deux amis également de Pontus.

Pierre de Saint-Julien de Balleure (1523 -1593)

Doyen du chapitre de Saint-Vincent et ami de Claude-Enoch Virey, alors qu’une grande différence d’âge les sépare. Ami de Pierre Naturel dont il publie la chronologie des évêques de Chalon. Reconnu comme un bon historien, son ouvrage le plus marquant est De l’origine des Bourgongnons, et antiquité des estats de Bourgongne.


Pierre Naturel (1502-1582)

Il était d’une ancienne famille noble du Mâconnais. Chanoine, chantre, vicaire et official de la cathédrale de Chalon-sur-Saône, il a officié pendant 40 ans sous cinq évêques, dont Pontus de Tyard, son ami intime qui lui fit son épitaphe. Il contribua à la réformation de la coutume de Bourgogne et écrivit la Chronologie des évêques de Chalon traduite et publiée en 1581 par son ami Pierre de Saint-Julien de Balleure.


Salomon Clerguet ( ?-1631)

Né à Chalon, il est avocat, poète, bailli temporel de l’évêché, échevin en 1582, ami de prédilection de Pontus de Tyard. Il est élu député du Tiers-État de la ville de Chalon-sur-Saône, avec François de Thésut, aux États de Blois de 1588.


Guillaume Des Autels (1529-1580 ?)

Guillaume Des Autels né en 1529 en Bourgogne et mort dans les années 1580, est un poète et polémiste français associé à la Pléiade, très apprécié par Ronsard. Il écrit son premier recueil de vers à 20 ans. Cousin et voisin de Pontus de Tyard, il possède un manoir près de Bissy.


Philippe Robert (Chalon-Beaune, 1594)

Avocat au Parlement de Dijon, auteur de poésies latines et grecques et traducteur d’Isocrate. Ami de Pontus de Tyard, il fréquentait le salon de Bissy et allait souvent au château de Bragny. C’est à lui que Pontus adresse sa fameuse lettre contre les ligueurs (contre les jésuites).


Étienne Tabourot (1549-1590)

Avocat au Parlement de Bourgogne, puis avocat du roi au bailliage puis chancellerie de Dijon. Proche et voisin de Pontus de Tyard car il exerçait pour le compte de Guillaume de Gadagne la charge de bailli-châtelain de Verdun, à proximité de Bragny. Il dédie à Pontus de Tyard son livre d’épigrammes Les Touches et c’est lui qui se charge de faire imprimer les Douze fables.

Claude-Enoch Virey avait en effet constitué une magnifique bibliothèque contenant non seulement des ouvrages imprimés mais aussi des manuscrits qu’il recopiait, ou des manuscrits qu’il composait lui-même.
Ainsi, en 1627, Claude Enoch Virey, consacre un traité De Ponto Tyardeo Bissiano, episcopo cabillonense, à Pontus de Tyard, écrit en latin et resté manuscrit, et qui comprend les éloges et panégyriques composés par les poètes contemporains en l’honneur de Pontus de Tyard ; ainsi que des rappels de faits historiques, sur la Ligue notamment. Il consacre aussi un chapitre à Cyrus de Tyard dont il fut l’ami pendant un temps.
Claude-Enoch, anobli sous Louis XIII, fait figurer ses armes sur les reliures de sa bibliothèque. L’écusson est entouré d’une guirlande de feuilles de laurier avec une lampe antique allumée au sommet accompagnée de « Hac iter est » (Voilà le chemin, la lumière ; c’est-à-dire l’étude). Pour lui, c’est donc dans la culture et l’étude que réside l’essentiel.
Cette bibliothèque fut par la suite augmentée par son fils, Jean-Christofle Virey, qui fit faire pour un certain nombre de livres,

des reliures funéraires en hommage à sa défunte épouse.
Parmi ces ouvrages, L'Histoire d'Hérodian, excellent historiographe, traitant de la vie des successeurs de Marc Aurèle... édité par Pontus de Tyard.

