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Maitron-Macquart,L'œuvre de Zola, ses sources et les notices biographiques du Maitron.Deuxième épisode des lectures de confinement : La curée,Quand le Maitron rencontre Les Rougon-Macquart.,par Barbara Bonazzi,Les constructeurs du nouveau Paris,,Table des matières,La transformation de Paris sous Napoléon III,La curée,La transformation de Paris sous Napoléon III,Deuxième épisode des lectures de confinement: :La Curée,La curée est le deuxième roman de la saga des Rougon-Macquart, une critique acérée de la débauche de la bourgeoisie du Second Empire alors que la ville est en pleine expansion. Ici nous laisserons de côté l'histoire d'amour à laquelle l'urbanisation et la spéculation immobilière servent de toile de fond, pour nous intéresser aux projets du baron Haussmann et à la foule d'ouvriers du bâtiment qui s'activèrent pour contruire le nouveau Paris.,En 1859, Haussmann décide d'étendre la ville de Paris jusqu'aux fortifications de l'enceinte de Thiers. Onze communes limitrophes de Paris sont totalement ou en grande partie supprimées : Belleville, Grenelle, Vaugirard, La Villette, Auteuil, Passy, Batignolles-Monceau, Bercy, La Chapelle, Charonne, Montmartre. Dans le cadre d'une vaste opération immobilière sous l'égide du duc de Morny, il procède aussi à l'aménagement du Parc des Princes de Boulogne-Billancourt, Édouard J. Horn écrit dans sa brochure Les finances de l'Hôtel de Ville :"Le recensement de 1851 attribuait à Paris 30,770 maisons. Parmi elles, 4,349 furent intégralement ou partiellement démolies entre les années 1852 et 1859. Le le 1er janvier 1800, Paris englobe la majeure partie de son ancienne banlieue et recule ses barrières jusqu'à l'enceinte fortifiée. ,Dans ce Paris agrandi, l'on démolit en entier ou partiellement le nombre de maisons que voici : 1,144 en 1861, 763 en 1862, 993 en 1863, 1,383 en 1864, 1,942 en 1865, 2,256 en 1866, 2,325 en 1867, 1,764 en 1868.Soit, pour les neuf années réunies, un total de 13,741 maisons: environ deux mille de plus que n'en contient la seconde ville de France Avec les 4,349 maisons démolies entre 1852 et 1859, l'on arrive au formidable chiffre (rond) de 18,000 maisons abattuesà Paris depuis le début de l'Empire jusqu'au 30 septembre 1868. " (J.E. Horn, Les Finances de l'Hôtel de Ville, 1869., Gallica, vue 108/132)À l'image des bas morceaux du gibier abattu que l'on donne en pâture aux chiens, à la fin de la chasse, dans ce deuxième roman de Zola, c'est le Paris sous Napoléon III que s'arrachent et déchiquettent les spéculateurs véreux.,... Deux mois avant la mort d'Angèle, il l'avait menée, un (p.93) dimanche, aux buttes Montmartre. La pauvre femme adorait manger au restaurant; elle était heureuse lorsque, après une longue promenade, il l'attablait dans quelque cabaret de la banlieue. Ce jour-là, ils dînèrent au sommet des buttes, dans un restaurant dont les fenêtres s'ouvraient sur Paris, sur cet océan de maisons aux toits bleuâtres, pareils à des flots pressés emplissant l'immense horizon. Leur table était placée devant une des fenêtres. Ce spectacle des toits de Paris égaya Saccard. Au dessert, il fit apporter une bouteille de bourgogne. Il souriait à l'espace, il était d'une galanterie inusitée. Et ses regards, amoureusement, redescendaient toujours sur cette mer vivante et pullulante, d'où sortait la voix profonde des foules.,Les Rougon-Macquart. 2, La curée / par Émile Zola ; A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie (Paris), 1871 ; Transcription Gallica pp. 93-96,La curée,,On était à l'automne; la ville, sous le grand ciel pâle, s'alanguissait, d'un gris doux et tendre, piquée çà et là de verdures sombres, qui ressemblaient à de larges feuilles de nénuphars nageant sur un lac; le soleil se couchait dans un nuage rouge, et, tandis que les fonds s'emplissaient d'une brume légère, une poussière d'or, une rosée d'or tombait sur la rive droite de la ville, du côté de la Madeleine et des Tuileries. C'était comme le coin d'une cité des Mille et une Nuits, aux arbres d'émeraude, aux toits de saphir, aux girouettes de rubis. Il vint un moment où le rayon qui glissait entre deux nuages, fût si resplendissant, que les maisons semblèrent flamber et se fondre comme un lingot d'or dans un creuset. — Oh ! vois, dit Saccard, avec un rire d'enfant, il pleut des pièces de vingt francs dans Paris ! Angèle se mit à rire à son tour, en accusant ces pièces-là de n'être pas faciles à ramasser. Mais son mari s'était levé, et s'accoudant