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Jean de La Fontaine et les fables : ruse, rire et leçon

Jean de La Fontaine

Livre de recettes des fables

Le roi et la cour :Louis XIV et Versailles

La fable : ungenre ancien

Fable et poésie : au pays de la rime

"Le Corbeau et le Renard" : lecture et analyse

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01 Jean de La Fontaine

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Jean de La Fontaine est né en Province, à Château-Thierry, au sein d'une famille bourgeoise. Il a vécu au XVIIe siècle, sous le règne du roi Louis XIV. Le jeune Jean grandit au milieu des champs, plaines et forêts. Son père fut d'ailleurs Maître des Eaux et Forêts, fonction qu'il assumera à son tour et qui lui apportera des revenus. Il n'est donc pas surprenant que La Fontaine consacre une place importante aux animaux dans ses Fables : il a pu, tout au long de sa vie, observer leur comportement, leur habitat, leur existence. L'écrivain n'a jamais oublié sa cité natale, dans laquelle il aimait se réfugier, loin du tumulte de Paris. Si La Fontaine est désormais principalement connu pour ses Fables, il débuta sa carrière en rédigeant des contes osés, qui plurent beaucoup aux lecteurs mais que l'auteur lui-même finira par désavouer car immoraux. Les Fables, qu'il publie régulièrement sous forme de Livres, sont l'oeuvre de toute sa vie. Elles plaisent autant qu'elles dérangent. Les lecteurs de La Fontaine aiment ces petits récits amusants, frais et primesautiers, qui divertissent autant qu'ils enseignent. Mais certains, notamment le roi Louis XIV lui-même, apprécient peu les histoires du fabuliste, qui n'hésite pas à critiquer le fonctionnement du pouvoir et de la société. Si les relations entre le roi et La Fontaine n'étaient peut-être pas aussi tendues qu'on ne le dit, elles n'étaient pas heureuses pour autant, et La Fontaine n'était pas un courtisan très zélé. Il préférait le calme de sa campagne au bruit de la cour de Versailles.Maison natale de Jean de La Fontaine à Château-Thierry

Jean de La Fontaine était notamment très proche de Nicolas Fouquet, surintendant des Finances, équivalent du ministre des Finances actuel. Fouquet jouissait d'une influence très grande, plus importante peut-être que celle du jeune Louis XIV lui-même, et se trouvait à la tête d'une immense fortune, due notamment à de nombreux détournements. Fouquet se servait sans peine dans les caisses de l'Etat et aimait montrer à tous sa puissance et sa richesse. Le roi, dont la haine fut encouragée et nourrie par Jean-Baptiste Colbert, ennemi de Fouquet, dont il prendra le poste, commence à prendre ombrage de son flamboyant ministre. Ce dernier vient en outre d'acquérir un magnifique château, doté de majestueux jardins, le Château de Vaux-le-Vicomte. Fouquet organisera une fête somptueuse, dont les buffets sont préparés par le cuisinier François Vatel, en l'honneur du roi. Toute la cour est invitée, les plus grands aristocrates (princes, ducs, marquis, comtes, barons...) sont conviés pour célébrer Louis XIV. Seulement, les yeux se tournent surtout vers Fouquet, dont le triomphe fait presque oublier le monarque. Déjà discrédité auprès du roi, Fouquet signa sa chute avec ces festivités. Le lendemain, le roi ordonne l'arrestation de son surintendant. D'abord envoyé à la Bastille, la prison du roi, il est ensuite transféré à la forteresse de Pignerol, où il mourra quelques heures avant de recevoir son avis de libération. Durant longtemps, certains soupçonnèrent que Fouquet fut le célèbre "Prisonnier au masque de fer", un prisonnier royal dont l'identité aurait été dissimulée sous un masque de fer et réduit au silence, loin des autres détenus, car sa parole aurait pu gravement menacer le roi. Mais il n'en est rien, Fouquet n'est pas ce prisonnier mystérieux qui nourrit l'imagination de bien des écrivains, à commencer par Voltaire, qui imagina que ce fut le frère jumeau de Louis XIV, invention reprise par Alexandre Dumas. Il s'avèrerait en fait que ce prisonnier ait bien eu un lien avec Fouquet toutefois, car ç'aurait peut-être été un domestique de l'ancien ministre au courant d'informations capitales. Mais connaîtrons-nous un jour la vérité ? Comme tous les grands seigneurs fortunés du XVIIe siècle, Fouquet accorde de fortes sommes d'argent, appelées "pension", à des artistes (écrivains, peintres, musiciens, sculpteurs...) afin de financer les arts mais aussi de se faire bien voir et d'être complimenté. Cette pratique se nomme le "mécénat" et occupe une place importante au XVIIe siècle. Très rares sont les artistes qui peuvent vivre de leur talent, et même les plus célèbres d'entre eux, comme les dramaturges (= écrivain de pièces de théâtre) Pierre Corneille, Molière et Jean Racine, doivent être aidés financièrement. La Fontaine, on l'a dit, exerçait un métier à côté de sa passion, puisqu'il administrait les Eaux et Forêts du domaine royal. Les mécènes allouent donc des pensions à certains artistes et Fouquet fut l'ami de Jean de La Fontaine. Ainsi, lorsque Louis XIV ordonna l'arrestation et l'emprisonnement de Nicolas Fouquet, La Fontaine lui écrivit plusieurs fois pour obtenir sa libération. Cet entêtement lui valut aussi la colère du roi.Nicolas Fouquet

Malgré l'inimitié du roi, Jean de La Fontaine se forge un nom au sein de l'élite de la société, et ses écrits plaisent. Il accède à la reconnaissance en entrant à l'Académie Française (après Nicolas Boileau en revanche, que le roi préférait). A Paris, il est hébergé par Madame de La Sablière, à qui il dédie un long poème de gratitude, jusqu'à la mort de cette dernière. En février 1695, revenant de l'Académie, La Fontaine est soudain pris de faiblesse. Sa santé se détériore et le fabuliste meurt en avril 1695. Il laisse à la postérité ses Fables, et, dans une moindre mesure, ses Contes. De nos jours, les Fables de La Fontaine font partie du patrimoine français. Elles sont connues de tous, lues, apprises et récitées en primaire, relues et analysées au collège et au lycée. Qui n'a pas au moins entendu parler de "La Cigale et la Fourmi", "Le Corbeau et le Renard", "Le Loup et l'Agneau", "Le Chêne et le Roseau", "Perette et le Pot au lait", ou encore "Le Rat des villes et le Rat des champs" ?Marguerite de La Sablière

02 La fable : un genre ancien

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Cliquez surles curseurs blancset le doc.

Cette fable ne vous rappelle-t-elle pas quelque chose ? "La Cigale et la Fourmi" peut-être ? La toute première fable du livre de Jean de La Fontaine. Et pourtant...Regardez bien. N'y-a-t-il qu'une seule fourmi ? Et où sont passées les rimes ? Drôle de texte... Cette fable fut en fait écrite par un dénommé Esope, et s'intitule "La Cigale et les Fourmis". Esope le Phrygien vécut dans l'Antiquité, entre le VIIe et le VIe siècle avant J.C. Il aurait d'abord été esclave avant de retrouver sa liberté. Au cours d'un voyage, il se serait arrêté à Delphes, dont il se serait moqué des habitants. Vexés, ces derniers l'auraient accusé d'avoir volé des objets sacrés et condamné à mort. Mais il ne s'agit là peut-être que d'une légende, car en réalité, nous ne possédons que très peu d'éléments fiables sur sa vie. Aussi, c'est plutôt par commodité que l'on parle des "fables" d'Esope. Il reste que ces textes ont beaucoup inspiré les générations futures, à commencer par les Romains. Phèdre, un autre fabuliste, s'inspira de ces fables pour écrire les siennes, en apportant des modifications. Ainsi, d'abord grecque, les fables deviennent latines. Mais ce genre antique connaît aussi un certain succès dans d'autres parties du monde, notamment en Orient, comme le rappelle le recueil de fables d'un certain écrivain indien Pilpay. Au XVIIe siècle, La Fontaine, grand lecteur passionné par l'Antiquité, dont les textes sont connus de tous à l'époque, puise donc dans ces différentes sources pour écrire et réécrire ses propres fables. Ainsi, "La Cigale et la Fourmi" s'inspire de "La Cigale et les Fourmis" d'Esope, tout comme "Le Loup et l'Agneau", également réécrit par Phèdre. Jugez plutôt en cliquant sur le point suivant...

EsopePhèdreLa FontaineLE LOUP ET L’AGNEAUUn loup, voyant un agneau qui buvait à une rivière, voulut alléguer un prétexte spécieux pour le dévorer. C’est pourquoi, bien qu’il fût lui-même en amont, il l’accusa de troubler l’eau et de l’empêcher de boire. L’agneau répondit qu’il ne buvait que du bout des lèvres, et que d’ailleurs, étant à l’aval, il ne pouvait troubler l’eau à l’amont. Le loup, ayant manqué son effet, reprit: «Mais l’an passé tu as insulté mon père. — Je n’étais pas même né à cette époque,» répondit l’agneau. Alors le loup reprit: «Quelle que soit ta facilité à te justifier, je ne t’en mangerai pas moins.»Cette fable montre qu’auprès des gens décidés à faire le mal la plus juste défense reste sans effet. Lupus et AgnusAd riuum eundem lupus et agnus uenerant,siti compulsi. Superior stabat lupus,longeque inferior agnus. Tunc fauce improbalatro incitatus iurgii causam intulit;'Cur' inquit 'turbulentam fecisti mihiaquam bibenti?' Laniger contra timens'Qui possum, quaeso, facere quod quereris, lupe?A te decurrit ad meos haustus liquor'.Repulsus ille ueritatis uiribus'Ante hos sex menses male' ait 'dixisti mihi'.Respondit agnus 'Equidem natus non eram'.'Pater hercle tuus' ille inquit 'male dixit mihi';atque ita correptum lacerat iniusta nece.Haec propter illos scripta est homines fabulaqui fictis causis innocentes opprimunt.Le Loup et l'AgneauLa raison du plus fort est toujours la meilleure :Nous l'allons montrer tout à l'heure.Un Agneau se désaltéraitDans le courant d'une onde pure.Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,Et que la faim en ces lieux attirait.Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?Dit cet animal plein de rage:Tu seras châtié de ta témérité.— Sire, répond l'Agneau, que votre MajestéNe se mette pas en colère;Mais plutôt qu'elle considèreQue je me vas désaltérantDans le courant,Plus de vingt pas au-dessous d'Elle,Et que par conséquent, en aucune façon,Je ne puis troubler sa boisson.— Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,Et je sais que de moi tu médis l'an passé.— Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né?Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère.— Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.— Je n'en ai point.— C'est donc quelqu'un des tiens:Car vous ne m'épargnez guère,Vous, vos bergers, et vos chiens.On me l'a dit: il faut que je me venge.Là-dessus, au fond des forêtsLe Loup l'emporte, et puis le mange,Sans autre forme de procès.Si nous comparons la fable de La Fontaine avec celle d'Esope, nous pouvons relever plusieurs différences dont celles-ci :• les paroles du loup et de l'agneau sont plus développées chez La Fontaine, qui rend donc l'histoire et le dialogue plus vifs et intéressants.• La Fontaine utilise les vers et les rimes, ce qui rend le texte plus vivant, plus musical. Le style d'Esope est plus sec.• La Fontaine ajoute des détails qui ne se trouvent pas chez Esope.En fait, si on regarde finement le texte de Phèdre, sans forcément le comprendre, nous pouvons constater que la Fontaine s'appuie surtout sur la version latine, elle-même fondée sur la version ésopique. La Fontaine étoffe le dialogue entre les deux animaux et renforce par le vers et le rythme la cruauté du loup et la naïveté de l'agneau.

