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En 1939, Saint-Lô est une petite ville normande pittoresque, chef-lieu du département de la Manche. A partir de juin 1940, elle conaît une occupation dense et difficile. Avec le Débarquement allié, les bombardements et les combats la localité se retrouve au coeur de la grande histoire.

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Jérémie Halais - LaContempo.fr - 2021

Saint-Lô 39 | 45

Une ville normande dans la tourmente de la seconde guerre mondiale

Une drôle de guerre

La montée des périls

A l'heure allemande

Collaboration

Sous le régimede Vichy

Résistance& répression

Dans la bataille

Un quotidien difficile

"Capitale des ruines"

Début

La Montée des Périls 1/2

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En 1939, Saint-Lô est une petite ville "pittoresque" de 11800 habitants. Ses ruelles étroites ou ses passages qui permettent d’accéder au quartier de l’Enclos lui donnent en effet un aspect médiéval. Chef-lieu du département de la Manche, les fonctionnaires représentent 22% de sa population. Le tertiaire domine l’activité économique. En 1938, un peu plus de 670 commerces animent le centre urbain. L’industrie y est presque inexistante. Dans l’entre-deux-guerres, l’Union républicaine et démocratique, parti de la droite conservatrice dont se réclament la plupart des notables, est majoritaire. Les partis de gauche et l'extrême droite y sont très peu implantés. Seul le Parti social français y opère une légère poussée en 1936-1937, dans "les milieux aisés" et dans "la petite bourgeoisie". La ville, enfin, n’est pas épargnée par la montée des tensions internationales. Entre 1937 et 1939, elle accueille des réfugiés espagnols qui décrivent aux Saint-Lois "l’horreur des bombardements aériens", l’une des caractéristiques du conflit à venir.

Plan

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Saint-Lô, rue du Neufbourg, avant-guerre(coll. part.)

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1938

1939

1

12 septembre

Hitler revendique les Sudètes, région de la Tchécoslovaquie où vit une forte minorité allemande.

3

30 septembre

Les Accords de Munich. Le conseil municipal de Saint-Lôvote une adresse à Edouard Daladier.

4

15 mars

Annexion de la Bohême-Moravie.

5

24 août

Pacte de non-agression germano-soviétique et partage de la Pologne.

6

26 août

Mise en réquisition de la ville de Saint-Lô.

2

24 septembre

Mobilisation partielle en France et à Saint-Lô.

La Montée des Périls 2/2

A Saint-Lô, lesaccords sont accueillis avec soulagement.Ainsi, le conseil municipal "adresse à M. le président du Conseil Daladier l’expression respectueuse de ses sentiments très reconnaissants pour l’action énergique et éclairée menée par lui pour sauver la France et la paix du monde" (Courrier de la Manche, 8 oct. 1838).Pour Le Messager de la Manche, "le résultat du 30 septembre a causé une joie générale ». Le bulletin paroissial, Les Cloches de Notre-Dame, se félicite du retour de « la paix, alors que[…] les événements[…] contribuaient à la rendre plus improbable et plus précaire. Tout d’un coup une lueur d’espoir a jailli ; l’univers entier s’est tourné, anxieux, vers la grande ville de Bavière où conféraient les hommes d’État qui semblaient tenir en leurs mains le sort de l’Europe." Le 8 octobre, le journal Courrier de la Manche pose la question : "Va-t-on faire la guerre pour contraindre à rester ensemble ces peuples de Tchécoslovaquie qui s’y refusent absolument ?"

"Ville de Saint-Lô. Les mesures de défense",Le Messager de la Manche, 26 août 1939.

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Une drôle de Guerre

Le 1er septembre 1939, les troupes allemandes pénètrent en Pologne. À Saint-Lô, le tocsin sonne la mobilisation ordonnée pour le lendemain. La ville compte entre 1180 et 1360 mobilisés, entre 1470 et 1690, en y ajoutant les communes limitrophes.Les sentiments oscillent entre résignation et anxiété. Dès l’automne, les nouvelles du front donnent une impression d’un "hiver calme, trop calme pour une guerre". Les autorités tentent de mobiliser les civils à travers des collectes de métaux ou d’exercices contre les dangers aériens. Cependant, les mesures de défense passive sont mal appliquées et les alertes ne provoquent aucune inquiétude.Les Saint-Lois sont plus préoccupés par les problèmes d’approvisionnements. Le rationnement de l'essence est instauré dès novembre. Le 25 mai 1940, le maire informe les habitants de la délivrance de cartes d’alimentation.Entre-temps, le 10 mai, la Wehrmacht passe à l’offensive dans les Ardennes. La guerre se rappelle aux Saint-Lois : les avis se multiplient, l’angoisse monte alors que les réfugiés affluent dans les rues de la cité préfectorale. On craint la cinquième colonne et des militants communistes sont arrêtés.

Les Mobilisés

La caserne Bellevue, Saint-Lô, [1938-1939(coll. part.).Il faudrait, pour recenser l’intégralité des Saint-Lois mobilisés, dépouiller l'ensemble des fiches matricules des classes mobilisées et conservées aux Archives de la Manche mais aussi d'autres dépôts. Il faut donc se contenter d’estimations. Si l’on se base sur le taux de mobilisation à l’échelon national (11,5%) ou départemental (10%), les Saint-Lois mobilisés seraient entre 1180 et 1360, la ville comptant 11814habitants au recensement de 1936. Entre 1470 et 1690, si on y ajoute les populations des localités proches. Parmi ces soldats, 2,5% sont appelés sous les drapeaux avant le 2 septembre 1939. Il s’agit de réservistes incorporés à l’occasion de la crise de Munich, puis en mars 1939, après l’annexion de la Tchécoslovaquie et, enfin, durant l’été avec l’aggravation de la situation internationale (20,5%). Mais, c’est bien évidemment durant le mois de septembre que la plupart d'entre eux est incorporée (51%).La bataille de France n’a pas été sans faire de victimes. D’après l’enquête communale de 1949, Saint-Lô compte 14 combattants décédésen mai et juin 1940 (AD50, fonds M. Leclerc, 129 J 13). Mais, le chiffre est certainement plus élevé puisque les archives du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains comptent 21 soldats nés à Saint-Lô et morts entre le 10 mai et le 20 juin 1940. Il faudrait aussi ajouter à cet inventaire les hommes décédés en juillet lors des combats contre la marine anglaise à Mers-el-Kébir ou à Dakar. Ferdinand Piedagnel meurt ainsi sur leBretagne, le 3 juillet 1940.Les prisonniers de guerre saint-lois sont nombreux : entre 385 et 400, selon deux réunions du conseil municipal, soit, pour la ville seule, un taux de captifs entre 30 et 34% des mobilisés. Plus de la moitié de ces prisonniers de guerre (57%) sont désarmés après l’appel radiodiffusé du maréchal Pétain, le 17 juin, appelant à "cesser le combat" et avant la journée du 22 juin qui voit la signature de l’armistice .

