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"Sans parler des fugues ou des disparitions volontaires, au moins quarante mille Colombiens s’étaient volatilisés sans laisser de traces durant la guerre civile, jetés dans les fleuves, enterrés, coulés dans du béton, brûlés dans des fours ou dissous dans l’acide."

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PAZ

Caryl Férey

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Avec plus de 500 pages, Caryl Ferey promène son lecteur à travers toute la Colombie, de la ville à la jungle du Narino, de Bogotá à Carthagène en passant par Medellín. Il reconstitue à la perfection les paysages et les ambiances, le trait est juste, le vocabulaire précis et incisif. Comme un peintre, il dresse sous nos yeux dans une fresque remarquable le tableau de ce pays contrasté.Mais il ne s’agit pas d’une promenade touristique et esthétique. La beauté de certains lieux côtoie l’horreur et la laideur de la nature défigurée et de la misère insoutenable. Nous accompagnons les personnages dans des lieux dangereux, épouvantables, que ce soit en ville ou dans les montagnes perdues où sévissent coupeurs de coca et sicarios achetés par les cartels, ou encore la jungle où traînent des guérilleros réfractaires qui refusent la paix.De plus, l’auteur de façon habile et très maîtrisée nous restitue peu à peu, en la mêlant au récit, l’histoire de la Colombie. Il explique l’horreur dès les années cinquante de la Violencia, la naissance des FARC et des milices paramilitaires, la guerre civile d’une sauvagerie inimaginable. Enfin, il parle du travail sur la réconciliation nationale et la réinsertion des guérilleros des FARC.Justement, dans ce contexte un peu trouble de paix fragile, le côté thriller du récit entre en scène avec la découverte à Bogotá même et dans tout le pays de cadavres atrocement mutilés, aux membres découpés et éparpillés : qui a intérêt à réveiller la terreur, qui organise ces boucheries ? C’est le problème à régler au plus vite. Et nous allons vivre les péripéties en cascade avec toute une galerie de personnages plus ou moins sympathiques dont les destins vont se croiser : au plus haut de la hiérarchie, Saul Bagader, ex-conseiller du président Uribe, devenu procureur général, qui a supervisé aussi le plan « réconciliation nationale », un homme dur et sans état d’âme. Sous ses ordres, son fils aîné, Lautaro, ex-chef des Forces spéciales qui a combattu impitoyablement les FARC, maintenant chef de la police criminelle, solitaire sans beaucoup d’empathie pour l’espèce humaine et bras droit infaillible de son père. Et dans cette famille de grands bourgeois apparaît Angel, le fils cadet qui a basculé dans l’autre camp, celui de la guérilla et qui l’a payé très cher à la fin du conflit. Lui aussi a dû se soumettre à la volonté du père et végéter sous une fausse identité près de Carthagène, au début du roman. Car rapidement les lignes vont bouger.

Paz, un grand roman qui, en plus de ses aspects documentaires et historiques, développe une analyse fine de la psychologie humaine, une vision noire de la Colombie contemporaine et de l’espèce humaine avec toutefois une petite lueur d’espoir finale. On ne sort pas indemne de ce livre au souffle puissant.

Un vieux requin de la politique, Saul Bagader qui oeuvre pour la Paix, Angel Bagader, combattant des FARC qui a déposé les armes, Lautaro, ancien officier des forces spéciales désormais chef de la police de Bogota.Un père, deux fils, une tragédie familiale sur fond de guérilla colombienne.

Caryl Férey est un écrivain et un scénariste français. Il a grandi en Bretagne après que sa famille se fut installée à Montfort-sur-Meu près de Rennes en 1974. Grand voyageur, il a parcouru l’Europe à moto, puis a fait un tour du monde à 20 ans. Il a notamment travaillé pour le Guide du Routard. En 1994 paraît chez Balle d’Argent son premier roman « Avec un ange sur les yeux ». Il sort la même année son premier polar, « Delicta Mortalia : péché mortel », puis quatre ans plus tard le très remarqué « Haka » (1998). « Mapuche » (Série noire, 2012) obtient le Prix Landerneau Polar 2012 ainsi que le Prix Ténébris en 2013.