La rime et le vers : La Fontaine met en vers les fables d'Esope. Il forge des rimes qui créent de la musique et du rythme. Ce sont notamment les vers qui rendent le texte vif, savoureux et qui captent l'attention. Ils fixent aussi les histoires dans la mémoire.

03Livre de recettes

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La rime et le vers : La Fontaine met en vers les fables d'Esope. Il forge des rimes qui créent de la musique et du rythme. Ce sont notamment les vers qui rendent le texte vif, savoureux et qui captent l'attention. Ils fixent aussi les histoires dans la mémoire.

Les Fables regorgent d'animaux, d'arbres, d'objets qui prennent la parole : le corbeau, le renard, l'aigle, le lion, le rat ou encore la fourmi, mais aussi le chêne, le roseau, le pot de fer ainsi que le pot de terre parlent et s'adressent à notre imagination. Souvent les animaux agissent comme des humains, ils sont personnifiés : ils chantent, dansent, s'invitent à manger... C'est l'anthropomorphisme, qui vient du grec "anthropos", "homme", et "morphe", la "forme".

Traditionnellement, une fable comporte deux moments : le récit, c'est-à-dire l'histoire, et la moralité, qui désigne la leçon enseignée par la fable. La Fontaine désigne le récit comme le "corps" et la moralité comme l'"âme". Cette dernière se situe soit au début soit à la fin de la fable. Mais parfois, la moralité n'est pas exprimée chez La Fontaine, soit parce que, selon lui, elle est évidente ou elle ne s'insère pas élégamment dans le texte.

La fable est donc un court récit qui délivre une leçon, qui critique un défaut. Or, une critique n'est pas toujours agréable à entendre, et parfois, on préfère ne pas écouter. Or, la fable, parce qu'elle raconte une petite histoire divertissante, attire notre attention et nous "oblige" à lire la leçon. On compare parfois la fable à une coupe qui contient un médicament amer à avaler, mais nécessaire pour guérir, et dont les bords sont recouverts de miel, pour faire passer le breuvage.

Ainsi, la fable amuse, divertit, et donne une leçon. Elle fait partie du groupe des apologues, qui sont des récits assez brefs qui racontent une histoire et qui enseignent et font réfléchir. Au XVIIe siècle, il fallait que la littérature réponde à deux buts : plaire et instruire, que résume la formule latine "placere et docere".

04Au pays de la rime

Apprendre

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Ecrire

Lire / Dire

Enfin, apprenons à lire et à dire...La poésie n'est pas un art muet. Dès son origine, dans l'Antiquité, la poésie est chantée, récitée, déclamée. Les aèdes et les rhapsodes, c'est-à-dire les poètes grecs, déclament leurs textes, comme l'Iliade et l'Odyssée, en s'accompagnant d'un luth ou d'une cithare, sorte de petite harpe. Encore aujourd'hui, en Afrique, des poètes, appelés griots, récitent des histoires et légendes en chantant. Et qu'est-ce que la chanson, sinon de la poésie chantée le plus souvent ? Enfin, en latin, le poème pouvait se dire "carmen". Or, c'est aussi ce mot qui a donné le mot "chant", et le mot "charme". Eh oui, la poésie, c'est magique...Mais alors, pourquoi la poésie est-elle musicale ? Cette musicalité provient notamment des rimes, des sons qui se répètent à la fin des vers mais aussi à l'intérieur, de la mise en page des vers... Il faut donc être attentif à cette musique, notamment lorsqu'on lit ou qu'on récite. Ainsi, il faut respecter quelques règles, et s'entraîner régulièrement.Reprenons monsieur de La Fontaine.Le Lion et le RatIl faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde :On a souvent besoin d'un plus petit que soi.De cette vérité deux Fables feront foi,Tant la chose en preuves abonde.Entre les pattes d'un LionUn Rat sortit de terre assez à l'étourdie.Le Roi des animaux, en cette occasion,Montra ce qu'il était, et lui donna lavie.Ce bienfait ne fut pas perdu.Quelqu'un aurait-il jamais cruQu'un Lion d'un Rat eût affaire ?Cependant il advint qu'au sortir des forêtsCe Lion fut pris dans des rets,Dont ses rugissements ne le purent défaire.Sire Rat accourut, et fit tant par ses dentsQu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.Patience et longueur de tempsFont plus que force ni que rage.• D'abord, il faut faire attention aux mots qui se terminent par un "-e", car, parfois, il faut le prononcer, et parfois il ne le faut pas. Suivons la règle :- lorsqu'un mot se termine par un "-e" et qu'il est suivi par une CONSONNE, on doit prononcer la syllabe. Ce sont les mots en gras dans la fable.- mais si le mot est suivi par une VOYELLE, on ne le prononce pas.Soyons plus clairs encore : le "-e" du mot "Sire" (Si-re) se prononcera car derrière vient le mot "Rat", qui commence par une consonne. Mais le "-e" du mot "Patience" ne se prononcera pas car derrière vient le mot "et", qui commence par une voyelle.Oui me direz-vous, mais certains mot en gras sont bizarres ! Par exemple, pourquoi devons-nous prononcer le -"e" de "preuves" alors que derrière le mot "abonde" commence par une voyelle ? Tout simplement parce qu'il faut faire la liaison du pluriel avec le "-s".D'accord, et le mot "purent" ? Il ne se termine pas par un "-e". Oui certes, mais c'est unverbe au pluriel, et dans ce cas, il faut le prononcer comme une deuxième syllabe : pu-rent.Ecoutez plutôt :• Une prononciation vous a peut-être surpris, celle du mot "lion". En effet, le mot a été prononcé en deux syllabes, "li-on", alors que normalement, ce mot ne possède qu'une seule syllabe, "lion". C'est ce qu'on appelle une diérèse ; elle consiste à prononcer en deux syllabes un mot qui ne se prononce logiquement qu'en une seule. Une diérèse porte toujours sur une voyelle, le plus souvent le "i". Elle permet de mettre en valeur un mot important et de créer un effet. Par exemple, chez La Fontaine, le lion représente le roi. Or, le roi n'est pas n'importe quelle personne, elle se trouve au sommet de la société et, à cette époque, possède tous les pouvoirs. Ainsi, pour montrer que le lion, donc le roi, est important, le fabuliste créé une diérèse pour insister sur le mot.• Relisez à voix haute ce vers : "Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents". N'entendez-vous pas des sons qui se répètent à l'intérieur du vers ? Oui, le son [r], présent dans les mots "sire", "rat" et "accourut", mais aussi le son [en], qui apparaît dans "tant" et "dents". Lorsqu'une consonne est répétée à l'intérieur d'un vers, on parle d'allitération. Mais quand c'est une voyelle, on parle d'assonance.Exemple :"Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?" => N'entendez-vous pas le son [s], présent dans "sont", "ces", "serpents", "sifflent" et "sur" ? On croirait entendre le sifflement terrifiant des serpents. C'est une allitération car le son [s] est une consonne."Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue". => Et là, n'entendez-vous pas le son "i" dans 'vis", "rougis" et "pâlis" ? La jeune femme exprime ici toute sa souffrance. C'est une assonance, car le son [i] est une voyelle.Petite astuce ! J'ai peur de confondre l'allitération et l'assonance... Pour ne pas se tromper, voici une petite astuce très simple. "Allitération" se termine par un "n", une consonne. Donc l'allitération désigne la répétition d'une consonne. Mais "assonance" se termine par un "e", une voyelle. Donc l'assonance désigne la répétition d'une voyelle. Et voilà !• Enfin, observez la ponctuation des vers bleus de la fable : ne remarquez-vous pas une petite différence à la fin ? Eh oui, entre le vers 1 et le 2, on trouve deux points, qui obligent à marquer une petite pause. Mais entre les vers 10 et 11, il n'y a aucune marque de ponctuation, ni virgule, ni point virgule, ni point. Le vers se prolonge sur le vers suivant. C'est un enjambement, et il ne faut pas faire de pause à la lecture.Maintenant, résumons en vidéo...ApplicationLisez ce poème d'Arthur Rimbaud, ce jeune poète prodige du XIXe siècle.Le dormeur du valC'est un trou de verdure où chante une rivièreAccrochant follement aux herbes des haillonsD'argent ; où le soleil, de la montagne fière,Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,Dort ; il est étendu dans l'herbe sous la nue,Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant commeSourirait un enfant malade, il fait un somme :Nature, berce-le chaudement : il a froid.Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrineTranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.a. Combien de strophes possède ce poème ?b. Quels types de strophes possède ce poème ?c. Quel type de vers comportent les strophes ? Ce poème est-il hétérométrique ou isométrique ?d. Dans la deuxième strophe, quel est le schéma des rimes ?e. Donnez la qualité des rimes bleues, rouges et orange.f. Recopiez tous les mots dont le "-e" final se prononcera.g. Combien d'enjambements possède ce poème ? Recopiez-en un.h. Dans les vers 12 et 13, repérez un son qui est répété plusieurs fois. Est-ce une allitération ou une assonance ?Correctiona. 4 strophesb. Deux quatrains et deux tercetsc. Des alexandrins uniquement. Ce poème est donc isométrique.d. Ce sont des rimes embrassées en ABBA.e. rimes riches - rimes suffisantes - rimes suffisantesf. herbes - montagne - mousse - jeune - tête - nuque - herbe - pâle - lumière - nature - berce - rougesg. 4 enjambements. 1. v.1/2 2 - v.2/3 - v.10/11 - v.13/14h. Plusieurs sons possibles : allitération en [s] dans "frissonner", "sa", "soleil", "sur", "sa". // allitération en [f] dans "parfum", "font" et "frissonner".

