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APOLLINAIRE, Alcools Modernité poétique ?

Les lycéen.nes i-voix se sont lancé un défi : explorer la modernité poétique d’Apollinaire à travers de nouvelles formes d’écriture. Que nous enseignent ces créations sur la modernité poétique du recueil Alcools ?

Présentation :

Créations :

UN RECUEIL FIDELE A CERTAINES TRADITIONS

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A- DES INSPIRATIONS ANCIENNES

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Figure la plus fréquente = Orphée, qui chante désespérément l’amour perdu d’Eurydice, deux fois morte. Ex dans « La Chanson du Mal-Aimé » 54, le poète se représente égaré dans les rues brumeuses de Londres, à la recherche de la femme perdue. Ex dans « Cors de chasse » 184 : « Passons passons puisque tout passe / Je me retournerai souvent / Les souvenirs sont cors de chasse / Dont meurt le bruit parmi le vent». Mais la démarche de se retourner est ici positive : « J’ai eu le courage de regarder en arrière», écrit Apollinaire dans le poème 166. Faire de sa vie et de ses amours passées une matière poétique = la rendre immortelle ?

Icare= une autre figure mythologique essentielle. Le poème « Zone » 43 s’ouvre sur le thème de l’aviation (les « hangars de Port-Aviation») associé à Icare : « Icare Enoch Elie Apollonius de Thyane / Flottent autour du premier aéroplane» 45, thème que l’on peut également retrouver dans le célèbre vers final « Soleil cou coupé» 51, qui associe le soleil à la mort. Icare, dans la mythologie, est puni pour avoir fait preuve d’hybrisen tentant, malgré les conseils de son père, d’atteindre le soleil. Or un mortel ne peut toucher au divin. Comme pour Orphée, le vol d’Icare est interprété de manière plus positive par Apollinaire : il représente l’élan, la capacité de l’homme à dépasser sa condition – comme dans l’invention de l’avion, qui le fascine parce qu’il montre le pouvoir de l’homme à aller plus loin que les mythes.

Le poème « Zone » 43 raconte l’évolution du rapport du poète à la religion. un élève très pieux pendant ses années de pensionnat (« Tu es très pieux et avec le plus ancien de tes camarades René Dalize / Vous n’aimez rien tant que les pompes de l’Église»), puis crise de foi à 16 ans qui le pousse à rejeter toutes ses certitudes (« Vous avez honte quandvous vous surprenez à dire une prière»), mais fascination / dérision envers le pape (« L’européen le plus moderne c’est vous Pape Pie X». ) ou le Christ ( « Il détient le record du monde pour la hauteur».)Le long poème dialogué « Le larron » 113 se fonde sur un épisode de la crucifixion et rappelle d’autres scènes de l’Ancien Testament, tel Moïse, « homme bègue ayant au front deux jets de flamme» et le passage de la mer Rouge.La Passion du Christ est évoquée dans « Un soir » 159, qui reprend certaines formes de la prière (« Priez priez pour moi») et raconte la mort de Judas.Il y a identification de la figure du Poète au Christ : à l’image du Christ, le poète se sacrifie pour les hommes en sublimant sa souffrance par l’écriture poétique ; l’écriture est possibilité de résurrection. Cf. « Zone » : « C’est Dieu qui meurt le vendredi et ressuscite le dimanche ».Dans la figure du Christ, on retrouve l’image du phénix, l’oiseau qui renaît de ses cendres : l’écriture poétique est souffrance, mais elle dit aussi l’espoir d’une renaissance, d’un renouveau, voire d’une immortalité. Cf. « Cortège » 93 : « Il me suffit de tous ceux-là pour me croire le droit / De ressusciter les autres ».UN SOIRUn aigle descendit de ce ciel blanc d’archangesEt vous soutenez-moiLaisserez-vous trembler longtemps toutes ces lampesPriez priez pour moiLa ville est métallique et c’est la seule étoileNoyée dans tes yeux bleusQuand les tramways roulaient jaillissaient des feux pâlesSur des oiseaux galeuxEt tout ce qui tremblait dans tes yeux de mes songesQu’un seul homme buvaitSous les feux de gaz roux comme la fausse orongeÔ vêtue ton bras se lovaitVois l’histrion tire la langue aux attentivesUn fantôme s’est suicidéL’apôtre au figuier pend et lentement saliveJouons donc cet amour aux désDes cloches aux sons clairs annonçaient ta naissanceVoisLes chemins sont fleuris et les palmes s’avancentVers toi