Jean-Christofle Virey

Fils de Claude-Enoch Virey, Jean-Christofle exerça successivement les charges de conseiller du Roi, puis conseiller-maître à la Chambre des comptes de Dijon. Bibliophile, il avait hérité de la collection de livres de son père dont il fit relier de nombreux volumes. En 1644, à la mort de son épouse Bonne Galoys dont il eut six enfants, il afficha son chagrin sur plusieurs reliures funéraires faites de parchemin et confectionnées jusqu’en 1655 : la lampe et la devise « Hac iter est » (Voilà le chemin, la lumière ; c’est-à-dire l’étude) qui surmontaient antérieurement le blason sont remplacées par une urne funéraire et son inscription. Jean-Christofle entra dans les ordres et devint chanoine puis archidiacre.

Claude-Enoch Virey et sa bibliothèque

Hérodien
L’Histoire d'Hérodian, excellent historiographe, traitant de la vie des successeurs de Marc Aurèle à l’empire de Romme, translatée de grecq ["sic"] en françoys, par Jaques des contes de Vintemille, Rhodien…
[Édité par Pontus de Tyard]
Lyon : par G. Roville, 1554

[FL 1934/A

Pontus de Tyard éditeur

La première traduction latine de cette œuvre a été réalisée par Ange Politien en 1487, la première édition grecque sera publiée en 1503, par les soins du célèbre imprimeur de Venise, Alde Manuce.
L’édition réalisée grâce à Pontus est une édition « translatée de grecq en françoys, par Jaques des contes de Vintemille ». Il s’agit de la première traduction française et elle est donc à mettre à l’actif de Pontus dans son rôle de défenseur de la langue française qui contribua à l’établissement de son usage.
Henri Estienne, autre humaniste célèbre, donnera une édition grecque et latine de ce texte en 1581.

Pontus de Tyard fait éditer L’Histoire d'Hérodian, excellent historiographe, traitant de la vie des successeurs de Marc Aurèle à l'empire de Romme… en 1554.
L’impression est confiée à Guillaume Rouillé, libraire à Lyon, alors que Pontus partage sa vie entre Bissy, Lyon, où il publia ses premiers livres de poésie et connut Maurice Scève, Mâcon et Paris.
L’ouvrage, qui traite de l’histoire des empereurs romains sur une période d’environ soixante ans, de la mort de Marc-Aurèle à l’avènement de Gordien III, est dû à Hérodien, historien romain d’expression grecque, qui l’a composée vers 240-250.

Guillaume Rouillé, dit aussi Roville ou Rouville (1518-1589)

Libraire imprimeur formé à Venise, il travaille à Paris puis s’installe définitivement à Lyon.

Sa production est considérable et ses principales réussites commerciales proviennent d’ouvrages de droit, de médecine, de science et de religion. Rouillé édite des auteurs italiens, souvent en langue originale. En revanche, il édite peu de poètes français, à l’exception de Clément Marot. Il édite de nombreux humanistes avec lesquels il correspond.



Maurice Scève (1501-1564)

Humaniste passionné par l'Antiquité et l'Italie, Maurice Scève est le chef de file de ce qu’il a été longtemps convenu d’appeler « l’École lyonnaise ». Issu d’une bourgeoisie aisée, il fréquente de bonne heure artistes et gens de lettres. Son érudition, son sens artistique et son prestige dans la ville de Lyon le feront désigner comme principal organisateur de l’entrée solennelle de Henri II en septembre 1548. Son œuvre majeure, Délie, objet de plus haute vertu, est publiée quasi anonymement (portrait et initiales de l’auteur seulement) en 1544. Il ne semble pas cultivé les honneurs, il ne signe quasiment jamais ses œuvres, et disparaît sans laisser de traces.




Hérodien (vers 170-vers 250)

Historien romain d’expression grecque. Il serait natif d’Asie mineure ou de Syrie. Il séjourna à Rome de la fin du IIe siècle aux années 240.