D'abord, apprenons le vocabulaire...• La littérature se divise principalement en trois genres : le genre narratif (roman, conte, autobiographie...), le genre dramatique (le théâtre) et le genre poétique (la poésie). Le genre de la poésie regroupe des textes qu'on appelle des poèmes.Attention : il faut donc dire qu'un poète écrit un poème (et non une poésie) et qu'un élève récite un poème (et non une poésie).• Observons avec cette célèbre fable de Jean de La Fontaine :Le Lion et le RatIl faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde :On a souvent besoin d'un plus petit que soi.De cette vérité deux Fables feront foi,Tant la chose en preuves abonde.Entre les pattes d'un LionUn Rat sortit de terre assez à l'étourdie.Le Roi des animaux, en cette occasion,Montra ce qu'il était, et lui donna la vie.Ce bienfait ne fut pas perdu.Quelqu'un aurait-il jamais cruQu'un Lion d'un Rat eût affaire ?Cependant il advint qu'au sortir des forêtsCe Lion fut pris dans des rets,Dont ses rugissements ne le purent défaire.Sire Rat accourut, et fit tant par ses dentsQu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.Patience et longueur de tempsFont plus que force ni que rage.• Traditionnellement, un poème comporte un ou plusieurs paragraphes appelés "strophe". Dans cette fable, il n'y a qu'une seule strophe.• Une strophe est composée d'un ou plusieurs vers : ici, la strophe comporte 18 vers. Certaines strophes portent un nom spécial en fonction du nombre de vers : un tercet (trois vers), un quatrain (quatre vers), un sizain (six vers), un dizain (dix vers).• Les vers peuvent avoir une longueur différente selon le nombre total de syllabes. Par exemple, le vers "Un rat sortit de terre assez à l'étourdie" : ce vers comporte 12 syllabes.Selon le nombre de syllabes, le vers porte un nom précis : un octosyllabe (huit vers), un décasyllabe (dix vers), un alexandrin (douze vers). Dans la fable de La Fontaine, il y a des octosyllabes (vers bleus), et des alexandrins (vers rouges).• Enfin, les vers se terminent par des rimes, c'est-à-dire des mots dont les sons se répètent. Par exemple, "affaire" rime avec "défaire", "ouvrage" avec "rage".ApplicationVoici un poème d'Alfred de Musset, un poète du XIXe siècle.AM.A.T.Ainsi, mon cher ami, vous allez donc partir !Adieu ; laissez les sots blâmer votre folie.Quel que soit le chemin, quel que soit l’avenir,Le seul guide en ce monde est la main d’une amie.Vous me laissez pourtant bien seul, moi qui m’ennuie.Mais qu’importe ? L’espoir de vous voir revenirMe donnera, malgré les dégoûts de la vie,Ce courage d’enfant qui consiste à vieillir.Quelquefois seulement, près de votre maîtresse,Souvenez-vous d’un coeur qui prouva sa noblesseMieux que l’épervier d’or dont mon casque est armé ;Qui vous a tout de suite et librement aimé,Dans la force et la fleur de la belle jeunesse,Et qui dort maintenant à tout jamais fermé.a. Combien de strophes comporte ce poème ?b. Quels types de strophe comporte ce poème (comptez les vers) ?c. Quel type de vers comporte ce poème (comptez les syllabes) ?d. Recopiez deux paires de rimes.Correctiona. 4 strophesb. Il y a deux quatrains et deux tercets.c. Ce sont tous des alexandrinsd. "noblesse" / "jeunesse". "aimé" / "fermé" par exemple.

Ensuite, apprenons à écrire...Prenons de nouveau la fable de La Fontaine :Le Lion et le RatIl faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde :On a souvent besoin d'un plus petit que soi.De cette vérité deux Fables feront foi,Tant la chose en preuves abonde.Entre les pattes d'un LionUn Rat sortit de terre assez à l'étourdie.Le Roi des animaux, en cette occasion,Montra ce qu'il était, et lui donna lavie.Ce bienfait ne fut pas perdu.Quelqu'un aurait-il jamais cruQu'un Lion d'un Rat eûtaffaire ?Cependant il advint qu'au sortir des forêtsCe Lion fut pris dans des rets,Dont ses rugissements ne le purent défaire.Sire Rat accourut, et fit tant par ses dentsQu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.Patience et longueur de tempsFont plus que force ni que rage.• Commençons par les rimes. Elles peuvent s'organiser de trois manières : c'est ce qu'on appelle le schéma ou l'agencement des rimes.- lesrimes suivies : AABBCCDDEE... (en jaune dans la fable, car "perdu" et "cru" se suivent)- les rimes croisées : ABAB... (en orange dans la fable car "dents" rime avec "temps" et "ouvrage" avec "rage" mais les rimes se croisent, elles ne se suivent pas).- Les rimes embrassées : ABBA (en vert dans la fable, car "monde" rime avec "abonde" mais entre les deux mots on trouve "soi" qui suit et rime avec "foi")* Chaque lettre de l'alphabet symbolise une rime.• Continuons avec la qualité des rimes, c'est-à-dire le nombre de sons en commun entre des mots. Là aussi, il existe trois possibilités.- les rimes simples (un seul son en commun) : maison / camion. Le seul son en commun est [on].- les rimes suffisantes (deux sons en commun) : maison / pesons. Deux sons en commun : le son [z] et le son [on].- les rimes riches (trois sons en commun au minimum) : maison / raison. Trois sons en commun : le son [ai], le son [z] et le son [on].Dans la fable, les rimes violettes sont simples, les rimes bleues sont suffisantes et les rimes rouges sont riches.• Lorsqu'un poème comporte des vers de différentes longueurs, on dit qu'il est hétérométrique (le grec "hétéro" signifie "différent", comme dans "hétérosexuel" ou "hétérogène"). Mais si les vers possèdent tous la même longueur, on dit qu'il est isométrique (le grec "iso" signifie "même, égal", comme dans "isocèle" ou encore "isotherme" (qui garde à la même température) )Notre fable est hétérométrique car elle possède des octosyllabes et des alexandrins.• Enfin, l'alexandrin est un vers un peu particulier. Il possède douze syllabes, et il peut être divisé en deux parties égales de 6 syllabes, qu'on appelle des hexamètres, et qui sont séparée par une césure. Observons plutôt :Cependant il advint // qu'au sortir des forêtsAu milieu, c'est la césureApplicationVoici un poème de Charles Baudelaire, un poète du XIXe siècle :Le chatViens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux ;Retiens les griffes de ta patte,Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,Mêlés de métal et d’agate.Lorsque mes doigts caressent à loisirTa tête et ton dos élastique,Et que ma main s’enivre du plaisirDe palper ton corps électrique,Je vois ma femme en esprit. Son regard,Comme le tien, aimable bêteProfond et froid, coupe et fend comme un dard,Et, des pieds jusques à la tête,Un air subtil, un dangereux parfumNagent autour de son corps brun.a. Combien de strophes comporte ce poème ?b. Quels types de strophe comporte ce poème ?c. Quels types de vers comporte ce poème ? Est-il isométrique ou hétérométrique ?d. Dans la première strophe, comment les rimes s'organisent-elles (regardez le schéma) ? Et dans les deux derniers vers du poème ?e. Quelle est la qualité des rimes rouges ? orange ? bleues ? Quelles rimes ne sont pas représentées dans ce poème ?Correctiona. 4 strophes.b. Deux quatrains et deux tercets.c. Des alexandrins et des octosyllabes. Il est donc hétérométrique.d. Ce sont des rimes embrassées en ABBA. // Ce sont des rimes suivies en AABB.e. Ce sont des rimes simples car seul le son [eu] est répété. // Ce sont des rimes suffisantes car les sons [i] et [k] sont répétés. // Ce sont aussi des rimes suffisantes car les sons [a] et [r] sont répétés. // Il manque donc les rimes riches.

05Le Corbeau et le Renard

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Le Corbeau et le RenardMaître Corbeau, sur un arbre perché,Tenait en son bec un fromage.Maître Renard, par l'odeur alléché,Lui tint à peu près ce langage :"Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !Sans mentir, si votre ramageSe rapporte à votre plumage,Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. "A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;Et pour montrer sa belle voix,Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.Le Renard s'en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur,Apprenez que tout flatteurVit aux dépens de celui qui l'écoute :Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. "Le Corbeau, honteux et confus,Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

Lisez d'abord la fable, puis cliquez sur le document pour répondre aux questions en vous aidant des loupes.

• Le corbeau est appelé "Maître" : il est personnifié car traité comme un humain. C'est l'anthropomorphisme.• Le fabuliste met des majuscules à "Maître" et "Corbeau", pour se moquer de l'animal : il est prétentieux, se croit supérieur, et sera finalement puni par la ruse du renard. Il est sot.• Le corbeau se trouve symboliquement au-dessus du renard. C'est lui qui est supérieur pour le moment. C'est aussi une manière de montrer qu'il se croit au-dessus du renard.

• Le verbe "tenir" est répété, une fois pour le corbeau, une fois pour le renard. Le corbeau tient physiquement son fromage, c'est ce qui le place en position de supériorité. Le renard lui "tient" la parole : c'est grâce à son discours rusé qu'il trompera le corbeau. Ils sont donc opposés. Cette figure s'appelle l'antithèse.• Les rimes sont croisées dans les 4 premiers vers : elles alternent entre le corbeau et le renard, ce qui permet de les opposer. C'est aussi une antithèse.• "Renard" porte aussi une majuscule et est appelé "Maître" : c'est encore l'anthropomorphisme.

• Commence le discours flatteur du renard, qui va mentir sur les qualités du corbeau pour le tromper et obtenir le fromage. On remarque d'ailleurs que "corbeau" rime avec "beau" : cette rime suffisante montre qu'il va le flatter.• Flatter, c'est faire des compliments, souvent en exagérant. D'abord, pour faire croire qu'il admire le corbeau, le renard utilise des phrases exclamatives.• Dans le vers 6, il utilise un parallélisme / une anaphore car il répète la même structure : "Que vous êtes" // "Que vous me semblez". Il insiste sur les qualités.• Il utilise aussi des alexandrins (v. 6, 8 et 9), le vers le plus long, pour bien insister sur les (fausses) qualités du corbeau. Il gonfle, exagère. Remarquez d'ailleurs que l'alexandrin du vers 8 arrive après deux vers plus petits, il est donc bien mis en valeur.• Pour exagérer, il utilise aussi une hyperbole : "le Phénix des hôtes de ces bois", qui signifie "vous êtes le meilleur et le plus bel animal de toute la forêt".

