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Entretien avec l'équipe enseignante en charge de l'enseignement de l'éloquence au collège Combe de Savoie à Albertville(73). Zoom réalisé par Laïla Methnani, CMAI -professeure de Lettres, Académie de Grenoble, 2021

Transcript

Zoom sur

Entretien avec Caroline Moriceau et Valérie Carret-Olivier , professeures de Lettres , Fanny Cueille, professeure d'espagnol et Irène Bertolino, professeure d'italien. L'équipe porteuse du projet" Classe éloquence"au collège Combe de Savoie d'Albertville.

Collège Combe de Savoie, Albertville

Comment avez-vous mis en place cet enseignement ?

L’enseignement de l’éloquence en classe de 3ème au collège Combe de Savoie représente une heure hebdomadaire. La classe est encadrée par deux enseignantes qui pratiquent le co-enseignement tout en gardant la possibilité de diviser la classe en deux groupes afin d’avoir un enseignement plus efficace (chaque élève a ainsi un temps privilégié à l’oral en groupe et/ou en solo). Les enseignantes ont à leur disposition une grande salle avec un espace scénique notable et une deuxième salle mitoyenne pour les travaux en demi-groupe.

Qui travaille avec qui ?

A la Combe de Savoie, l'éloquence est interdisciplinaire et s'adapte aux besoins de nos élèves. Le collège REP accueille des publics très hétérogènes. Caroline Moriceau (Lettres) et Fanny Cueille (Espagnol) travaillent avec une classe très timide pour qui l'aisance à l'oral constitue un frein à lever. Valérie Carret-Olivier (Lettres) et Irène Bertolino (Italien) accompagnent une classe EMILE de bon niveau.

4 enseignantes, 2 classes avec des profils très différents et une volonté d'adapter les propositions pédagogiques au plus près des besoins des élèves

Fanny Cueille et Caroline Moriceau reviennent sur leurs premiers mois de travail. avec leur classe.

La rencontre avec la classe, choisie au hasard, se déroule dès le lundi matin en cours d'éloquence. Le groupe d'une vingtaine d'élèves est composé d'élèves timides et en difficulté scolaire. Nous avons été ravies par cette rencontre car un de nos objectifs avec ce projet "éloquence" est de donner une visibilité et de valoriser le travail de nos élèves. Il s'agit de développer confiance et estime de soi, chacun à son rythme. Vu la timidité de nos élèves, nous avons fait peu d'improvisation théâtrale dans les premiers temps, notre travail s'est porté sur la découverte des pouvoirs de la parole, sur le travail de l'élocution et sur l'intonation. Notre attention s'est focalisée sur la cohésion du groupe et le travail d'écoute : il s'agisait de construire un climat de classe bienveillant propice à la confiance.

Caroline, Fanny : vous notez le frein de la timidité ? Comment avez-vous procédé pour aider les élèves à dépasser cette difficulté ?

La confiance installée, les élèves ont pu préparer une lecture publique scénarisée. Leur choix s'est porté sur un texte sur l'espoir. Une élève a présenté le projet puis ils se sont lancés en mêlant improvisation et lecture expressive. Les élèves, unifiés selon un dress code partagé, en cercle, devaient prendre un rythme commun : une fois pris, 2 ou 3 élèves lisaient le même texte, en lecture chorale. Cette première expérience en public a nécessité une prise de risque conséquente : le succès de leur prestation les a rendus très fiers d'eux. Ils ont été félicités par les applaudissements et les retours du public. Cette expérience a permis de renforcer l'estime de chacun tout en renforçant le collectif dans la classe.

Et pour la suite de l'année ? Qu'envisagez-vous avec la classe ?

Nous avions envisagé le théâtre à texte puis nous avons choisi de poursuivre sur le travail d’improvisation. Il s'agit toujours de développer des compétences d'écoute active et d'art de la repartie. C'est aussi une approche de l'éloquence qui laisse place à une spontanéité, une immédiateté intéressante pour des élèves timides. Entre mars et avril, nous allons mener un projet interdisciplinaire (EMC / Espagnol/ français) sur les plaidoyers pour les femmes. Nous nous saisissons de la date du 8 mars, la journée pour les droits de la femme, pour engager un travail sur des discours écrits et vidéos avec pour objectif l' écriture d’un plaidoyer par groupes qui sera interprété en public le 6 avril.

Déroulé du projet, textes et grille d'auto-évaluation à retouver sur le site des Lettres de Grenoble.

Une évaluationformative à retrouver sur le site des Lettres.

Valérie Carret-Olivier et Irène Bertolino travaillent avec une classe EMILE. Quels choix avez-vous réalisé pour enseigner l'éloquenceavec cette classe ?