Les personnages les plus troublants de la section Rhénanessont les nixes(sirènes nordiques) : ces nymphes des eaux, ou ondines, sont des personnages maléfiques. Femmes à la beauté ensorcelante, elles charment les mortels qu’elles attirent dans les étangs ou dans les fleuves pour qu’ils s’y noient.Le poème « La Loreley » 146 raconte l’histoire de la plus célèbre de ces nixes, Lorelei, jeune fille installée sur un rocher qui borde le Rhin à l’un de ses endroits les plus étroits. Les navigateurs, envoûtés par son chant mélodieux, viennent s’échouer contre le rocher.On retrouve ces nixes dans « Mai » 142 (« Les dames regardaient du haut de la montagne»), dans Automne » 131 (« les nixes nicettes aux cheveux verts et naines / Qui n’ont jamais aimé») et dans « Nuit rhénane » 141 (avec les « fées» qui « incantent l’été»).Ces ondines évoquent la rupture d’Apollinaire avec Annie Playden : la femme est dangereuse, source de malheurs ou de mort, et l’amour est perçu comme un envoûtement dont le poète ne sait se défaire.

- Apollinaire reprend des topoi de la littérature du Moyen-âge comme le « locus amoenus »:un lieu idyllique qui prend l’apparence d’un jardin d’amour, d’unverger courtois. Dans ce jardin magnifique, on trouve des fleurs, des arbres fruitiers, souvent une source ou une fontaine, des oiseaux qui chantent. Ce verger d’amour se retrouve dans plusieurs poèmes d’Alcools. « Aubade chantée à Laetare » 58 présente ainsi tous les éléments naturels qui favorisent l’apparition des dieux de l’amour : le « bois joli», les « roses qui feuillolent», « la floraison», résumés dans la dernière strophe (« la nature est belle et touchante»). Voir aussi « Les colchiques » 73, « Annie » 80 (« Un grand jardin tout plein de roses»), « Clotilde » 90 (« L’anémone et l’ancolie / Ont poussé dans le jardin»).- Apollinaire s’inspire aussi des formes poétiques médiévales, fondées sur la chanson : la poésie fut longtemps mise en musique. Ex : présence de refrains, retour de vers identiques, envoi final. Cf. « Le Pont Mirabeau » 52 avec sa structure extrêmement régulière qui fait alterner des quatrains de vers hétérométriques et le retour d’un distique en guise de refrain. Cf. « Clotilde » 90 construit sur trois strophes à la manière d’un triolet et des vers courts comme on les aimait au Moyen-âge. Cf. « La Chanson du Mal-Aimé » qui évoque le « lai » lyrique (« Moi qui sais des lais pour les reines» 72) et en adopte certaines caractéristiques (octosyllabes, longueur du poème, évocation de contes et légendes). Cf. le goût médiéval pour des poèmes structurés sur des rimes identiques: « La blanche neige » 100, « L’Adieu » 104.