Son ouvrage, connu sous le titre d’Histoire des empereurs romains de la mort de Marc Aurèle (180) à Gordien III (238), contient huit livres et a été composé vers 240 et renferme dans un espace de soixante années l’histoire de dix-sept empereurs.

Son style et sa méthode s’inspirent de la tradition historique grecque issue de Thucydide. Il n’a pas cependant toujours la rigueur de ce dernier. Hérodien ne présente pas toujours en effet une chronologie rigoureuse et est loin d’être toujours exact.

Il présente un tableau coloré et très vivant de l’Empire romain en mutation dans une époque fertile en péripéties. Il perçoit assez nettement les dangers que sont les intrigues de cour, l’anarchie militaire, les particularismes provinciaux et finalement la poussée des barbares.

Si l’historiographie lui a préféré d’autres auteurs, comme son contemporain, Dion Cassius, dont l’Histoire s’arrête cependant en 229, Hérodien fut néanmoins le témoin oculaire de certains événements qu’il retranscrit, ce qui présente un intérêt historique non négligeable.

Le traducteur, Jacques de Vintimille, qui fut adopté par la famille lyonnaise des Vauzelles et reçu au parlement de Dijon en 1550 est l’ami de Pontus de Tyard et de Maurice Scève.
Dans les pièces liminaires de l’ouvrage, après la dédicace de Jacques de Vintimille au connétable Anne de Montmorency, puissant personnage et ami intime d’Henri II, on trouve celle de Pontus de Tyard qui s’adresse à Vintimille. Il avoue avoir dérobé la traduction, qu’il qualifie de « vertueux labeur », dans la bibliothèque de Vintimille afin de la faire publier et d’enrichir ainsi la langue française, car elle est « experte ». L’a-t-il réellement dérobée ou est-ce plutôt un artifice littéraire destiné à honorer un ami discret et modeste en insistant, au grand jour, sur le mérite de son travail ?
Le texte de Pontus est à son tour suivi de celui de Guillaume Des Autels, Façon par douzains, qui loue Pontus pour cet heureux larcin, qu’il faut comprendre comme heureuse initiative de traduction.

Jacques de Vintimille (1512-1582)

Juriste, homme de lettres et helléniste, il descend d’une noble famille génoise. Il arrive en France après la mort de ses parents lors de la prise de Rhodes en 1522 par le sultan Soliman le Magnifique. Il est adopté par la famille lyonnaise des Vauzelles. Ami de Clément Marot et de Diane de Poitiers, il traduit pour François Ier La Cyropédie de Xénophon. Il est reçu conseiller au Parlement de Dijon en 1550. Il prend part aux travaux de réformation de la Coutume de Bourgogne. Il était un des amis de Pontus de Tyard.


Famille des Vauzelles

Il existe des liens très étroits entre la grande famille lyonnaise des Vauzelles et les Scève, marqués par des mariages et des transmissions de charges publiques. Les trois frères Matthieu, Jean et Georges de Vauzelles sont très impliqués dans la vie publique et intellectuelle du XVIe siècle. Matthieu (1490-1562), juriste, docteur ès droit, assume de nombreuses charges publiques à Lyon. Jean (1495-1559), docteur ès droit, de formation humaniste, exerce des responsabilités ecclésiastiques importantes et incarne la conciliation religieuse et humaniste. Très introduit à la cour de France, notamment auprès de Louise de Savoie et de Marguerite de Navarre, il traduit à sa demande les écrits religieux du grand écrivain italien Pietro Aretino, dit l'Arétin. Georges (1492-1557), chevalier de l'ordre hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem participe courageusement à la bataille de Rhodes. Après la défaite il revient en France, accompagné du jeune Jacques de Vintimille dont le père, compagnon d’armes, a été tué pendant le siège. Il prend en charge son éducation.


Guillaume Des Autels (1529-1580 ?)

Guillaume Des Autels né en 1529 en Bourgogne et mort dans les années 1580, est un poète et polémiste français associé à la Pléiade, très apprécié par Ronsard. Il écrit son premier recueil de vers à 20 ans. Cousin et voisin de Pontus de Tyard, il possède un manoir près de Bissy.