sur la rampe de la fenêtre : — C'est la colonne Vendôme, n'est-ce pas, qui brille là-bas?... Ici, plus à droite, voilà la Madeleine... Un beau quartier, où il y a beaucoup à faire... Ah! cette fois, tout va brûler ! Vois-tu?... On dirait que le quartier bout dans l'alambic de quelque chimiste. (p. 94),Sa voix devenait grave et émue. La comparaison qu'il avait trouvée parut le frapper beaucoup. Il avait bu du bourgogne, il s'oublia, il continua, étendant le bras pour montrer Paris à Angèle qui s'était également accoudée, à son côté : — Oui, oui, j'ai bien dit, plus d'un quartier va fondre, et il restera de l'or aux doigts des gens qui chaufferont et remueront la cuve. Ce grand innocent de Paris ! Vois donc comme il est immense et comme il s'endort doucement! C'est bête, ces grandes villes ! Il ne se doute guère de l'armée de pioches qui l'attaquera un de ces beaux matins, et certains hôtels de la rue d'Anjou ne reluiraient pas si fort sous le soleil couchant, s'ils savaient qu'ils n'ont plus que trois ou quatre ans à vivre. Angèle croyait que son mari plaisantait. Il avait parfois le goût de la plaisanterie colossale et inquiétante. Elle riait, mais avec un vague effroi, de voir ce petit homme se dresser au-dessus du géant couché à ses pieds, et lui montrer le poing, en pinçant ironiquement ses lèvres. — On a déjà commencé, continua-t-il. Mais ce n'est qu'une misère. Regarde là-bas, du côté des Halles, on a coupé Paris en quatre... Et de sa main étendue, ouverte et tranchante comme un coutelas, il fit le signe de séparer la ville en quatre parts. ,— Tu veux parler de la rue de Rivoli et du nouveau boulevard que l'on perce? demanda sa femme. — Oui, la grande croisée de Paris, comme ils disent, fis dégagent le Louvre et l'Hôtel-de-Ville. Jeux d'enfant que cela ! C'est bon pour mettre le public en appétit... Quand le premier réseau sera fini, alors commencera la grande danse. Le second réseau trouera la ville de toutes parts, pour rattacher les faubourgs au premier réseau. Les tronçons agoniseront dans le plâtre... Tiens, suis un peu ma main. Du boulevard du Temple à la barrière du Trône, une entaille; puis, de ce côté, une autre entaille, de la Madeleine à la plaine Monceaux; et une troisième entaille dans ce sens, une autre dans celui-ci, une entaille là, une entaille plus loin, des entailles partout, Paris haché à coups de sabre, les veines ouvertes, nourrissant cent mille terrassiers et maçons, traversé par d'admirables voies stratégiques qui mettront les forts au coeur de la cité. — Il y aura un troisième réseau, continua Saccard, au bout d'un silence, comme se parlant à lui-même; celui-là est trop lointain, je le vois moins. Je n'ai trouvé que peu d'indices... Mais ce sera la folie pure, le galop infernal des millions, Paris saoulé et assommé! ...,Il se tut de nouveau, les yeux fixés ardemment sur la ville où les ombres roulaient de plus en plus épaisses. Il devait interroger cet avenir trop éloigné qui lui échappait. Fuis la nuit se fît, la ville devint confuse, on l'entendit (p.96) respirer largement, comme une mer dont on ne voit plus que la crête pâle des vagues. Çà et là, quelques murs blanchissaient encore; et, une à une, les flammes jaunes des becs de gaz piquèrent les ténèbres, pareilles à des étoiles s'allumant dans le noir d'un ciel d'orage. Angèle secoua son malaise en reprenant la plaisanterie que son mari avait faite au dessert. — Ah bien ! dit-elle avec un sourire, il en est tombé de ces pièces de vingt francs! Voilà les Parisiens qui les comptent. Regarde-donc les belles piles qu'on aligne à nos pieds ! Elle montrait les rues qui descendent en face des buttes Montmartre, et dont les becs de gaz semblaient empiler sur deux rangs leurs taches d'or. — Et là-bas, s'écria-t-elle, en désignant du doigt un fourmillement d'astres, c'est sûrement la Caisse générale. ,Ce mot fit rire Saccard. Ils restèrent encore quelques instants à la fenêtre, ravis de ce ruissellement de « pièces de vingt francs,» qui finit par embraser Paris entier. L'agent-voyer, en descendant de Montmartre, se repentit sans doute d'avoir tant causé. Il accusa le bourgogne et pria sa femme de ne pas répéter les « bêtises » qu'il avait dites; il voulait, disait-il, être un homme sérieux.Saccard, depuis longtemps, avait étudié ces trois réseaux de rues et de boulevards, dont il s'était oublié à exposer assez exactement le plan devant Angèle.Les Rougon-Macquart. 