• Les deux octosyllabes des vers 7 et 8 sont réunis par un enjambement. En effet, il manque la ponctuation à la fin du vers 7. Le vers s'allonge, déborde, ce qui symbolise la flatterie, qui déborde, exagère.• On entend aussi la voix amusée du fabuliste La Fontaine car il écrit "sans mentir", or, le renard ne fait que cela. Cela montre aussi que le corbeau est sot et aveugle car il ne se rend pas compte que le renard ment.

• Le corbeau est ravi des compliments du renard. "Ne se sent pas de joie" signifie qu'il est très heureux. Ainsi, il ouvre un "large bec", ce qui est une erreur. Pour que le corbeau ouvre très grand son bec, La Fontaine écrit un vers très grand, un alexandrin.

• Le renard reprend la parole, et cette fois-ci, il ne flatte plus. Au contraire, il se moque du corbeau. D'ailleurs, au début, il l'appelait respectueusement et hypocritement "Monsieur DU corbeau". Mais maintenant, il dit "Mon bon Monsieur", ce qui est moins respectueux et montre que le renard se moque.

• C'est dans la bouche du renard que le fabuliste place la moralité : "Apprenez que tout flatteur / Vit aux dépends de celui qui l'écoute.", qui signifie que pour vivre, celui qui flatte ment mais que celui qui se laisse avoir par les flatteries est sot comme le corbeau. Cette fois-ci, le texte est au présent, de vérité générale, car il énonce une moralité qui sera toujours vraie.• Pour mettre en valeur la moralité, le fabuliste place un enjambement.

Résumons :• Le corbeau est sot et prétentieux, le renard est rusé et malin. C'est grâce à la parole que le renard renverse la situation. D'ailleurs, il est le seul à parler. La parole est son pouvoir.• Le corbeau représente la supériorité (il est au-dessus du renard et c'est lui qui possède un "objet", le fromage), le renard l'infériorité. Mais grâce à sa ruse, le renard renverse les rapports de force.• La Fontaine s'adresse au lecteur de son époque. Le corbeau pourrait représenter le seigneur, c'est-à-dire celui qui est puissant et qui possède. Le renard représente le dominé, celui qui est obligé de flatter pour réussir, le courtisan. Les courtisans sont les nobles à la Cour de Versailles qui flatte le roi pour obtenir de l'argent, des titres, des fonctions...=> Ainsi, La Fontaine se moque de la Cour de Versailles et de ses flatteries et mensonges permanents.Cette fable répond bien au slogan "placere (plaire) et docere (instruire" : elle amuse par son récit, elle instruit par sa moralité qui invite à se méfier des flatteurs.

Pour écrire "Le Corbeau et le Renard", La Fontaine s'inspire d'Esope, dont voici la fable : LE CORBEAU ET LE RENARDUn corbeau, ayant volé un morceau de viande, s’était perché sur un arbre. Un renard l’aperçut, et, voulant se rendre maître de la viande, se posta devant lui et loua ses proportions élégantes et sa beauté, ajoutant que nul n’était mieux fait que lui pour être le roi des oiseaux, et qu’il le serait devenu sûrement, s’il avait de la voix. Le corbeau, voulant lui montrer que la voix non plus ne lui manquait pas, lâcha la viande et poussa de grands cris. Le renard se précipita et, saisissant le morceau, dit: «Ô corbeau, si tu avais aussi du jugement, il ne te manquerait rien pour devenir le roi des oiseaux.»Cette fable est une leçon pour les sots.=> Entre la fable de La Fontaine et celle d'Esope, laquelle vous semble la plus amusante, la plus drôle, la plus intéressante ? Expliquez bien votre réponse en proposant au moins deux raisons différentes.

06Le roi et la cour

Louis XIV

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Versailles

La Cour

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Le roi et les courtisansLa monarchie ne peut se penser sans le roi ; le roi ne peut se penser sans les courtisans, ces aristocrates plus ou moins puissants, plus ou moins influents, qui gravitent et vivent autour du souverain, dans l'espoir d'être remarqués. Au XVIIe siècle, la Cour, qui se trouve à Versailles, rassemble quelque 2000 courtisans. Princes, ducs, marquis, comtes, barons, chevaliers paradent, s'exhibent, se montrent aux yeux de tous, essaient d'approcher le roi, de lui parler, de retenir son attention, et d'être de plus en plus puissants. Car s'il est facile de voir le roi, personne publique, il est toutefois infiniment plus ardu d'obtenir ses faveurs et les chemins sont multiples, mais semés d'embûches. Les courtisans doivent ruser, mener des complots, des machinations, des stratagèmes pour parvenir à leurs fins. Le mensonge, l'hypocrisie, la flatterie sont des armes qu'ils emploient plus ou moins habilement pour réussir.Pourquoi un tel "jeu" ? Car tout vient du roi : argent, titre de noblesse, fonctions politiques et militaires, influence... Louis XIV règne sur tous ses sujets et attribue ses honneurs selon sa seule volonté, tout comme il peut les retirer, crainte de tout courtisan. C'est lui qui nomme les ministres, tout comme il peut d'une seule parole les renvoyer. C'est lui qui décide de sauver financièrement un noble qui serait en proie à des problèmes financiers. C'est lui encore qui distribue les faveurs selon son humeur. Il est donc très important d'être bien vu à la Cour. Alors, pour tenter de s'approcher de la personne royale, on essaie de se rapprocher de ceux qui l'entourent et font partie de ses intimes. Tel le renard de la fable de La Fontaine, on flatte le plus puissant que soi, qui peut servir notre intérêt. On flatte le roi aussi, pour lui plaire et ne pas risquer d'être déshonoré voire expulsé. On s'attache aussi à imiter le roi, à adopter ses goûts, à mimer ses gestes, à épouser ses idées. La perruque est un exemple criant. Moquée au début par les courtisans, elle fut rapidement adoptée par la Cour pour plaire à Louis XIV, qui adopta cette accessoire d'abord pour camoufler la perte de ses cheveux due à l'absorption d'anti-moine, un remède toxique. La vie à Versailles est un vrai théâtre...L'étiquette et la vie publiqueLouis XIV est le roi qui, imitant Marie de Médicis, sa grand-mère, instaura une étiquette très rigoureuse à la cour. Mais qu'est-ce que l'étiquette ? C'est l'ensemble des codes, des règles, que chacun doit respecter et appliquer. Celui qui oserait s'écarter de la règle risquerait de passer pour ridicule ou de choquer, ce qui serait grave car il ne faut pas être mal vu. L'étiquette oblige par exemple à ne jamais tourner le dos au roi, ou encore à ne jamais s'asseoir en sa présence. L'étiquette règle le rôle et l'utilisation des fauteuils. Selon son rang, on peut, ou non, occuper un certains types de fauteuil, rester assis ou se lever selon le rang de la personne qui entre. Très complexe, l'étiquette est un protocole qu'il faut parfaitement connaître et maîtriser pour réussir à Versailles.Louis XIV a décidé de rendre toute sa vie publique. Ainsi, sa journée s'organise en fonction de grands événements auxquels tous n'ont pas forcément droit d'assister. La journée commence ainsi par le "Lever du roi". Un valet réveille le souverain à 8h30 et le roi se prépare pour sa journée . D'abord, ce sont ses médecins, sa famille et ses plus proches conseillers qui entrent dans sa chambre. Puis, les courtisans, qui attendent depuis plusieurs heures pour ne pas manquer ce moment, sont invités à entrer, selon leur rang, et s'ils en ont été autorisés. Le roi se lève et s'habille donc en public. Une fois cette première séance terminée, Louis XIV se rend à la chapelle, entouré de ses proches et des courtisans, pour assister à la messe, vers 10h. L'office terminé, il tient conseil en présence de ses ministres, afin de gérer les affaires du royaume. Vers 13h, il prend son repas, le Petit Couvert, dans sa chambre, seul, en présence de courtisans, qui demeurent debout durant tout le repas. Le soir, vers 22h, le Grand Couvert réunit la famille royale autour du souper (le dîner), donné en présence de centaines de courtisans. Les duchesses seules, et encore faut-il qu'elles aient obtenu la faveur, peuvent s'asseoir sur des tabourets confortables en présence des membres de la famille. Les autres doivent rester debout. Le souverain soupe dans une vaisselle d'or tandis que sa famille dîne dans une vaisselle vermeille. A noter que Louis XIV n'encourage pas l'utilisation des couverts, sauf exception. Commence alors un véritable spectacle culinaire, mené par un maître de cérémonie qui, de son bâton, fait apporter les plats. La journée s'achève avec le Coucher, qui reprend le même déroulement que le Lever. Louis XIV accorde une grande importance à ce cérémonial très stricte, mais s'il prenait des libertés quelques fois, et se rendait dans son petit château de Trianon pour fuir le poids de l'étiquette et vivre plus simplement.La journée des courtisansVersailles est souvent associé aux fêtes, aux bals, aux spectacles. Or, si les amusements et divertissements ont bien lieu, il ne faut pas croire qu'ils sont permanents. Finalement, on s'ennuie même à Versailles, et certains courtisans confieront que le temps passe parfois bien lentement. Quand ils ne tentent pas d'approcher le roi, ils doivent trouver des occupations. L'art de la conversation est particulièrement prisé, tout comme les promenades dans les jardins. Les jeux occupent aussi une place importante : tric-trac, billard, jeux de cartes, de dominos... Les sommes d'argent circulent vite. Plusieurs fois par semaine, le roi organise les Soirées d'Appartement, qui regroupe plusieurs divertissements. Si au début le roi lui-même y participe, il finit par les déserter, adoptant notamment une vie plus religieuse. Des fêtes et bals sont également organisés, mais il ne faut pas les confondre avec les grands divertissements royaux qui célèbrent des événements très spécifiques (grande victoire militaire, mariage, naissance...). Vers la moitié puis la fin du règne de Louis XIV, Versailles devient bien plus triste. Le roi vieillit, se consacre à la religion, et les courtisans s'ennuient. Ils fuient même le château, pour retourner à Paris. Ainsi, la vie au château de Versailles n'est pas toujours des plus festives, même si elle réserve des moments extraordinaires.