L’exemplaire figurant dans les collections patrimoniales de la Bibliothèque municipale de Chalon-sur-Saône, présente quant à lui, un intérêt non négligeable puisqu’il s’agit d’un ouvrage ayant fait partie de la bibliothèque de Claude-Enoch Virey, et portant une reliure funéraire commandée par son fils Jean-Christofle Virey.

Jean-Christofle Virey

Fils de Claude-Enoch Virey, Jean-Christofle exerça successivement les charges de conseiller du Roi, puis conseiller-maître à la Chambre des comptes de Dijon. Bibliophile, il avait hérité de la collection de livres de son père dont il fit relier de nombreux volumes. En 1644, à la mort de son épouse Bonne Galoys dont il eut six enfants, il afficha son chagrin sur plusieurs reliures funéraires faites de parchemin et confectionnées jusqu’en 1655 : la lampe et la devise « Hac iter est » (Voilà le chemin, la lumière ; c’est-à-dire l’étude) qui surmontaient antérieurement le blason sont remplacées par une urne funéraire et son inscription. Jean-Christofle entra dans les ordres et devint chanoine puis archidiacre.

Un exemplaire provenant de
la bibliothèque de Jean-Christofle Virey

En effet, veuf inconsolable, Jean-Christofle fait confectionner des reliures en hommage à sa défunte épouse Bonne Galoys. Au centre, on distingue ses armes : écartelées aux 1 et 4 de gueules à deux épieux d’or en sautoir, la pointe en haut ; aux 2 et 3, d’or, semé de lis, d’œillets et de roses de gueules. Elles sont entourées de son nom Jean-Christofle Virey, surmontées d’une urne sur laquelle se lit « B. Galoys cineres » (Les cendres de Bonne Galoys), entourée d’une légende disposée en demi-cercle « Hinc omnes exctincti ignes » (Par là tous mes feux sont éteints). En guise d’écoinçons, aux quatre angles de l’encadrement, on trouve le monogramme « B.G. » (Bonne Galoys).

Le décor de ces reliures funéraires est à rapprocher de celui des reliures Virey antérieures et qui portaient le nom de Claude-Enoch. L’urne funéraire a remplacé la lampe de la connaissance et l’inscription « Hinc omnes exctincti ignes » (Par là tous mes feux sont éteints), la devise « Hac iter est » (Voilà le chemin, la lumière ; c’est-à-dire l’étude).

Pour construire son immense savoir et mener à bien ses travaux, Pontus de Tyard a constitué une riche bibliothèque, outil indispensable à son activité intellectuelle.

Pontus de Tyard avait l’une des plus riches bibliothèques du royaume de France, qui peut être estimée à plus de 1 500 ouvrages ; la taille moyenne se situant entre 500 et 1 500 pour les collections du haut clergé et de la noblesse de robe.
Cela correspondrait à une pièce de taille modeste, sachant que cette bibliothèque est une bibliothèque de travail, à l’usage quasi exclusif de son propriétaire.

La bibliothèque de Pontus de Tyard

À la mort de Pontus de Tyard, sa bibliothèque, installée au château

de Bragny, ne revient pas à son neveu Cyrus de Tyard, mais à ses petits-neveux Pontus II et Louis (fils d’Héliodore de Tyard, frère de Cyrus).
Cyrus intente un procès en 1607 qui se termine par un accord en 1609,
à l’issue duquel la bibliothèque est partagée : les livres de théologie vont
à Cyrus au palais épiscopal, et le reste des livres à Louis
au château de Bragny.
À sa mort, en 1624, Cyrus laisse ses biens à ses deux neveux mais les bibliothèques ne pourront être réunies à Bragny car Louis n’hérite que d’une petite partie des livres de son oncle, l’autre partie revenant cette fois-ci à Pontus II.
Pontus II se retrouve donc l’héritier de la plus grande partie de ce qui reste de la bibliothèque de Pontus de Tyard, ce qui sauvera ces livres de la destruction lors de l’incendie du château de Bragny en 1636 par l’armée du duc de Lorraine, au cours de la Guerre de Trente ans.
Pontus II meurt en 1634 et c’est son fils Claude qui en héritera.
La bibliothèque est transportée au château de Seurre
et il en fait faire l’inventaire en 1638.