La mythologie gréco-romaine

Des références judéo-chrétiennes

Les légendes rhénanes

La poésie médiévale

B- DES THEMES CONVENTIONNELS

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Se désoler de la fuite du temps, celle qui condamne au regret du passé et donne conscience de la mort à venir : voilà un topos de l’élégie, chez Villon (« Mais où sont les neiges d’antan ? »), Ronsard (« Quand vous serez bien vieille »…»), Lamartine (« Le lac » : « Ô temps, suspends ton vol !»), Baudelaire (« L’horloge » : « Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible, / Dont le doigt nous menace et nous dit : Souviens- toi ! »), etc. Le temps qui passe, la vie qui s’enfuit sont évoqués dans de nombreux poèmes d’Apollinaire :« Zone » s’achève sur un « adieu adieu », sur l’avènement d’un jour nouveau qui vient effacer le passé pour signifier la mort par l’image brutale d‘un « soleil cou coupé» 51. « Clotilde » évoque aussi un « soleil » qui « disparaitra» 90.« Le pont Mirabeau » 52 assimile l’écoulement de l’eau au passage des heures, des jours et des nuits. Idem Marie » 98 : « Le fleuve est pareil à ma peine / Il s’écoule et ne tarit pas».Autre motif élégiaque : la présence récurrente de l’automne, saison symbolique de la mélancolie liée à la fuite du temps. Dans « L’Adieu » 104, «L’automne est morte souviens-t’en ». Images semblables dans « Automne malade » 181 :« Les feuilles / Qu’on foule / Un train / Qui roule / La vie / S’écoule »

Si le poète s’identifie à Orphée, c’est aussi que son registre est le plus traditionnel qui soit en matière poétique : la plupart des poèmes relèvent du lyrisme et le « je » est souvent présent. «Chacun de mes poèmes est la commémoration d’un événement de ma vie et le plus souvent il s’agit de tristesse […] » (Apollinaire G., Lettre à André Breton, 14 février 1916)- Les poèmes, écrits entre 1898 et 1912, évoquent les amours vécues par le poète :Annie Playden, la gouvernante anglaise rencontrée en Allemagne« La Chanson du Mal-Aimé » : Le poète la suit « Un soir de demi-brume à Londres» 54« L’Émigrant de Landor Road » : il s’agit du nom de la rue où habitait Annie Playden à Londres, et son départ pour l’Amérique est au centre du poème (« Mon bateau partira demain pour l’Amérique») 132« Annie » qu’il imagine « [s]ur la côte du Texas» 80Marie Laurencin,peintre rencontrée en 1907 avec laquelle il vécut une liaison tumultueuse de 5 ans.« Marie » 98 évoquée sur le mode du regret et de l’appel : «Quand donc reviendrez-vous Marie»«Le pont Mirabeau» 52 évoque le pont qu’il traversait pour aller la rejoindre sur l’autre rive de la Seine- La représentation qu’Apollinaire fait de l’amour est conforme à la tradition lyrique, depuis Pétrarque chantant Laure au 14ème siècle jusqu’aux poètes romantiques : l’amour est douloureux, la femme est dangereuse« Mai » pleure les amours perdues 142Dans « La Blanche-Neige » 100, le désir se fait regret : « Ah ! tombe neige / Et que n’ai-je / Ma bien-aimée entre mes bras »Dans «Les colchiques», la femme-fleur est vénéneuse 73« La Loreley » est figure de la femme fatale, séductrice et porteuse de mort 146 :« À Bacharach il y avait une sorcière blonde / Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la ronde »

La fuite du temps

Les amours perdues

MAIS UN RECUEIL EN QUETEDE MODERNITE

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A- DES INFLUENCES ARTISTIQUES RECENTES

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Les poètes modernes

Les peintres avant-gardistes

Apollinaire témoigne dans le recueil de sa sensibilité aux poètes qui dans les décennies précédentes ont renouvelé le genre poétique :- Charles Baudelaire, chantre de la modernité, et cherchant à extraire la beauté jusque dans le mal et la laideur. Cf. 63 : « Regret des yeux de la putain / Et belle comme une panthère / Amour vos baisers florentins / Avaient une saveur amère / Qui a rebuté nos destins»)- Arthur Rimbaud bousculant les règles de la versification, faisant de la poésie une aventure, dangereuse, de l’imaginaire, et du poète, un « voyant ». Cf. 165 : «Tous les mots que j’avais à dire se sont changés en étoile»- Paul Verlaine, prônant la musicalité du vers impair (Cf. «Clotilde» 90), consacrant de nombreux poèmes à son séjour en prison (Cf. «A la santé» 175-180)- Blaise Cendrars et sa Prose du Transsibérien : des vers libres et sans ponctuation échos d’un long voyage, aussi introspectif (Cf. « Zone » et sa poésie ambulatoire 46-49)

