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découvrez en détail la musique du ballet Les Forains, d'Henri Sauguet (1945)

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HENRI SAUGUET

LES FORAINS

« J’ai mis dans ma musique mon vieux goût des fêtes foraines, des représentations nomades et toute ma compassion des artistes errants, qui portent le rêve et la fantaisie, sous des oripeaux ternis et fanés mais dans lesquels survivent l’or et le pourpre. »

Guide d'écoute

à propos de ce ballet

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à propos de ce ballet en un acte

Ce projet est à l'initiative de Roland Petit qui imagine les chorégraphies qui seront exécutées par sa propre compagnie de danse, avec notamment la danseuse-étoile Nina Vyroubova. Petit confie l'argument du ballet à son ami Boris Kochno. La musique est composée par Henri Sauguet (portrait ci-contre) en janvier 1945. La première représentation le 2 mars 1945 au Théâtre des Champs-Elysées connaît un franc succès. Les décors et costumes sont conçus par Christian Bérard. En raison d’un budget limité, le ballet a été pensé de manière minimaliste : 6 danseurs dont Roland Petit, quelques figurants et un décor réduit au strict nécessaire. Bérard s’inspire des tableaux de jeunesse de Picasso et joue sur le dépouillement : les danseurs évoluent sur une scène vide devant le rideau de toile rouge flamboyant du théâtre, des figurants passent devant eux en bord de scène, s’intéressent à eux ou les ignorent. Une charrette à bras et des accessoires de cirque viennent compléter cette vision volontairement misérable.

maquette du décor des Forains, imaginée par Christian Bérard(1902-1949), peintre, illustrateur, scénographe, créateur de décors et de costumes.

Roland Petit, né le 13 janvier 1924 et mort le 10 juillet 2011 à Genève, est un chorégraphe et danseur français.Aîné de la famille, Roland Petit est le fils de Rose Repetto, créatrice de la marque de chaussons de danse et d'Edmond Petit. Il se forme à l'école de ballet de l'Opéra de Paris et entre dans le corps de ballet en 1940. Il fonde les Ballets des Champs-Élysées en 1945 et les Ballets de Paris en 1948, au Théâtre Marigny, avec Zizi Jeanmaire (qui deviendra son épouse en 1954) comme danseuse étoile.Il collabore avec Serge Gainsbourg, Yves Saint Laurent et César et participe à plusieurs films français et américains, notamment en 1960 avec 1-2-3-4 ou les Collants noirsde Terence Young, dont il signe les chorégraphies. Ce film regroupe quatre ballets de Roland Petit (Carmen - La Croqueuse de diamants - Cyrano de Bergerac - Deuil en 24 heures).Il revient à l'Opéra de Paris en 1965 pour y monter Notre-Dame de Paris (musique de Maurice Jarre). Il règle encore des ballets pour les plus grands théâtres de France, d'Italie, d'Allemagne, de Grande-Bretagne, du Canada et de Cuba. En 1968, son ballet Turangalîlaprovoque une petite révolution au sein de l'Opéra de Paris.En 1972, avec la pièce Pink Floyd Ballet, il fonde le Ballet national de Marseille, qu'il dirigera pendant vingt-six ans.Auteur de plus de cinquante créations abordant tous les genres, il chorégraphie pour une pléiade de grands danseurs internationaux. Il refuse les effets techniques gratuits, ne cesse de renouveler son style et son langage et est passé maître dans l'art du pas de deux et du ballet narratif, mais il réussit aussi dans l'abstraction.Il collabore aussi avec les nouveaux réalistes tels que Martial Raysse, Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely.Le Jeune Homme et la Mort de 1946 (livret de Jean Cocteau) est considéré comme son chef-d'œuvre absolu et son travail le plus connu, la chorégraphie et les costumes étant d'une étonnante modernité.

Boris Kochno(né à Moscou en 1904- mort à Paris en 1990) est un écrivain et librettiste français d'origine russe. Il a travaillé notamment comme metteur en scène pour la Compagnie des Ballets Russes, installée à Paris dans les années 1910-1920.

Henri SauguetCompositeur français né à Bordeaux en 1901 – mort à Paris en 1989Henri Sauguet (de son vrai nom Henri Poupard) commence sa vie musicale comme organiste de l’église de Floirac (banlieue de Bordeaux).Il étudie la musique avec Joseph Canteloube à Montauban, puis, encouragé par Milhaud, il monte à Paris pour étudier avec Charles Koechlin. Proche de Satie pour qui il gardera toujours une profonde admiration, il fait partie de l'Ecole dite « d'Arcueil ». Son premier succès est un ballet, la Chatte (1927) dont la création est assurée par Diaghilev. On lui doit des concertos, des symphonies, de la musique de chambre, des mélodies, des opéras (le Plumet du colonel, la Chartreuse de Parme, les Caprices de Marianne...)et beaucoup de musiques de scène notamment issues de collaborations avec Louis Jouvet. N’hésitant pas à vivre pleinement son amour pour le théâtre, Sauguet monte volontiers sur les planches et n’hésite pas à se travestir. Il joue même le rôle de Satie (le Baron Méduse) dans le Piège de Méduse,théâtre musical d’Erik Satie et celui de Madame Pernelle dans Tartuffede Molière. Il écrira aussi de nombreuses musiques de film dès 1933. Son œuvre la plus célèbre reste le ballet les Forains qui fut créé en 1945 dans une chorégraphie de Roland Petit et des décors de Christian Bérard.