Souvent, il n’existe aucune trace du contenu des bibliothèques des humanistes. Dans le cas de Pontus de Tyard, l’inventaire de 1638 (manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de France) parvenu jusqu’à nous, a été publié en 1950 par Silvio F. Baridon, étudié, et même complété, par François Roudaut avec l’examen des ouvrages retrouvés à la Bibliothèque municipale de Troyes (156 livres, soit 1/5ème de l’inventaire).
Il ne s’agit pas d’un catalogue exact et complet des ouvrages acquis et lus par Pontus de Tyard, mais d’une liste d’une partie de sa bibliothèque et qui fixe l’état de la collection à un moment précis, sans tenir compte des aléas qui peuvent faire évoluer une bibliothèque.
En raison des dispersions, les livres de Pontus ne sont pas tous là et d’autres ne lui appartiennent pas, notamment ceux de son neveu Cyrus. On trouve aussi la trace d’une quinzaine de possesseurs dont certains amis faisant partie de l’entourage de Pontus et de la Pléiade chalonnaise :

Pierre Naturel, Philippe Robert, Étienne Tabourot.
L’inventaire correspond surtout à la part héritée par Pontus II en 1624, et qui est constituée essentiellement de livres religieux. Les philosophes, les humanistes, les savants occupent une place considérable sans être la plus importante. Ne figurent ni Pétrarque, ni les pétrarquisants qui devaient faire pourtant partie de la bibliothèque de Pontus mais devaient probablement se trouver dans la part d’héritage de Louis, détruite dans l’incendie de Bragny.
Cet inventaire reste toutefois une belle source de renseignements.

Pierre Naturel (1502-1582)

Il était d’une ancienne famille noble du Mâconnais. Chanoine, chantre, vicaire et official de la cathédrale de Chalon-sur-Saône, il a officié pendant 40 ans sous cinq évêques, dont Pontus de Tyard, son ami intime qui lui fit son épitaphe. Il contribua à la réformation de la coutume de Bourgogne et écrivit la Chronologie des évêques de Chalon traduite et publiée en 1581 par son ami Pierre de Saint-Julien de Balleure.


Philippe Robert (Chalon-Beaune, 1594)

Avocat au Parlement de Dijon, auteur de poésies latines et grecques et traducteur d’Isocrate. Ami de Pontus de Tyard, il fréquentait le salon de Bissy et allait souvent au château de Bragny. C’est à lui que Pontus adresse sa fameuse lettre contre les ligueurs (contre les jésuites).


Étienne Tabourot (1549-1590)

Avocat au Parlement de Bourgogne, puis avocat du roi au bailliage puis chancellerie de Dijon. Proche et voisin de Pontus de Tyard car il exerçait pour le compte de Guillaume de Gadagne la charge de bailli-châtelain de Verdun, à proximité de Bragny. Il dédie à Pontus de Tyard son livre d’épigrammes Les Touches et c’est lui qui se charge de faire imprimer les Douze fables.

Les ouvrages qui composent la bibliothèque de Pontus de Tyard sont essentiels à la culture d’un lettré et d’un prélat et très peu de textes ne font pas autorité dans leur domaine. Il s’agit d’une bibliothèque d’érudit et d’honnête homme caractérisée par une grande diversité et le refus des exclusions (les auteurs protestants figurent). Le rangement (classement de l’inventaire) est fait moins en fonction de la matière que de l’utilité.
Cette bibliothèque (tout du moins la partie correspondant à l’inventaire) semble s’être constituée entre 1550 et 1580, puis il n’y aurait quasiment plus d’achats.