- Apollinaire a rencontré, admiré, fréquenté, admiré, célébré de nombreux peintres, de différents styles et mouvements, qui deviendront les plus célèbres du début du XXème siècle : Derain, Vlaminck, Matisse, Sonia et Robert Delaunay, De Chirico, Picasso … De ces liens très proches naissent des collaborations, qui abolissent les frontières entre les arts : Le Bestiaireest illustré par Raoul Dufy, L’Enchanteur pourrissantpar André Derain ; Apollinaire écrit des poèmes en hommage à des toiles de Robert Delaunay, Les Fenêtres.- Les goûts d’Apollinaire sont variés en matière de peinture, mais le cubisme entre en résonance avec sa poésie.Le cubisme veut représenter la réalité non de manière figurative, mais de manière symbolique et totale. L’important n’est pas la ressemblance, mais les « vérités», celles du regard porté par l’artiste sur le réel. L’esthétique cubiste se fonde sur une exigence de décomposition, de déstructuration du réel, qui peut être vu de tous les points de vue à la fois, comme pour en montrer non pas un point de vue unique, mais toutes les facettes possibles. Le collage accentue l’idée de décomposition des œuvres par l’effet de superposition.Alcoolsrend compte de la fascination d’Apollinaire pour ce mouvement à l’échelle du recueil dans son ensemble : 52 poèmes écrits entre 1898 et 1912, mais qui se suivent de façon non chronologique, comme désordonnée. Les poèmes font défiler au fil du recueil des villes, des paysages, des atmosphères différentes : Paris, Londres, la Russie, l’Allemagne, l’Amérique, puis de nouveau Paris, et ainsi de suite. Les femmes aimées se superposent et les poèmes alternent entre la rupture avec Annie Playden et celle avec Marie Laurencin, créant à la fin l’image d’une femme aimée unique, quasi universelle. Le recueil est une déconstruction, puis une reconstruction de la vie et des émotions du poète.L’influence cubiste se retrouve également à l’échelle des poèmes eux-mêmes. En effet, Apollinaire procède à de très nombreux remaniements de ses poèmes, de ses brouillons, en effectuant des « collages » à la façon des peintres cubistes. Par exemple, il tire d’une même esquisse poétique le vers unique de « Chantre » (ce qui explique le « Et» initial qui se rattachait à l’origine à un vers précédent), et des vers de « Fiançailles », « Le Brasier » et « L’Émigrant de Landor Road ». De la même manière, le refrain du « Pont Mirabeau » est tiré de la troisième section du poème « À la santé », d’où leur forte ressemblance. Certains poèmes-kaléidoscopes rassemblent des formes, des thèmes et des matières totalement différentes comme « La Chanson du Mal-Aimé ». Comme un peintre cubiste, Apollinaire aime déstructurer les formes (cf. tercet devenu quatrain dans « Le pont Mirabeau » ») ou donner une impression de simultanéité (cf. succession frénétique des lieux dans « Zone » 48).

B- DES THEMES RENOUVELES

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- Apollinaire cherche à intégrer à ses poèmes des éléments de la vie réelle, les plus communs, les plus concrets, les plus triviaux.« Zone » 43 : « Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut / Voilà la poésie ce matin ».«Zone»50 : « Les laitiers font tinter leurs bidons dans les rues »- Même ce qu’il y a de sordide ou de laid dans le monde trouve sa place dans la matière poétique« Zone » 50 : « le zinc d’un bar crapuleux », « ses mains que je n’avais pas vues sont dures et gercées », « une pauvre fille au rire horrible »On est loin des représentations traditionnelles qui associent la poésie à la beauté et à un monde idéal. Dans sa conférence L’esprit nouveau et les poètes, Apollinaire dit :« Il n’est pas besoin pour partir à la découverte de choisir à grand renfort de règles, même édictées par le goût, un fait classé comme sublime. On peut partir d’un fait quotidien : un mouchoir qui tombe peut être pour le poète le levier avec lequel il soulèvera tout un univers. »

