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Transcript

Parcours thématique : l'Alcool

Citations et analyse :

"Écoutez-moi je suis le gosier de Paris

Et je boirais encore s'il me plaît l'univers

Écoutez mes chants d'universelle ivrognerie" (vers 169 à 171 : Vendémiaire)


Apollinaire veut, à lui seul, engloutir l'univers, comme boulimique du monde, ce qui renvoie à la première citation. (On notera d'ailleurs la personnification de Paris ).

Il se qualifie de "gosier de Paris" (narcissisme de l'auteur ?) : c'est un organe des plus important, par lequel passent nourritures et liquides, essentiel, ainsi, à un recueil nommé "alcools".


De même, la répétition de "écoutez-moi" fait échos aux discours grandiloquents que peuvent avoir certaines personnes ivres.


Apollinaire semble vouloir partager sa toute puissance : l'aspect universel de l'alcool semble être un moyen d'autant plus efficace de partager. Sa toute puissance s'exprime simplement par le "s'il me plaît" : il fera tout ce qu'il souhaitera, sans rien prendre en compte, mis à part sa soif dévorante. On remarquera que cette sensation de toute puissance et de soif est bien souvent causée par l'alcool.


Ce poème, le dernier du recueil, semble donner la conclusion suivante : Apollinaire est tout puissant, peut communiquer avec tout le monde, et est un organe important de Paris. Cette définition s’apparente à celle d'un Dieu...


"Cette brigande est bientôt soûle" (v 21 : Rhénanes, schinderhannes)


Cette citation renvoie à l'ivresse collective d'une bande de brigands. La manière par laquelle est tournée la phrase laisse presque entendre que l'auteur va les attaquer, comme s'il les guettait.

"On buvait aussi

Et de temps à autre une cloche

Annonçait qu'un nouveau tonneau

Allait être mis en perce" (v. 72 à 75 : La maison des morts)


Dans ce poème, Apollinaire se balade au côté de morts comme de vivants. La précision du texte rappelle le réalisme et son aspect fantastique renvoie à la nouvelle.


Ce tour pourrait s'apparenter à une hallucination, ou à de la folie, peut être causés par l'alcool. En effet, cette citation nous rappelle la possible ivresse du groupe de vivants : l'auteur parle d'un "nouveau tonneau" : ce n'est pas le premier, et ils ont sans doute déjà bu avant.


Le fait qu'il dise "aussi" montre le côté anecdotique de leur ivresse, pourtant étant sans doute une des causes de leur promenade.


La cloche qu'il évoque pourrait nous éclairer sur la raison pour laquelle ils boivent : celle-ci rappelle le glas froid de la mort. Peut être les vivants mettent-ils des tonneaux en perce afin de boire pour oublier cette fin inexorable qui les attend ?

"Vous mendiants morts saouls de bière" (v.21 : Rhénanes, Rhénane d'automne)


Ce poème semble rendre hommage aux morts, que l’auteur évoque tout au long du récit. Il honore tous ceux qui sont présents, et mentionne des mendiants morts saouls de bière.


L'absence de ponctuation peut prêter là aussi à confusion : les mendiants sont soit morts à cause de la bière, soit morts en état d'ivresse, ceci n'ayant en rien influé sur leur décès.


Le fait qu'ils soient mendiants montre que le peu d'argent qu'ils avaient fut dépensé pour de l'alcool : celui ci serait primordial. Cependant, peut-être souligne t-il cela pour amplifier l'aspect de l'alcool qui fait tout oublier, et ainsi donc qui permet aux mendiants d'oublier leur difficile condition. Peut-être souligne-t-il ça au contraire pour montrer la dépendance dangereuse et omniprésente que subit la population. Ce n'est pas de bière que les mendiants sont morts, mais de faim, ou de folie, peut-être...

"Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme" (v.1 : Rhénanes, nuit rhénane)

"Ces fées aux cheveux verts qui incarnent l'été" (v.12 : Rhénanes, nuit Rhénane)

"Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire" (v.13 : Rhénanes, nuit rhénane)


Citation numéro une : le vin que l'auteur qualifie de trembleur semble personnifié. Il est comparé à une flamme (cf première citation), la flamme de la vie. Peut être que sa vie tremble, lui échappe, ou qu'au contraire c'est l'auteur qui tremble, qui a peur de ce qu'il peut advenir de lui. Le côté éphémère des flammes, leur aspect hypnotique ainsi que leur chaleur sont aussi des attributs que l'on peut associer à l'alcool.