Le Roi-Soleil (1638-1715)Une nuit de décembre (à moins que ce fut une nuit de novembre...), un terrible orage éclata, obligeant Louis XIII, roi de France et de Navarre, à coucher au Louvre, le palais royal. Seulement, le souverain n'avait pas prévu de dormir en ses appartements si bien que sa chambre ne fut guère apprêtée pour l'accueillir. Fourbu, Louis XIII se rendit dans la chambre de son épouse, la reine Anne d'Autriche, avec laquelle les relations étaient plutôt...compliquées. Mais cette nuit-là, le miracle se produisit, et le 5 septembre 1638, la reine donna enfin naissance à un garçon, un héritier mâle à la Couronne de France. Le royaume est sauvé, sa naissance tient du miracle, car la reine avait jusqu'à présent enfanté des filles, peinait à avoir un garçon et le roi la négligeait, et l'enfant reçoit le doux nom de Louis-Dieudonné, celui que Dieu Lui-même a donné à la France. Cette naissance est très importante car la monarchie française exclut les filles du trône. La loi salique affirme en effet que seuls les hommes peuvent devenir roi et gouverner. Ainsi, si Louis XIII n'avait pas eu de descendant masculin, la couronne serait revenue aux enfants de son frère, Gaston d'Orléans, qui aurait bien aimé monter sur le trône. Gaston en effet n'est pas un frère très loyal. Il multiplie les ruses pour renverser son frère Louis et obtenir la couronne, parfois soutenue par sa propre mère Marie de Médicis. Louis finira même par interdire à son frère Gaston de paraître à Paris et lui ordonne de rester au château de Blois. La naissance de Louis-Dieudonné, futur Louis XIV, résonne donc comme une mauvaise nouvelle pour Gaston, qui voit la couronne lui échapper. Il sera d'autant plus sûr de ne jamais devenir roi que quelques années plus tard, la reine Anne d'Autriche met au monde un second garçon, Philippe.Dans son enfance, après avoir été élevé par des gouvernantes jusqu'à l'âge de 7 ans, Louis XIV reçoit une éducation traditionnellement enseignée au futur roi : ses maîtres lui apprennent le maniement des armes, les stratégies militaires, l'équitation. Il n'est pas très intéressé par le latin, l'histoire ou les mathématiques, mais aiment beaucoup les arts comme la peinture et surtout la danse, qu'il pratique à la perfection. Il joue aussi de la guitare, qu'il met à la mode, au grand dam de ses professeurs, car à cette époque, la guitare est un instrument surtout destiné au petit peuple, pas aux seigneurs et encore moi au futur roi de France. Auprès de son parrain et ministre, le cardinal Mazarin, Louis XIV fait ses premiers pas de souverain. Son éducation sexuelle n'est pas oubliée, il est important que le jeune prince découvre le fonctionnement et la maîtrise de la chair. Sa mère Anne d'Autriche demande donc à une dame de la cour, Cateau la Borgnesse, une femme de 20 ans plus âgée que Louis et probablement assez laide (il ne fallait pas que le jeune homme s'attache à elle) de s'occuper de son fils. C'est elle qui initie le roi, alors âgé de 14 ans, au plaisir de la sexualité et qui le fait devenir homme. Pour son "sacrifice", Cateau recevra une belle somme d'argent et un château. Philippe lui, le frère de Louis, reçoit une éducation plus féminine. Sa mère ne tient pas à ce qu'il reçoive le même enseignement d'abord parce qu'il ne tiendra pas le même rôle que son frère mais aussi parce qu'elle ne voulait pas reproduire les complots que Gaston avait organisés contre Louis XIII. Ainsi en éloignant Philippe du pouvoir, Anne d'Autriche protégeait le futur Louis XIV.Louis XIV fut donc instruit aux affaires du royaume par Anne d'Autriche et Jules Mazarin. Tous les deux, ils dirigent le royaume. Louis XIII est mort depuis quelques années mais Louis XIV est encore beaucoup trop jeune pour régner. Se met alors en place un régime politique appelé la Régence. Anne d'Autriche devient donc Régente et nomme Mazarin premier ministre pour l'aider à gérer le royaume en attendant de rendre le pouvoir à son fils. Seulement, Anne et Jules doivent affronter une terrible guerre : la Fronde. Entre 1648 et 1653, les grands seigneurs du pays, dont les propres cousins et cousines du roi, le Prince de Condé, le Prince de Conti et la Grande Mademoiselle, s'opposent au roi et contestent le pouvoir. Paris devient un lieu dangereux pour le jeune Louis, qui devra parfois se réfugier au château de Saint-Germain-en-Laye (où il est né) pour échapper aux enlèvements. Anne d'Autriche et Mazarin parviendront à mettre fin à la guerre et à conserver le pouvoir, mais Louis XIV restera à jamais marqué par cet épisode traumatisant.Durant son adolescence et ses premières années de jeune roi, Louis XIV se consacre surtout à l'amour. Il cherche constamment la présence des filles, se faufilent dans les lits des jeunes servantes, et séduit de belles demoiselles. Le premier grand amour de sa vie fut Marie Mancini, la nièce du cardinal Mazarin. Juste avant, Louis avait eu une aventure avec sa soeur, Olympe Mancini... Louis et Marie s'aiment tendrement, comme deux jeunes personnes. Ils se promettent de se marier, lui lui dit des paroles d'amour, elle lui enseigne la beauté de la littérature et de la lecture. Seulement, deux personnes ne voient pas cette relation d'un très bon oeil : Anne d'Autriche et Mazarin, qui ont d'autres projets pour Louis XIV. Tout roi qu'il est, Louis devra obéir à sa mère. Mazarin cherche en effet à réconcilier la France et l'Espagne, deux pays constamment en guerre. Pour conclure l'alliance avec le roi d'Espagne Philippe IV, Mazarin accepte de marier Louis XIV avec la fille du roi espagnol, Marie-Thérèse. Louis XIV en aime une autre mais peu importe : le rôle d'un roi n'est pas d'épouser celle qu'il aime mais de satisfaire les intérêts de la France. S'ils parviennent à se voir en secret, Louis et Marie finiront par s'éloigner. A la suite d'une ruse de Mazarin et de la reine, Marie est envoyée à La Rochelle. Pendant ce temps, on marie le roi. Louis XIV finit par entendre raison, et ne reverra jamais Marie.En 1661, Louis XIV décide de reprendre le pouvoir et d'exercer enfin complètement son rôle de roi. Mazarin est mort et Louis XIV supprime la fonction de ministre principal (on parlerait de Premier Ministre aujourd'hui) et de gouverner lui-même, conseillé par des ministres spécialisés dans différents domaines : la Guerre, la Marine, les Finances etc. Il renforce la monarchie absolue de droit divin. "Absolue" car le roi possède tous les pouvoirs et surtout se situe au-dessus des lois (sauf exceptions), "de droit divin" car il tient son pouvoir de Dieu Lui-même. Le roi est donc sacré. Pour montrer au monde entier la toute-puissance de son pouvoir et la grandeur de la France, Louis XIV souhaite se doter d'un château personnel, qu'il aura entièrement supervisé, qui sera le fruit de sa création et de sa volonté. Louis XIV n'aime pas le Louvre, trop froid, trop triste, trop associé à de mauvais souvenirs. Il tourne ses yeux vers ce qui à l'époque n'est qu'un petit village, Versailles. Pourquoi Versailles ? Il n'est pas facile de répondre à cette question et plusieurs hypothèses sont formulées. D'abord, il faut savoir que Louis XIII a déjà fait construire un premier château à Versailles, en 1623, château qui sera modifié et agrandi en 1634. Pourquoi ? Parce que Louis XIII adore la chasse. Or, Versailles est entouré de bois et de forêts. Seulement, à l'époque, il fallait tout de même trois heures pour rejoindre Versailles depuis Paris. Ainsi Louis XIII se fait construire un "petit" pavillon de chasse, un château, pour se reposer après la chasse. Le premier château de Versailles est né, et Louis XIII y emmenait parfois son fils Louis XIV, qui en conserve de bons souvenirs. Ainsi, c'est peut-être par affection pour son père que Louis XIV choisit Versailles, surtout qu'il n' a pas fait détruire le château d'origine. Mais ce n'est finalement pas si sûr, car en vérité, le roi aurait, plus tard, songé à le détruire, mais un tel projet aurait coûté trop cher à un moment où les finances étaient moins heureuses, et aurait demandé des travaux très complexes. Une autre hypothèse explique que, marqué par la Fronde, la guerre de 1648, Louis XIV aurait voulu quitter Paris, devenu trop dangereux pour son pouvoir, et dont il avait de mauvais souvenirs. En s'installant à Versailles, il fuyait ainsi ce mauvais moment de sa vie et il ouvrait une nouvelle page. Mais cette raison n'est pas très convaincante. D'abord, dans son enfance, Louis XIV s'est plusieurs fois réfugié au château de Saint-Germain, or, il a beaucoup aimé cet endroit tout au long de sa vie. Ce n'est donc pas logique. Ensuite, Louis XIV n'a jamais vraiment quitté Paris, et il a même fait réaliser de très grands travaux, comme la construction de l'Hôtel des Invalides, et celle du Val-de-Grâce. Il a aussi fait restaurer et moderniser le Louvre. En fait, la raison de son choix pour Versailles est peut-être plus simple : le village offrait à Louis la possibilité de construire un château à son image, de relever un défi et de montrer ainsi sa grandeur, même si l'hypothèse de l'affection pour son père et celle de la défiance envers Paris ne sont pas totalement à exclure, mais plutôt à minimiser.Louis XIV fait donc agrandir le château et surtout, dans un premier temps, se préoccupe des jardins. Il confie cette mission au jardinier André Le Nôtre, qui a pour ordre de doter Versailles de bosquets, fontaines, allées boisées magnifiques, qui doivent éblouir le monde entier. Louis s'inspire en partie des plans de Vaux-le-Vicomte, le château de Nicolas Fouquet, qu'il fit arrêter, et dont il prit notamment les statues et des arbres. Pour le château, le roi fait d'abord appel à Charles Le Vau puis, à la mort de celui-ci, à Jules Hardouin-Mansart, qui ajoutera l'aile nord et l'aile sud du château, la Galerie des Glaces ou encore la Chapelle. La décoration (peinture, sculpture, architecture, ameublement) est principalement confiée au peintre Charles Le Brun. Versailles est un chantier sans fin, et lorsqu'il s'installe définitivement au château le 6 mai 1682, avec sa famille, sa cour et son gouvernement, le roi vit encore parmi les échafaudages.Dans la première moitié de sa vie, Louis XIV passe son temps sur le champ de bataille, à faire la guerre, ou dans le lit de ses maîtresses. Vaillant, fougueux, déterminé, le roi construit sa propre gloire : rien ne l'arrête. L'Europe se soumet peu à peu devant lui, et les femmes recherchent sa présence. Louis XIV, marié à Marie-Thérèse, qu'il n'aime pas, tombe amoureux d'une belle jeune femme, Louise de La Vallière. Durant deux ans, les amants s'aiment passionnément. Louise n'est pas éblouie par la puissance du roi, elle aime Louis pour lui-même et se donne entièrement à lui. Elle vit de cet amour oblatif ( = un amour où elle sacrifie tout pour celui qu'elle aime) et, si elle lui donne des enfants, elle ne s'occupera pas vraiment d'eux, leur préférant son amant. Seulement, Louis XIV commence à s'ennuyer avec cette femme, et il se détourne peu à peu de Louise... Il faut dire en outre que le roi se rapproche d'une femme réputée pour sa grande, très grande beauté... Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, connue sous le titre de Marquise de Montespan. Cette dame de la cour allume un feu incendiaire dans le coeur du roi. Elle brille tant par son élégance que par son esprit. La Marquise sait se faire désirer, refusant les avances du roi dans un premier temps. Elle finira par céder, mais souhaite vivre d'abord dans la discrétion, toute relative. Ainsi, Louis XIV garde Louise de La Vallière comme maîtresse officielle, mais c'est avec Madame de Montespan qu'il passe ses journées. A Versailles, personne ne se laisse avoir, sauf la reine Marie-Thérèse, qui ne voit rien. Louise de La Vallière devient folle de chagrin et tentera tout pour reconquérir le coeur du roi, sans succès. Alors qu'il quitte Versailles quelques jours en compagnie de la reine et de la marquise de Montespan, autorisée à monter dans le carrosse royale, en qualité de dame de compagnie de la reine, pour le plus grand plaisir du roi, Louis XIV laisse Louise. Mais la jeune femme découvre la vérité et décide de rejoindre le roi, qui, paraît-il, est absolument furieux. Madame de Montespan éprouve également beaucoup de colère. Mais le roi est obligé d'accepter la présence de Louise, pour le plus grand amusement des habitants du coin, qui parlent des "trois reines". Quelques temps plus tard, Louis XIV, sur les insistances de Mme de Montespan qui ne supporte plus sa rivale, abandonne définitivement Louise de La Vallière. Il la fait duchesse, mais c'est un cadeau empoisonné. Louise, définitivement loin du roi, fuit Versailles et devient religieuse.La révélation officielle de la relation entre Louis XIV et Madame de Montespan provoque un grand scandale à la cour, car la marquise est déjà mariée et a des enfants. Mais le roi ne se laisse pas importuner par cette situation. Il couve la marquise de cadeaux, de bijoux, de d'argent. Il lui offre un magnifique château et organise de somptueuses fêtes en son honneur. Il lui donne des meubles d'une très grande qualité, fait travailler les plus grands artistes pour elle, se ruine pour lui plaire. Le roi dépense des sommes folles mais il faut bien que le plus grand roi du monde étale ses richesses pour prouver sa puissance. Un homme toutefois ne voit pas cette liaison avec bonheur : le mari, Monsieur de Montespan. Bien que sa femme le trompe avec le roi, ce qui pourrait être un honneur, il nourrit une fureur qu'il exprime tout haut. Il fulmine et devient ridicule : tous se moquent de lui. Il fait mettre des bois de cerf sur son carrosse (selon l'expression, on dit qu'un mari trompé par sa femme "porte des cornes"), et va même jusqu'à coucher avec des prostituées dans l'espoir d'attraper une maladie sexuelle qu'il transmettra ensuite à sa femme, qui elle-même la transmettra au roi. Il organise aussi les funérailles de son mariage. Il traitera même le roi de "canaille", ce qui lui vaudra un petit tour en prison. Fatigué par ses actions, Louis XIV lui interdira de revenir à Versailles.Pendant près d'une dizaine d'années, le roi et Madame de Montespan vivent donc leur passion au vu et au su de tous. Le roi multiplie les attentions à son égard et à celui de sa famille, la marquise lui donne sept enfants, dont deux seront légitimés quelques années plus tard. Seulement, là encore, et ce malgré les soins de marquise, le roi se lasse peu à peu et s'ennuie. Les premiers feux de la passion s'éteignent progressivement et le monarque s'éloigne. Mme de Montespan tente à son tour de retrouver l'amour du roi, et se servira notamment de poudres. L'Affaire des poisons, qui éclatera dans les années 1680, causera sa perte.La police royale découvre qu'à Versailles circulent des poudres et des poisons, et des morts suspectes se multiplient. Peu à peu, le lieutenant de police La Reynie constate qu'un réseau d'empoisonneuses, de sorciers, de prêtres noirs, a envahi Versailles. Beaucoup de femmes de la cour se procurent des poudres parfois pour s'attirer l'amour d'un homme (ce sont les poudres d'amour), parfois pour se débarrasser d'un mari, d'un père ou d'un frère et espérer récupérer un héritage, ou d'un amant dont elles n'arrivent pas à se séparer (ce sont les poudres de "succession", mortelles). Le scandale éclate et éclabousse le roi. De la magie noire et des cérémonies diaboliques seraient pratiquées à la cour du Roi Très Chrétien ! C'est le choc, et le roi est dévasté. Il découvre que des proches de son entourage sont impliqués, comme la comtesse de Soissons, Olympe Mancini, la soeur de Marie Mancini, avec laquelle il eut une brève liaison. C'est d'ailleurs en souvenir de cette liaison qu'il ne la fait pas mettre à mort mais lui ordonne de ne plus jamais revenir à Versailles. Des femmes de la haute société sont arrêtées, emprisonnées et jugées, la police arrête aussi des femmes soupçonnées de préparer et vendre des poisons et de pratiquer la magie. Enfermées, elles sont torturées et mises à mort. Mais un jour, un nom sort de la bouche de l'une des empoisonneuses : Madame de Montespan ! Le choc est terrible. La maîtresse du roi elle-même aurait acheté des poudres. Elle aurait même tenté d'en donner à Louis XIV. Le souverain, terrifié, ordonne le silence. Les plus graves accusations sont portées contre la marquise : on l'accuse d'avoir voulu empoisonner le roi, d'avoir participé à des messes noires diaboliques au cours desquelles un nouveau-né était tué. Le sang se déversait sur le corps nu de la marquise pendant qu'un prêtre récitait des prières en hommage au Diable. En outre, le roi était tombé amoureux d'une jeune fille, Mademoiselle de Fontanges, morte dans des circonstances étonnantes. Aurait-elle été empoisonnée par Mme de Montespan ? Alors, où est la vérité ? Là encore, il est difficile de faire le tri. Il semble vrai que la marquise ait acheté des poudres d'amour pour retrouver l'amour du roi. Il n'est pas improbable qu'elle ait envisagé d'empoisonner ses rivales. Mais il semble en revanche peu acceptable qu'elle ait participé à des messes diaboliques. Dans tous les cas, l'Affaire des poisons signe la chute de Madame de Montespan. Le roi se sépare d'elle, et c'est parce qu'il lui reste malgré tout un peu d'affection pour la mère de ses enfants qu'il lui permet de rester à Versailles. Toutefois, elle devra vivre dans l'humiliation. Elle n'a plus droit de s'adresser au roi, ni de monter dans son carrosse. Elle organise encore des réceptions mais elle n'est plus aussi populaire. Elle finira par quitter Versailles pour vivre une fin de vie dans la religion, espérant obtenir le pardon de Dieu. Elle meurt en 1707.En 1683, la reine Marie-Thérèse meurt. Veuf, le roi ne se remarie pas tout de suite, malgré les conseils de ses ministres. Il tombe toutefois amoureux d'une femme bien plus discrète que Madame de Montespan : Françoise de Maintenon. Cette femme connaît bien le roi, car c'est elle qui a élevé les enfants qu'il a eus avec Madame de Montespan. Louis XIV, désormais plus âgé, recherche maintenant la tranquillité, une forme de vie de famille. Il se lasse des grandes fêtes, et renoue peu à peu avec la religion. Madame de Maintenon acceptera les avances du roi, et, une nuit, en toute discrétion, elle épousera Louis. Elle ne devient pas reine en revanche car elle épousé un homme, Louis, pas le roi, Louis XIV. Ce mariage, qui aurait pu choquer, se fait dans le plus grand secret. C'est aux côtés de Madame de Maintenon que Louis XIV finira sa vie.Dans les années 1700, usé par les guerres, les excès et la maladie, Louis XIV s'affaiblit. Son royaume est à son image : si au début du règne la France connaît une grande gloire, elle est quasiment ruinée à la fin. Les finances sont au plus mal, les disettes se multiplient, le château de Versailles est ennuyeux. Le chagrin et la mort s'abattent aussi sur le roi, qui perd son fils, le Grand Dauphin, et ses petits-fils. Il ne lui reste qu'un arrière-petit-fils, à la santé fragile d'ailleurs, mais qui vivra suffisamment longtemps pour devenir le futur Louis XV. En 1715, le roi contracte une maladie qui ne peut guérir, la gangrène. Son premier médecin, Fagon, ne détecte pas la bonne maladie assez tôt et l'état du roi s'aggrave. Son pied pourrit et noircit, sa jambe est touchée, la gangrène se répand. Après des jours d'agonie, Louis XIV meurt le 1er septembre 1715, après 72 ans de règne. Ses entrailles rejoignent la basilique des rois, située à Saint-Denis. Ainsi se tourne l'une des pages les plus glorieuses et les plus intenses de la monarchie française...