Pour la représentation des langues, on retrouve à peu près les proportions des bibliothèques des humanistes contemporains : latin (75 %), français (15 %), grec (5 %), hébreu et en italien (5 %).
De même pour les proportions des différentes disciplines : Théologie (54 %), Histoire (25 %), Lettres (12 %), et Sciences et Arts (9 %).

Les reliures observées à Troyes, presque toutes changées par les propriétaires suivants, sont uniformes (mode de la seconde moitié du XVIe siècle). Les trois volumes aux armes de Pontus de Tyard montrent un décor simple, et dans l’inventaire un grand nombre de reliures sont en parchemin ou basane, une soixantaine en veau (noir ou rouge). Il est possible cependant que les livres de littérature, absents, aient porté une reliure plus esthétique.

La bibliothèque sera vendue en 1642 à Jean III Bouhier (1607-1671), aïeul du président Bouhier. La bibliothèque Bouhier subira plusieurs divisions pour raison de successions.
Les religieux de Clairvaux l’achètent en 1782. Ce qu’il en restait fut ensuite rassemblé à l’abbaye de Clairvaux avec les confiscations révolutionnaires destinées à la Bibliothèque municipale de Troyes. Il y eut beaucoup de disparitions et de dispersions avant que les ouvrages ne parviennent à Troyes.
Les livres de Pontus de Tyard qui faisaient partie de la bibliothèque Bouhier n’ont donc pas été épargnés.

Jean-Christofle Virey

Fils de Claude-Enoch Virey, Jean-Christofle exerça successivement les charges de conseiller du Roi, puis conseiller-maître à la Chambre des comptes de Dijon. Bibliophile, il avait hérité de la collection de livres de son père dont il fit relier de nombreux volumes. En 1644, à la mort de son épouse Bonne Galoys dont il eut six enfants, il afficha son chagrin sur plusieurs reliures funéraires faites de parchemin et confectionnées jusqu’en 1655 : la lampe et la devise « Hac iter est » (Voilà le chemin, la lumière ; c’est-à-dire l’étude) qui surmontaient antérieurement le blason sont remplacées par une urne funéraire et son inscription. Jean-Christofle entra dans les ordres et devint chanoine puis archidiacre.

Un théologien

Pontus de Tyard s’implique dans les débats de son temps en s’attachant toutefois à prôner la modération et la prudence. Même s’il n’adhère pas aux thèses de Calvin ou de Luther, il combat l’obscurantisme et invite ses contemporains à la réconciliation. Il pense pouvoir convaincre les protestants grâce à ses arguments théologiques et pour cela, face à l’intolérance et aux luttes intestines, il aura recours à tout son savoir.

Évêque

Au début de l’année 1578, l’évêque de Chalon-sur-Saône, Jacques Fourré, meurt. Le roi Henri III, fidèle ami de Pontus de Tyard, qui avait en d’autres temps fait de ce dernier son aumônier ordinaire, le désigne pour succéder au défunt prélat dans son diocèse de Chalon, voyant en lui l’homme idéal capable d’exercer la fonction, et d’être fidèle à la royauté.
Il s’acquittera avec fidélité et zèle de ses nouvelles obligations d'évêque. Pendant les dix premières années de son épiscopat, il se consacre prioritairement à sa vie ecclésiastique. C’est en parvenant à l’épiscopat qu’il aborde vraiment la théologie. Bien plus, entre 1586 et 1588, il publie des Homélies, discours moralistes et savants.

Mais dans le contexte général du royaume où s’expriment les affrontements politiques et religieux, Chalon est de plus en plus divisée, et les factions s’affrontent : le pouvoir du duc de Mayenne, gouverneur de Bourgogne, partisan de la Ligue et frère du duc de Guise, et celui de l’évêque, fidèle au roi Henri III. Pontus fait preuve de tolérance dans le débat théologique et tente de gérer sa situation politique du mieux qu’il peut.
En 1587, les luttes politiques s’intensifient autour de lui et, après l’assassinat du duc de Guise, il devient plus que jamais la cible principale des Ligueurs. Afin de se protéger, il se réfugie au château de Bragny et obtient du roi Henri III le droit à la résignation de ses fonctions épiscopales en faveur de son neveu Cyrus. Il devra cependant patienter cinq longues années avant que le pape Clément VIII accepte, lui aussi, sa démission et sacre son neveu évêque de Chalon.