Dans le recueil d’Apollinaire, le monde et les êtres se mettent en mouvement, donc la poésie aussi qui cherche la mobilité, la fluidité, le rythme. Le train au 19ème siècle a favorisé la révolution industrielle, il reconfigure l’espace, abolit les distance, rend proches des destinations lointaines, procure le bonheur de la vitesse. L’avion, qui fait ses débuts, en multiplie les possibles, rend le monde entier accessible, permet à l’homme de devenir Icare. Apollinaire goute d’ailleurs le mouvement sous toutes ses formes : déambulations dans la ville, promenades en barque, traversée des frontières…« Zone» évoque « Port-Aviation » 43 comme « la gare Saint-Lazare » 49, raconte une marche à travers Paris (« Maintenant ru marches dans Paris tout seul parmi la foule / Des troupeaux d’autobus mugissant près de toi roulent » » 46), fait références à de nombreuses villes d’Europe que le poète a visitées (47-48 : Paris, Nice, Prague, Marseille, Coblence, Rome, Amsterdam …). Cf. les cartographies numériques du recueil sur i-voix : elles montrent combien il s’agit d’une poésie cosmopolite.De nombreux poèmes s’attachent à ceux qui voyagent ou qui errent : émigrants, voyageurs, exilés, vagabonds, marginaux, bohémiens, tziganes …Sans nul doute, Apollinaire, lui-même immigré, s’identifie-t-il à eux. Ex : « Le Voyageur » 95, « Saltimbanques », 112, « La Tzigane » 125, « L’Emigrant de Landor Road » 132, « Mai » 142, « Les Cloches » 145, « Hôtels » 182 …

Apollinaire est fasciné par les progrès incroyables qui, depuis le début de la Belle Époque en 1870, changent radicalement le paysage urbain. Exemples de ces bouleversements : en 1895, naissance du cinéma ; en 1889, la tour Eiffel ; en 1900, création de la première ligne de métro, puis disparition progressive des derniers autobus à chevaux ; la même année, installation de l’éclairage électrique dans Paris à l’occasion de l’Exposition universelle ; en 1909, le premier poste de TSF est installé… Alcoolsrend compte de ces changements radicaux qui transforment le rapport à la ville et au monde.Célébration de monuments de Paris construits quelques années auparavant comme la tour Eiffel ou le pont MirabeauChamp lexical du monde urbain et du monde du travail dans « Zone » et « Vendémiaire » : « ponts », « automobiles », « rue industrielle », « tramways », « électricité », « quartiers», « machines », « Usines manufactures», « sténo-dactylographes», «sirène» …la ville est systématiquement associée au vivant: la tour Eiffel de « Zone » devient la « bergère» du « troupeau des ponts» ; la « sirène y gémit » ; « une cloche rageuse y aboie» ; les enseignes sont aussi bavardes et pénibles que des « perroquets», les tramways sont, à l’instar des ponts, assimilés à du bétail dans le détail de leur « échine», dans « Vendémiaire » « Nos cheminées à ciel ouvert engrossent des nuées», signe que le progrès est fécond« Vendémiaire » 186 : « J’ai soif villes de France et d’Europe et du monde / Venez toutes couler dans ma gorge profonde»A travers le recueil se dévoile l’exaltation d’un monde nouveau : Apollinaire appelle toute l’Europe à se tourner fermement vers le futur pour faire naitre un ce nouveau monde.1er vers du 1er poème « Zone » : « A la fin tu es las de ce monde ancien»1er vers du dernier poème « Vendémiaire » : « Hommes de l’avenir souvenez vous de moi »

La poésie du quotidien

Gout du voyage et de l'errance

Célébration de la ville et de la modernité

C- UNE ECRITURE INVENTIVE

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jeux étymologiquespar exemple sur le prénom « Rosemonde » 135 : «Je la surnommai Rosemonde … / Puis lentement je m’en allai / Pour quitter la Rose du Monde»néologismes: « incanter », « à en râle-mourir », (« Nuit rhénane » 141), « le pont des Reviens-t’en » (« La Chanson du mal-aimé » 63), les≪fleurs surmarines≫(« Le voyageur » 95), invention d’une forme verbale impersonnelle dans≪il s’envolait un Christ≫((« Le voyageur » 95)étonnant mélange de mots rares, parfois hermétiques et de mots simples, voire familiers. Cf. « La Chanson du mal-aimé » : « d’ahan », « ma Desirade », « Les satyres et les pyraustes », « les dendrophores livides », les « pauvres gens/ Qui resourient », « un cul de dame damascène »… La modernité d’Apollinaire semble résider tout autant dans l’audace créatrice que dans la juxtaposition d’éléments en apparence disparates, jusqu’à la provocation.