Un château royal au temps de Louis XIVD'abord, un petit pavillon de chasseAu XVIe siècle, le petit domaine de Versailles n'est qu'un simple hameau constitué de quelques âmes, situé au sein d'une cuvette et entouré de champs et marécages. Rien donc ne prédisposait ce lieu triste et froid à accueillir l'un des châteaux les plus magnifiques de toute l'Europe et à devenir le siège du gouvernement. Le roi Henri IV, le père de Louis XIII, achète le terrain de Versailles, sur lequel se trouve un ancien manoir délabré et un moulin. Louis XIII hérite du domaine et décide d'y faire construire un petit pavillon de chasse pour se reposer. Sort alors de terre un premier château, en 1623. C'est une demeure très simple, qui ne tient pas la comparaison avec les autres châteaux royaux, et qui n'a pas pour but d'accueillir la cour. C'est un château intime, personnel, réservé au seul roi et à quelques-uns de ses proches les plus fidèles. Il n'y a d'ailleurs pas de chambre ni d'appartement pour la reine, du moins pas tout de suite, et les femmes ne sont pas acceptées. Versailles permet à Louis XIII de chasser dans les forêts alentours sans avoir à se soucier de son retour à Paris. Aimant cet espace de vie et de calme, loin de la cour et du pouvoir, où le roi peut oublier son rôle durant quelques jours, Louis XIII fait agrandir son château, qui se dote notamment de quatre tourelles en 1634. Le petit Louis XIV connaît bien ce lieu, il y vient parfois avec son père. Et lorsqu'il prend les rênes du pouvoir, Louis XIV se souviendra de Versailles comme de l'endroit où devait s'épanouir sa toute puissance.Puis, un château royal en devenirDans les premiers temps de son règne, Louis XIV fait de Versailles le lieu de ses amours. Il s'y réfugie avec ses maîtresses, y passe du bon temps avec ses amis les plus proches, et, comme son père, chasse le gibier. Versailles n'est pas le lieu du pouvoir, le Louvre est le vrai palais royal. Mais petit à petit, un projet ambitieux, colossal, démesuré naît dans l'esprit du souverain : construire un château éblouissant qui subjuguera toute l'Europe et montrera à tous le pouvoir absolu du roi. Les jardins en seront la plus grande des beautés. Car c'est d'abord pour ses immenses espaces que Louis XIV choisit Versailles : le monarque adore le plein air. Toutefois, il faut commencer par assécher les marais et marécages environnants. Le roi confie ce soin au jardinier André Le Nôtre, qui est déjà intervenu sur d'autres domaines royaux ainsi qu'à Vaux-le-Vicomte. Son rôle sera de faire aménager des bosquets, des fontaines et des espaces verts. Le chantier architectural est quant à lui confié d'abord à Louis Le Vau, puis à Jules Hardouin-Mansart. Des milliers d'ouvriers travailleront nuit et jour sur le chantier, au risque de leur vie, pour offrir au roi le plus beau des châteaux, pour le plus grand désespoir de Jean-Baptiste Colbert, Ministre des Finances, qui supplie le roi de ne pas se montrer trop dépensier. En vain...Louis XIV dépense sans compter, persuadé que la grandeur de la France est en jeu. Les décorations sont confiées au grand peintre Charles le Brun et à ses élèves. Château et jardins doivent ensemble célébrer, magnifier la toute puissance du roi Louis XIV, vanter sa gloire et sa grandeur, mais surtout montrer aux yeux du monde la suprématie de la France, indissociable de la figure royale. Célébrer Louis XIV, c'est célébrer la France...Premiers changements...Louis Le Vau propose plusieurs plans à Louis XIV, qui retiendra celui qui agrandira une enveloppe autour du premier château de Louis XIII, situé autour de la Cour de Marbre. Ainsi, le château choque les contemporains par son aspect : les briques rouges de l'ancien château se marient mal avec la pierre blanche et lisse du nouveau château. Le duc de Saint Simon se moquera de ce "château de cartes". Les quatre tourelles sont détruites et Le Vau aménage les Grands Appartements du Roi et les Grands Appartements de la Reine, séparés par une terrasse centrale. Au milieu de cette terrasse se trouve une fontaine, qui ne restera pas longtemps. Le château n'est pas encore prévu pour accueillir des milliers de personnes. Le roi se rend régulièrement sur le chantier pour surveiller l'avancement des travaux, apporter des retouches et des modifications. Il commande également à Le Vau une grotte artificielle, appelée "Grotte de Thétys", un endroit merveilleux où l'eau s'écoule en cascade et fait résonner des bruits cristallins. A l'image d'Apollon, dieu du soleil qui deviendra l'emblème de Louis XIV, qui se repose le soir auprès de Thétys après avoir illuminé le monde de ses rayons, le roi aime se reposer et méditer seul dans cette grotte dont il ne reste plus aucune trace aujourd'hui.Premières fêtes, premières folies...Même si les jardins ne sont pas achevés et que le château est encore en chantier, Louis XIV profite déjà de ces nouveaux lieux pour recevoir la cour et offrir des fêtes somptueuses. Ce sont les jardins qui accueillent les réceptions. André Le Nôtre a aménagé des bosquets, appelés "salons de verdure", tous plus magnifiques les uns que les autres. On lui doit par exemple le Bosquet de la salle de bal, dit Bosquet des Rocailles, où les participants dansent et assistent à des représentations, ou encore le Bosquet des sources, sorte de petit bois fantastique, vite remplacé par le Bosquet de la Colonnade de Jules Hardouin-Mansart. En l'honneur des reines Anne d'Autriche, sa mère, et Marie-Thérèse, son épouse, mais surtout, discrètement, de sa maîtresse, Louise de La Vallière, Louis XIV organise en 1664 plusieurs jours de festivités connus sous le nom de Plaisirs de l'île enchantée. Bals, spectacles, feux d'artifice sont donnés en présence d'un public nombreux et époustouflé. Le thème retenu est celui du Roland furieux de l'Arioste, qui parle d'amour. Tous font immédiatement le rapprochement entre les héros et le roi et sa maîtresse. Molière donne également plusieurs comédies : La Princesse d'Elide, en hommage aux deux reines espagnoles,Les Fâcheux, Le Mariage forcé et surtout Tartuffe, qui provoquera un immense scandale, pour le plus grand plaisir du roi. Quatre ans plus tard, en 1668, une nouvelle série de fêtes a lieu : le Grand divertissement royal. En 1674, les Divertissements de Versailles sont également donnés à la cour. Versailles connaît sa période la plus faste, la plus lumineuse de tout le règne.Nouvel architecte, nouveaux changementsA la mort de Le Vau, c'est Jules Hardouin-Mansart qui reprend le chantier royal et qui apportera de profondes modifications. C'est vraiment Mansart qui donnera à Versailles toute sa beauté et sa magnificence, à commencer par la Galerie des Glaces, appelée "Grande Galerie" au XVIIe siècle. La terrasse qui reliait les Appartements du Roi à ceux de la Reine offre une vue imprenable sur les jardins mais provoque bien des inconvénients. En outre, elle ne correspond plus aux ambitions du château, destiné à jouer un rôle plus important dans l'exercice du pouvoir. Lorsqu'il pleut, il faut affronter les éléments pour relier les Appartements. Quant à la fontaine, elle fuit, et inonde le rez-de-chaussée. Ce sont autant de raisons qui signent l'arrêt de mort de la terrasse. Louis XIV désire une immense galerie, sorte de magnifique couloir qui relierait les Appartements. Seulement, il ne veut pas une galerie banale, simple, non, il désire que soit construite la plus belle galerie du monde, une galerie qui convienne parfaitement au château et à la grandeur du souverain : la Grande Galerie, connue sous le nom de Galerie des Glaces. Construite entre 1678 et 1684, la Grande Galerie mesure 78 mètres de long et regroupe 357 glaces. Les fenêtres monumentales offrent une vue magnifique sur les jardins, notamment le Parterre d'eau et, au loin, le Bassin d'Apollon et le Grand Canal, tout en laissant entrer une chaude lumière solaire au sein de l'édifice, renvoyée par les immenses miroirs. Les glaces font la fierté du roi. A cette époque, les miroirs coûtent extrêmement cher, car ils ne sont fabriqués qu'à Venise, en Italie. Les Français parviennent à mettre la main sur le secret de fabrication et Versailles se dotent de 357 miroirs qui vont du sol au plafond, chose unique également à cette époque : c'est en effet la première fois qu'il est possible de se voir entièrement dans un miroir. Les courtisans, les visiteurs et les ambassadeurs étrangers sont stupéfaits par une telle richesse. La galerie se dote également de marbre, issu non pas des carrières italiennes, mais des carrières françaises. Quant aux décorations, elles sont toutes réalisées par Le Brun et ses élèves, dans le plus pur style français. Ainsi, la Galerie des Glaces se veut une sorte de grande foire d'exposition destinée à faire valoir le savoir-faire français dans tous les arts et toutes les techniques, destinée à vanter la grandeur de la France et à briller aux yeux du monde. Les fresques et peintures des plafonds célèbrent eux aussi la puissance du roi. Observation étonnante, le dieu du soleil Apollon, pourtant très présent dans le château (sur les portes, les meubles, les fenêtres, dans les peintures...) est complètement absent dans la Galerie. Pourquoi un tel choix ? D'abord, les peintres pensèrent effectivement peindre le roi sous les traits d'Apollon. Mais ce choix fut vite abandonné, car la coupole du dôme du château de Vaux-le-Vicomte aurait dû arborer une fresque avec Apollon, fresque qui n' a jamais été terminée, Fouquet ayant été arrêté. Malgré tout, on ne voulait pas créer de comparaison possible et laisser suggérer que le roi imitait son ancien ministre. En outre, le propre frère de Louis XIV, Philippe d'Orléans, venait de faire peindre une peinture apollinienne dans son château de Saint-Cloud. Or, là encore, on aurait forcément comparé les deux oeuvres, peut-être au détriment de Louis XIV, qui doit se suffire à lui seul et être unique : c'est lui le roi. Ainsi, Apollon disparut. De plus, si dans les premières années de son règne le roi s'appuie, comme le veut une tradition séculaire, sur la mythologie pour représenter et affirmer son pouvoir, il acquiert peu à peu une puissance autonome personnelle et s'affirme à travers ses propres exploits de guerre. Il a donc moins besoin de la mythologie. Or, la date de 1678, qui inaugure le chantier de la Grande Galerie, correspond à une date clef de l'histoire militaire de Louis XIV. Le monarque vient de signer le traité de Nimègue, qui met fin à une guerre menée brillamment par la France contre l'Allemagne (Saint Empire romain germanique), les Pays-Bas espagnols et les Provinces-Unies. Ainsi, grâce à cette victoire, Louis XIV devient un vrai chef de guerre. Finalement, les peintures des plafonds de la Galerie des Glaces représentent les grandes victoires militaires du roi, chef de guerre valeureux, souverain puissant. La fresque centrale montre le roi gouvernant la France. Enfin, la Galerie vient compléter les deux salles qui se situent à chaque bout de la Grande Galerie : le salon de la Guerre et le Salon de la Paix. Le roi est un roi guerrier, qui mène des batailles en Europe et remporte