Citation numéro deux : Les fées vertes dont il parle sont sans doute une allusion à l'absinthe : en effet, cet alcool connut un vif succès au 19e siècle, mais celui-ci provoquait folie et intoxications.


Dans le poème, l'auteur semble hypnotisé par ses fées, sous l'emprise, sans doute, de l'absinthe. Il les décrit longuement, comme obsessionnellement, bien qu'il dise après leur préférer des jeunes filles étant tout leur contraire. Cette citation nous permet de soulever une évidente addiction, qui semble même être de l'ordre du surnaturel : il est ensorcelé.

Par ailleurs, il parle de l'absinthe comme représentant l'été : en effet, la légèreté et la chaleur sont associés à l’été...mais aussi parfois à l'alcool. De même, l'été nous fait bien souvent découvrir sous un jour nouveau beaucoup de choses, tout comme le fait l'alcool.

Citation numéro trois : Dernier vers du poème, celui-ci rompt avec le sortilège : les effets de son engourdissement se dissipent. La comparaison avec un éclat de rire rappelle celui que l'on peut avoir, paraissant souvent bien benêt, sous l'emprise de l'alcool.


Le fait qu'il parle de brisure, de cassure du rire, implique une rupture : s'il n'y a plus d'alcool, il semble n'y avoir plus de rire non plus.

"Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie

Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie " (vers 148/149 : Zone)


Poème dans lequel Apollinaire semble raconter tous les souvenirs qui lui viennent à l'esprit en déambulant dans Paris, Zone retrace les thèmes qui seront abordés tout au long du recueil.

L'absence de ponctuation dans le recueil nous laisse voir deux interprétations différentes : soit c'est l'alcool qui est brûlant, soit c'est sa vie.

Dans le cas où l'alcool est la source de brûlure, cette évocation d'un souvenir goulu de beuverie semble relié au titre du recueil : il est ivre de la vie, ivre de tous les alcools qu'elle procure.

Ce mot connote aussi la douleur : l'alcool le détruit, mais est peut-être aussi une source de réconfort, de chaleur. L'eau qui lui sert à vivre est brûlante et forte.

Dans le second cas, la vie serait brûlante, douloureuse, et l'auteur boirait pour oublier ce fardeau.

En revanche, le feu peut aussi être considéré comme un joyau, et sa vie serait comparable à celui-ci.

Il dit boire sa vie, comme si elle était un flux continu, liquide, mais comme il boirait de l’alcool : l'amertume de certains, comme la bière, pourraient le dégoûter, ou le caractère fort de certains autres pourraient l'aider à lutter contre sa propre faiblesse. Cela montre aussi une certaine difficulté à boire sa vie. Il ne la mord pas, comme le dit l'expression "mordre la vie à pleines dents", il la boit, ce qui montre une certaine régression. Le parallélisme de construction des deux vers montre une certaine répétition, boucle de la vie.

Analyse du thème

L'alcool, thème principal du recueil, semble donner à Apollinaire une toute puissance hors du commun. A travers le recueil, il va faire différentes représentations de ce thème, mais la plupart du temps, il nous partage une vision plutôt mélancolique de l'Alcool. A cela s'ajoute la thématique de l'ivresse, qui apparaît de nombreuses fois, et qui renvoit aux cotés sombres de l'Alcool.

Apollinaire donne autant d'importance à ce thème car il compare l'Alcool à la vie. Il a soif d'alcool, soif de vie.

Ce thème prend d'autant plus de place que les autres, car il est le titre du recueil, un symbole fort, qui casse avec la tradition poétique.


"Je vis alors que déjà ivre dans la vigne Paris

Vendangeait le raisin le plus doux de la terre" (vers 19/20 : Vendéminaire)

"Je suis ivre d'avoir bu tout l'univers" (vers 167 : Vendéminaire)

" Ecoutez-moi je suis le gosier de Paris" (vers 169 : Vendéminaire)

"Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie

Ta vie que tu bois comme une eau de vie" (vers 148/149 : Zone)