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Affiche pour les emprunts de la Défense, [1939-1940](coll. part.).

Le monument aux morts de la Grande Guerreet l'église Notre-Dame, 1938(coll. part.).

Affiche de recrutement de l'armée française, 1938(coll. part.).

Dans la nuit du 17 au 18 juin 1940, les premiers éléments de l’armée allemande traversent Saint-Lô sous les yeux "d’une foule navrée [et] muette". Les autorités adressent à la population un appel au calme mais, aussitôt, un cadre de contraintes s’abat sur la ville. Le couvre-feu est instauré après 22 h. Les journaux sont censurés. L'heure et la monnaie allemande sont adoptées. Durant quatre ans, les Saint-Lois subissent de nombreuses réquisitions. Dès août 1940, tous les possesseurs de bicyclettes doivent les présenter à la Kommandantur. En mars 1944, les postes de TSF sont confisqués. Les prélèvements effectués par l’occupant concernent tous les biens susceptibles de répondre à ses besoins : bétail, fourrage, combustible, matériaux, moyens de transport, produits de consommation courante ou manufacturés mais aussi biens immobiliers, publics ou privés. Selon les rapports du préfet, il s’agit d’une "charge très lourde pour cette petite ville et hors de proportion avec ses possibilités".En outre, les Allemands réquistionnent des civils comme gardes-voies ou otages dans les trains de permissionnaires. Des Saint-Lois sont requis pour des travaux ponctuels. Surtout, le Reich réclame des contingents de travailleurs pour soutenir son effort de guerre, d’abord via le système de la Relève, puis, à partir de 1942-43, via le Service du Travail obligatoire (STO).

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à l'heure allemande 1/2

Le STO

Le régime de Vichy obtient le retour d’Allemagne de 50000 prisonniers de guerre français contre l’envoi de 150000 ouvriers qualifiés, c’est l’acte de naissance de laRelève.En juillet 1941, un bureau de démobilisation s’installe à la caserne Bellevue. Il voit passer tous les prisonniers de guerre libérés du département. À l’arrivée des trains de prisonniers, de nombreuses cérémonies sont organisées en présence de personnalités de la préfecture, de la municipalité, des associations d’anciens combattants, de la Croix-Rouge et du Secours national.La Relève est basée sur le volontariat et, pour cette raison, montre ses limites, dès l’été 1942, face aux exigences allemandes. Le 4 septembre 1942, la loi "relative à l’utilisation et à l’orientation de la main-d’œuvre" est promulguée par le gouvernement Laval. Les hommes de 18 à 50 ans et les femmes de 21 à 35 ans sont tenus à la conscription. Le 16 février 1943, Pierre Laval instaure leService obligatoire du travail (SOT), vite rebaptiséService du travail obligatoire (STO), c’est-à-dire la réquisition et l’envoi forcé en Allemagne de travailleurs français appartenant aux classes 1920 à 1922.Un échantillon de133 requis saint-loisa été constitué afin de mieux connaître ces jeunes qui sont majoritairement des ouvriers (51%) . On y trouve également des employés (29%), des fonctionnaires (10%), des salariés agricoles (4%), des artisans ou commerçants (3 %) ainsi que diverses autres professions (2%) et quelques étudiants (1%).Parmi les requis,35%ont été identifiés commeréfractaires. Les premiers refus interviennent en novembre 1942. Il s’agit d’insoumis refusant d’aller se faire recenser. D’autres font le voyage en Allemagne mais décident de ne pas repartir après une permission (19%). À partir d’avril 1943, le nombre de réfractaires est en constante augmentation, avec un pic atteint entre juillet et décembre 1943. En juillet 1943, le préfet rapporte que "le départ pour l’Allemagne d’un nombre important de jeunes gens provoque toujours des remous dans l’opinion publique". La plupart des réfractaires (72%) demeurent dans le département. Ils se cachent dans des communales rurales où ils trouvent du travail dans les fermes.

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Soldats allemands, place du Soleil-Levant, [1940-1942](coll. part.).

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"L’Armistice", Courrier de la Manche,6 juill. 1940.

"Ville de Saint-Lô. L’Occupation allemande",Le Messager de la Manche, 20 juill. 1940

Avis publié dans le Courrier de la Manche,6 juill. 1940

Avis publié dans le Courrier de la Manche,6 juill. 1940

Courrier de la Manche, 6 juill. 1940

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à l'heure allemande 2/2

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La présence allemande

La présence allemande est très dense à Saint-Lô., La ville préfectorale accueille plusieurs services administratifs et repressifs. En outre, s'y établissent divers état-majors d'unités militaires qui sont stationnées dans la région. Un rapport envoyé à Alger en mars 1944 recense 1000 soldats, soit 1 allemand pour 10 habitants. Les principaux bâtiments occupés par l'armée allemande sont représentés sur la carte ci-contre. En cliquant sur les boutons vous en saurez plus sur leur fonction et leur histoire entre 1940 et 1944.