2, La curée / par Émile Zola ; A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie (Paris), 1871 ; Transcription Gallica pp. 93-96.,Bien que figures à peine esquissées dans le roman de Zola, les ouvriers en bâtiment jouèrent un rôle fondamental dans le travail d'«entaille et de hache» qui fit de Paris la ville que nous connaissons aujourd'hui, mais ils eurent aussi une grande influence sur l'histoire ouvrière et sociale dès 1789, surtout au cours du XIXe siècle. Le Maitron regorge de biographies de maçons, terrassiers, peintres, plâtriers, parisiens ou émigrés à Paris de leurs provinces natales, comme les Limousins, œuvrant à la modification de la ville.,Les constructeurs du nouveau Paris ,On trouvera ici une sélection d'instigateurs de coalitions et de grévistes se battant pour la réduction de la journée de travail ou pour l'augmentations des salaires comme, par exemple, pendant la grande grève des ouvriers du bâtiment parisien de l’été 1840, mais aussi de militants de sociétés corporatistes, des fondateurs de sociétés mutuelles, de coopératives de consommation, autant d'associations qui virent le jour au cours de ce siècle témoin des débouts de l'organisation ouvrière.L'un d'entre eux se trouvait peut être sur le chantier du futur boulevard du Prince Eugène que visite la commission d'enquête du jury des indemnités, guidée par Aristide Siccard vers la fin du roman."Le chemin où ces messieurs s'engagèrent était affreux. Il avait plu toute la nuit. Le sol détrempé devenait un fleuve de boue, entre les maisons écroulées, sur cette route tracée en pleines terres molles, où les tombereaux de transport entraient jusqu'aux moyeux. ,Aux deux côtés, des pans de murs, crevés par la pioche, restaient debout; de hautes bâtisses éventrées, montrant leurs entrailles blafardes, ouvraient en l'air leurs cages d'escalier vies, leurs chambres béantes, suspendues, pareilles aux tiroirs brisés de quelque grand vilain meuble. Rien n'était plus lamentable que les papiers peints de ces chambres, des carrés jaunes ou bleus qui s'en allaient en lambeaux, indiquant, à une hauteur de cinq et six étages, jusque sous les toits, de pauvres petits cabinets, des trous étroits, où toute une existence d'homme avait peut-être tenu. Sur les murailles dénudées, les rubans des cheminées montaient côte à côte, avec des coudes brusques, d'un noir lugubre. Une girouette oubliée grinçait au bord d'une toiture, tandis que des gouttières à demi détachées pendaient, pareilles à des guenilles. Et la trouée s'enfonçait toujours, au milieu de ces ruines, pareille à une brèche que le canon aurait ouverte; la chaussée, encore à peine indiquée, emplie de décombres, avait des bosses de terre, des flaques d'eau profondes, s'allongeait sous le ciel gris, dans la pâleur sinistre de la poussière de plâtre qui tombait, et comme bordée de filets de deuil par les rubans noirs des cheminées.....,Maintenant, ils parlaient des ouvriers, en reprenant leur marche prudente au milieu des flaques. Il n'y en avait pas beaucoup de bons. C'étaient tous des fainéants, des mange-tout, et entêtés avec cela,ne rêvant que la ruine des patrons. M. de Mareuil, qui, depuis un instant, regardait avec un frisson deux pauvres diables perchés au coin d'un toit, attaquant une muraille à coups de pioche, émit cette idée que ces hommes-là âvaient pourtant un fier courage. Les autres s'arrêtèrent de nouveau, levèrent les yeux A7ers les démolisseurs en équilibre, courbés, tapant à toute volée; ils poussaient les pierres du pied et les regardaient tranquillement s'écraser en bas; si leur pioche avait porté à faux, le seul élan de leurs bras les aurait précipités."Les Rougon-Macquart. 2, La curée / par Émile Zola ; A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie (Paris), 1871 ; Transcription Gallica pp. 315-319.,Ce ne sont que quelques exemples choisis parmi d'autres d'ouvriers du bâtiment qui ont contribué à la naissance du mouvement ouvrier et social sans oublier ceux qui ont pu accéder à des fonctions politiques, comme BLUM Isaac, Auguste, délégué élu des ouvriers maçons à la Commission du Luxembourg ou NADAUD Martin, ouvrier maçon et député….À vous de compléter par vos recherches...,Les illustrations sont tirées de :- Émile Zola. Œuvres. Manuscrits et dossiers préparatoires. Les Rougon-Macquart. La Curée. Manuscrit autographe. 1801-1900 - Oeuvres complètes illustrées de Émile Zola ; 1-20. Les Rougon-Macquart : histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire. La curée / Zola, Émile (1840-1902). E. Fasquelle (Paris), 1906 - Collections des musées de la ville de Paris - Site de l'Assemblée nationale