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> Prologue > Entrée des forains > Exercices > La parade > La représentation : Petite fille à la chaise / Visions d’art / Le clown / Les sœurs siamoises / Le prestidigitateur / Le prestidigitateur et la poupée /> Galop Final > Quête et départ des forainsDurée : 26 minutes environ

Guide d'écoute

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1- Prologue, tempo di marcia allegro

L’œuvre s’ouvre par une marche énergique qui va constituer le thème mélodique principal de ce ballet. On retrouvera ce thème à différents moments du spectacle, il en est le fil conducteur. Sauguet emploie volontairement un langage simple et efficace en reprenant à son compte l’idée de fanfare : les instruments à vent jouent à l’unisson soutenus par une percussion de défilé : alternance cymbale frappée / grosse caisse.

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2- Entrée des forains, mouvement de valse

Le thème principal en forme de valse est constitué d’une gamme descendante « en escaliers », jouée par les bois et les cordes. Les petites percussions (fouet, triangles) marquent les premiers temps. Ensuite le tambour, les cymbales frappées et les timbales viennent renforcer le rythme de valse. À nouveau, emploi d’un langage très simple : Sauguet appuie le côté répétitif et monotone de l’accompagnement qui semble s’enliser dans une rythmique à trois temps.

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3- Exercices, Quasi adagio

Ce mouvement débute par un grand tutti orchestral. Les bois aigus et les violons affirment un thème de caractère lyrique poignant tandis que les instruments graves (bassons, cuivres, pianos, violoncelles contrebasses) jouent un contrechant d’essence rythmique, basé sur des sauts d’octave. La carrure rythmique est irrégulière avec une alternance de mesures à 3 temps et à 2 temps. Les éléments thématiques ont un caractère instable et hésitant.

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4- La parade, tempo di marcia allegro

On retrouve ici les thèmes entendus dans le Prologue mais avec une orchestration différente.

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5- La représentation : a) La petite fille à la chaise, Allegro giusto

Sur fond de roulement de tambour, les bois aigus annoncent une mélodie enfantine au caractère naïf. On assiste ensuite à des acrobaties gracieuses tout en légèreté. Sauguet utilise pour cela une orchestration aérienne à base des pizzicati, de mélodies en notes courtes et aiguës et de glissades rapides de glockenspiel.

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5- La représentation : b) Visions d'Art, vif

Ce spectacle d’ombres chinoises s’ouvre par quelques mesures faites de trilles aigus de violons et d’appels de cor. La musique revêt alors un caractère pastoral. Commence alors une valse lente et légère donnée par le violon solo. Le relais est pris par le hautbois et les violons puis cette valse s’amplifie et circule à travers tous les pupitres de l’orchestre. Cascades de notes rapides aux instruments de la famille des bois.

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5- La représentation : c) Le clown, vif et brusque (de 14’36 à 15’46)

Début dramatique et puissant donné par un tutti orchestral et notamment des cuivres au son saturé auxquels s’ajoute des crissements de crécelle. Peut-être le clown entre-t-il par surprise, en criant, faisant ainsi peur aux enfants ? Ensuite le sourire revient, le numéro commence. Le clown sursaute, s’effondre grimace, sourit. Mouvement court et très rapide qui met en valeur une utilisation très riche des percussions : crécelle, fouet, grelots et xylophone.

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5- La représentation : d) Les soeurs siamoises, tempo di barcarola

Introduction très calme au climat tendre. Thème de barcarolle passant d’un instrument à l’autre. Jeu de questions / réponses et jeu sur différents plans de nuances. Contrastes forte / piano. Une illustration musicale de la dualité des sœurs.

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5- La représentation : e) Le prestidigitateur, vif

Le rythme énergique voire triomphal laisse à penser que le magicien est époustouflant et qu’il va exécuter des tours périlleux. Le motif musical qui le caractérise est basé sur la gamme montante et descendante de MI majeur en notes rapides.

Un second élément thématique marqué par le rythme des grelots apparaît aux cordes et aux cuivres. C’est un motif mélodique chromatique hésitant, comme des tentatives qui n’aboutissent pas. Les spectateurs semblent retenir leur souffle.

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5- La représentation : f) Le prestidigitateur et la poupée

L’introduction orchestrale est sombre et mystérieuse. La musique est ondulante avec un effet de crescendo-decrescendo des cordes en trémolo. Ensuite place à un pas de deux (une valse) qui nous charme par sa beauté. Montée en puissance pour aboutir au tableau suivant.

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6 - Galop final, Allegro vivo

Ainsi s’achève le spectacle ! Tous les artistes s’amusent et font un dernier tour de piste. Mouvement festif dans le style caractéristique d’une parade de cirque. Le xylophone double la mélodie des flûtes, le trombone joue des glissandi caricaturaux.

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7 - Quête et départ des forains, tempo di marcia allegro

Rappel de thèmes déjà entendus : ce mouvement s’ouvre par la marche utilisée dans le Prologue mais harmonisée en mode mineur, lui conférant désormais un caractère mélancolique, ponctué de nombreux mouvements mélodiques descendants. Après un ralenti de tout l’orchestre, on entend à nouveau l’Entrée des forains qui sert d’élément thématique de ce mouvement. Il est orchestré différemment et joué de plus en plus lentement, empli de nostalgie. Après avoir circulé parmi les pupitres de la famille des instruments à vent, le thème des forains est affirmé une dernière fois par la flûte solo. Une lueur d’espoir jaillit grâce à des arpèges enjouées de clarinettes accompagnées des notes scintillantes du célesta. Fermeture du rideau sur une rythmique asymétrique à 5/8 jouée en homorythmie par les violons, altos et cors. Cellule répétitive avec un nouvel effet de crescendo-decrescendo avant un ultime accord lumineux de DO majeur. Les forains gardent l’espoir d’une vie meilleure. Peut-être seront-ils plus chanceux dans la ville voisine ?