Le blockhaus installé par les Allemands, place du champ de Mars, près de l'ancienne poste, juillet 1944 (NARA)En juillet 1942, Mme Flattet, une institutrice saint-loise, décrit dans son journal intime la place du "Champ-de-Mars qui est un véritable chantier de construction tout rempli de matériaux, de machines, de hangars et en grande partie camouflé". En 1943, un rapport de la résistance décrit l’occupation de la place où les Allemands ont implanté une "station relais" qui se "décompose en deux baraques", en "à proximité de l’hôtel des PTT". Cette installation est "entourée de murs en ciment de deux mètres de hauteur et de 0,80 d’épaisseur eux-mêmes de fils de fer barbelés". Le tout est gardé par des sentinelles "vérifiant avec grand soin les autorisations spéciales d’entrée". Le blockhaus existe toujours. Lors de la reconstruction un bâtiment, aujourd'hui occupé par France télécom, a été construit dessus.

L'hôtel de ville, carte postale, début XXe s.(coll. part.).Après la signature de l’armistice, le 22 juin, le haut-fonctionnaire rencontre le lieutenant-général Hermann Boettcher, le 24 juin, au château de Balleroy afin de signer une convention d’occupation. Le 26 juin, la Kreiskommandantur 893 et une Ortskommandantur, respectivement en charge de l’arrondissement et de l’agglomération, prennent leurs quartiers à l’hôtel de ville de Saint-Lô.Les Allemands donnent un concert, le 23 juin, à 17 heures, au kiosque situé au milieu de la place Alfred Dusseaux, entre l’hôtel de ville, le tribunal et la préfecture. Mais ces concerts hebdomadaires sont abandonnés dans le courant de l’été, faute de spectateurs.

Le colonel Hartwich, [1940-1943]Ce cliché a été pris à Agneaux. On reconnaît, à l'arrière-plan les tours de l'église Notre-Dame et l'hôpital (coll. part.).Le 11 juillet 1940, la Feldkommandantur 722 s’installe rue de la Poterie, non loin des Archives départementales et de la préfecture. Cette Kommandanturà compétence départementale est dirigée par le colonel Kurt Hartwich. Dès son arrivée, celui-ci fait "arborer le pavillon à croix gammée en haut du mât du balcon de l’édifice". Durant l’été 1943, il est remplacé par le baron colonel Von Ascheberg.

Le couloir d'accès des galeries souterraines (cl. J. Halais).Au printemps 1943, rue de la Poterne, "entre l’hôpital et le rocher", les Allemands creusent un souterrain qui est probablement destiné à servir de poste de commandement, compte-tenu de sa configuration. Le soir du 6 juin, alors que la ville est sous les bombes de nombreux civils viennent s'y réfugier. Les malades de l'hôpital y sont également évacués.Photographie de reconnaissance américaine (Nara). On distingue à droite l'hôpital marqué par une grande croix rouge.

Cette célèbre scène du Jour le plus long, est supposée se dérouler à Saint-Lô, à l'état major du LXXXIVe corps d'armée allemand, dans le château des Commines, près de la route de Carentan où, le soir du 5 juin, le général Marcks fête son anniversaire.Un soldat américain à l'entrée du château des Commines, juin 1944 (NARA).L'ouvrage bétonné du général Marcks(cl. J. Halais)Les Allemands ont érigé dans le parc, attenant à la propriété, un blockhaus de commandement et un baraquement à proximité. Après la guerre, une rumeur selon laquelle un sergent allemand aurait été tué, en 1942, lors de la construction de l’ouvrage bétonné circule. Le corps aurait été dissimulé dans le béton . Mais on peut douter de la véracité d’un tel événement qui n’est documenté par aucune autre source. En outre, il est étonnant que la disparition d’un soldat de la Wehrmachtn’ait entraîné aucune mesure de répression.

Les Allemands ont besoin d’être logés et, pour cela, ils occupent aussi bien des bâtiments publics que des logements privés. Ils s’installent ainsi, dès l'été 1940, à l’école normale, située rue Saint-Georges dans un ancien couvent. En octobre 1940, le directeur s’inquiète du "refus de la Kommandanturde libérer une partie des locaux pour la rentrée scolaire. […] Les quelques 150 à 180 hommes qui, depuis un mois logent à l’école, occupent tous les locaux (classes, dortoirs, réfectoires, salles d’étude) sans exception" (AD50, école normale, 1 T 2/31, correspondance du directeur, 3 oct. 1940). En mai 1941, le directeur remarque que "l’activité sportive souffre grandement de la densité considérable de l’Occupation".

Tampon de la section saint-loise du Sipo-SD (coll. part.).Une antenne de la Sipo-SD est installée à Saint-Lô, à l’automne 1943, dans un immeuble situé 28 route de Villedieu et réquisitionné en septembre. Plusieurs chefs se succèdent à la tête de l’antenne, Dorcher en 1943, Warzecha puis Heinecke en 1944. En effet, à partir de mai 1942, la politique répressive en France occupée est prise en main par la Sipo-SD, c’est-à-dire la police de sûreté, la Sicherheistpolizei, et le service de sécurité du parti, leSicherheitsdienst ou SD, communément désigné par le langage courant sous le nom de Gestapo.

Durant l'occupation, la caserne Bellevue a plusieurs affections. En juin 1940, elle devient un fronstalag, les soldats français fait prisonniers dans la région y sont internés. Début juillet, ils seraient ainsi près de 12 000 captifs à être concentrés dans la ville. Il est difficile de loger, de ravitailler tous ces hommes. Les Allemands ont aussi beaucoup de mal à empêcher les évasions. Ils sont néanmoins, pour la grande majorité d'entre eux, envoyés en Allemagne à partir de l'automne.Prisonniers de guerre français internés à la caserne Bellevue, été 1940 (coll. part.).En mars 1944, le service de renseignement de la France libre, le Bureau central de renseignements et d’action (BCRA), adresse au commissariat national à l’Intérieur, installé à Alger, un rapport faisant état de 500 fantassins logés à la caserne Bellevue. A cette date, elle sert aussi à regrouper les réfractaires au Service du travail obligatoire arrêtés par les services de sécurité allemands et leurs auxiliaires français.