Les poèmes qui composent Alcoolsont été, pour la plupart, publiés précédemment avec de la ponctuation. Après avoir assisté à la lecture de La prose du transsi­bérien de Blaise Cendrars, Apollinaire aurait décidé de reprendre à son compte cette idée. L’innovation d’Apollinaire reste d’avoir publié le premier un recueil entier sans aucun signe de ponctuation.Apollinaire écrit en 1913 : « Pour ce qui concerne la ponctuation je ne l’ai supprimée que parce qu’elle m’a paru inutile et elle l’est en effet ; le rythme même et la coupe des vers voilà la véritable ponctuation et il n’en est pas besoin d’une autre. »D’où une grande musicalité : des chants mélodieux que rien n’arrête, des mots et des images qui se succèdent, se chevauchent, se superposent au gré de l’imagination de l’auteur et du lecteur.

- Certains poèmes présentent des vers réguliers = comptant tous le même nombre de syllabes. Avec un goût prononcé pour l’octosyllabe : « La chanson du Mal-Aimé » ; « Crépuscule » ; « Marizibill » ; « Rosemonde » ; « Le brasier » ; « Schinderhannes »…- D’autres présentent des vers irréguliers = ne comptant pas tous le même nombre de syllabes.Vers démontés= mètre traditionnel dédoublé en plusieurs mètres de longueur différente. Cf. « Le pont Mirabeau » est fait initialement (hormis le refrain) de décasyllabes qui ont été « démon­tés » en deux vers : l’un de 4 syllabes et l’autre de 6 syllabes. Cf. le poème « Hôtels » est fait d’octosyllabes décomposés en deux vers de 4 syllabes.Vers libres= un vers qui n’obéit à aucune règle de pro­sodie traditionnelle, mais qui ressemble typographiquement à un vers (majuscule en début de vers, retour à la ligne). Les poèmes les plus modernes du recueil sont composés de vers libres : « Zone », « Les colchiques », « Annie », « La maison des morts », « Poème lu au mariage d’André Salmon », « La synagogue »…Ces jeux sur la versification témoignent de la virtuosité d’Apollinaire : de sa capacité à jouer librement avec les règles de la versification, choisissant de les respecter ou de les transgresser selon son envie, détrico­tant à loisir des mètres réguliers pour les réassembler en vers non conventionnels.Ces jeux sur la versification produisent de nombreux effets :d’heureuse incertitude : doit on faire une diérèse dans le 1er vers de « Zone » pour en faire un alexandrin à l’ancienne ou en faire un singulier vers de 11 syllabes ? doit-on relier « et nos amours » au vers 1 ou au vers 3 dans « Le pont Mirabeau » ?de rupture : cf. la brutalité du vers court «Soleil cou coupé » à la fin de « Zone », cf. le vers final détaché de « Nuit Rhénane » qui brise tout à la fois le verre et le poèmed’image, avec des effets presque de calligrammes : image d’un pont dans « Le pont Mirabeau », image de la feuille qui tombe à la fin d’ « Automne malade » 181

Richesse lexicale

Absence de ponctuation

Jeux sur la versification

UNE OPPOSITION A DEPASSER ?

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A- MELANGES ET COLLAGES

Le recueil Alcools est une œuvre contrastée, où automobiles et tour Eiffel côtoient des fées légendaires, où la célébration du progrès se mêle au lyrisme traditionnel, où la mélancolie côtoie l’espérance. C’est cette juxtaposition d’inspirations, de thèmes, de styles, qui fait l’originalité d’Apollinaire. C’est ce gout du collage, cette confrontation des angles de vue, cet esprit de juxtaposition, jusque de la tradition et de la nouveauté, qui donne aussi au recueil sa dimension presque cubiste.