Nous intervenons dans une classe EMILE DNL Anglais : les élèves se connaissent depuis tout petit. Cette cohorte s'entend bien et travaille dans un climat serein et propice aux apprentissages. Nous avons commencé par inviter les élèves à se présenter à l'aide d'un objet ou d'une image. Nous voulions faire prendre conscience aux élèves de ce que c'est que parler : la voix, la posture corporelle, le non-verbal. Ensuite, nous les avons invités à choisir un incipit romanesque qu'ils ont mis en voix . Ce travail a précèdé une prise de parole plus construite. Après la lecture de Des Souris et des hommes de Steinbeck, les élèves ont organisé le procès de Georges. Chacun a pris place au tribunal : Georges, le procureur, les témoins. Ce projet a permis de travailler les compétences rédactionnelles et argumentatives des élèves. Il a aussi permis d'endosser le rôle de en travaillant sur la capacité à convaincre à l'oral. Dans leur parcours citoyen, ce travail sur les rouages d'un procès vient compléter la visite du tribunal d'Albertville.

Nous allons demander aux élèves de la classe EMILE de présenter un pays d’Europe au choix . Nous profiterons de cette période pour travailler les apports de l' éloquence dans le cadre de la préparation d’un support de l’oral tourné vers l’oral DNB. Les élèves vont pouvoir mesurer et prendre conscience, si besoin, de l'intérêt d'un contenu préparé dans le cadre de l'examen.

Et pour la fin de l'année, qu'envisagez-vous avec la classe ?

Réunis en brigade d'intervention poétique, les élèves sont allés réciter le texte Invictus de Henley auprès d’adultes et d’autres élèves du collège. Ils étaient réellement engagés. Tous. Pour l’oral du DNB, nous proposons un projet sur le Street Art: les professeurs présentent une oeuvre et les élèves expliquent en quoi cette œuvre les a touchés. Ce travail porte sur le vocabulaire des émotions et vise à mettre chaque élève en capacité de les exprimer à l'oral. Ensuite, nous travaillerons sur des discours de personnalités engagés pour les droits de l'Homme et pour la défense de la planète. Nous avons pour objectif de mettre les élèves en situation d'évaluation en tant que jurys.

D'autres pistes explorées ? A découvrir ?

Question adressée à toutes : qu’est-ce que l’éloquence apporte à l’apprentissage de l’oral?

Cet enseignement offre un espace de réflexion sur la parole: il s'agit pour les élèves de prendre conscience des différentes compétences qui se nichent dans l’oral. Quelles compétences sont à l'oeuvre quand l'élève est en situation d'auditeur ? Quand il est en situation d'orateur ? L'éloquence devient un tremplin pour développer la confiance en soi et l'estime de soi. Nous avons en tête un élève qui a craqué à l'oral, qui a perdu ses moyens puis qui a remonté la pente pour aller au bout d'un projet.

Vous travaillez de façon différenciée, selon les besoins de vos élèves : comment construisez - vous une évaluation formative de l’oral?

Les élèves mesurent les progrès accomplis. Valérie: "Je donne une fiche bilan diagnostique en début d’année qui porte sur la voix, le corps, la posture et le regard. Cette auto-évaluation sert de baromètre pour la suite du travail. Ainsi, les élèves savent leurs faiblesses et peuvent mesurer les points à travailler. "Caroline : "Je mets en place des temps d'échanges, de retours réflexifs sur les activités réalisées. Le regard des autres élèves permet une rétro-action pertinente qui aide les élèves à progresser. "

Est-ce que vous constatez des effets sur l'enrichissement culturel des élèves, sur l'acquisition de vocabulaire?

L'enseignement de l'éloquence constitue un vecteur pour l'acquisition du stock lexical ou pour la compréhension des textes abordés. Ils osent demander :" Comment on dit ça? "Cette attitude vertueuse nourrit l'envie des autres de maitriser le vocabulaire.

Quelles compétences transversales et disciplinaires travaillez-vous ?Comment les langues s'y retrouvent-elles dans l’éloquence?

Le niveau des élèves en français étant fragile; nous (Fanny et Irène) avons adapté nos grilles d’évaluations en langue et nous avons mis en place beaucoup d’auto-évaluation . Notre co-enseignement nous amène à modifier la vision de l’apprentissage de l' interaction orale en LV . Nous avions aussi choisi de proposer des textes en LV lus par les professeurs. Nous voulions faire entendre l'éloquence dans la langue que ce soit en espagnol ou en italien. Les variations en matière de rythme, d'intonation et d'accentuation sont intéressantes à exploiter avec les élèves.

Qu’est-ce que cet enseignement vous apporte à vous?L' absence de programme : est-ce un Frein ? Un levier?

La liberté du programme est sans conteste un levier qui permet de tisser des liens privilégiés avec les élèves et avec les collègues grâce au choix du co-enseignement. Depuis la lecture publique de décembre 2020 , la mise en projet a créé un lien différent.

Pour Caroline, cet enseignement permet de mettre en place son expertise théâtrale sur la formation de l'acteur. Vous retrouverez quelques conseils bibliographiques dans l'article sur le site des lettres.

Merci pour ce partage d'expérimentionsVous pouvez retrouverLes ressources proposées par les enseignantes du CLG Combe de savoie, albertvillesur le site des lettres de L'académie de Grenoble.