Le tribunal, carte postale, début XXe s. (coll. part.).L’installation d’un tribunal militaire allemand est annoncée par les journaux saint-lois début juillet 1940. Il juge toutes les affaires de désobéissance : propos anti-allemands, vols de biens appartenant à la Wehrmacht, détentions d’armes et actes de Résistance. Cette juridiction s'installe dans le tribunal correctionnel, en face de l'hôtel de ville et jouxte la prison.

L'entrée de la prison en 1944.(coll. part.).En novembre 1940, les Allemands déménagent les détenus de droit commun de la prison de Saint-Lô pour Coutances. L'établissement sert dés lors de maison d'arrêt pour les personnes victimes de leur répression. Arrêté en janvier 1941, l’abbé Raymond David est détenu un temps à Saint-Lô. Après la guerre, il a décrit les conditions d’internement des prisonniers dormant sur des couchettes en fer super-posées, installées dans de petites cellules sombres. Les visites de proches sont autorisées mais doivent être courtes et toujours sous la surveillance d’un gardien allemand. Les détenus suspectés d'appartenir à la résistance y subissent parfois de violents interrogatoires. Détruite en 1944, lors des bombardements, il ne reste plus de la prison que sa porte d'entrée qui est devenu un monument dédié aux victimes de la répression nazie.

Au début de l'occupation, l'Institut d'Agneaux est réquisitionné, comme d'autres établissements scolaires, pour y loger des prisonniers de guerre français. Il sert ensuite de cantonnement pour la troupe. Le rapport reçu en mars 1944 par le BCRA à Alger évoque la présence de 500 soldats dans une école, route de Coutances, probablement l'Institut. La mémoire locale évoque un souterrain qui aurait été aménagé par les Allemands sous l'établissement ou à proximité.

L'ancien haras de Saint-Lô sert au début de l'occupation pour loger des prisonniers de guerre français. En juin 1944, des parachutistes américains capturés par les Allemands y sont interrogés. Le journal intime de l'institutrice saint-loise, Mme Flattet, décrit ces bâtiments "peints en vert" par les troupes d'occupation. Un rapport de la résistance de 1943 précise qu’à "l’autre extrémité du Champ de Mars, sur les bâtiments de l’ancien haras, un poste de DCA" est installé.

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sous le régime de Vichy

L'État français naît le 10 juillet 1940 avec le vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain. À Saint-Lô, le maréchalisme – le ralliement derrière la personne de Philippe Pétain –, est réel au début de l’Occupation. Cependant, l’opinion est fluctuante et connaît des évolutions. Seuls quelques notables, favorisés par le régime, apparaissent véritablement comme d’ardents pétainistes. La Révolution nationale désigne l’idéologie et le programme politique du régime Son but est "un redressement" de la France qui passe par l'instauration d'un état autoritaire valorisant les "valeurs traditionnelles" : le travail, la famille, la patrie ou la ruralité. Saint-Lô, en tant que chef-lieu, accueille divers organismes chargés de mettre en œuvre cette politique.Vichy mène une politique d’exclusion et de répression envers ses ennemis politiques ou toutes personnes suspectées de "menées anti-nationales" en raison de ses origines (les étrangers), de ses idées (ex. les gaullistes, les francs-maçons) ou de ses croyances (les juifs). Le régime réprime les résistants et reprend à son compte la lutte contre les membres du PCF. Pour mener à bien cette politique, il s’appuie sur les services de police dont l'organisation est modifiée au début de l’année 1941.

Les mesures antisémites

En 1940, sur 127 personnes de confession juive recensées dans la Manche, seules huit seraient domiciliées dans l’arrondissement de Saint-Lô (L’Ouest-Éclair, 1er nov. 1940). Les juifs y sont donc peu nombreux mais ils n’échappent pas à lapolitique de persécutionmenée par le régime.Dès l’automne 1940, devançant toute exigence allemande, le gouvernement met en place unelégislation antisémite. Lestatut des juifsest promulgué le 3 octobre 1940, puis modifié le 2 juin 1941. Une ordonnance allemande du 18 octobre 1940 prescrit le recensement des entreprises et des biens juifs ainsi que l’établissement d’une liste générale "afin d’exclure la population juive de toute activité économique et de la priver du droit de propriété".Dossier du ravitaillement général, 14 rue de la Marne à Saint-Lô, relatif au « statut des juifs », [1940-1944] (AD50, 144 W 7).Au début de l’année 1942, le commerce de Jules Pipkis, rue Torteron, est placé sous administration provisoire (Le Messager de la Manche, 13 févr. 1942). En juin, une circulaire du préfet informe les sous-préfets, les commissaires et les commandants de gendarmerie, de la mise en application de la 8e ordonnance allemande prescrivant le port obligatoire d’une étoile par les juifs de plus de six ans (AD50, sous-préfecture de Cherbourg, 2 Z 240, circulaire du préfet, 2 juin 1942). Le résultat de cette politique est l’arrestation et la déportation de juifs étrangers ou d’origine étrangère par les Allemands.

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Êtes-vous plus français que lui ?, affiche, [1940-1944](coll. part.)

« On goudronne »Le Messager de la Manche, 3 juill.1942

Révolution nationale, affiche, [1941](coll. part.).

Fichier départemental des renseignements généraux de la Manche, [1943] (AD76, 40 W 173).

Portrait du maréchal Pétain (coll. part.).