B- UNE INVITATION A LA LIBERTE

- Apollinaire n’est pas un poète de la rupture. Ce n’est pas un poète révolté comme le fut avant lui Arthur Rimbaud s’insurgeant contre les «vieilles énormités crevées» de la littératureet appelant à «se faire voyant». Ce n’est pas un poète révolutionnaire comme le seront après lui les surréalistes qui sauront lui rendre hommage, mais voudront se libérer complètement des règles et des normes, de l’art, de la raison, de la morale, de la politique.- Cf. la Lettre du 30 octobre 1915 envoyée par Apollinaire à sa marraine de guerre : «Pour ce qui est de la poésie libre dans « Alcools » il ne peut y avoir aujourd’hui de lyrisme authentique sans la liberté complète du poète et même s’il écrit en vers réguliers c’est sa liberté qui le convie à ce jeu ; hors de cette liberté il ne saurait plus y avoir de poésie. Si vous ne reconnaissez pas cette vérité essentielle votre esprit étouffé dans les limites d’une convention qui n’a plus de raison d’être ne pourra se développer.»- Lanotion de liberté est bel et bien essentielle pour Apollinaire. Les conventions pour les conventions font l’« esprit étouffé ». Mais les conventions en elles-mêmes peuvent être utiles si elles sont choisies et non contraintes. Il n’y a donc pas, dans la modernité poétique d’Apollinaire, de rébellion dogmatique contre le vers ou les formes fixes de la poésie : il faut être libre de les respecter ou de les transgresser, s’ouvre alors la possibilité d’émerveiller le lecteur, par une esthétique de la surprise, du choc, qui sont au cœur de « l’esprit nouveau »

C- UN DESIR DE RENAISSANCE

Il ne s’agit pas pour Apollinaire de détruire, mais de reconstruire : il s’agit de chercher jusque dans le passé la possibilité d’un avenir.- Cf. l’importance du mythe d’Orphée. Apollinaire fait de ce regard jeté en arrière, qui situe les êtres et les choses dans un lointain inaccessible et désiré, un de ses motifs obsessionnels. Moderne Orphée, dans « La Chanson du mal-aimé » 54, Apollinaire, l’amant délaissé, promène sa douleur dans les bas-fonds de Londres à la recherche de la femme aimée et perdue, mais si le poète exprime la certitude qu’il n’y a pas d’amour heureux, il sait aussi que la mélancolie de la perte de l’amour se métamorphose en joie de la création : ««Je me souviens d’une autre année / C’était l’aube d’un jour d’avril/ J’ai chanté ma joie bien-aimée / Chanté l’amour à voix virile / Au moment d’amour de l’année»- Cf.l’analyse du poème « Le brasier» 136-140 par Olivier: « Le brasier est destructeur du passé, de la réalité, de l'âme de l'auteur, source de souffrance ("Morts", "Saigné"...). J'ai donc mis dans le nuage de mots "Mort", "Puissance", "Âme", "Destruction", "Feu"...Mais le brasier ici fait aussi renaître. On a dans le poème des éléments qui amènent plus d'espérance (allusion à l'eau, élément opposé au feu, avec le "fleuve épinglé sur la ville", avec "l'Océan" ; allusion aussi au "ver Zamir", qui construisit le temple de Dieu, ou enfin à des "colombes"). On a donc dans le nuage des mots aussi positifs, comme "Vie", "Renaissance", "Reconstruction", "Phénix" (qui renaît de ses cendres)... »- Cf. la structure du recueil : le 1er poème «Zone» et le dernier « Vendémiaire » s’achèvent tous deux au lever du jour. Mais « Zone » s’achève tristement sur un « adieu » 51 tandis que « Vendémiaire » 192 s’achève sur une renaissance : « Les feux rouges des ponts s’éteignaient dans la Seine / Les étoiles mouraient le jour naissait à peine »L’aurore vient reconnaître et consacrer la force de renouvellement inscrite dans la parole poétique. « Ecoutez mes chants d’universelle ivrognerie » :Apollinaire a « bu » le monde, il a « connu dès lors quelle saveur a l’univers ».Par le pouvoir de la poésie, l’alcool triste est devenu ivresse heureuse : chant de vie, d’euphorie, d’espérance.Fin de VendémiaireActions belles journées sommeils terriblesVégétation Accouplements musiques éternellesMouvements Adorations douleur divineMondes qui vous ressemblez et qui nous ressemblezje vous ai bu et ne fus pas désaltéréMais je connus dès lors quelle saveur a l’universJe suis ivre d’avoir bu tout l’universSur le quai d’où je voyais l’onde couler et dormir les bélandresÉcoutez-moi je suis le gosier de ParisEt je boirai encore s’il me plaît l’universÉcoutez mes chants d’universelle ivrognerieEt la nuit de septembre s’achevait lentementLes feux rouges des ponts s’éteignaient dans la SeineLes étoiles mouraient le jour naissait à peine