Démission

Homme religieux

Mais, du côté des Ligueurs, Pontus reste une personnalité politique gênante car il demeure celui vers qui les plus grands seigneurs se tournent pour obtenir des conseils spirituels. C’est ainsi qu’ils lui refuseront un laissez-passer pour se rendre auprès du roi Henri IV afin de prendre part à son instruction religieuse en matière de foi catholique.

Fin de vie

À partir de 1594 et jusqu’à la fin de sa vie en 1605, Pontus, enfin déchargé d’une tâche devenue trop lourde à porter, embrasse une retraite studieuse à Bragny et satisfait son goût pour la solitude et la réflexion. Il choisit alors d’orienter ses recherches érudites dans deux directions : la philologie et la traduction. Ce travail aboutira à la rédaction de trois ouvrages qui permettront à leur auteur de continuer à apparaître sur la scène publique, même de manière discrète.
En 1605, Pontus de Tyard s’éteint à l’âge de 84 ans au château de Bragny en laissant derrière lui l’image d’un “savant poète du XVIe siècle”.

Bibliographie

Sites ou publications numériques

  • Wikipédia

  • Association Renaissance du Château de Pontus de Tyard

  • Institut de France : Haverkamp, Claus-Peter. - Printemps 1521 : Naissance de Pontus de Tyard

  • Groupe d’Etudes Historiques de Verdun-sur-le-Doubs : Mère, Emmanuel .- Pontus de Tyard (Bissy, 1521 - Bragny, 1605) une vie au service de l’humanité. - Trois Rivières, n° 65

  • Agnès Molinier Arbo. Hérodien, Rome et le spectacle du pouvoir. Παρ δoξα et θαυµατα dans l’Histoire de l’Empire après la mort de Marc Aurèle. - KTÈMA Civilisations de l’Orient, de la Grèce et de Rome antiques, Université de Strasbourg. - 2017

  • Carrols. Anne. – De l’ode à la pastorale : formes de la célébration politique en France (1549-1572). – Thèse sous la direction de Jean Raymond Fanlo. - Université Aix Marseille, 2014.

  • Miernowski, Jean. - La poésie et la peinture : les douze fables de fleuves ou fontaines de Pontus de Tyard. - 1984.

  • Kushner Eva. - Le “Solitaire premier” de Pontus de Tyard : prolégomènes à une interprétation. In : Revue belge de philologie et d’histoire, tome 50, fasc. 3. - 1972. - pp. 760-767

  • Kushner, Eva. - “L’évolution Du Sacré Chez Pontus De Tyard.” Renaissance and Reformation / Renaissance Et Réforme, vol. 11, no. 1. - 1987. - pp. 59–66.

  • Koike, Miho. - La relativisation du savoir chez Pontus de Tyard

  • Sonneville, Hugo. - “Pontus de Tyard, bibliographie chronologique (1549-1978).” Zeitschrift Für Französische Sprache Und Literatur, vol. 90, no. 4. - 1980. - pp. 321–346.

Articles et ouvrages

  • Baridon, Silvio F. - Inventaire de la bibliothèque de Pontus de Tyard. - Genève, Lille : Droz, Giard, 1950. - FL 851/1
  • Batault, Henri. - Une pléiade littéraire à Chalon-sur-Saône au XVIe. - Chalon-sur-Saône : L. Marceau, 1881. - FL 7/B
  • Bourgogne Magazine, hors-série n°16. Bienvenue chez les illustres
  • Chalon et le XVIe siècle : [exposition, Chalon-sur-Saône, Espace des Arts, 1985] / [catalogue réd. par] l'Université pour Tous de Bourgogne. - Chalon-sur-Saône : UTB, 1988. - FL 1128/B
  • Durandeau, Joachim. - La Renaissance littéraire en Bourgogne : Pléiade bourguignonne de 1543 à 1600. - 1907. -