La Collaboration

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Le 30 octobre 1940, le maréchal Pétain choisit la "voie de la collaboration". L’expression désigne, dès lors, les Français qui s’engagent aux côtés de l’occupant. Au moins 53 Saint-Lois répondent à cette définition mais leur participation à l'effort de guerre allemand est protéiforme. Il existe tout d'abord une collaboration politique. En juillet 1942, une section du Parti populaire français (PPF), de Jacques Doriot, s’installe rue de la Poterne. Elle compte une vingtaine d’adhérents. D’autres partis collaborationnistes existent dans la ville, mais ils y recrutent peu. Des Saint-Lois participent ensuite à la collaboration policière et militaire (54%). Il s'agit principalement de délateurs occasionnels (64%), n’appartenant à aucun parti (57%). Certains deviennent néanmoins des auxiliaires des services répressifs allemands, s'engagent dans la milice ou dans des formations militaires (6%) : la Waffen SS ou le NSKK. Des permanences de la LVF et de la Légion tricolore existent rue Porte-Torteron et rue du Neufbourg. Les collaborateurs économiques (31%) partent travailler volontairement en Allemagne ou commercent avec l'occupant. La dernière forme de la collaboration consiste en des liens amicaux ou intimes avec des soldats de la Wehrmacht (28% des collaborateurs identifiés).

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Soldat allemand en compagnie d'une jeune saint-loise.(ill. J. Halais).

Adhérez au Parti populaire français, affiche.(coll. part.).

Affiche invitant les ouvriers à se renseignerauprès d’un bureau de placement allemand.(coll. part.).

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Résistance & répression 1/2

Le 25 juin 1940, quatre jeunes saint-lois, André Géroult, Jacques Villemer, André Lominé et Lucien Joigne, membres de la même équipe de football, rejoignent Granville où un pêcheur accepte de les transporter jusqu’à Jersey. De là, ils gagnent l’Angleterre. Entre juin 1940 et le printemps 1944, sept autres Saint-Lois tentent de rejoindre De Gaulle, quatre réussissent l’entreprise. Au moins 178 Saint-Lois s’engagent, par ailleurs, dans la Résistance intérieure. Majoritairement jeunes – les moins de 40 ans représentant 54% de l’effectif –, ils sont fonctionnaires (47%), employés (18%) ou ouvriers (12%) et viennent de divers horizons politiques.Ces résistants appartiennent à plusieurs organisations, très imbriquées. Ils pratiquent majoritairement la collecte de renseignements. En effet, la concentration de l’administration allemande et la présence d’un état-major, à partir de 1942, favorisent les activités d'espionnage plutôt que l'action armée ou le sabotage. En outre, les fonctionnaires, les cheminots et les postiers, fréquemment en contact avec les services allemands, disposant de laisser-passer pour circuler, sont bien placés pour les observer. Vingt-quatre résistants saint-lois (13 %) sont victimes de la répression : sept sont déportés et six exécutés, dont les cinq postiers du maquis de Beaucoudray.

Portraits de résistants

Louis Gablin relate les violences perpétrées, en 1944, sur André Groult, responsable de l’OCM, arrêté peu de temps auparavant par les Allemands : "La première fois que j’ai vu Groult […] je lui ai demandé s’il avait été maltraité dans la prison. Il m’a répondu affirmativement, me disant que son tortionnaire avait été Dufour […]. Il me précisa qu’à trois reprises, ce policier allemand l’avait interrogé, et qu’à chaque fois, il lui avait posé des questions ayant trait à l’organisation de son réseau de résistance, et aux noms de ses chefs. Devant son mutisme, Dufour avait donné l’ordre à deux policiers qu’il avait sous ses ordres, de frapper. C’était Dufour qui donnait le signal, armé d’une matraque, et qui en portait d’ailleurs quelques coups de temps à autre. […] D’après ce que m’a dit Dufour, les policiers l’avaient frappé, au cours des trois interrogatoires, jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Groult m’a précisé qu’il avait reçu des coups de poing, de pieds et de matraque, sur tout le corps. À la fin de la séance, Groult était transporté inerte dans un cachot." (AD50, commissariat de Saint-Lô, 1942 W 21/382-1, déposition de L. Gablin, 4 avr. 1950.)René Horel confirme les propos de son camarade : "J’ai été arrêté par les Allemands, à titre d’otage, le 5 février 1944. Le 3 mars 1944, […] j’ai vu, dans le vestibule, derrière la porte d’entrée de la prison, le sieur Dufour ainsi que trois soldats, qui frappaient sauvagement André Groult. […] Il était débout et il avait des menottes aux mains. Dufour le frappait à coups de poing à la face, tandis que les trois soldats le repoussaient vers Dufour lorsqu’il essayait de se dérober. […] Groult a pu me dire au passage : “La vache ! qu’est-ce qu’il vient de me mettre”. Je précise que Groult avait la figure et les mains ensanglantées, et qu’il semblait sur le point de défaillir. Il avait le corps courbé en avant, et semblait ne pas pouvoir se redresser. Le soir même, j’ai interpellé un gardien de prison que nous connaissions sous le nom de “Jacques”, et je lui ai demandé pourquoi Groult avait été frappé. Il m’a répondu : - Très mauvais français, Front national [il fait ici référence au mouvement de résistance], bientôt Kaput." (AD50, commissariat de Saint-Lô, 1942 W 21/382-1, déposition de R. Horel, 4 avr. 1950).Jeanne Frigoults’engage dans le réseau Famille-Intérallié en 1941. Mais, en novembre, elle est arrêtée puis déportée à Ravensbrück. Le 17 juillet 1945, tout juste rapatriée d’Allemagne, Jeanne Frigoult raconte "sa vie au camp de Ravensbrück" : "Le lever se faisait à 3 heures 30, l’appel commence à 4 heures 10 pour se terminer deux ou trois heures plus tard. Nous étions astreintes à un travail de treize heures avec interruption de quelques minutes pour prendre les repas. Ceux-ci se composaient d’un café le matin, d’une soupe claire le midi et d’une boule de pain pour cinq le soir. Je fus embauchée dans l’usine d’appareils radiophoniques Siemens ou je travaillais soit le jour, soit de nuit. Je faisais partie du bloc de “NNˮ [Nacht und Nebel] qui signifiait “nuit et brouillardˮ et était appelé à disparaître" (AD50, cabinet du préfet, 1310 W 115, témoignage de J. Frigoult, 17 juill. 1945).