C- UN DESIR DE RENAISSANCE

Il ne s’agit pas pour Apollinaire de détruire, mais de reconstruire : il s’agit de chercher jusque dans le passé la possibilité d’un avenir.- Cf. l’importance du mythe d’Orphée. Apollinaire fait de ce regard jeté en arrière, qui situe les êtres et les choses dans un lointain inaccessible et désiré, un de ses motifs obsessionnels. Moderne Orphée, dans « La Chanson du mal-aimé » 54, Apollinaire, l’amant délaissé, promène sa douleur dans les bas-fonds de Londres à la recherche de la femme aimée et perdue, mais si le poète exprime la certitude qu’il n’y a pas d’amour heureux, il sait aussi que la mélancolie de la perte de l’amour se métamorphose en joie de la création : ««Je me souviens d’une autre année / C’était l’aube d’un jour d’avril/ J’ai chanté ma joie bien-aimée / Chanté l’amour à voix virile / Au moment d’amour de l’année»- Cf.l’analyse du poème « Le brasier» 136-140 par Olivier: « Le brasier est destructeur du passé, de la réalité, de l'âme de l'auteur, source de souffrance ("Morts", "Saigné"...). J'ai donc mis dans le nuage de mots "Mort", "Puissance", "Âme", "Destruction", "Feu"...Mais le brasier ici fait aussi renaître. On a dans le poème des éléments qui amènent plus d'espérance (allusion à l'eau, élément opposé au feu, avec le "fleuve épinglé sur la ville", avec "l'Océan" ; allusion aussi au "ver Zamir", qui construisit le temple de Dieu, ou enfin à des "colombes"). On a donc dans le nuage des mots aussi positifs, comme "Vie", "Renaissance", "Reconstruction", "Phénix" (qui renaît de ses cendres)... »- Cf. la structure du recueil : le 1er poème «Zone» et le dernier « Vendémiaire » s’achèvent tous deux au lever du jour. Mais « Zone » s’achève tristement sur un « adieu » 51 tandis que « Vendémiaire » 192 s’achève sur une renaissance : « Les feux rouges des ponts s’éteignaient dans la Seine / Les étoiles mouraient le jour naissait à peine »L’aurore vient reconnaître et consacrer la force de renouvellement inscrite dans la parole poétique. « Ecoutez mes chants d’universelle ivrognerie » :Apollinaire a « bu » le monde, il a « connu dès lors quelle saveur a l’univers ».Par le pouvoir de la poésie, l’alcool triste est devenu ivresse heureuse : chant de vie, d’euphorie, d’espérance.Fin de VendémiaireActions belles journées sommeils terriblesVégétation Accouplements musiques éternellesMouvements Adorations douleur divineMondes qui vous ressemblez et qui nous ressemblezje vous ai bu et ne fus pas désaltéréMais je connus dès lors quelle saveur a l’universJe suis ivre d’avoir bu tout l’universSur le quai d’où je voyais l’onde couler et dormir les bélandresÉcoutez-moi je suis le gosier de ParisEt je boirai encore s’il me plaît l’universÉcoutez mes chants d’universelle ivrognerieEt la nuit de septembre s’achevait lentementLes feux rouges des ponts s’éteignaient dans la SeineLes étoiles mouraient le jour naissait à peine

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