FR 1870
  • Haverkamp, Claus-Peter. - À la poursuite d’une ombre : Pontus de Tyard & Pasithée. - Montceau-les-Mines : La Physiophile, 2007. - FL 1723
  • Haverkamp, Claus-Peter. - Pontus de Tyard (1521-1605), un curieux dans son siècle. - Mâcon : Académie de Mâcon, 2015. - FL 1837/A
  • Mère, Emmanuel. - Pontus de Tyard : [ou l’univers d’un curieux]. - Chalon-sur-Saône : Editions Hérode, 2001. -
FL 1616/B
  • Roudaut, François. - La bibliothèque de Pontus de Tyard : libri qui quidem extant. - Paris : Champion, 2008. - (Études et essais sur la Renaissance). - FL 1727
  • Roudaut, François. - Catalogue des ouvrages ayant appartenu à Pontus de Tyard et conservés à la bibliothèque municipale de Troyes. -Troyes : Bibliothèque municipale, 1988. - FR 3353
  • Sylviane Bokdam. - Pontus de Tyard, poète, philosophe, théologien : colloque international de l’Université de Créteil-Val-de-Marne, 19-20 novembre 1998 / [organisé par l’Équipe ELIPEM, Expression littéraire des idées philosophiques et des mentalités, actuellement Expression littéraire des idées, des sensibilités et des mentalités] ; rev. et préfacées par Jean Céard. - Paris : H. Champion, 2003. - FL 1672/B
  • Tyard, Pontus de. - Errances et enracinement. Acte du colloque international de Bissy-sur-Fley (23-25 septembre 2005) / organisé par Eva Kushner, Claus-Peter Haverkamp et François Rouget. Études réunies par François Rouget. – Paris : H. Champion, 2008. - FL1720

Articles et ouvrages

  • Tyard, Pontus de .- Œuvres complètes sous la dir. d’Eva Kuschner. T 1. Œuvres poétiques, Les erreurs amoureuses, Continuation des Erreurs amoureuses, Troisième livres des erreurs amoureuses, Livres de vers liriques, De Coelestibus Asterismis Poëmatium, Recueil des Nouvell’œuvres poétiques, Les Douze Fables de fleuves ou fontaines. - Paris : H. Champion, 2004. - FL 1683/1
  • Tyard, Pontus de .- Œuvres complètes sous la dir. d’Eva Kuschner. T 3. Mantice ou Discours de la vérité de divination par astrologie. / texte établi, introduit et annoté par Jean Céard. - Paris :Classiques Garnier, 2014. - FL 1856/C
  • Tyard, Pontus de .- Œuvres complètes sous la dir. d’Eva Kuschner. T 4. Partie 1. Le Premier curieux ou Premier discours de la nature du monde et de ses parties / texte établi, introduit et annoté par Jean Céard. - Paris : Éd. Classiques Garnier, 2010. - FL 1857/C
  • Tyard, Pontus de .- Œuvres complètes sous la dir. d’Eva Kuschner. T 4. Partie 2. Le Second curieux ou Second discours de la nature du monde et de ses parties / texte établi, introduit et annoté par François Roudaut. - Paris : Éd. Classiques Garnier, 2013. - FL 1858/C
  • Tyard, Pontus de. - Œuvres complètes sous la dir. d’Eva Kuschner. T 6. Homélies, Histoire d’Herodian, Lettre au Jésuite Charles, Généalogie de Hugues Capet, Advis du diacre Agapet, Modèles de phrases, Lettres d’amour. - Paris : H. Champion, 2007. - FL 1683/6

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Pontus de Tyard

Un savant poète en son siècle

Bibliothèque municipale de Chalon-sur-Saône
Du 18 septembre au 27 novembre 2021