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L'appel du 18 juin 1940.(coll. part.).

Vos compatriotes en pays occupé frappent aussi !,affiche anglo-saxonne.(coll. part. ).

Extrait d’un rapport rédigé par les cheminots de Saint-Lôau sujet d’une action de sabotage, [1945].(Arch. nat., 72 AJ 67/3).

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Suite

Les victimes saint-loisesde la répression

Les Juifssaint-lois et la répression allemande

Centre d'exécution

Février 1944,l'attentat de la rue des Noyers

Résistance & répression 2/2

Centre de détention

La ville est aussi le centre des exécutions du département. Marcel Leclerc, en 1961, recensait 22 exécutionsperpétrées aux alentours de la ville sur un total de 86 pour le département (27%). D’après les dossiers des renseignements généraux (AD50, 1580 W), au moins 29 hommes auraient été fusillés à Saint-Lô ou dans les communes environnantes, entre le 17 juin 1940 et le 6 juin 1944.Le Matin, 11 novembre 1942En septembre 1943, Mme Flattet se fait l’écho des circonstances particulièrement macabres dans lesquelles se serait déroulée une exécution : "Sur la route de Baudre, au carrefour des Cinq Chemins […], il y avait dix hommes les bras liés. Les Allemands commencèrent par les frapper vigoureusement. Les malheureux se tordaient de douleur et criaient […]. Enfin, on les fusilla" (AD50, 1 Mi 24, journal de L. Flattet, 11 sept. 1943). Les corps sont ensuite enterrés dans les campagnes environnantes. Au petit matin, le maire est convoqué sur le lieu de l’enterrement clandestin avec un ou plusieurs employés communaux, sans être avertis de l’identité du défunt (AD50, fonds M. Leclerc, 129 J 13, enquête communale de Baudre, 1969). Par exemple, le 31 décembre 1942, « deux cercueils ont été apportés dans le cimetière de Rampan en présence de René Gosset, garde champêtre et René Amilcar, maire de la commune ». Le fait se reproduit le 2 janvier 1943 (Archives de la commune de Rampan, registre de l’état civil). Le 11 mai 1944, le corps de Jean Turmeau est inhumé, en secret, à La Barre-de-Semilly (AD50, direction des RG, 1580 W 16/2671).

Un peu moins d’une centaine de Saint-Lois ont été victimes de la répression. Il s’agit principalement de jeunes individus, entre 15 et 39 ans. Les actes de désobéissance, c’est-à-dire la détention d’armes, l’écoute de la BBC, le refus de coopérer avec l’administration occupante, de se soumettre au STO, les propos anti-allemands, les vols à l’armée allemande, sont à l’origine d’un tiers des arrestations (33 %). Viennent ensuite les actes de résistance proprement dit (31 %), les délits de droit commun et les infractions économiques (12 %), suivis par les arrestations pour opinions politiques (2,5 %) ou pour motifs raciaux (2,5 %). Six Saint-Lois sont exécutés : Étienne Bobo, Auguste Lerable, Raymond Robin, René Crouzeau et Jean Samson, fusillés à Beaucoudray en juin 1944, et Louis Rachinel, exécuté le 31 mai 1944 à Montpellier. Dix-sept autres sont déportés vers le Reich, huit y décèdent.Dessin figurant sur l'en-tête d'un courrier de l'association nationale des déportés et internés de France, s.d. (coll. part.).Il faut, enfin, distinguer les arrestations d’otages (19 %). L’agression d’une sentinelle allemande, rue des Noyers, le 23 janvier 1944, entraîne la plus importante mesure de répression collective. La police allemande ordonne l’arrestation de 12 otages.

Recensés par Vichy, victimes d’une législation française antisémite, les juifs saint-lois sont également arrêtés par les Allemands. Le 23 juin 1941, Aaron Racovitch est appréhendé à Saint-Lô alors qu’il séjourne chez sa sœur, Berthe Pipkis. On sait par ailleurs qu’« Aron Rachewitz [sic] », né en 1901 en Ukraine à Nikolaïeff, est interné à Compiègne, puis déporté à Auschwitz, le 11 septembre 1942, où il décède à une date inconnue. Fin 1942, Berthe cache sa fille, Marcelle, à la campagne. Il est vrai que la famille a déjà été durement touchée puisque, outre l’arrestation de son frère, le commerce de son mari, Jules, alors prisonnier en Allemagne, a été saisi. Avec l’aide de Mariette Rabecq, la petite fille est cachée à La Meauffe, chez les Hélaine. Début 1943, la mère rejoint son enfant dans la clandestinité. Elles sont accueillies à Carantilly, chez un couple d’agriculteurs, Ferdinand et Angelina Huault, puis, au printemps 1943, à Cametours, chez Suzanne Lerouxel. Après le débarquement, elles se réfugient dans l’Indre puis rentrent à Saint-Lô où Jules les rejoint. En 1945, Berthe déplore la perte de son frère mais aussi de sa sœur Maria et de leur mère qui étaient domiciliées à Nantes.Avis de recherche émis par la préfecture de la Manche pour retrouver Berthe et Marcelle Pipkis, 26 janvier 1943 (AD50, 117 W 83).Deux autres Saint-Lois, "juifs d’origine étrangère", sont victimes de la ralfe menée par la Sicherheitspolizei, les 22 et 23 octobre 1943. Osnas Rolley, née Nadelman en 1907 à Varsovie (Pologne), a été naturalisée française en 1927. En mars 1933, elle a épousé Étienne Rolley, professeur au collège de Saint-Lô. En décembre 1940, Osnas perd son emploi de professeur à l’école primaire supérieure, probablement en raison de ses origines. Arrêtée le 22 octobre 1943, elle est libérée après quelques heures de détention grâce à l’intervention du préfet. Quelques mois plus tard, le 5 février 1944, son mari est à son tour appréhendé "dans sa classe", comme otage après l’agression de la sentinelle, rue des Noyers. Interné à la prison de la ville, il est libéré avec les autres otages le matin du 6 juin.Né en 1903 à Erdine en Turquie, Michon Hadines’est marié en janvier 1939 avec Albertine Becquet. Le couple est domicilié rue de la Roquette à Saint-Lô. Il est arrêté le 23 octobre et transféré à Drancy le 29 octobre 1943. Déporté le 20 janvier 1944 par le convoi n° 66, il meurt à Auschwitz, en février 1944.