des victoires triomphantes et qui finit par ramener la paix. Plusieurs milliers de personnes (courtisans, membres de la famille royale, ouvriers, artisans, commerçants, secrétaires, ambassadeurs et diplomates étrangers...) parcourent chaque jour la Galerie au XVIIe siècle. Elle servit rarement de salle de bal, mais parfois de salle du trône, lorsque le roi voulait en imposer à ses invités. Ce fut le cas lors de la visite du Doge de Gênes, qui venait chercher le pardon de Louis XIV. Pour mieux montrer sa puissance et humilier son invité, le roi installa son trône de trois mètres de hauteur, tout en argent massif, au fond de la Grande Galerie, juste avant le salon de la Paix, ce qui obligea le Doge à traverser toute la salle pour venir s'incliner respectueusement devant le roi de France. La Grande Galerie fut également le lieu de l'un des plus grands scandales du règne de Louis XVI. C'est dans cette galerie que le Cardinal de Rohan, accusé d'avoir escroqué et humilié la reine Marie-Antoinette par le biais d'un collier, fut arrêté par le ministre Breteuil, sous les yeux de tous les courtisans, choqués. Ils n'approuvaient pas cette manière d'humilier un aristocrate en public. Enfin, la Galerie permet également de rejoindre le Cabinet du Roi, où le souverain se réunit avec ses ministres et le salon de l'Oeil-de-Boeuf, où les courtisans patientent avant d'entrer dans la chambre du roi.C'est également l'architecte Jules Hardouin-Mansart qui fait considérablement agrandir le château en ajoutant deux ailes, l'aile du Midi, au sud, et l'Aile du Nord, au nord. Ces deux ailes abriteront les appartements de la famille royale et des courtisans les plus privilégiés. D'autres bâtiments sont construits, comme le Grand Trianon, situé à l'écart du château, réservé aux plaisirs privés du roi, qui aime s'y réfugier pour fuir le tumulte du château et le poids de l'étiquette.Le roi souhaite en outre doter le château d'une véritable chapelle pour les offices religieux et les messes quotidiennes. Versailles a possédé quatre chapelles avant la dernière : elles furent temporaires ou déplacées au gré des travaux. Hardouin-Mansart propose un projet éblouissant au roi : une chapelle majestueuse dont la beauté et la hauteur célèbrerait la grandeur du roi et de Dieu. Les travaux débutent donc dans l'aile nord du château. Après la mort de l'architecte, ce sera son beau-frère, Robert de Cotte, qui poursuivra et achèvera les travaux en 1710. L'édifice s'inspire de la Sainte Chapelle de Paris, église construite sous le roi Saint Louis pour accueillir des reliques sacrées, notamment une partie de la Sainte Couronne d'épines de Jésus. Le toit de la chapelle est le seul à dépasser le toit du château : symboliquement, seul Dieu se situe au-dessus du roi. En outre, une tour-lanterne, aujourd'hui disparue, rehaussait davantage la toiture. Les vitraux, sobres, sont ornés du monogramme de Louis XIV, son symbole, deux "L" entrelacés, ainsi que des fleurs de lys, emblème du pouvoir royal. C'est dans cette chapelle que les rois de France se marieront et que leurs enfants seront baptisés.Les travaux du règne de Louis XIV prennent fin avec la construction de l'Opéra royal, situé à l'extrémité de l'aile nord, près des réservoirs d'eau, en cas d'incendie. Mais c'est sous Louis XV que le chantier sera mené à son terme.Les jardins de Versailles : beauté de la verdure, féerie de l'architecturePeut-être plus encore que le château lui-même, ce sont les jardins qui font la grande fierté de Louis XIV. A l'origine, Versailles n'est que marais et marécages, véritable paradis pour les moustiques. Aménager des jardins d'une telle envergure relève de l'exploit. André Le Nôtre, qui est déjà intervenu sur d'autres réalisations et n'a plus besoin de faire ses preuves, en sera le jardinier principal, l'organisateur par excellence. Sa mission : réaliser l'impossible et satisfaire toutes les volontés de son maître. Il commence par faire assécher les marais et tarir les eaux stagnantes ; il entreprend de vastes travaux de terrassement et de nivellement. A la place des marécages naissent de multiples bosquets, tous originaux et centrés autour de l'union entre l'eau et la végétation : le bosquet des Rocailles, le bosquet de l'Encelade, le bosquet des Sources ou encore le Bosquet des Trois fontaines. Bassins et fontaines agrémentent les jardins, tous s'inspirant de la mythologie et célébrant le pouvoir royal. Le plus majestueux d'entre, le bassin d'Apollon, représente le dieu solaire surgissant des flots sur son char tiré par quatre chevaux, prêts à entamer sa course quotidienne pour illuminer le monde de ses rayons aveuglants. Le château de Versailles est en effet orienté selon un plan est-ouest, fidèle à la course du soleil (qui se lève à l'est et se couche à l'ouest), emblème du roi. Ce n'est pas un hasard si le XIXe siècle surnomme Louis XIV le "Roi Soleil". Le bassin d'Apollon donne sur le Grand Canal, long de plus d'un kilomètre, véritable chef-d'oeuvre architectural qui parachève la beauté des jardins. Le bassin de Latone, situé en-dessous du Parterre d'eau, représente la mère d'Apollon et d'Artémis, Latone, qui supplie Zeus de l'aider. Si dans un premier temps la statue de Latone regardait vers le château, elle regarde désormais vers le Grand Canal. L'allée royale, surnommée le "Tapis vert", qui donne sur le bassin d'Apollon, mène le visiteur au centre des jardins. De chaque côté de cette allée se trouvent deux autres allées ponctuées de fontaines représentant les saisons, dont le cycle est déterminée par le soleil. Tout vient de l'astre solaire, tout vient du roi. Vers le fond du Grand Canal se trouve la Ménagerie, aujourd'hui disparue. Au XVIIe siècle, elle abritait des animaux exotiques en tous genres : lions, gazelles... La Ménagerie se situe symboliquement vers le fond des jardins, comme pour montrer que le pouvoir du roi s'étend jusqu'aux portes de l'Orient. A l'opposé se trouve le Trianon de porcelaine, remplacé par la suite par le Grand Trianon, dépendance strictement réservée au roi et à ses intimes.La Grande Galerie donne sur le Parterre d'Eau, dont les deux grands bassins sont encadrés par des statues masculines représentant les fleuves de France, et des statues féminines symbolisant des rivières. Vers l'aile sud se trouve le Parterre de la Reine, ornée de statues et de divinités représentant des femmes ou des enfants, divinités associées à la fertilité, la paix et l'amour, valeurs traditionnellement associées à la femme. Si le Parterre est au sud, c''est aussi parce que la chaleur est associé à la naissance et à la maternité. Au nord en revanche se trouve le Parterre du Roi, cette fois-ci décoré de statues et de divinités masculines évoquant notamment la guerre, associé à l'homme.Les jardins de Versailles sont dits "à la française", c'est-à-dire très symétriques et géométriques. Les buis composent des formes et l'art topiaire, qui consiste à tailler des formes dans les arbres (pyramides, ronds etc.), décore les jardins. Louis XIV adorait ses jardins, au point qu'il écrivit lui-même un petit guide à destination des visiteurs pour suivre un parcours précis et ainsi admirer le parc. Lorsqu'il recevait des ambassadeurs étrangers, il prenait le temps de leur présenter chaque recoin des jardins trois jours durant. Il fallait les émerveiller le plus possible, afin qu'en retournant dans leur pays, ils fassent un récit exalté de cette promenade.Jules Hardouin-Mansart intervint aussi sur les jardins. Il détruisit certains bosquets de Le Nôtre, remplaçant par exemple le Bosquet des Sources par le Bosquet de la Colonnade, ou en aménageant le Bosquet des Dômes.Les jardins de Versailles éblouissent par leurs bosquets mais aussi par leurs bassins et leurs fontaines. Pourtant, ce n'était pas gagné, car pour faire fonctionner toutes ses fontaines, il faut de l'eau. Beaucoup d'eau. Or, Versailles est éloigné de toute source d'eau importante. La Seine est non seulement trop loin, mais en outre, le château se situe au sommet d'une colline, ce qui ne facilite pas l'acheminement de l'eau. Il a donc fallu ruser et lutter, encore une fois, avec la nature, pour satisfaire les volontés royales. D'abord, on utilise une petite astuce : lorsque Louis XIV se promène dans ses jardins, des fontainiers se trouvent près des pompes, qu'ils actionnent au fur et à mesure de la progression du roi. Quand il arrive près d'une fontaine, le fontainier ouvre les pompes. Lorsqu'il part et s'apprête à passer devant une autre fontaine, le fontainier siffle, indiquant ainsi qu'il faut ouvrir les autres pompes. Ainsi, le roi avait l'impression que toutes les fontaines fonctionnaient en même temps.Des ingénieurs hydrographes, spécialisés dans les techniques liées à l'eau, proposent de nombreux projets, dont beaucoup relèvent de l'extravagance, comme le détournement de la Loire. Cependant, quelques-uns retiennent l'attention du roi. Le premier repose sur la construction d'une immense machine hydraulique, la "Machine de Marly". Cette structure permettrait d'acheminer des quantités d'eau infiniment plus conséquentes jusqu'au domaine de Versailles. Plusieurs semaines et millions de livres plus tard, la machine est enfin livrée, prête à fonctionner. Le roi actionne les pompes...et...c'est la déception. Les quantités d'eau promises sont finalement ridicules et ne peuvent combler les besoins d'eau des jardins. C'est donc un échec, et le roi finit par rapidement abandonner la structure. Quelques temps plus tard, un nouveau projet voit le jour : l'édification d'un aqueduc, dit "aqueduc de Maintenon", qui acheminerait à Versailles les eaux de l'Eure. Le souverain est enchanté, le chantier commence. 30 000 ouvriers se relaient, étroitement surveillés par des soldats, autant chargés de faire respecter l'ordre que d'imposer une certaine pression. Seulement, la guerre éclate, et l'effort de guerre contraint le roi à réinjecter les sommes allouées à ses ouvrages hydrauliques dans le domaine militaire, tandis que les soldats sont mobilisés sur le champ de bataille. La guerre achevée, le projet de l'aqueduc subsistera à l'état de projet inachevé. C'est encore un échec...Relatif tout de même. Versailles enchantent toujours par ses magnifiques fontaines et jets d'eau qui ponctuent le parcours du promeneur et enchantent les lieux.Pendant plus d'un siècle, Versailles constituera le siège de la monarchie française. Si Paris redevient temporairement capitale de la France lors de la Régence précédant Louis XV, le château retrouvera sa place au coeur du royaume avec Louis XV et Louis XVI, avant de connaître bien des sorts, menacé même de destruction. Chaque roi apportera sa propre personnalité, sa propre touche. Après Louis XIV, Versailles s'embellira encore, s'agrandira toujours. Mais le château de l'auguste Roi Soleil demeure toujours la référence, et inspirera bien des souverains européens, au XVIIe siècle comme bien plus tard.

Conclusion...

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Vous êtes fin prêts pour poursuivre votre chemin au pays de Jean de La Fontaine. Le rusé renard sera votre guide...