L’agression d’une sentinelle allemande, rue des Noyers, le 23 janvier 1944, entraîne la plus importante mesure de répression collective.Les sanctions prises contre les Saint-Lois après "l'attentat" de la rue des Noyers, Le Messager de la Manche, 4 février 1944.Deux individus auraient frappé un soldat allemand "à la tête avec un instrument contondant". Le journal Le Matin, du 8 février 1944, annonce l’arrestation à Compiègne des deux auteurs. Mais surtout, le « service de sureté (SD) de Rouen » ordonne plusieurs sanctions collectives. Tous les postes de TSF de la ville sont confisqués, les lieux publics sont fermés à partir de minuit, les restaurants à partir de 19 heures 30, les représentations publiques et sportives sont suspendues et le couvre-feu est avancé à 20 heures. La police allemande décide l’arrestation de 12 otages saint-lois :Michel Botrel, contrôleur PTT,Robert Camy, employés dans les services de la main-d’œuvre,Léon Doublet, couvreur,Joseph Du Parc, avoué,René Horel, débitant à Agneaux,René Huck, marchand de poissons,Jean Marie, inspecteur aux contributions directes,Roger Lebatteur, coiffeur,Jacques Pinaud, fonctionnaire,Étienne Rolley, professeur au collège municipal,Maurice Tourgis, cimentier,René Toulorge, manœuvre.

L’installation d’un tribunal militaire allemand est annoncée par les journaux saint-lois début juillet 1940. Cette juridiction juge toutes les affaires de désobéissance : propos anti-allemands, vols de biens appartenant à la Wehrmacht, détentions d’armes et actes de Résistance. Au début de l’Occupation, les arrestations sont le fait de la Geheime Feldpolizei(police secrète de l’armée) et de la Feldgendarmerie. Puis, une antenne de la Sipo-SD est installée à Saint-Lô, à l’automne 1943.L'annonce de l'exécution de Jean Turmeau, résistant FTP,L'Ouest-Eclair, 27 mai 1944.A partir de novembre 1940, la maison d’arrêt devient l’un des deux principaux centres de détention du département. Sur 1164 Manchois internés (Boivin M., Les Manchois dans la tourmente…, t. 4, p. 79), 308 le sont au chef-lieu (26,5%) qui se classe ainsi derrière Cherbourg (43 %), mais devant Avranches (17,5 %) et Coutances (8 %).

Un quotidien difficile 1/2

Saint-Lô, rue du Neufbourg, avant-guerre (coll. part.)

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La baisse des productions agricoles ou industrielles mais aussi des importations, la multiplication des impositions allemandes et le manque de main-d’œuvre expliquent la rareté des produits alimentaires, des biens de consommation et des moyens de chauffage. Pour combattre la pénurie et l’inflation, le rationnement et le blocage des prix sont donc instaurés. En mars 1943, le préfet note que "les fonctionnaires" – nombreux à Saint-Lô –, mais aussi "[les] petits rentiers et [les] ouvriers se plaignent [...] du coût de la vie". En effet, "à côté d’une partie importante de la population qui travaille avec des salaires élevés, soit directement, soit indirectement pour les armées d’occupation, il existe une catégorie de plus en plus nombreuse […] dont les revenus s’amenuisent chaque jour alors que la vie augmente sans cesse".Ce quotidien difficile perturbe une société qui subit, par ailleurs, une forte occupation militaire, et dont de nombreux membres sont prisonniers ou requis. En 1943, le préfet confirme que la "moralité publique [s’en] ressent" : "beaucoup d’individus, à côté de leur activité officielle, se trouvent dans l’obligation d’avoir une occupation clandestine s’ils veulent nourrir leur famille. Le nombre de délits de droit commun s’accroît constamment ; seule, une masse importante reste profondément honnête, souffre, mais s’aigrit."

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Marché noir, crime contre l'humanité, affiche.(coll. part.).

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Un quotidien difficile 2/2

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Défense passive et danger aérien

Dès juillet 1940, le maire rappelle aux habitants "que les prescriptions concernant les mesures de défense passive doivent toujours être rigoureusement observées". Cependant, tout au long de l’Occupation, les consignes et les équipements ne sont pas respectés. Pourtant, le danger aérien est réel puisque Saint-Lô connaît plusieurs attaques. Par exemple, le 13 août 1940, une bombe de la Royal Air Force tombe rue de la Marne. Le 26 mars 1943, six bombes sont lâchées sur l’usine électrique d’Agneaux.Mais l’activité aérienne est plus importante en 1944. De janvier à mai, Jean Pen, élève au collège Leverrier, relève dans son journal intime (AD50, 7J402), 182 alertes, soit une moyenne de 36 alertes par mois, un peu plus d’une alerte par jour.

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Dans La bataille 1/3

L'exode

Aux alentours de la Saint-Lô, des réfugiées évacuées de la ville.(NARA).La première vague d’exode intervient dans la nuit du 6 au 7 juin. Plusieurs familles ont choisi de rejoindre les communes environnantes afin de se mettre à l’abri. D’autres gagnent les sous-sols et les abris dont le souterrain allemand, creusé sous les remparts depuis 1943. Dans un premier temps, les Saint-Lois demeurent à proximité de la ville et se regroupent dans les hameaux alentours. Mais, le 7 juillet, les Allemands ordonnent l’évacuation des populations situées en dessus d’une ligne allant de Sainte-Suzanne-sur-Vire à Saint-Gilles. Les civils sont invités à suivre trois itinéraires. Mis en place par la préfecture, ils conduisent vers l’Ille-et-Vilaine et la Mayenne.

Le 6 juin 1944, au matin, les Saint-Lois se réveillent après une nuit agitée en raison de l'activité aérienne. À 10 h, quatre bombes sont lâchées sur la centrale électrique d’Agneaux. À 13 h 30, la BBC demande aux habitants d’évacuer la ville. Vers 16 h, des Mustangs mitraillent la gare. Des tracts sont aussi largués mais ils s’égarent dans les communes environnantes.Peu après 20 h, une formation américaine bombarde le centre de la ville qui compte plusieurs bâtiments détruits. Douze détenus meurent dans l’effondrement de la prison. A minuit et demi, un nouveau largage est mené par des bombardiers britanniques. Puis, trois autres vagues se succèdent. D’autres bombardements ou mitraillages interviennent dans les jours qui suivent. Le 8 juillet, le préfet estime que Saint-Lô aurait été détruite à 95%. On a pu parler de 3000 personnes décédées lors des bombardements de la ville. Un rapport des années 50, sur les villes sinistrées de la Manche, fait état de 900 à 1200 morts. Dans son ouvrage Quand Saint-Lô voulait revivre (1967), Auguste-Louis Lefrançois, avançait le chiffre de 397 victimes. Une édition de La Manche Libre, de juin 1984, annonçait, quant à elle, 1270 victimes, dont 397 corps retrouvés. Mais, grâce aux enquêtes réalisées par l'université de Caen dans les années 90, c’est un chiffre de 352 victimes qu’il faut retenir.

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Vue des ruines de Saint-Lô, [juillet 1944].(NARA).

Vue des ruines de Saint-Lô, janvier 1945.(NARA).

Les ruines du bureau de poste.(NARA).

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Dans La bataille 2/3

Entre le 6 et le 16 juin, les troupes américaines, dont l’objectif principal est Cherbourg, ne progressent que de 29 km en direction de Saint-Lô. Le 17 juin, elles atteignent Le Mesnil-Rouxelin au nord-est, où le front se stabilise. En effet, une zone de résistance se précise aux alentours de la ville. Ne réussissant pas à percer à l’ouest de la Vire, les Américains envisagent d’enlever les collines alentours, à l’est et au nord-est. La conquête de Saint-Lô est confiée à la 2e DI (Ve corps d’armée), placée à l’est et au XIXe corps dont les 29e, 35e et 30e DI sont disposées d’est en ouest le long des routes de Bayeux, d’Isigny et de Périers. En face, les Allemands opposent principalement la 352e DI.Le 16 juillet, les Américains contrôlent enfin les reliefs et atteignent les faubourgs. Le 18 juillet la ville est libérée mais une semaine leur est encore nécessaire pour la contrôler totalement.

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Carte du front, 11 juin-22 juillet 1944.XIXe corps d'armée US (Library of Congress).

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Dans La bataille 3/3

Les troupes américainesà l'entrée de Saint-Lôau carrefour de la Bascule, 18 juillet 1944

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"Capitale des ruines"

Saint-Lô, rue du Neufbourg, avant-guerre (coll. part.)

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Dès août 1944, les sinistrés rentrent chez eux et retrouvent leur habitation en ruine, parfois pillée par les troupes allemandes ou américaines. Une lettre du maire au préfet, datée du 13 juillet 1945, fait état de 10350 Saint-Lois totalement sinistrés, soit 24% de la population de 1936. De graves problèmes de ravitaillement subsistent et les engins explosifs prolifèrent. À partir de l’automne 1944, des règlements de comptes ont lieu envers d’anciens collaborateurs, supposés ou avérés. Ils font place à une épuration administrative et judiciaire. Le comité de confiscation des profits illicites traite les dossiers de 80 Saint-Lois et d’une dizaine de sociétés. D’anciens collaborateurs sont condamnés à la dégradation nationale (76%), peine souvent accompagnée d’une interdiction de séjour (44%) ou de prison (41%), plus rarement de travaux forcés (11,5%), de confiscation des biens (7%) ou d’amendes (2%). Au total, 210 hommes et femmes sont inquiétés, mais seulement 52 Saint-Lois (24%) ont été condamnés par la chambre civique ou la cour de justice.Néanmoins, malgré toutes ces difficultés, le 17 octobre 1944, la ville fête sa libération. La population est conviée à "manifester avec ferveur sa volonté de voir revivre la cité préfectorale". Le 10 juin 1945, une foule nombreuse acclame le général De Gaulle en visite officielle à Saint-Lô.

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La foule saint-loise à l'occasion de la visitedu général De Gaulle.10 juin 1945, photographie de presse.(coll. part.).

Le général De Gaulle et le cortège devant l'ancienne préfecture.10 juin 1945 (Arch. nat., F7/16966).

Affiche de la Libération, [1945](coll. part.).

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Crédits

Ce web-documentaire est l'adaptation d'un mémoire de maîtrise soutenu à l'université de Caen et d'un ouvrage paru aux éditions Orep en 2019 : Saint-Lô 39|45. Une ville normande dans la seconde guerre mondiale. Tous les trois sont le fruit de nombreuses recherches menées aux Archives nationales, au Service historique de la Défense (Vincennes), aux Archives départementales de la Manche, du Calvados et de la Seine-Maritime mais aussi dans les fonds numérisés des Archives nationales américaines, britanniques et allemandes.Un grand merci à toutes les personnes, professeurs, proches, amis et collègues, historiens et archivistes qui m'ont apporté leur aide et soutenu dans ce travail.

Jérémie Halais,- LaContempo.fr - 2021